EXPLICATION DE LA PREMIÈRE DEMANDE
Que votre nom soil sanctifié.
Quand nous demandons à Dieu que son nom soit sanctifié, nous ne demandons pas que la sainteté de son nom reçoive de l’accroissement en elle-même, parce que la sainteté de Dieu étant infinie comme Dieu même, elle ne peut croître ni diminuëér ; mais nous demandons qu’elle reçoive de l’accroissement das les hommes, en sorte que les hommes reconnaissent le nom de Dieu comme saint, qu'ils l’adorent comme saint, qu'ils l’aiment comme saint, qu'ils l’honorent et le glorifient comme saint.
Ces paroles que nous expliquerons ci-après, sur la terre comme au ciel, se doivent rapporter aux trois premières demandes comme si nous disions: Que votre nom soit sanctifié sur la terre comme au ciel; que votre règne arrive sur la terre comme au ciel ; que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
Nous demandons donc que le nom de Dieu soit sanctifié sur la terre comme il l’est dans le ciel; non que la sanctification qu’il peut avoir sur la terre puisse égaler celle qu’il a dans le ciel; mais nous le demandons par une bonne volonté, et par un désir intime et sincère de notre cœur.
Tæ nom de Dieu n’a donc pas besoin de notre sanctification, puisqu'il est de soi saint et terrible, et qu’il ne peut recevoir aucune sainteté qu’il n’ait eue de toute éternité ; il ne peut encore être sanctifié aussi parfaitement sur la terre qu’il l’est dans le ciel; le péché où les hommes sont sujets, ne permettant pas que leurs opérations soient aussi pures et aussi saintes que celles des anges et des bienheureux dans le ciel. Nous demandons néanmoins à Dieu que son nom soit sanctifié, et qu'il le soit sur la terre comme il l’est dans le ciel; parce que nous voyons une infinité de personnes qui le mé: .isent, qui le profanent et qui le blasphèment : et l'amour que nous avons pour notre Père céleste, nous presse de désirer de cœur et d’affoection
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que son nom soit connu, loué, glorifié et révéré des hommes sur la terre, comme il l’est des anges et des bienheurenx dans le ciel. C’est-à-dire, que sa gloire et son honneur soient tei!s. ment dans le cœur et dans la pensée des hommes, qu'ils l’honorent et le glorifient par des marques extérieures, comme les saints l’honorent et le glorifient dans la céleste patrie; chantant ses louanges, publiant ses grandeurs, faisant de bonnes œuvres en son honneur, désirant qu’il n’y ait pas un homme sur la terre qui ne reçoive la religion catholique, qui ne se consacre à son service de tout son cœur, et qui ne croie qu’il est la source de tout bien, de tout bonheur, de toute félicité,
Ainsi nous demandons à Dieu par ces paroles, que son nom soit sanctifié par les intidèles, en recevant le saint baptême qui les puritfie et les nettoie par la vertu de ce nom saint et adorable; car, comme dit saint Paul (Ephes, 5. 26.): “ L'Eglise, ‘ c’est-à-dire, les infidèles convertis, a été sanctitiée et nettoyée ‘ dans le baptême de l’eau par la parole de vie.” Cette parole de vie n’est autre dans le sens de l’Apôtre, que le nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, par la vertu duquel nous sommes baptisés et recevons la grâce de l’adoptivn.
Nous demandons encore que ce nom divin soit sanctifié par les pécheurs, qui ont été assez malheureux que de perdre la robe de l'innocence dont ils avaient été rovêtus à leur baptême. Or, le nom de Dieu est sanctitié en eux, lorsqu'ils rentrent en eux-mêmes, pour y voir le misérable état où ils se sont jetés, et pour se convertir à Dieu par une parfaite pénitence ; d'autant que par la conversion, ils cessent d’être pécheurs et deviennent un temple pur et saint à la majesté de Dieu.
Nous demandons enfin, que le nom de Dieu soit sanctifié dans tous les hommes d’une manière plus parfaite, savoir, en menant une vie sainte et ornée de toutes vertus, et de la pratique de toutes sortes de bonnes œuvres. En reconnaissant que tous les biens, soit de la grâce, soit de la nature, soit de l’âme, soit du corps, viennent de Dieu, comme du principe de tout bien, ainsi que nous l’apprenons de l’apôtre saint Jacques (1. 16.) : ‘“ Ne vous trompez pas, mes chers frères, toute grâce “ excellente, et tout don parfait vient d’en haut et descend du ‘“ Père des lumières, qui ne peut recevoir de changement, ni “ l'ombre d'aucune révolution” Enfin, en rapportant à Dieu
toutes choses comme à leur dernière fin, de même qu'elles en sont sorties comme de leur premier principe, savoir, les biens, les honneurs, les dignités, les sciences, la santé, les talents, les vertus que l’on pratique, les grâces que l’on reçoit, les bonnes œuvres que l’on fait. C’est en ce sens, jue saint Paul nous exhorte de rapporter à Dieu toutes nos actions et do les faire en son nom : Car, par ce moyen, les actions sanctifient le nom de Dieu, et le nom de Dieu sanctitie les actions: ‘ Soit que vous “ mangiez, soit que vous buviez, soit que vous fassiez quelque “ autre chose, faites tout pour la gloire de Dieu (1. Cor, 10, 81.) C'est pourquoi l'Eglise enseigne à tous ses enfants, quand ils commencent quelque action, de faire le signe de la croix, en disant: Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ; ou au moins de dire ces paroles de cœur, si on ne les pout dire extérieure ment.
Quand nous demandons à Dieu que son nom soit saiotitié, nous no devons pas seulement entendre le noin de Dieu qui est commun aux trois personnes de la Trinité ; nous sntentons encore le très saint et très adorabla nou de Jésus: cat nous lisons aux Actes de Apôtres 4, 12): 4% I n'y a pot de salut par ‘“ aucun autre que par lui, at nul autre moin sous le ciel n'a été “ donné aux hommes par lequel nous puissions être sauvés.” Et saint Paul dit, écrivant aux \lilippiens (2. 9.): ‘ Dieu l’a élevé ‘“ et lui a donné un nom qui est au-lessus de tous les noms, ‘afin qu'au nom de Jésus tout genou fléchisse dans le ciel, sur ‘€ Ja terre et dans les enfers, et que toute langue confesse que “ le Seigneur Jésus-Christ est dans la gloire de Dieu, son Père.”
Mais, comme il y a des personnes qui sanctifient le nom de Dieu en eux-mêmes par leur bonne vie, et dans les autres par leurs exemples, par leurs paroles, ou au moins par leurs bons désirs; il y en a, au contraire, qui le méprisent, qui le profanent et qui le blasphèment en eux-mêmes par leurs crimes et par leur vie déréglée, ainsi que dit saint Paul (Tit. 1. 16.): “ Tout est pur à ceux qui sont purs, et rien n’est pur à ceux qui ‘ sontimpurs; mais leur raison et leur conscience sont impures ‘“ et souillées. Ils font profession de connaitre Dieu, mais ils le “ renient par leurs œuvres, étant détestables, rebelles et inutiles “ À toute bonne œuvre, ” Ils déshonorent encore et blasphèment ce saint nom dans les autres par lenr: mauvais
vxemples ; c’est-à-dire, qu’ils donnent occasion aux autres de le déshonorer et de le blasphémer, comme saint Paul l’a remarqué (Rom. 2. 28.): “ Vous qui vous glorifiez dans la loi, vous désho- “ norez Dieu dans la loi : car vous êtes cause, comme dit l’Ecri- “ture, que le nom de Dieu est blasphémé parmi les nations.” L'Ecriture que cite ce saint Apôtre, est la prophétie d’Ezéchiel, qui dit (36. 20.): “ Ils ont imité les Gentils chez qui ils sont “ entrés; et ils ont profané mon saint nom lorsqu'on disait “ d'eux: Voilà le peuple du Seigneur.” Ceux-là sont doublement coupables, et ils seront aussi doublement punis ; premièrement pour leur vie déréglée et scandaleu::, et secondement, pour les Llasphèmes que les autres commettent à leur occasion contre le saint nom de Dieu.
Finissons donc cette matière par ces paroles de Notre-Seiyneur (Matth. 5. 16) : ‘“ Que la lumière de votre exemple éclate ‘“ de telle sorte devant les hommes, qu'ils voient les bonnes ‘“ œuvres que vous faites, afin qu’ils aient de là occasion de “ glorifier votre Père qui est dans les cieux.”
EXPLICATION DE LA SECONDE DEMANDE, Que votre royaume arrive.
Ce que nous demandons à Dieu par cette prière, est d’une telle importance, qu’il est comme la fin de la prédication de l'Evangile. Saint Jean qui était le précurseur de l'Evangile, comme il l'était de Jésus-Christ, commença sa prédication en disant (Matth. 8. 2.) : “ Faites pénitence, parce que le royaume “ des cieux est proche.” Notre-Seigneur n’a pas pris un autre sujet quand il a commencé à précher, comme nous remarquons dans cet admirable sermon qu'il fit sur la montagne, où il proposa le royaume de Dieu comme la fin de ce qu'il allait dire (Matth. 4. 17.) : “ Bienheuruux sont les pauvres d'esprit, parce “ que le royauine des cieux leur appartient.” Et lorsqu'on le voulait retenir dans un lieu où il avait fait quelques miracles,
il se retira, disant (Luc. 4. 43.): “ Il y a d’autres villes où il # fant que je prêche le royaume de Dieu, car c’est pour cela que ** je suis envoyé.” Les Apôtres ont imité leur Maître: parce que ce divin Sauveur les envoyant prêcher l'Evangile, il leur déclara tout ce qu'ils devaient faire, et tout ce qu’ils devaient dire. Il leur dit entre autres choses (Luc. 10.11.) : “ En quelque ‘“ maison que vous entriez, dites d'abord: Que la paix soit en “ cette maison ; et en quelque ville que vous entriez, guérissez “les malades et dites-leur : Le royaume de Dieu est proche de “vous.” Et un autre qui le suivait, lui ayant demandé permission d'aller ensevelir son père, il lui dit (Luc, 9, 60,): ‘ Allez, * prêchez le royaume de Dieu.”
Comme le royaume ou le règne de Dieu s'entend en diverses manières, quand nous faisons cette prière, que votre règne arrive, nous demandons plusieurs choses bien différentes.
1. Par le royaume de Dieu, l’on entend généralement toutes les créatures, qui dépendent absolument de Dieu comme de leur souverain (Psal. 94. 4.): “ Car, comme témoigne le Prophète, ‘toutes les extrémités de la terre sont en la puissance et entre “les mains de Dieu.” Et Mardochée, aflligé de l'oppression où il voyait les Juifs dans leur captivité, et du dessein que l'on avait de les exterminer tous, s’adressa à Dicu en cette sorte (Livre d’Esther, 13. 9.) : O Seigneur, à Dieu, à Roi tout-puis- ‘sant ! toutes choses sont en votre puissance : il n’y a personne “ qui puisse résister à votre volonté, et nul ne se peut opposer à ‘votre majesté.” ;
Ainsi, quand nous le prions que son règne arrive, nous demandons que toutes les créatures lui obéissent autant qu’elles en sont capables, qu'elles le louent, qu’elles l’honorent, qu’eiles le glorifient, comme font les cieux et le firmament, selon ces paroles de David(Ps. 18. 1.): “ Les cieux publient la gloire de “ Dieu, et le firmament déclare la grandeur des ouvrages de ses “ mains.” C’est pourquoi le même Prophète dans ses derniers psaumes (Ps. 148. 149 et 150.), et les trois enfants hébreux dans le cantique qu’ils chantèrent dans la fournaise de Babylone (Dan. 3. 67.), exhortent le ciel, la terre, les anges, les hommes; les bêtes, les oiseaux, les poissons; le soleil, la lune, les étoiles ; la grêle, la noige, les vents ; le feu, les eaux, les montagnes; les arbres qui portent du fruit, ceux qui n’en portent point, et gé-