‹ Histoire de la Vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 5 sur 106 · TE ES · texte numérisé non relu

TE ES

Se

Sn que

ee ne ne

mort inévitable. * Assis au fond d’un frêle canot d'écorce, le bréviaire suspendu au cou, l’aviron à la main, dans une posture incommode, sans avoir la liberté de'se tourner de crainte de chavirer et de se noyer ou de se briser sur les rochers, il rame tout le long du jour avec des fatigues inouïes, rendues encore bien plus pénibles par le manque d'habitude. T1 remonte ainsi les fleuves, les lacs, les rivières jusqu'à ce qu'une cascade ou un rapide l’oblige de mettre pied à terre et de charger sur ses épaules engourdies le canot, le bagage, ou les provisions. Souvent un soleil brûlant darde ses rayons entre des rives encaissées et l’enveloppe d’une 1tmosphère de feu; ou bien une pluie torrentielle le surprend pendant une longue marche à travers la forêt. Peut-être un heureux hasard lui offrira-t-il quelquefois un abri; mais si, après l'orage, il veut continuer sa course, pendant que ses pieds plongeront dans la fange, il ne pourra remuer une branche d’arbre sans être inondé d’un déluge d’eau. Enfin lorsque harassé, baigné de sueurs, ou trempé jusqu'aux os, il s’assied le soir au feu du bivouac, il n’a pour toute nourriture qu'une poignée de maïs moulu entre deux pierres et cuit avec un peu d’eau; pour abri que les étoiles; pour lit où reposer ses membres endoloris, ses pieds écorchés, que

* C'est ainsi que périt en 1625 le P. Nicolas Viel, récollet, qui se noya avec un jeune néophyte, près de Montréal, sur le rapide qui depuis a porté le nom de Sault-au-Récollet,

la terre nue et humide, ou bien des roches inégales et raboteuses. Encore avant de s'étendre sur cette rude couche lui faut-il réciter son bréviaire à la lueur du bûcher. Bien souvent la nuit ne fait que varier son supplice ; étouffé par la fumée, ou dévoré par les moustiques, à peine peut-il clore la paupière. Heureux encore si l’insomnie, le forçant malgré lui à faire sentinelle, lui laisse le temps de crier aux armes et d'éviter la hache que lève sur sa tête l’'Iroquois rôdant furtivement derrière les broussailles. *

Il voyagera ainsi pendant des mois entiers avant d'arriver au villagedela mission.‘ Nous vous recevrons, écrivait du pays des Hurons le P. de Brébeuf à quelques personnes qui brûlaient du désir de venir partager ses labeurs apostoliques, nous vous recevrons dans une si chétive cabane que je n’en trouve point quasi en France d'assez misérable pour pouvoir vous dire, voilà comment vous serez logé. Tout harassé et fatigué que vous serez, nous ne pouvons vous donner qu’une pauvre natte et tout au plus quelque peau pour vous servir de lit; et de plus vous arriverez en une saison

où de misérables petites bestioles, que nous appelons

ici taouhac..… vous empêcheront quasi les nuits entières de fermer l'œil... Et puis comment penseriez-vous

* Le P. Bressani échappa ainsi à la mort, et sauva la vie à ses compagnons en donnant l’alarme au moment où les Iroquois, qui s'étaient glissés près d’eux pendant la nuit, allaient fondre sur leur camp.

passer ici l’hiver ?...Je le dis sans exagération, les cinq et six mois de l'hiver se passent dans ces incommodités presque continuelles, les froidures excessives, la fumée, et l’importunité des sauvages ; nous avons une cabane bâtie de simples écorces, mais si bien jointes que nous n'avons que faire de sortir dehors pour savoir quel temps il fait ; la fumée est bien souvent si épaisse, si aigre ct si opiniâtre, que les cinq et six jours entiers, si vous n'êtes tout à fait à l'épreuve, c’est bien tout ce que vous pouvez faire que de connaître quelque chose dans votre bréviaire...Ajoutez à tout cela que votre vie ne tient qu’à un filet...Un mécontent vous peut brûler ou fendre la tête à l'écart. Et puis vous êtes responsable de la stérilité ou fécondité de la terre, sous peine de la vie; vous êtes la cause des sécheresses ; si vous ne faites pleuvoir, on ne parle pas moins que dese défaire de vous.”

A travers tous ces périls, le nouvel apôtre, à peine remis du voyage, se livre avec ardeur à l’étude d’une langue informe, hérissée de mille difficultés et entremêlée de divers dialectes. Cet homme, aussi distingué par sa science que par ses vertus, devient l’humble disciple d'enfants de la nature, ignorants et grossiers. Il ira ensuite rompre le pain de la divine parole à quelques néophytes dispersés çà et là en différents villages, ou bien durant la saison d’hiver, il suivra en raquettes les partis de chasse, marchant le jour enveloppé dans un tourbillon de neige, dormant la nuit sur un lit de sapin. Un canot sauvage abordait un soir aux Trois-

Rivières ; les Français accourus au rivage furent tou-

su chés jusqu'aux lurmes en reconnaissant parmi les née, Indiens le P. Daniel, qui arrivait d’une de ses missions. né Il avait l’air joyeux, le regard rayonnant; mais la Co figure amaigrie, brûlée et toute défaite, Il avait les quel pieds nus et était vêtu d’une vieille soutane déchiréeen o, si lambeaux ;*sa chemise était toute pourrie sur son dos. ers, Mais il était heureux, car il avait eu le bonheur de où baptiser un pauvre malheureux qu'on menait à la — mort. Tous se jetèrent à son cou et embrassèrent avec de attendrissement ce glorieux apôtre de Jésus-Christ. iler Qu'ils sont beaux sur les montagnes et sur les âpres it sentiers du désert les pieds de ceux qui annoncent la pai. Le ir Ainsi furent évangélisées, en moins de quinze ans, # — les diverses tribus sauvages disséminées depuis les tes sources des grands lacs jusqu’au golfe Saint-Laurent, î fi et depuis les glaces de la baie d'Hudson jusqu'aux k FPT rivages de l’Atlantique; à une époque où les colons ; né de la Nouvelle-Angleterre n’osaient encore perdre de tre- vue le seuil de la forêt. :

gué Mais de toutes ces missions, la plus célèbre par le 4 ible nombre de chrétiens et de martyrs qu’elle a donnésau k èts, ciel autant que par ses touchantes infortunes, c'est la 4) el petite église huronne. L'histoire de toutes les autres é Les, missions se résume dans les différentes phases qui É ttes à . * Les sauvages obligeaient les voyageurs de se déchausser 1

4 en entrant dans les canots d’écorce, de crainte de les briser.

me

Page 1