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Dieu est encore notre père, parce qu'il nous gouverne avec un soin paternel, et avec une providence admirable, nous donnant toutes nos nécessités en temps et lieu. Il nous a même pourvus d’un ange pour nous garder et pour nous accompagner partout, comme un père qui donne un gouverneur à un fils qu’il aime et qu’il élève pour être l'héritier de ses biens. Cette faveur qui nous est insensible, a été sensible au jeune Tobie (5.5.), à qui ce Père céleste envoya l'ange Raphaël pour l’accompagner en son voyage, pour pourvoir à tous ses besoins, pour le délivrer de la gueule du monstre qui commençait à le dévorer, et ensuite pour le rendre à son père comblé de biens et de prospérités. Enfin, Dieu a une telle providence pour les hommes, qu'il ne les oublie jamais au moment de leur nécessité, ainsi qu’il le dit luimême (Isaïe. 49, 14.): “ Si on a dit: Le Seigneur m'a abon- “ donné, et Dieu ne se ressouvient plus de moi. Mais la femme “ peut-elle ne pas se souvenir de son fils? peut-elle n’avoir pas “ de la tendresse pour l’enfant qui est sorti de son sein ? Je vous “dis que quand même elle l’oublierait, pour moi je ne vous ‘ oublierai jamais. Voilà que je vous écris dans mes mains, “ afin de vous voir sans cesse et de me souvenir de vous conti- “ nuellement.”?
Dieu n’est pas seulement notre père par la création et par le soin paternel qu'il a de nous, il l’est à plus juste titre par la grâce de la rédemption, par laquelle il nous a adoptés pour ses enfants et nous a donné droit à l’héritage céleste, ce qu'il n’avait pas fait par les bienfaits de la création et de la conservation, qui ne se terminaient qu'aux biens de la terre. “ Voyez, dit “ saint Jean (I. Joan. 3. 1.), quelle est la charité du Père céleste ‘ envers nous, de vouloir que nous soyons appelés enfants de ‘“ Dieu et que nous le soyons en effet! ” Nous avons commencé à être les enfants de Dieu dans les eaux du sacrement de baptême qui, pour ce sujet, est appelé le sacrement de la régénération, parce que nous y sommes engendrés une seconde fois, comme dit Notre-Seigneur (Joan. 3. 7.) : Il faut que vous pre- “ niez une seconde naissance, Ce qui est né de la chair est chair “et ce qui est né de l'esprit est esprit.” I] dit que ce qui est né de l'esprit est esprit, parce que cette seconde naissance est toute spirituelle, toute sainte, toute divine, parce que le Père qui nous engendre est tout spirituel, tout saint, tout divin, ou
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pour mieux dire, il est Dieu même. Depuis donc cette naissance sainte, nous sommes enfants de Dieu, et nous avons droit de iui parler 2 vec confiance et avec amour, comme un fils fait à son père. Sair* Paul nous apprend que nous devons prendre cette humble hardiesse, quand il nous dit (Rom. 8. 15.): ‘ Vous n’avez pas reçu une seconde fois l'esprit de servitude “ dans la crainte, mais vous avez reçu l'esprit des enfants d’adop- ‘tion dans lequel nous crions : Mon père, inon père.”
Notre.
Dieu est tellement notre père, que quand nous le prions, même en notre particulier, Notre-Seigneur qui nous a donné la forme de la prière que nous devons faire, ne veut pas que nous disions: mon père, mais notre père. Cette façon de parler nous apprend que Dieu est le père de tous, et par conséquent que nous sommes tous frères. Ainsi, ce divin Père est le lien dans lequel doivent être unis tous ceux qui participent à la grâce de l'adoption ; et quand nous disons ces paroles : Notra Père, nous nous devons tous considérer comme des enfants de famille qui ne doivent avoir qu'un cœur et qu'un esprit, par le rapport qu'ils ont à un même père. Notre-Seigneur nous enseigne cette vérité quand il dit (Matth. 23. 8.3: “ Vous êtes tous frères, ‘“ parce que vous n’avez qu’un seul Père qui est duns les cieux.”
De cette grâce d'adoption, qui fait que nous sommes tous frères et enfants de Dieu, nous recevons un autre nonneur qu’on ne saurait assez estimer, savoir que nous sommes tous frères de Jésus-Christ, qui est le Fils naturel du même Père que nous, 11 semble que ce lui devrait être un déshonneur d’avoir pour frères des créatures aussi viles que nous sommes : ‘ Mais non, “ dit saint Paul (Hæb. 2. 11.) il n’a point de honte, et il ne rou- “git point de nous appeler ses frères, disant : J'annoncerai “ votre nom à mes frères, ” Et ce qui est encore plus admirable et plus glorieux pour nous, il a même retenu cette qualité de frère après sa résurrection et dans son état glorieux, car, parlant aux femmes qui le cherchaient dans le sépulcre, il ne leur dit pas : Allez dire à mes apôtres ou à mes disciples, mais : ‘“ Allez dire à mes frères de ma part : Voilà que je vais monter “mon Père et à votre Fiic, à mon Dieu et à votie Dicu”
(Joan. 20. 17.). Enfin, saint Paul (Rom. 8. 29.) dit qu’ilest notre frère, et notre frère aîné, d’antant que c’est par lui que nous sommes entrés dans l'alliance de son Père, et que nous devons posséder avec lui l’héritage de la gloire céleste,
Qui êtes dans les vieux.
La foi nous oblige de croire que Dieu est partout ; ce qui ne se doit pas entendre d’une telle manière, qu’une partie de Dieu soit dans chaque partie du monde, parce que Dieu étant un pur esprit, il n’a point de parties et ne pent être divisé: mais il est tout en toutes choses, et tout en chaque chose en particulier, et mêmeilest tout en chaque partie de chaque chose particulière. C’est pourquoi il dit par un prophète (Jerem. 23, 24.): ‘ N'est-ce pas moi qui remplis le ciel et la terre ? ” Et un autre lui parle ainsi (Psal. 138. 8.): “ Si je monte au ciel, vous m'y ‘“ êtes présent ; si je descends dans les lieux les plus profonds “ de la terre, je vous y trouve; si je prends des ailes pour voler “ de l’autre côté de la mer, vous y êtes comme partout ail- ‘ leurs.”
Or, encore que Dieu soit partout, à nos côtés et dans nousmêmes, nous lui adressons néanmoins nos prières dans le ciel : 1. Parce que c’est la partie du monde la plus noble, et le lieu le plus admirable, et qui donne un plus haut sentim.a1t de sa grandeur, de sa puissance et de sa majesté. 2. Parce que notre Père étant dans le ciel, nous devons être persuadés que c’est là notre! patrie, et par conséquent que nous devons continuellement y aspirer, comme des voyageurs qui dans leur chemin ne pensent qu’à leur pays. 3. Afin qu'élevant notre esprit et notre cœur dans le ciel par la prière, nous le détachions entièrement des choses de la terre, selon le conseil de saint Paul qui dit (Col, 3. 1.) : “ Si vous êtes ressuscités avec Jésus-Christ, re- ‘ cherchez ce qui est dans le ciel, où Jésus-Christ est assis à la “ droite de Dieu; n'ayez plus d’affection que pour les choses du “ ciel, et non pour celles de la terre.”