‹ Histoire de la Vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 24 sur 106 · ON A · texte numérisé non relu

ON A

de ses sœurs pour veiller sur ses vieux jours, il ne cessait de pleurer celle qu’il appelait son ange et la jvie de sa vieillesse. Après avoir langui quelquetemps, il tomba dangereusement malade, et mourut six mois après l'entrée de sa fille au noviciat.

Cette croix lui fut d'autant plus cruelle, que le monde y trouva un nouveau prétexte pour se récrier contre sa retraite. Mais telle fut toujours sa constance et la sublimité de sa vertu, qu'elle le força enfin de s'avouer vaincu, et que ceux même qui avaient lancé contre elle ies plus amers sarcasmes, finirent par confesser que sa vocation ne pouvait venir que d'en haut.

Ces grandes épreuves étaient le gage assuré de nouvelles et précieuses initiations ; car chacune d'elles était comme une fournaise ardente, d’où notre pieuse novice sortait toujours plus pure, et plus sensible aux impressions de la grâce. Le mystère de la sainte Trinité lui apparut pour la troisième fois, mais d’une manière plus parfaite et plus intime que dans les visions précédentes.

* Le jour de la fête de l’Ange Gardien, raconte-t-elle, étant dans ma cellule, il! me vint en pensée que les cellules sont comme les cieux, ainsi que dit saint Bernard, et que les anges y habitent,

‘Au méme instant, je me sentis fortement élevée en esprit par le Maître des Anges, qui m’'unissait à lui d'une manière admirable, mais avec une grande souffrance,

Ce mystère s’opérait sans que j'eusse aucune vue

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particulière, sinon que je me voyais comme une substance que l’on prépare à quelque chose de fort rare. Cette opération refluait jusque sur l’extérieur; et j’en éprouvais une douleur très sensible. Je fus trois ou quatre heures dans cet état violent, jusqu’à ce qu'il fallût aller au chœur pour l’oraison.

‘ Dès que je fus devant le saint Sacrement, cette grande violence cessa ; et, avec une douceur que je ne puis dire, je me sentis toute changée intérieurement. Je fus obligée de m’asseoir, parce que mes sens se retirèrent peu à peu, et que je ne pouvais plus me soutenir sur mes genoux. En un moment, mon entendement fut illustré de la vue de la très sainte Trinité, avec l’impression de ces paroles du suradorable Verbe incarné: Si quelqu'un m'aime, mon Père l’aimera ; nous viendrons à lui et nous ferons notre demeure en lui. * Cette impression portait l’effet de la promesse faite dans ces paroles ; et les opérations des trois personnes divines en moi furent plus éminentes que dans toutes les autres visions. Elles me les donnaient à connaître et à expérimenter par une pénétration d'elles en moi; et la très sainte Trinité en son unité s’emparait de mon âme comme d’une chose qui lui était propre, et qu’elle avait rendue capable de sa divine impression. Dans ce grand abîme, il m'était signifié que je recevais alors la plus haute grâce que j’eusse jamais reçue dans

* S, Jean, XIV, 23.

les communications des trois divines personnes. Il me fut révélé que la première fois que j'avais reçu une semblable faveur, c'était pourinstruiremon âme du plus auguste et du plus incompréhensible de nos mystères ; la seconde, afin que le Verbe me prît pour son épouse; mais, qu'à cette troisième fois, le Père, le Fils et le Saint-Esprit se donnaient et se communiquaient à moi pour posséder entièrement mon âme. Alors l'effet s’en suivit; etcomme les trois divines personnes me possédaient, jeles possédais aussi dans l’amplitude de la participation des trésors de la magnificence divine. Le Père éternel était mon père, le Verbe suradorable mon époux, et le Saint Esprit celui qui, par son opération, disposait mon âme et lui faisait recevoir les divines impressions. J'avais la vue très vive de mon néant ; et je ne cessais de le confesser dans les moments où je pouvais m'écrier. Je me voyais perdue dans le toux, et dans cette perte, je jouissais d’un plaisir indicible. Je crois que cette jouissance « quelque chose de semblable à celle des bienheureux. La Majesté divine, dans laquelle j'étais abîmée, me prodiguait des caresses qui ne sauraient tomber sou: les sens, ni sous les paroles des hommes mortels Cette faveur donnait un nouvel accroissement à moi: âme, pour lui témoigner son amour avec une familiarité qui semblait lui rendre tout permis. Aussi le: actes qu’elle faisait n'étaient pas d’elle-même; mais elle sentait qu’ils étaient produits en elle par celui dans lequel elle était tout abîmée. Ah! qui pourrait

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dire avec quel honneur Dieu traite l’âme, lorsqu'il lui plaît de l’élever à ses divins embrassements. C'est une chose si étonnante que je crois qu’elle rentrerait dans le néant, sans la douceur dont il a la bonté de tempérer son opération. Ce ravissement dura une demi-heure ; et lorsque je revins à moi, je me trouvai appuyée sur ma chaise. J’eus assez de liberté pour dire complies au chœur, nonobstant les restes des impressions divines dont mon âme avait été inoudee, et dont elle était encore toute liquéfiée, semblable à un vase qui demeure tout humecté même après qu’on a versé la liqueur dont il était rempli.

‘ Je m'aperçus, au sortir de l’église, que j'étais comme une personne ivre, et qui ne peut comprendre les choses qui se présentent à ses sens ; et je demeurai

longtemps renferr.se en moi-même, sans pouvoir être

attentive à aucune chose. ”

Ce fut peu de jours après cette extase que Marie reçut le voile et l’habit de novice. Son âme était encore tout imprégnée de l’onction des grâces divines; et elle y apporta une ferveur et une piété angéliques. Les assistants remarquèrent même, avec une surprise mêlée d’étonnement, que, pendant la cérémonie, quelque chose de surnaturel et de céleste parut rayonner autour d'elle.

En souveruir de l'union étroite qu’elle avait contractée avec le Verbe incarné, qui l'avait choisie pour son épouse, elle voulut ajouter à son nom celui de son bien-aimé, et prit le nom de MARIE DE L'INCARNAr1on, qu’elle a toujours porté depuis.

On avait eu le soin, la veille de sa prise d’habit, d'envoyer son fils, qui n’était pas encore parti pour le collège de Rennes, passer quelques jours à la campagne, dans la crainte que la vue de cette cérémonie fit une trop vive impression sur son esprit.

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