I.A VKRHKRll': ni: xv AU X 1 \ SIÉCLR I8'.i
les antres [)ar traclition et, pour ainsi dire, pai- privilège, il en est résulté que Ton s'était habitué g<''néralement à considérer les verriers comme des gentilshommes, et cela d'autant plus facilonient que ce sont surtout les verreries de la Normandie qui ont été prises comme exemples et sujets d'étude par les ([uelques écrivains (jui ont traité, à cette époque, de l'industrie du verre, ('."est ce qui a fait dire faussement à Savary des Bruslons, dans son Dictionnaire du commerce : » Il n'y a en France que des gentilshommes qui puissent souffler et fabriquer le verre; bien loin^r^ue ce travail attire la dérogeance, c'est une espèce de titre de noblesse, et l'on ne peut même y être reçu sans en faire preuve. Ce privilège, que les rois ont bien voulu accorder pour faire subsister la pauvre noblesse', n'a point soutïert jusqu'ici d'altération, et il seroit à souhaiter qu'il y eût encore plusieurs autres manufactures qui eussent cette prérogative... Au gentilhomme verrier seul appartient de soufflerie verre...» Cette opinion était si communément répandue, que M'"*' de (ienlis parlait encore, en i8'I8. de la noblesse des verriers, mais en lui assignant une cause toute particulière. >< Il y avoit avant la l'évolution, dit-elle dans son Dictionnaire des étiquettes de ta cour', un état, ou [lour mieu.x. dire un métier qui, loin de faire déroger, exigeoit en quelque sorte une espèce de noblesse : c'étoit celui de faire (de souffler) des bouteilles pour mettre le vin. Les chefs de ces manufactures s'appeloient gentilshommes verriers. Tout ce ipii avoil
^ Beneton de t^ERRiN dit également que les grands privilèges qui leur avaient été accordés ayant « aplani les difficultés de la dépense des grosses verreries, plusieurs gentilshommes, flattés de l'espérance du gain, s'en rendirent les entrepreneurs et se déterminèrent à être verriers, quand ils virent que leur naissance n'en souffroit point, et quMIs étoient mis ainsi au-dessus de maîtres des petites verreries ; et les souverains autorisèrent cette distinction de rang pour fournir un nouveau moïen de subsister a la pauvre noblesse. »
■ liL-8". Pi'.ri^. 1SI8, lonif II, p. .3o8.
A NEHRERIE
(inelnue rapport au vin étoit particiilièrement respecté en France : c'est pourquoi les vendanges étoient et sont encore le temps consacré aux vacances des tribunaux et des collèges, et non celui de la nmissun. di)nt les travaux sont l)eaur(»up plus importants. »
Fig. 40. — Un gentitliomme v&rrier, d'après Uadel.
a. GentiLboinme formant la noix à la bosse. — 6. Siège sar le^tuel le gentilbomme s'assied pour soumer la busse. — c. Petit baquet iilein d'eau pour iuciser la bosse. — </. Tronc d'arbre qui soutient le ba<iuet. — e. Buire de fer pour former la noix à la bosse. — *". Bosse dessus la barre de fer.
V Encyclopédie elle-même, dans les planches de la Verrerie, donnait le nom de gentilshommes aux ouvriers (pi'elle représentait occupés aux dilîérents travaux de la fabrication du verre, et avait bien soin d ajouter à la description des divers ustensiles qui sout n'in'odnits la iiientinii : qui sert au (jentilhomme, dont se sert le goitilliomnw. etc. (^tig. 't(t).
Il seml)l(\ du reste, que cette qualification de (jentilhomme verrier ait l'ait pai-lic pai- cxtciisiiui sans duntc. mais ceiicndant d"ime l'açon reconnue et [)our ainsi dire oriicielle, au iiidins en ce qui concerne les manidactures ipii jiniissaiiMit (lu jiiivilrgc de iiiii))i(fartures royale^, des |irérogatives alla-
LA VERREHI1-: bl \ V AU XIX" SIÈCLE 191
chées M la pn)tession elle-inèine, bien (pif ii"i)ctroyaiit pas pour cela de droit à la noblesse, surtout depuis les arrêtés de 1601 et de 1G03, que nous avons cités. C'est ainsi que ditïéieiits aiiV'ts du ciuiscil d'I^tat concernant la manufacture royale de la verrerie de Sèvres, dont nous parlerons plus loin, donnent aux verriers qui y sont employés le titre de gentilshommes, tout en les traitant comme de simples roturiers et en leur refusant, sous peine d'amende cl uu'iih' de peines corporelles, non seulement de disposer d"eu\. mais encore de s'éloigner de plus d'une lieue de la manufacture sans une permission signée, \n\i-\ quelques passages de l'arrêt du 19 mai 1733 :
Sur ce qui a été représenté au F>oy, et son conseil, que nonobstant qu'aux ternies des arrest du conseil servant de règlement sur le fait de la police et administration des manufactures de verreries et glaceries du royaume, conformément à ce qui est porté par les oixlonnances royaux... Néanmoins il est arrivé que depuis le premier janvier de la présente année , treize des employez en la manufacture de la verrerie royale de Sèvres, ou gentilshommes ou liseurs, et autres ouvriers de ladite manufacluie, ont esté débauchez, et ont abandonné leur service à rinstigatirui des nommez Clei'bois, le Clerc et de la femme du nommé Saunier, cy-devaiit euiistructeur des creuzets, servant à l'usage de ladite manufacture; jusque-là même que, depuis peu de jours, un particulier de la verrerie de Crez en Bourbonnois, près Moulins, a tenté, à ditTéi'entes reprises, d'enlever et faire déserter plusieurs autres des ouvriers actuellement employez en ladite manufacture, et que le nommé Pérard l'alné, gentilhomme verrier, travaillant au grand four de ladite manufacture, entretient des correspondances continuelles et nuisibles au service, toutes choses qui tendent également à ruiner peu à peu ladite maimfacture de verrerie de Sèvre::.... Le Roy, en son CONSEIL, a ordonné et ordonne que lesdits arrêts seront exécutez selon leur forme et teneur : en conséquence, fait Sa Majesté itératives et très expresses inhibitions et detlenses à tous gentilshommes verriers , liseurs, ouvriers , serviteurs, domestiques et autres employez à ladite manufacture de verrerie de Sèvres, sous peine d'amende, même de punition corporelle, de quitter leur service sans un congé par écrit de
192 LA VKRRERIF.
l'inspecteur ])Our le liuy en lailile nianutaelni'e, le(|uel ils seront tenus de demander deux ans avant leur sortie; voulant aussi, Sa Majesté, qu'ils ne puissent s'éloigner de plus d'une lieuë de ladite manufacture sans un congé dudit inspecteur: Fait pareillement Sa Majesté très expresses inliibitions et delTenses à tous maistres de verrerie et autres personnes, de quehiuc qualité et condition quelles soient, de recevoir à leur service, sans un congé par écrit dudit inspecteur, lesdits gentilshommes verriers, tiseurs, ouvriers, serviteurs, domestiques et autres employez en ladite manufacture de verrerie à Sèvies; et en cas qu'ils les eussent reçus sans les connoistre ou autrement, ordonne Sa Majesté qu'ils seront tenus de les rendre à la première réquisition de son inspecteur à ladite verrerie de Sèvres, le tout à peine de trois mille livres d'amende contre chacun des contrevenants... Et sera le présent arrest exécuté nonobstant opposition ou empeschement généralement i|ueleùni[ue.
F.xiT au conseil d'Estat du Roy, tenu à Versailles le dix-neufvieme jour de may mil sejit cent trento-lrois. Collntimnié. Signé : de VofONV . avec paraphe'.
Cette qualification de gentilhomme n'était cependant pas généi'ale, et dans bien des manufactures on ne la donnait pas aux vennei's, qui étaient simplement appelés ouvriers. Cependant, et sans doute i)ar suite encore des anciens privilèges attachés à leur profession, ces derniers avaient le droit de porter l'épée. Nous en avons un exemple dans le règlement de la verrerie (pii ap[);utonait, avant la révolution, à la chàtellenie d'Apremont, dans l'ancien Nivei-nais. Ce curieux document, qui a été retrouvé et publié par M. Rûubet -, prouve également (jne le.s ouvriers souflleurs, ou maîtres, avaient consei'vé, outre cette habitude de s'enivrer quelquefois, qui avait été reprochée à lem's ancêtres, le iioble droit de rosser lents aides ou liseurs. Kn voici ipiejipn^s articles :
' Exlrail des registres du conseil d'Esdil. — Du 19 may 1733. '' L. RouBET, In Feii'eric d'Aprcmonl , 8 p. iii-8", s. 1. ii. il.
lECLK
S'il arrivait qu'un ouvrier s'enivrât, l'autre ouvrier qui fera son ouvrage jouira de sa paye, et les deniers lui en seront eomplés;
S'il est possible , point de femmes dans la verrerie ;
Il faut éviter, autant que possible, de battre les tiseurs; mais si l'on en étoit réduit à certaine extrémité, il faudra les rosser ou les faire mettre au pain et à l'eau ;
S'il arrivait qu'un ouvrier maltraitât un autre ouvrier dans l'enceinte
Fig. 41. ^ Servants de verrerie, d'après Radel.
de la verreiie ou dans la verrerie, il sera coiidannié à dix: livres d'amende; s'il le blessoit, un retiendra de quoi [layer le chirurgien; s'il étoit hors d'état de travaillei', on niellra un homme aux dépens de celui qui aura fait la blessure ;
Si un iiuvi'ier tiroit l'épée dans l'enceinte de la verrerie contre un autre ouvrier qui n'en auroit pas, il payera trente livres d'amende et sera mis en prison , et même renvoya.
On voit qu'à part cette fâcheuse tendance à boire de façon à s'enivrer, les verriers conservaient une certaine noblesse dans leur manière d'être. Mais c'est plus particulièrement, semble-t-il, dans les verreries de la Normandie que les grandes traditions étaient observées; M. Le Vaillant de
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la t'ielTe, dans riiitéressant ouvrage que nous avons cité plusieurs fois, nous a tracé, d'après des notes conservées dans sa famille, un curieux tableau de ce quêtait, à la fin du siècle dernier. Fintérieur d'une manufacture de verres en -plats. « L'atelier nolilc (rime verrei'ie en activil(\ dit-il. se composait, dès le conunencement d'une reveillée ', de huit gentilshommes, savoir : deux cueilleurs, trois bossiers et trois ouvriers. Aux deux cueilleurs on adjoignait souvent un enfant de dix à quatorze ans, qui venait faire gratuitement son apprentissage; c'était, le plus ordinairement, le fils ou le parent de l'un des gentilshommes qui faisaient partie de l'atelier en exercice ; quelquefois c'était l'enfant d'un membre de l'une des quatre familles verrières', mis sous le patronage d'un gentilhomme verrier.
« Les gentilshommes s'engageaient par écrit pour la reveillée entière, moyennant des appointements comenus et proportionnés à leur aptitude. Un chapeau brodé, comme les nobles en portaient alors (fig. 41), leur était fourni par le maitre de la verrerie, en sus du salaire de chaque joui-; quelquefois un pot-de-vin en argent tenait lieu d'un chapeau ; chacpie gentilhomme avait droit en outre, pendant tout le temps de la réveillée, à son logement, à sa nourriture à la table du maitre de la verrerie, au blanchissage de son linge et à la nourriture de son cheval et de son chien, soi^ gnés par les domestiques de la maison.
« Le travail ne durait pas moins de douze heiu'es par jour; il ne commençait jamais le himli avant minuit, et le samedi il ne se proiongiMit pas au delà de la même
' La réveillée coiiimcnrail au iiiniiioiil oii on inpll;.il lo fi'U à un four neuf et se continuail sans intiTruiilion jusiiu'à lo i|ue ic four ne lui plus on étal (le servir.
* Ces quatre familles ('Uaiont, ainsi ([ue nous l'avons dit , celles des Le Vaillant, (Jes Boutrars, des Cac(]ueray et des Brossarl.
LA VERRERIE DU XV AU XIX'^ SIÈCLE 19o
heure; la tâche à faire était de cent quatre à cent vingt plats avant le diner, et autant après. Chaque gentilhomme trouvait, en arrivant au four, son déjeuner servi sur une assiette d'étain ou de grosse faïence; ce repas consistait, les jours gras, le plus souvent en une tranche de viande froide, du rôti de la veille, remplacée parfois par des tripes, du foie de veau et du lard, etc. Le cidre et le [lain étaient toujours à discrétion. Toutes les heures, les petits liseurs servants criaient sur une espèce de chant : I' A boire [loui- ces Messieurs! » mots auxquaJs s'ajoutait le nom de celui qui était chargé d'aller chercher une carafe de cidre frais; car, dans Tété surtout, on sentait souvent le besoin de se rafraîchir. Quand le moment du diner approchait, les petits tiseurs criaient trois fois en dehors du four et en face de la cuisine, de manière à être entendus du cuisinier : « A dîner pour ces Messieurs ! » Le cuisinier faisait servir. Chaque gentillmmme passait un pantalon et se dirigeait vers la salle à manger. Le dîner se composait d'une soupe copieuse, d'un bon bouilli et d'une entrée suffisante poiu' iuiit [)ersonnes. La suspension du tiavail ne durait pas une hernie; chacun reprenait son poste, et la besogne de Taprès-dîner s'exécutait comme celle du matin. La journée terminée, on procédait à sa toilette, après l'avoir fait précéder d'ablutions complètes. On prenait alors la mise et la tenue convenables pour souper avec les dames de la maison, quand l'heure du repas se trouvait identique, car souvent, surtout à la fin de la semaine, le travail ne commençant que fort tard, ne cessait que dans la nuit. Au souper on avait un énorme rôti, une salade, des légumes, du dessert et du vin. On observait rigoureusement les jours maigres : le poisson, les ceufs, les légumes, étaient les principaux aliments des gentilshommes verriers pendant les jours d'abstinence. Le souper se pro-
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longojiit longtemps: la conversation prenait à ce repas ini ton pi([naiit, facétieux, d ipiclipiclois. il faut en convenir, un tantinet licencieux.
" On chantait, on réiiétait en chimir de joyeux relVains. r^es chansons se reproduisaient le lendemain à râtelier, pendant le travail: la chaleur et la fatigue n'arrrtaient pas ceux qui aimaient à faire retentir les échos de leurs gais chants. Plusieurs gentilshommes avaient de très lielles voix, r.a gaieté distinguait le caractère des gentilshommes verriers. Le luxe de la tahle et des habits n'existait pas chez eux; ils n'avaient i>oiut de souci pour l'avenir; ils se mariaient jeunes. Leurs enfants, toujours nombreux, à peine arrivés à dix ou douze ans. trouvaient un état dans les verreries ; les plus intelligents et les plus économes pouvaient espérer de parvenir à une part dans l'exploilalion d'une de ces manufactures: d'auti'es, dégoûtés du travail, s'engageaient dans l'armée, servaient quelque Icnqis la patrie, et trouvaient à leur retour les icssources (pi'ils avaient dédaignées en partant.
» Le repos du dimanche et des jours fériés était constamment de \ingt-(juatre heui'es au moins. Aux fêtes de Pâques, le travail était suspendu le mercredi saint à minuit et n'était repris que le mercredi suivant, afin (jne jtendant ces six jours de chômage cliacini pût rem[ilir ses devoir.s religieux et passer ce saint temps en famille: aussi ceux dont la demeure était éloignée de la verrerie en prolitaientils pour aller visiter leurs femmes et leurs enfants.
« Le costume du gentilhomme peiidanl le liavail consistait seulement en une chemise sans caleçon, qui descendait un peu au-dessous du genou, et une demi-chemise ayant une large manche, [ilacée de ci'iti' et au bras gauchi'. Cette manche était assez ample et assez longue poni- envelopper la main. Vno coilTe en toile couvrait la t(Me. i'oin' tenir la fêle,
LA VERRERIE DU XV° AU Xl.V SIECLE 197
l;i main gauche était armée (run touret en fer recouvert de foutre; la main droite était entièrement libre, afin de donner à l'instrument le mouvement et la direction nécessaires au travail ( fig. 40 et 42).
- Chaiiue ouvrier, pour protéger sa figure contre Faction lia feu quand il approchait des ouvreaux, portait sur la tète un écran mobile, garni de toile du côté qui se trouvait le plus près du four...
« Ce costume si léger n'avait pourtant rien d'indécent : les femmes pouvaient entrer sans que leur pudeur en fût offensée. On les recevait avec courtoisie: on les plaçait aux endroits où la chaleur était le moins à redouter, et on leur faisait suivre, avec les explications nécessaires, tout le tiavail dans ses intéressants détails, depuis la première opération du cucilleur, la longue transformation opérée par le bossier, jusqu'au moment où la bosse, séparée du ferrement et présentée au grand ouvreau. s'ouvrait et se déployait par un mouvement rapide de rotaiion d'une manière vraiment merveilleuse'. Les petits liseurs présentaient aux dames des larmes de verre qui. par un mouvemement sulitil de l'enfant, se brisaient avec éclat et ne laissaient dans la main de celle à qui on les olh'ait ipTune poussière phosphorescente -. I)"autres ouvriers les priaient d'accepter des
' Les différentes opérations dont il ost ici qupslion , et que nous décrirons plus loin , sont celles qui ont trait à la fabrication des verres à vitres en plais, tolli' qu'elle était pratiquée en Normandie à In liu ihi wni'' >iri-lc.
- Ces litrtiies. connues >ous le nom de lurnicx hninvlquex . sont des gouUede véi-ip lerniiniV> par une pointe très délir-e. que l'on ohlient en laissanl tondier du veriv très liquide dans un baquet plein d'eau froide, et qui, pai' suite d'un refroidissement inégal dû à la mauvaise conductibilité du verre pour le calorique, jouissent de la singulière propriété de pouvoir être frappées assez fortement sur le gros bout avec un marteau, tandis qu'en cassant l'extrémité de la queue, elles se réduisent en poussière avec explosion. Le prince Rupert de Bavière est-, dit-on . le [jreniier qui , vers 1601 , ait appelé l'attention sur ce
chanterelles, espùce de bocal renverse' à fond ouvert, réduit à la simple épaisseur d'un papier très léger, et dont on tirait en soufflant dessus des sons agréables. Ce délicat produit des verreries était d'une fragilité si grande, qu'on ne pouvait le conserver qu'un bien court espace de temps...
« Avant 1789, les gentilshommes verriers ne sortaient jamais sans leur épée; c'était toujours cette arme à la main qu'en présence de deux témoins se vidaient les querelles et différends qui souvent s'élevaient entre ces honnncs. susceptibles et chatouilleux. Au premier sang qui venait à couler, les témoins intervenaient et faisaient cesser le combat; on rendait justice à chacun en reconnaissant sa valeur, on s'embrassait, et on n'en était que meilleurs amis. »
M. Le Vaillant de la Fielïc, à l'ouvrage duquel, ainsi q\ie nous l'avons dit, nous avons emiirimté ce tableau assez séduisant de l'existence que menaient ces verriers, qui tous appartenaient à des familles d'exti-action noble, mais peu favorisées sous le ra[ipiirl de la rnrliine, ajoute (pie, malgré leur rude travail, ils avaient conservé une dévouement inaltérable à la monarchie, et cite, à l'appui de son assei'tion, ce fait (pie tous les gentilshommes verriers allèrent, en ITIVJ, se ranger dans l'armée des princes. X'illencuvc de iiai-gemont, sur l'autorité duquel il s'ai)[iiiie, aflirme également, dans ses Mémoires sur l'expédition de Quïbcron, « (pi'ils demandèrent à fornicr une co!n|iagiiie détachée, sous le commandement de celui d'entre eux le plus élev('> en gi'ade; mais que IM'"' le comte d'Artois ne voidiil pas (jiic les meinbres de familles si dévouées courusscul le risipie de se faire exterminer dans un seul combal, et (pie S. A. li. cul la bonté d'ordonner qu'ils lussenl dispersés dans les dinViciits corps de l'armée. »
plKJnoinOnc qui a tant excité radniiralion des savants i'i la lin ilu wii'' ~ii rlo , et c'est à cette circonstance qu'elles doivent leur nom.
Beiieloii (le Perrin, dans l,i Dissertation que nous avons déjà eu roccasion de citer, Taisait également, dès 1711"). réloge de l'existence que menaient les verriers normands : « Le droit exclusif, dit-il. de travailler au gros verre, que ces gentilshommes ont conservé avec soin, les a (poui' ainsi dire) bornés dans leur fortune ; contents de leui' sort, ils ont négligé d'en venir chercher un plus brillant à la cour: ils vivent tranquillement entre les bois qu'ils habitent et s(;avent s'y procurer, par la culture de leurs terres et le travail dans les -verreries, les aisances de la vie et de (juoi se soutenir selon leur condition.
« Cette vie tranquille ne les a pas empêchés de paroître à la guerre quand le service du roi l'a exigé ; ils s'y sont même distingués ; mais aussitôt (|ue la nécessité qui les avoit obligez de prendre les armes a cessé, ils ont repris avec plaisir leurs occupations ordinaires. »
Ici s'arrêtent les documents que nous avons pu rassembler sur les gentilshommes verriers. La révolution, qui devait abolir un si grand nombre de privilèges solidement établis depuis une longue suite de siècles, détruisit naturellement ceux de ces pauvres souffleurs de verre, qui rejjosaient sur des bases si fragiles et qui avaient été si souvent méconnus, ou tout au moins discutés; les verriers rentrèrent alors dans la catégorie des simples artisans, n'ayant plus pour les soutenir dans leur pénible labeur ces prérogatives qui caressaient autrefois leur vanité, et grâce auxquelles, en réalité, l'industrie du verre a pu s'établir et progresser malgré les difficultés de toute nature contre lesquelles elle avait à lutter.
En résumé, on voit par ce qui précède que s'il y a eu en France des gentilshommes verriers, il ne s'ensuit pas pour cela, ainsi que beaucoup d'auteurs l'ont avancé à tort, que
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tous les verriers fussent gentilshommes, ni que l'exercice de la verrerie rontV'ràt la nobless(\
Il n'en était |ias de même en Italif; nous avons vu jilus haut comment l'ut établi le Ubro d'oro des verriers de Murano; depuis cette épo([ue, il n'y eut pas un seul des verriers vénitiens ou innranais qui ne s'intitulât lui-même gentilhomme, bii'U que souvent il ne fût que simple ouvrier, et " qu'il se louât ou assujettit en sous-ordre ». C'était bien autre chose encore à Altare, où les nobles seuls, paraitil, pouvaient exercer le métier de verrier, ainsi que le monti'ê une attestation donnée pai' les consids de cette ville à un membre de la famille de Sarode, le '(■ féviier lOi"). » Ce qui est une preuve très assurée, dit cette attestation, (}ue les memlires de la fimille de Sarode sont nobles et de race noble, c'est qu'ils jouissent du privilège d'exercer l'art de la verrerie, auquel ceux qui ne sont jjas nobles ne sont pas admis; ce qui est très vrai et doit être tenu pour certain et assuré jtar tous, devant tous, et pidiliipieiiieiit. »
On peut donc établir qu'en France on restait noble qiioi({ue l'on fût verrier, qu'à Venise on était noble parce que l'on était verrier, et ([u'à Altare on n'(''lait veirier (pie parce que l'on était noble.
L.v VKFUtEiuK ivN I*'r.\\ce w xviii'^ sii'.c.r.K. — Nous avonsvu (page 151) comment les lettres patentes du mois d'avril ICiôO avaient donné à tous les veri'iers de France l'autorisation de faire le verre cristalllUf (pu jusipTalors avait «''té réservé à (pielques fabriques privilégiées, et principalement à celles (|ui avaient été ftuidées j)ar des verriers vemis de Venise ou d'Altare. A dater de ce iiioinenl, un grand nombre de nouvelles manufactures s'étant établies, el la fabrication du nouveau verre n'(''tant plus, connue par le passé, un secret de composition ni le résultat d'un tour de main spé-
cial. il ?;eiiibl('rait (pic cette fabrication ait dû piondie ra[udeiiicnt iiiip assez i^rainle iinimi-tance.
Il lieu fut lieu cependant; et. soit que les verres français fussent inférieurs, comme fabrication et comme qualité, aux verres ijui arrivaient de Venise, des Pays-Bas, de l'Âllemagne. et notamment de Bohème, où on avait commencé depuis quelque temps déjà à faire des verres taillés qui étaient alors recherchés partout, soit que le prix des verres étrangers fût relativement moius élevé, les fabricants français demandèrent des tarifs protecteurs, (pii fuient établis par arn''t('' du IS septeuibrr Kid'i. mais ipii ne remédièrent pas au mal. Ils se plaignirent de nouveau, et Tarrèt suivant du conseil d"État, daté du 1^'.» mai 1()88. augmenta les droits, déjà assez élevés cependant, que devaient payer, à leur entrée en France, les verres venus de l'étranger.
LE ROY, etc.... Voulant ,'iua;!iientor lesitits droits .^^ur les verres étrangers pour faciliter le débit de ceux des Manufactures du Royaume : ouy le rapport du sieur LePeletier... S.\ Majesté en son Conseil a ordonné et ordonne qu'à commencer au quinzième juin prochain, les verres de toutes sortes qui entreront en France, payeront à l'entrée du royaume, sçavoir le verre cassé comme groisil ', vingt sols par baril; le verre en table ' pour vitres , la charretée de quatre paniers , douze livres ; les Verres, Tasses, Couppes et Bassins de cristalin de Venize et d'ailleurs, trente livres du cent pesant, et les verres à boire, excepté ceux de Venize, dix livres du cent pesant. Enjoint Sa Majesté à maistre Pierre Domergue, adjudicataire des cinq grosses fermes unies, et à ses commis, de percevoir lesdits droits entièrement, sans en faire aucune composition ny remise, et aux juges des fermes de tenir la main à l'exécution du présent arrest, à peine d'en répondre en leurs propres et privez noms.
Fait au Conseil d'État du Roy. le vingt-neuvième may 1688, etc....
' Verre pilé et réduit presque en poudre. ( hi dit aujoui-d'hui yrcsil. ^ Nous avons vu que ce verre était fabriqué surtout en Lorraine; on en taisait également beaucoup en .\lleniagne.
Quelques semaines plus liird, le l'i août, un second ai'i'êté ajoutait les bouteilles', pour lesquelles on devait payer dix livres « du cent pesant, Sa Majesté estant informée que, par méprise, quoy que ce n'ait pas esté son intention, les l)Outeilles simples et de gros verre avoient été olimises... »
JNIais ces arrêts ne furent exécutés qu'en partie, le premier surtout; les étrangers continuèrent, comme par le passé, à faire entrer leur fragile marchandise en frustrant le trésor du tiers au moins des droits qu'ils devaient payer, et cela surtout par suite des fausses déclarations qu'ils faisaient, amionçant comme verres à boire ordinaires des verreries de Venise et des verres de cristallin, que les employés laissaient passer, peu familiarisés qu'ils (Haient avec les nombreuses applications du verre. Il on (Hail résulté pour l'industrie française un préjudice assez considérable, et plusieurs manufactures, même parmi les plus importantes^, avaient dû éteindre leurs fourneaux , dans l'impossibilité où elles étaient de lutter contre la concurrence étrangère. Le conseil d'l''.tat intervint de nouveau, et un second arrêt, plus sévère, et surtout d'une rédaction plus précise, fut alors rendu le 7 septembre 1727. Nous croyons intéressant de rf^produiic ici ce curieux do(;ument, qui contient un si grand iKnnlirc iriiidications précieuses sur l'emploi du verre dans la fabrication des objets usuels.
' A cette époque, les bouteilles étaient fabriquées surtout en Lorraine.
'^ Entre autres, la manufacture ro;/tile en cristaux de Bayel, près Har- sur- Aube, en Champagne, « laquelle, dil h- Jaunidl de t'cj-dun (mars 1728), étoit d'autant plus avantageuse au royaume, (lu'oii \ laliriquoil un très grand nombre de beaux ouvrages pour VEspagne, le Portugal, le Mexique, les Indes, etc., sur les mémoires et les modèles que les marchands espagnols et portugais envoyaient. On en ralluma le fourneau aussitôt après qu'on eut reçu avis de l'arrest du 7 septembre 1727, et l'on y fait, vend et débite tous les ouvrages dont il est fait mention dans cet arrest, avec |iiii>ii'iirs ;:ulns dont l'énumériition seroit ennuyeuse. »
A VlilRRERll' DU XV^ AU \ir SIÈCLE 203
APiREST DU Conseil d'Etat du Roy
concernant les Droits d'entrée que doivent payer les dijjérens ouvrages de ven-e blanc cristallin venatis des pays eslrangers. — Du 7 septembre 17'27.
(Extrait des registres du cnnseil d'Etat.)
LE ROY, s'estant fait représenter en son Conseil, l'arrest rendu en iceluy le 29 may 1688 concernant les Droits d'entrée dans le Royaume sur toutes sort(^s de verres venant des pays estrangers, portant entre autres choses que les Verres, Tasses, Coupes et Bassins de cristallin de Venise et d'ailleurs, payeroient trente livres du cent pesant, et les verres à boire, excepté ceux de Venise, dix livres seulement : Sa Majesté a esté informée qu'on est dans l'habitude d'éluder l'exécution dudit arrest, en faisant passer les verres cristallins et autres ouvrages de cristal pour verres à boire , sur lesquels les commis des Fermes ne perçoivent que le droit de dix livres; à quoy estant nécessaire de pourvoire par une énumération i}lus précise des dits ouvrages sujets aux droits de trente livres, ne devant y avoir que les verres à boire, excepté ceux de Venise, sujets au droit de dix livres d'entrée. Ouy le rapport du sieur Le Peletier, conseiller d'Estat ordinaire et au Conseil royal, controlleur général des finances. Sa Majesté estant en son Conseil, a Ordonné et Ordonne que l'arrest du 29 may 1688 sera exécuté en sa forme et teneur; et, en conséquence, que toutes sortes d'ouvrages de verre blanc cristallin, comme verres, tasses, flacons de toutes sortes, fioles à sel, rouleaux, tabagies, lustres, pendeloques pour lustres, enfilades, dents pour hochets, falots, lanternes à douille, flambeaux, bougeoirs, bénitiers, huiliers, cuvettes, rafraichissoirs, seaux de talile et autres, salières, girandoles, desjeuners, coupes, bassins, gobelets de toutes sortes, plateaux, souscoupes, guéridons, dômes, assortiment pour l'office, verres pour les montres, lampes, croix et chandeliers d'église, aiguières et pots à l'eau, jattes, drageoirs, bouquetiers, compostiers , pintons , pots pour les neiges et glaces , plombs de toilette et autres ouvrages, payeront à l'entrée du royaume trente livres du cent pesant. A l'effet do quoi les marchands verriers estrangers seront tenus de faire leurs déclarations précises aux premiers Bureaux d'entrée, de la qualité et quantité de dilTérentes espèces desdits ouvrages qu'ils voudront faire entrer, et de mettre dans des caisses ou paniers séparez les vendes à boire pour lesquels il n'est dû et ne sera payé que dix livres
20'i LA VERRERIE
ihi ceni pesant...., le tout sous peine île confiscation et de mille livres iramende applicables moitié aux liùpilaux des lieux, et l'autre moitié aux dénonciateurs...
Fait zm Conseil d'Ktal du iînv, etc....
D'après ce qvii pi^écùde, on voit que c'était siii'tout l'importation des verres de Venise que l'on voulait atteiiidie : là cependant n'était pas le danger pour l'industrie française. La fabrication vénitienne avait elle-même à se défendre contiT la verrerie de Bohème et contre les imitations de ses produits qui sortaient des manufactures, en pleine prospérité alors, des Flandres et des Pays-Bas ; chaque jour elle peiTlait de son ancienne importance, et ne conservait plus intact que le monopole des perles et des verroteries, dont elle expédiait en France des quantités considérables, destinées au commerce que notre marine marchande faisait sur les côtes d'Afrique, et qui, par im privilège spécial, ne payaient aucun droit d'entrée ni de sortie. Le bon marché de ces verroteries, du reste, était tel, qu'aucune fabrique en France et à l'étranger n'aurait pu lutter contre Mtu-ano. of que mille part, en effet, on n'avait jusqu'alors cherché à lui faire concurrence sous ce rapport '. (gluant à la faiuication des
' Le Diclionitairo des Gaules, de ïMn'- Exrn.i.v, lums (loiiiio >iir ce. >iijct (ir.~ roiiseiiniPiiients iiitéres.sants. « La contcric*. lu verroterie cl les rassiules** viennent de Venise en France cl à Marseille surtout. C'est de Venise que toutes les Millions li>s tirent, aucune n'ayant pu encore Irav.iillei- ;'i la eonli'rie <•[ l;i dornier à si bon marché que les verriers vônitieiis. Il e>l , iii elVrl , -ui|ii'i'iiaiil que les rassades puissent se \ciiiln' ;'i un si vil prix, puiscjur la liviv prsani achetée en iri-Os à .Marseille nr eoùle que hiiil >ols. ll|- c-ilii| uia>srs in' pèseul qu'une livre, el ehiupir ni.-issc es! coiiipnsi'i' de ilnu/.e branches de dix lilrl.~ chacune, c'cst-à-dirc ijue pmir Iniis driiirrs on a viiiu;! filets de ces perles. Il n'est guère possible île Iravailler à meilleur marelii'. duliv cela, il l'aul sur ce
' Conlerie, grosso verroterie de N'cnisc dont on se sert pour coiimicrier ovec les iiégros. f I.ittbé.) " Hatsacle». pcliles |icrles de verre ou d'oninil nvcc lesquelles on Toil des ornemenU donl se parent les nègres d'Afri*iue. De l'italien razsarCf briller. {Ibid.)
L\ VERRRrtlE DU XV-' AU .\l\'= SIÈCI,E 203
glaces, nous verrons dans ini cliaiiitre spécial (jue, grâce à C.olbert, la France était alors en mesure de se suffire à ellemême, et que là surtout elle pouvait défier Venise et les autres pays.
Le gouvernement eut encore, au commencement du KViiie siècle, à protéger une industrie qui, sans être absolument d'origine française, avait pris en France, plus que partout ailleurs, de grands développements, grâce surtout aux privilèges exceptionnels que nous avons rapportés plus haut, et qui avaient été accordés à ceux qui la pratiquaient : nous voulons parler do la fabrication des verres à vitres, et particulièrement de celle des verres dits à plats, qui était, ainsi que nous l'avons vu, d'origine et de fabrication exclusivement normande. Mais ici ipiclipies lignes d'explication sont nécessaires.
Les fouilles faites à llerculanum et à l'iiMip(''i n\\[ montré, sans qu'aucun doute soit [Kissible à ce sujet, que les anciens connaissaient l'emploi du verre à vitres i^voir p. 189); mais il semble que cet usage ait été assez l'estreint, ou que tout au moins il ait été perdu ou abandoiuK'' pendant ((uelques siècles. « Les Romains, dit Viollet-le-I)uc ', (pii ne iiKidifiaient pas leur architecture en raison du climat, mais qui bâtissaient à Paris ou à Cologne comme à Rome, avaient laissé dans les Gaules des traditidus qui ne furent abandonnées qu'assez tard. Dans les édifices publics, les fenêtres étaient de grandes baies cintrées percées sous les voûtes, à travers les murs de remplissage; dans les habitations, les fenêtres n'étaiiMit que des ouvertures assez étroites, rectan-
prix déduire les frais de barrique, de Iransporl, de fret, de eomuiissioii, et le profit qu'y font les marchands de Marseille. Quel est donc le bénéfice des fabriquants de verroterie? Nous avouons que nous n'en savons rien, sinon que ces fabriquants ne sont pas les moins riches de Venise... » ' Dictionnaire raisonné de l'architecture française.
gulaires, pour pouvoir recevoir des cliàssis de bois sur lesquels on posait du papier huilé, des canevas ou des morceaux de verre enchâssés dans un treillis de bois ou de métal. Rarement dans les édifices publics les fenêtres étaient vitrées; ou bien elles étaient assez étroites pour empêcher le vent de s'engouffrer dans les intérieurs; ou, si elles étaient larges, on les garnissait de réseaux de pierre, de métal ou de bois , destinés à tamiser l'air venant de l'extérieur. » Dans les quelques édifices dont les fenêtres, à dater du iv^ siècle', ont été vitrées, le verre était le plus ordinairement employé sous la forme de petites pièces rondes assez épaisses, surtout au centre, dont l'emploi se généralisa plus tard, et qui, au moyen âge, étaient connues sous le nom de cives. A cette garniture primitive succéda celle des vitres peintes; mais on ne sait pas exactement à quelle époque celles-ci furent appliquées pour la première fois; suivant ([ueliiues anciens chroniipicurs cependant on peut affirmer que, dès le xe siècle, on commençait à représenter des scènes historiques sur les vitraux des églises. Mais ce sujet rentre dans l'histoire de la peinture sur verre, qui est étrangère à notre travail, et qui, du reste, a été traitée plusieurs fois dans de savantes monographies qui laissent bien peu de recherches à faire. Nous devons dire cependant ipu', dès le vue siècle, les Français [taiaissenf aviiircu une certaine réputation pour la fabrication et la pose des veires enqiloyés dans les églises, puisque, suivant Le Vieil-, saint Vilfrid aiiiail fait venir de Fi'ance des vitres et des vitriers pour fermer les fenêtres de la cathédi'ale d'York, ipie saint i'aulin avait fait bâtir, et que, cin(i ans plus lard, d'après le vénérable Rède et les Actes des évêques d'York, cités i)ai- le nii'nie hisloiien.
' Lact.\nce, mort à Trêves en 325, dil » i|ui' iiolii; ;\mv voit el ilisliiiLriic' les objets par les yeux du corps comme par des fenêtres garnies de venc ". * Art de la peinture sur ven-c cl île h vitrerie. Paris, 1774.
saint l'euoit Biscop étant passé en Fiance, en emmena des maçons pour construire l'église et les bâtiments de son monastère de Viremouth, et, peu de temps après, en tira des verriers et des vitriers qui y tirent les premièi'es vitres rpfon ait vues dans ce royaume, et en garnirent les fenêtres de l'église et du monastère. « Ce furent donc des François, dit Le Vieil, que les x\ng]ois apprirent fart de la verrerie et de la vitrerie. Ils ne tardèrent pas d'ailleui-s à s'y rendre habiles, car les saints évèques Villebrod, Oiiinfrid et Villehade, Anglais d'origine, en portèrent dans leurs missions la connoissance pratique chez les nations germaniques. »
Il est impossible de fixer d'une façon précise Tépoque à laquelle l'usage des vitres s'implanta en France. Beneton de Perrin. dans la Dissertation ipie nous avons citée plus haut, dit que cet usage existait dès le xiie siècle; mais il ne donne aucune preuve de son assertion. Il est certain, en tout cas, qu'à la lin du xiii'' on faliri(piait des verres à vitres en Normandie, puis(|ue nous avons vu (p. 153) que les Comptes publiés par M. Milet affirment l'existence, en 1302, d'une verrerie en pleine activité à la Fontaine-du-Houx, près Bezu.
Cependant il faut remonter au milieu du xv siècle pour trouver les prem''''res mentions de fenêtres vitrées. La plus ancienne, croyons-nous, celle du moins qui ne laisse subsister aucun doute sur l'emploi des vitres dans les habitations privées, se trouve dans les Comptes du roi René, publiés par M. Lecoy de la Marche : « Octobre 1447. — A Guillaume Gasteblé, serreurier du dict lieu, pour avoir assis ung chasseis de boys vitré de verre en la petite escriptoire' du dict seigneur, à Tarascon, et pour avoir faict verges de fer au dict retraict, etc.... » Dans son Histoire plaisante du petit Jehan de Saintré, écrite en 1459, Antoine de la Salle, qui
' Cabinet de travail.
faisait partie des gontilsliomines de la cour du roi René, parle également de la présence des vitres aux fenêtres d'une chambre comme d'une chose digne alors d'être relatée : " ... Il mena ma dame en sa chambre chauffée, qui estoit très bien tendue et neste, tapissée, verrée...; » et les Cent nouvelles, qui datent de la même année, font une remarque semblable à propos de « ceux qui ont leurs belles chambres verrées, nattées et pavées. »
Il devait évidemment exister en France à cette époque d'autres fabriques que celles de la Normandie; c'est du moins ce qui résulte des deux passages suivants, (jue nous nous bornerons à citer sans chercher à les expliquer, faute de documents précis sur lesquels nous puissions nous appuyer. Le premier est tiré du Songe de PohjjjJiile ' ; « Entre deux piliers y avoit une fenestre vitrée de lames de Boulogne en France...; » l'autre est emprunté à V Anti-Hermaphrodite' : « L'injustice (pie lit le procez de Jacques (arur fut cause que nous avons perdu le beau secret du vei-re clair, qui résiste aux layous du soleil sans empescher la clarté, dont le beau temple de Saint-Estienne de Bourges et le logis du dict .Iac(jues ('.(rur sont de; lidelles tesmoings. »
L'usage îles vei rcs à vitres était, on le v':>it, chose rare au xve et au xvi'' siècle. Un y suppléait par l'emploi de la loile cirée trausparcnlc ou du [lapici- huilé, ni(''ni(' dans les ilemeures seigneuriales. C'est ainsi (jue Ton trouve, à Tannée 1413, dans les Comptes' de .Jean Avin. receveur général de l'Auvergne, la niculioii suivante : » l'our la venue de Madame la duchesse de l'.eri'v. pour aller à Moulpeusier. l'aire l'aire
' 'l'rud. ili' Jean Martin, ]i. 71).
^ L' Anti-Hermaphrodite, ou le secret tant désire de l'advis propose' an Roy pour reparer tous les désordres, impiétés, etc., qai sont m ce roijiiume (par JoNATiiAS Petit, de broligny). — Paris:, 160G, iii-8'% p. 483.
'■' Cités pai- .M. A. Sauzay, dans les Merveilles de ta vei'rerie, p. 57.
certains cliassitz aux fenaistrages du dict chastel, pour les ansire ' de toilles cirées par défault de verrerie...; » et qu'une commande, de « vingt pièces de bois à faire cassiz de voirrières de papier, servant aux fenestres des chambres, » nous apprend que même à la cour luxueuse des ducs de Bourgogne, en 1467, on remplaçait le verre par du papier. En Italie, l'usage des toiles blanches et des petits disques de verre, ou cives (nommés en italien ridli), paraît avoir subsisté assez longtemps, ainsi que le constate le comte Filiasi- : « L'art de souffler le verre en mancfions et de l'étendre pour faire des vitres nous paraît même n'avoir été pratiqué que très tard à Venise, et n'y avoir jamais eu qu'un développement très restreint, témoin l'usage de ces grossiers petits disques de verre nommés rulli, de quelques pouces de diamètre, portant au centre la marque de la canne de fer avec laquelle on les exécutait, et qui étaient encore employés pour les fenêtres des palais au xvne siècle. Du reste, Tusage des vitres était rare en Italie chez les particuliers ; aux plus belles époques de la renaissance , les fenêtres étaient closes par des châssis recouverts de toiles blanches. »
Il en était de même en Angleterre, où le verre à vitres était, au xvie siècle, d'un prix tellement élevé, que l'on prenait les plus grandes précautions pour préserver de tout accident les fenêtres vitrées. Un règlement, fait en 1567 par l'intendant du duc de Northumberland, contient l'article suivant : « Et parce que dans les grands vents les vitres de ce château et des autres châteaux de Monseigneur se détériorent et se perdent, il serait bon que toutes les vitres de chaque fenêtre fussent démontées et mises en sûreté lorsque Sa Seigneurie part; et si, à quelipie moment. Sa Seigneurie
' Clore, fermer.
■^ M&niorie storiclie de'yeneti, elc. Iii-S", Padoue, 18ll-l»14.
211) LA VKHREHIE
OU (.Vautres séjournent ;"i aucuns desdits endroits, on itourrait les remettre sans qu'il en coûtât beaucoup, tandis quà présent le dégât serait très coûteux et demanderait de grandes réparations. »
Malgré l'importance que les grosses verreries de Normandie et de Lorraine prirent au xvne siècle, l'usage des verres pour garnir les fenêtres ne se généralisa pas, et les carreaux de papier furent employés pendant bien longtemps encore ; en '1G92, d'après le^pna; courant publié par Abraham du Pradel. « un carreau de papier fui huilé, grand ou petit, [coûtait] un sol ou neuf deniers, suivant sa grandeur. »
A cette époque, ainsi que nous l'avons vu plus haut, deux procédés étaient usités dans la fabrication des verres à vitres : l'un, particulier à la Normandie, désigné sous le nom de verres en plats, et dont les produits étaient connus dans le commerce sous la dénomination de verres de France; l'autre, d'origine italienne, apporté d'abord à Nevers (voir p. iOO), mais pratiqué surtout en Lorraine, et qui domiait les verres dits en tables. Il nous parait nécessaire, avant d'aller plus loin, d'indiquer aussi brièvement que possible eu quoi différaient ces deux modes de fabrication, dont le premier, croyons-nous, est tout à fait al)aiidonné depuis le commencement du siècle, excepté en Angleterre, et que mentionnent à peine les auteurs qui, dans ces dernicis temps, ont rci'it sur l'hisloii'e cl la leclniologie du verre.
Fabrication du verre dit kn i'i..\t ou vkiuu-; hk I-'hanck '. — Quand la matière destinée à être mise en o'uvre était suffisamment fondue. le veri'ier plong(\iit dans le crmiset.
' Nous ciiiijrtiiiloiis la tlescription des procédés usités dans celle r<ibricalion an DicUonnairr des (iris cl mclici:': de I abbé Jauheut, Paris, 1773, et à ['Enci/rlopcdic, 011 Diflioiiniiirc riiisiiiiiir ilrs ftciriii-cs . ilcs oris cl des iiicl iers . .Neufchâlel, 17t)f).
LA VERRERIE DU XV AU Xl.\" SIECLE 211
ou jjo/, sa canne (aiipeh'e également felle), longue d'environ cinq pieds, et la retirait chai'gée du verre qui s'y était attaché; il roulait ce verre sur une table de fer pour l'unir, puis replongeait la canne dans le creuset pour la charger d'une plus grande ipiantilé de verre, qu'il tournait et roulait de nouveau sur la table, afin de bien lier la matière qu'il cueillait ainsi; il recommençait celte opération deux ou trois fois encore, jusqu'à ce (jue la canne fût assez chargée de verre pour faire un plat. Il souftlait alors, et formait un gros ballon ou bosse, qui s'allongeait d'environ un pied; il roulait cette bosse sur la table, puis la présentait au four après l'avoir soufflée une seconde fois, et en roulait de nouveau l'extrémité sur une barre de fer, afin de former à l'extrémité un petit renflement nommé noix (voir pi. 40, p. 190). La bosse, à ce moment de l'opération, avait au moins 18 à 20 pouces (0ni540) de diamètre; il la posait sur r.itre du four, et, au moyen d'une goutte d'eau jetée à l'extrémité de la canne, la détachait de cette dernière.
Un autre ouvrier plongeait ensuite dans le creuset une verge de fer, ou pontil, afin d'y puiser un peu de verre, et attachait ce pontil à la noix du ballon, qui était alors retourné sens dessus dessous et aplati ; on rechauffait de nouveau, puis, au moyen d'un outil en fer introduit et tourné en rond dans l'ouverture laissée par la canne, on augmentait cette ouverture jusqu'à ce qu'elle atteignit un diamètre de 20 à 25 centimètres, ce qui faisait refluer la matière du milieu vers les bords, en formant autour du plat une sorte de bourrelet.
Il restait alors une dernière opération qui demandait au verrier une grande force, une grande dextérité de main, et qui était des plus pénibles, puisqu'il devait la faire en se tenant constamment exposé devant le grand ouvreau du four incandescent. Cette opération consistait à chauffer de nou-
veau 1l' plut de verre, et, lorsqu'il l'était sullisauiuient, à le l'aire tourner rapidement sur son diamètre. Les boitls dilatés du verre tendaient alors, par l'effet de la force centrifuge, à s'éloigner du centre, le plat de verre s'agrandissait, et l'on obtenait ainsi un disque concentriquement strié, plus épais au centre que sur les bords, et dont le diamètre devait être en moyenne de 1 mètre à 1 mètre 05.
Quand le plat de verre avait atteint la dimension convenable, on le tirait de l'orifice de l'ouvreau, et, to\ijours en le tournant circulairement sur son diamètre, on le posait, après l'avoir détacbé du pontil auquel il s'était attaché . sur la pelote en terre cuite garnie de braise, où on le laissait un peu refroidir et prendre de la consistance: l'endroit par où ce pontil tenait au plat s'appelait œil de bœuf ou boudin de verre.
Lorsque le plat était à moitié refroidi, on l'enlevait de la pelote au moyen d'une fourchette à deux fourchons, et on le portait dans le four à recuire, où il restait vingt-quatre heures (fig. 42).
C'est principalement, ainsi que nous l'avons dit, dans les (quatre verreries do la forêt de Lions', c'est-à-dire à Kroutieux, à la Haye, à la Vei'rciie-Neuve et à la verrerie du Landel-, ({ue le verre en plat était ainsi fabri(iué; on en faisait également dans ((uehjucs usines du comté d'Eu ainsi (|u'à Beaumont, près Rouen, mais cette fabrication était relativement peu impt)rtantc. Les (juatre verreries que nous venons de citer devaient envoyer à Paris tout le pi'oduit de leurs fourneaux, et c'est pour elles seules ([ue furent faits, au commencemeni ibi wni»' siècle, les règleiiiciils demi iKius parlerons plus loin. concrrHanl la loin uiluic. le transpoi'l, la disiribniion, la (pialih' et le prix du verrr.
' Lioii:i-la-l''oi'Ot , ;uii(jiii-(riiiii l'Iiur-licii ilo cuiiloii il» (k'pnrlfiuiMil lie rEiiir. '' Dt'si'.'iii'M' iiarlois sons le iiuiii de vi'i'rci'ii' ilc yilollandflli'.
Fabrication du verre dit ex table ou verre de Lorraine. — Le procédé employé dans la fabrication des verres en tables (aujourd'hui verres en cylindre) était celui qui était usité à Venise et en Allemagne aux xii'^ et xuK siècles, pour la fabrication des verres (jui servaient à faire les
Fig. 42. — Fabrication du ucrre en plat, d'après Radel.
1. Gentilhomme occupé à mettre avec la fourchette dans le four à recuire les plats finis qu'il a pris sur la pelote. — h. Plat de verre sur la fourchette pour être mis dans le four à recuire. — c. Pelote sur laquelle le gentilhomme vient de prendre le plat. — d. Entrée du four. — e. Pile de plats de verre ani recuisent dans le four. — /. Fourchette pour mettre les plats de verre dans le four.
vitraux et qui se trouve déjà, à cette époque, décrit dans l'ouvrage du moine Théophile : Diversarium artium schedula.
Comme le principe est toujours resté le même, nous emprunterons au savant ouvrage de M. Peligot ' la description suivante de ce procédé, tel qu'il est pratiqué aujourd'hui.
Après avoir cueilli avec sa canne une masse de matière en rapport avec la dimension du verre qu'il veut obtenir, et
PÉLlGOT, le rVlTP.
en avoir fait la paraison (voir p. 99), « l'ouvrier souffle légèrement d'abord, en étirant un peu la masse vitreuse de manière à lui donner la forme d'une poire (fig. 43, n° 1); il lialance sa canne (n" 2), puis il la relève de manière à ramasser le verre (ii° 3); il souffle i>lus fortement à plusieurs reprises, et lui imprime un mouvement de va-et-vient, comme celui d'un battant de cloche, de manière à allonger la poire, qui prend une forme cylindrique; il la relève vivement au-dessus de sa tète, puis lui fait subir un mouvement complet et rapide de rotation, dans le but de l'allonger (no 4), tout en lui donnant une épaisseur égale dans toutes ses parties.
« Quand le cylindre est fait, le souffleur i^eporte la pièce à l'ouvreau, de manière à en bien ramollir le bout; quand il est suffisamment chaud, il est percé avec une pointe de fer. Par le mouvement de balancement, l'ouverture s'agrandit; on pare la pièce avec une sorte de planche en bois; les bords s'écartent, et la calotte qui terminait le cylindre se trouve effacée (n» 5).
« Le cylindre, devenu rigide, est posé sur un clievalet en bois. On touche avec une tige de fer fioid le nez de la canne; celle-ci se détache aussitôt de la pièce de verre, dont la calotte est enlevée en enroulant un fil de verre très chaud, et en touchant la partie ainsi chaulfée avec un fer froid. On ;i (Iniic alors sur le chevalet un manchon ouvert des deux bouts. On le fend dans sa longueur (n» 6) en promenant dans son intérieur, sur la môme arête, une tige de fer rougie ; un des points chauffés étant mouillé avec le doigt, le verre éclate. On an-ive au même résultat en se s(M'vaiit d'un diamant attaclu'' à un hnig manche, cpTon giiiilc à rinti'iieur (lu iiiaiichdn en suivaiil une règle eu liois. Ce niode d'opérer donne une cassure |ilus droite, et pai' suite produit moins de déchet.
2iy
« Pour transformer les manchons rognés et fendus en une feuille de \erre plane, on les chauffe, à une température suffisante pour les ramollir, dans un four spécial désigné sous le nom de four à étendre. Aidant le travail naturel de
Fig. 43. — Soufflage du verre dit en table ou en cylindre.
la chaleur, qui tend à affaisser les cylindres, un ouvrier, armé d'une longue perche de bois, fait sur chacun d'eux une première et légère pression ; un rabot en bois blanc mouillé, nommé polissoir, que l'on promène sur sa surface, achève de planer la feuille, qui est poussée alors dans un second compartiment du four dont la température est moins élevée.
<i Quand le four est plein, on enlève le combustible, on
en bouche toutes les ouvertures, et on le laisse refroidir pendant plusieurs jours. C'est ainsi que ces verres ?.oni recuits. »
Ces deux façons de procéder, si différentes Tune de l'autre, offraient toutes deux des avantages et des inconvénients qui tenaient au mode même de fabrication ; néanmoins les avantages du second étaient si nombreux et tellement importants, qu'il a été, ainsi que nous l'avons dit plus haut, généralement préféré; aujourd'hui les verres en plats ne sont plus guère fabriqués qu'en Angleterre, — où on les désignait primitivement sous le nom de verres en couronne {crownglass)\ — et encore cette fabrication diminue-t-elle de jour en jour, de façon à ne plus produire que le quart à peine des vitres qui sont employées dans la Grande-Bretagne.
" Les dimensions des verres en cylindres, — ou en tables — dit M. Peligot', sont beaucoup plus grandes que celles des verres en plats; leur épaisseur est plus égale; l'équarrissage et la division des feuilles ne produit que peu de déchet ; leur planimétrie est beaucoup meilleure. Les carreaux de verre en plats sont toujours plus épais dans la partie qui avoisine le centre du plateau dont on Fa tiré que sur les bords ; le noyau auquel adhérait le pontil est assez saillant pour entraîner à lui seul un déchet considérable; en outre, la surface de chaque carreau est toujours plus ou moins gauche, plus ou moins ondulée, ce qui tend à déformer les objets qu'on regarde à travers les vitres qu'il fournit. Ce défaut de planimétrie est si bien t't.ilili. qu'une coutume anglaise, m'a-t-on dit sérieusement en Angleterre, permet de récuser un témoin qui n'a vu (prà travers un carreau de vitre le fait sur leijucl il vi(>nt déposer en justice.
' l.p cro)iM)-f/luss ilésiiTiie \>\u< ]i;iilirulii'TniiiPiil .minunl'hui li- vi-riv l'nliriqué pour l'optique.
'Dp. cil., p. 179.
LA VERRERIE Dl' XV'^ AU MX" SIÈCLE
'< D'un autre côté, cependant, l'éclat de ce verre est toujours plus grand que celui du verre fait par le procédé des cylindres, ce dernier étant plus ou moins rayé, martelé, sali ou dévitrifié par rétendant' qu'on lui fait subir... Faire des vitres joignant à l'éclat et au brillant des verres en plats les dimensions et le bon marché du verre en cylindres est assu-
Fig. 44. — Panier de verre en plats, d'après Radel.
rément l'un des problèmes les plus intéressants que l'art de la verrerie ait encore à résoudre. »
Au commencement du xvnic siècle, on ne fabriquait guère en France que du verre en plats, et c'était en grande partie la Normandie qui était chargée de fournir les vitres qui servaient à clore les fenêtres de tout le royaume. Ce verre était emballé dans des sortes de cages ou paniers en bois blanc, plus larges par le haut que par le bas, garnis de paille dans le fond et sur les côtés, et contenant chacun vingt-quatre plats séparés par des réglettes de bois blanc garnies de paille (fig. 44); puis il était expédié à Paris, rue Saint-Denis, au Renard Ro>ige, où se trouvait le bureau des maîtres fayen-
ciers, verriers, vitriers, émailleurs et patenostriers ', et où on faisait le déchargement, la vérification et la vente des paniers qui arrivaient chaque jour.
Mais les verreries normandes n'envoyaient pas tous leurs produits à Paris ; la plus grande partie était expédiée en Angleterre ou prenait le chemin du Havre et de Bordeaux, pour passer de là en Hollande, en Espagne ou en Portugal; il en résulta, à un moment donné, non seulement un renchérissement considérable, mais encore une si grande rareté des verres à vitres, que le gouvernement dut intervenir, afln de régler d'une façon précise les conditions dans lesquelles devait se faire l'approvisionnement de la capitale, et empêcher, sous les peines les plus sévères, l'exportation du verre à l'étranger. Parmi les arrêts rendus dans ce sens, celui du 4 mars 1724 est trop important pour que nous hésitions à le reproduire ici :
ARREST Df CoNSEii, d'État di: Roy
portant règlement concernant les verres à vitres destinez- pour la fourniture de Paris , et deffenses de transporter des verres hors du royaume. — Du i mars 1724.
(Extrait des registres du Conseil d'État.)
Li". UOV s'étant fait représenter l'arn'sl ivndu en son Conseil d'F^stat, Sa Majesté y estant, le tiS juilli'l I7I!I, en lniiiie de ivuleinent iioiir la
' « Le luireau des iiiareli:iii(ls verrier^; es! au lU'iiurd. l'ue Saiiil -Denis, oii l'on déeliargo toutes le» marchandises de leur commerce. » ( Auh.miam ne Piiauei. , Livre commode contenant les adresses de Paris, 1092.)
(1 Mnilres Fayanciers. l'crricrs. fùnailteitrs. Patetiostrier.'i. — Ils ont leur bureau rue Saint-Denis, au Renard Rouge, vis-à-vis de la rue Cireiiela. Il y a deux cent cinquante maîtres. I.'aiiprentissage est de eiiui années. Le brevet est de 80 livres, et la récepliou à la uiailrise avec (jualilé, îiOO livres. Si l'aspirant épouse une fille de maître, il lu^ (laye que 200 livres.» (Journal du riloyen.Mti'i.)
i< Les garçons de métier trouvent des embauches ou adresses de boutiques aux lieux ci-après, à sçavoir : ... pour les verriers, rue Saint-Denis, au Rcnnnl. ' (Abr. du Pradel. 1
fourniture, disirihution, iiualité et prix des marchandises de verreries provenantes des quatre verreries de la forest de Lyons, en Normandie, par lequel il estoit ordonné entre autres choses que les gentilshommes , entrepreneurs de ces verreries , seroient tenuz de fournir et faire voiturer dans le bureau ordinaire des maîtres vitriers de la ville de Paris, pendant trois années à compter du jour du dit arrest, les verres à vitres nécessaires pour la consommation de Paris , à raison de vingt-trois livres le panier de verre fin et de vingt et une livres celui de la seconde qualité. Et Sa Majesté estant informée que cet arrest n'a presque eu aucune exécution , tant par le deffaut de fournitui'e exacte toutes les semaines que parce que chaque plat de verre, qui devoit être de trente -huit pouces, n'est présentement que de trente-deux à trente-quatra, que même le prix en auroit esté porté jusqu'à cinquante-cinq livres et soixante livres le panier; et que ce qui a donné lieu à ce prix exorbitant est le transport qui s'en fait à l'estranger ; en sorte que cette espèce de marchandise manque non seulement pour la fourniture de la ville de Paris, mais encore pour l'entretien de ses palais et maisons; à quoy Sa Majesté, voulant pourvoir, pour faire cesser des abus si préjudiciables au public. Vu le dit arrest et celuy du 7 may 4715, Vu aussi, sur ce, l'avis des S''* commissaires du Conseil pour les affaires du commerce, Oûy le rapport du sieur Dodun, conseiller ordinaire au Conseil royal, controlleui' général des finances. Sa Majksté estant e.n son Conseil a ordonné et ordonne ce qui ensuit :
Art. I. — Que les maistres et entrepreneurs des quatre verreries de la forest de Lyons en Normandie seront tenus de fournir et faire voiturer dans le bureau ordinaire des maîtres vitriers de la ville de Paris, chacun une charretée de verres à vitres par semaine, à compter du jour du présent arrest jusqu'au l'"'' avril prochain; et chacun deux charretées, aussi par semaine, depuis le dit jour premier avril jusqu'au dernier septembre suivant; et enfin une charretée, aussi chacun par semaine, depuis le dit jour dernier septembre jusqu'au 1"'' avril de l'année prochaine 1725. A peine de cinq cens livres d'amende pour chacune contravention ; et pour en faciliter le recouvrement en cas d'inexécution du présent arrest, il sera par les dits maîtres des verreries, dans (|ninzaine, nommé une personne solvable, domiciliée dans ladite ville de i'aris, pour caution qui sera reçue par devant le sieur lieutenant général de police de Paris, les jurez de la dite communauté des maîtres vitriers présens ou duëment appelez, comme aussi sera tenu chacun des dits maîtres des verreries d'apposer sur les paniers
rlp verre de sa fabrique vine marque distincte et particulière, laquelle sera aussi inscrite sur chaque lettre de voiture.
II. — Le nombre des charretées de verre qui ai-rivoront chaque semaine sera marqué dans un l'egistre particulier, qui sera paraphé par le dit sieur lieutenant général de police, et tenu par le juré de semaine: et l'article de chaque envoy sera reconnu et signé par l'un des dits jurez vitriers, et par le commissionnaire des dits maîtres de verreries.
III. — Chaque charretée de verre sera composée de onze paniers, dont neuf seront de verre fin et deux de second, depuis le I'''' avril jusqu'au dernier septembre ; et de huit de fin et trois de second |iendani les six mois suivans.
IV. — Chaque panier contiendra vingt-quatre plats, dont il y en aur.i au moins dix-huit entiers , sinon pour chaque plat qui se trouvera casse au-dessous du nombre de dix-huit, les dits maîtres dés verreries ou leurs voituriers seront tenus de faire diminution de dix sols auxdits maîtres vitriers.
\. — Le plat de verre , tant fin r[ue second , sera de trente-huit pouces ' au moins, et il n'en sera pas envoyé de moindre dimension.
VI. — Et Sa Majesté ayant égard au prix excessif où le bois a esté porté, Elle ordonne que le verre ainsi conditionné sera payé auxdits maîtres des verreries par lesdits maîtres vitriers sur le pied de trente livres le panier de fin, et de vingt-sept livres le panier de second; el ce, à compter du jour du présent arrcsl , jus(prau dit jour premier avril de l'année prochaine 1725 seulemenl.
\ 11. — Lorsque les charretées de verre arriveront devant onze heures du matin, les jurez vitriei's seront tenus d'en faire la visite et de les lotir' et enlever dans le jour, a]irès en avoir payé le prix comptant : sinon, le dit temps passé, les dits maîtres de verreries ne seront poini responsables de tout ce qui s'en trouvera de cassé; mais, au cas que les voitures ne soient arrivées (|u'après onze heures du matin, le verre demeurera aux risques des dits maîtres de verreries jusqu'au lendemain deux heures après midy, sans ({u'ils puissent dliliger les dits jurez à en faire la visite plutôt s'ils ne veulent.
VIII. — Le lotissement du dit verre si-ra fait depuis deux jus(|u";i trois heures après midy, entre 1rs maîtres jirésents seuleiniMil . diarun dt>s-
- Partaçpr à l'aide de lot?.
LA VliHRKHIh; lU \\ AU \I.V ï^lECI.h; -lii
([Ufls aura un jetloii où suii iiuui sera empreint il'un costé et la niari|uc lie la conniîunauté ' de l'autre; tous lesquels jetions seront mis dans un sac, que le juré de la semaine tiendra, et qu'il sera obligé de fermer à trois heures au plus tard, sans que les maîtres qui surviendront après ladite heure puissent avoir part au dit lotissement.
IX. — DelTend Sa Majesté à tous maîtres vitriers de remuer et l'ouiili'iles paniers de verre, ni de mettre aucune marque dessus avant qu'ils ayent esté visités et reçus par les jurez, à peine d'être déchus du lotissement pendant un mois ; et , en outre , d'être responsables de tous les plats qui se trouveront cassés dans les paniers qu'ils auront remuez et touillez.
X. — DefTend aussi Sa Majesté aux voituriers chargés de la conduite du verre pour le bureau des dits vitriers, de le conduire ailleurs et de le mettre en aucuns lieux et maisons d'entrepost, ou de le vendre en route pour quelque cause et sous quelque prétexte que ce soit, à peine de prison, trois cens livres d'amende et de confiscation de leurs chevaux et charrettes. DelTend pareillement aux maîtres vitriers de l'alleiacheter sur la route, ni même d'aller au-devant des voituriers, à peine de trois cens livres d'amende, et d'estre déchus du lotissement pendant six mois.
.XI. — Pouri'ont les jurez vitriers l'aire saisir les marchandises de verre qui seront dans les lieux et maisons d'entrepost, privilégiez ou non privilégiez, au dedans de quatre lieues au delà des dernières barrières de la ville et fauxljourgs de Paris; et ce, en vertu du présent arrest et de l'ordonnance du dit sieur lieutenant général de police.
XII. — Le groisil- sera repris par les maistres des verreries et payé aux maistres vitriers à raison de quatre livres quinze sols le barril de tlemi-iiiuiil , y compris le vin des gaiTons.
XIII. — Fait Sa Majesté très expresses inhibitions et deffenses, tant aux dits maistres et entrepreneurs des verreries qu'à toutes autres personnes de quelque qualité et condition qu'elles soient, de vendre, envoyer ou faire transporter hors du royaume, par mer ou par terre,
' Les premiers statuts de cette communauté datent du règne de Louis XI ; ils ont été réformés et confirmés sous le règne de Louis XU , par lettres patentes du 2-2 février 1666, enregistrées au parlement \r 19 avril suivanl.
- Rognures et déchets de verre.
■222 LA Vi: ERE RIE
aucuns voiTCs à vitres ni d'auln- ('S|)rcc, sous i|U('li|U(' |ir(''t('xlc que ci' soit, sans une permission expi-csse ilc Sa MajesU''; ci- qui aura lieu à compter du jour du présent an-est jusqu'au 1"' a\ril île l'anni'e ]irocliaine 1725, à peine de prison contre les voituriers et de confiscation (les marchandises, chevaux, charrettes et bâtiments servant au transport d'icelles; et en outre de trois mille livres d'amende contre les contrevenants, laquelle ne pourra être sursise ni modérée.
XIV. — Ordonne au surplus Sa Majesté ipie les arresls des 2i avril 1714, 7 mai 1715 et 25 juillet 1719 seront exécutez selon leur forme et teneur, pour les articles au.xquels il n'aura pas esté dérogé par le présent arrest. Enjoint au dit sieur lieutenant général do police de tenii' soigneusement la main à son exécution, etc. etc.
Signé : Phélyi'EAL'x.
Ot arrêt, qui nous donne, on le voit, dos i^enseignements précieux sur la faron dont se faisait le commerce des verres à vitres à cette époque, modifiait singulièrement les conditions d'existence des quatre grosses verreries (pii s'y trouvaient particulièrement visées. Plutôt que de se soumettre à l'obligation de ne plus vendre que 27 livres ce qu'ils avaient vendu, dans les dernières années, 50 et même GO livres, les propriétaires de trois de ces verreries avaient préféré laisser éteindre lem^s fours. La seule verrerie du Landel restait en activité, mais la quantité de paniers qu'elle pouvait envoyer à Paris était loin de satisfaire aux exigences de la consommation.
A la suite d'un rapport ijiii lui fut t'ait par un conmiissaire nonuiié à cet elfet, le gouvernement [)rit, à la date du 12 décembre 172'(, un nouvel arrêté pai" lequel il oljligeait les autres verreiies de Norntandie, nidanuueiil celles du comté d'Eu, à ciiti-er |>onr lein- part dans l'appiovisionuement de l'aris tmit en niainlenanl. maign'' les r(''(l;iniations faites jijir les miiitrcs des verreiies. les prix fixés [lar l'arrêl('' (in '( mars.
LA VERREHII-: HL X \ - AI MX" SIIlCLL: 2-23
ARREST DU Conseil d'Etat du Roy
concernanl les vanneries de la forcsl de Lyons et autres. — Du 12 déeeinbi-e 172i.
Extrait (les registres du Cunseil d'État.)
Le ROY sY'tant fait l'epiésenter en son Conseil l'arrest rendu en iceluy le 4 mars dernier, par lequel, elc... Et comme les maîtres des verreries de la forest de Lyons n'ont envoyé, au terme de cet arrest, la ([uantité de charretées de verre (Qu'ils estoient obligés de fournir, qu'ils estoient même en arrière, au 15 octobre dernier, de la quantité de 640 paniers, Sa Majesté jugea à propos de donner un ordre au sieur commissaire Aubert, en date du 11 du mesme mois, à l'effet de se transporter dans les verreries de la forest de Lyons, pour dresser procèsverbal de Testât des dites verreries, de la quantité de paniers de verre qui se trouveroient en icelles, pour estre ensuite transportez en ceste ville, au bureau des maîtres vitriers. En conséquence de cet ordre, le sieur commissaire Aubert se seroit transporté dans les verreries du Routieux, de la Haye, Verrerie- Neuve, et dans celle du Landel, forest de Lyons, où il a dressé procès-veibal de Testât d'icelles, par lequel il paroist qu'il n'a trouvé que celle du dit Landel en estât de iabiiquer du verre; et que les trois autres estoient éteintes et les fours abatus par vétusté ; ce qui auroit obligé Sa Majesté d'ordonner, par arrest du 20 octobre, que le dit sieur Aubert se transporteroit dans les verreries du comté d'Eu et autres, à l'effet de faire voiturer dans la ville de Paris, au.\ frais et dépens des maîtres des verreries de la forest de Lyons, les 6i0 paniers de verre qu'ils avoient négligé de fournir ; et un ordre au dit sieur connnissaire Aubert, en date du l'''' novembre dernier, pour enjoindre aux maîtres des six verreries des forests d'Aouy, comté d'Eu , Ilelles, proche Neufchàtel, et de Beauiiiont-le- Roger, de députer un d'entre eux pour venir recevoir les ordres de Sa Majesté, estant informée que les maîtres et entrepreneurs des quatre verreries de la forest de Lyons sont hors d'estat de satisfaire à Tarrest du 4 mars dernier, et que les maîtres des verreries du comté d'Eu et autres, pour prévenir les intentions de Sa Majesté, ont fait leurs soumissions volontaires conjointement avec ceux de la forest de Lyons, de fournir au bureau des maîtres vitriers, à Paris, la quantité de quatre mille cinq cent trente-deux paniers, suivant la répartition finie entre eux (pTil est nécessaire d'authoriser, afin que les maîtres viliicis de la \illi' de Paris et les
•224 LA VERRI':R1E
entrepreneurs des maisons nivales ue niamiLienl plus de verre à l'axenir; à (juoy Sa Majesté voulant pourvoir. Ouy le rapi)ort du sieur Doduii, conseiller ordinaire au Conseil royal, controlleur général des finances. Lk Roy estant en son Conseil, du consentement des maîtres de verrriies , tant de la forest de Lyons f[ue du comté d'Eu et autres, a ordonné f\ ordonne qu'à commencer du 1"'' du présent mois, ils seront tenuz de fournir et faire voiturer dans le huiiMU ordinaire des maîtres vilriers de la ville de Paris la quantité de qualrc iiiillc eimi ri'i\:i Irenle-di'ux paniers de verre par chacun an, sçavoir : les quatre maîtres des verreries de la forest de Lyons, cinq cens paniers chacun; ceux des verreries du Hélay, de Lihu et Maucombe, pareille quantité de cinq cens chacun; et ceux des verreries de Beaumont-le-Roger, Varimpré et Yaldenos, chacun trois cens quarante-quatre paniers; laquelle quantité de quatre mille cinq cens trente-deux paniers de verre les dits maîtres des verreries seront tenus d'envoyer à Paris par chacune semaine, à proportion de la quantité dont ils sont tenus suivant la répartition faite entre eux.
Ordonne pareillement Sa Majesté que le verre sera payé aux dits maîtres des verreries par les dits maîtres vitriers sur le pied de trente livres le panier fin, et de vingt-sept le second, conformément à l'arrest du -4 mais, qui sera, an sui'|ilus, exéculé seluTi la forme et lenevn'.
Fait au Conseil du Roy, Sa Majesté y estant, tenu à Versailles le douze décembre mil sept cent vingt -quatre.
Sir/ne : PHÉi,YPE.\rx.
Il ust permis de supposer (pie. iruilgié ce ([ue cet anvi avait de pi'écis, on ne croyait pas l)eauct)iip à la réalisation des engagements pris par les maîtres des verreries normandes, puisque quelcpies jours après, le 19 décembre, une mesure arrêtée en conseil d'Etat supprime pendant im an les droits (|ue devaient i)ayei' à leur entrée en France les verres en tables ^[u\ venaienl de rélraniier. e! principalement de la Lorraine.
l'ji outre, le 21 mars suivant, ini autre aiivt id'cti'op' jusqu'au Il'i' avril iT2(> la défense de taire sortir les verres à vitres du royaume, (let arrêt, plus sévère encore que les
précédents, porte que ramende de ;5,000 livres par chaque contravention « ne pourra estre sursise ni modérée », et enjoint au lieutenant général de police à Paris, ainsi qu'aux « sieurs intendans et commissaires départis dans les provinces et généralités du royaume, de tenir la main, cliaeun en droit soy, à l'exécution du présent arrest, ipii sera Ui, |iulili('' et affiché partout où besoin sera, à ce que personne n'en ignore', etc ».
Il était bien difficile, il est vrai, aux verriers normands de résister aux offres qui leur étaient faites, et.de se conformera l'obligation de faire porter les paniers à Paris- pour les y vendre seulement 27 et 30 livres, puisque, de tous côtés, on venait les chercher à leurs fours au prix de 30 et 35 livres, sans qu'ils eussent de frais de transport à payer. C'est ce que constate un nouvel arnH du 17 avril 1725, ordonnant « qu'à commencer du jour de la publication du présent arrest, les veiTes à vitres, pris devant les fours, ne pourront être vendus à plus haut prix que 25 livres le panier, sauf à en diminuer successivement le prix dans la suite, à peine de confiscation et de 1,500 livres d'amende. » Cet « arrêt, lu, publié et affiché partout où besoin sera », devait être « exécuté par provision, nonobstant oppositions ou appellations quelcun(jues, dont si aucune interviennent », et l'arrêt ajoute que « Sa Majesté s'en est réservée à soy et à son conseil la connoissance, et icelle interdit à toutes ses cours et autres juges ».
Il semble cependant que les verriers aient, à la fin, eu gain de cause, et que, dans cette lutte entre eux et le gou-
' Arrêt (lu conseil d'État, 24 mars 1725.
- Celte sorte de crise qui pesait sur les verres à vitres était telle, que le comte d'HoYM, ambassadeur de Saxe-Pologne en France, écrivait le 24 janvier 1721 au baron de Lorme : « Paris n'est plus si beau , les vitres en papier Venlaidissent. » — Cf. Baron J. Pichon, ]'ie du comle de Hoym, t. I, p. 42.
22B I. \ VKBRERIE
vernement, ce dernier ait été obligé de céder. Il était difficile, du reste, qu'il en fût autrement : d'une part, on ne pouvait forcer les maîtres de verreries à fournir mensuellement une quantité de paniers déterminée à l'avance, parce qu'il leur était toujours possible d'invoquer, pour se soustraire à cette obligation, des raisons tirées de difficultés pratiques, usure des fours, manque de matières premières ou de combustible, etc., et, d'autre part, il était plus difficile encore de les contraindi'e à résister aux offres avantageuses qui leur étaient faites par des commerçants étrangers, et de les empêcher de vendre à des prix supérieurs à ceux qui étaient officiellement fixés. Le gouvernement dut donc se borner à proroger d'année en année la défense qu'il avait faite de transporter les verres à vitres hors du royaume, et à maintenir la suppression des droits d'entrée sur les verres en tables. Quant aux autres sortes de verreries, on en empêchait toujours l'introduction en France, et, pour éviter toute fraude de ce côté, im arrêt du 23 août 1735 défendait « aux maîtres des verreries situées sur les frontières de délivrer aucun certificat aux maîtres des verreries étrangères pour faciliter l'entrée dans le royaume des ouvrages vitrifiés fabri(iués en pays étrangers, et de recevoir ou d'introduire dans leurs verreries aucuns desdits ouvrages fabriqués en pays étrangers. » Le gouvernement, on le voit par les dociuiients qui précèdent, se préoccupait plus particulièrement des verres à vitres ', et cherchait à en faire baisser les prix, de façon à
' Les vitriers étaient généralement assez considérés, et on avait pour eu.\ quelques égards; nous en avons une preuve dans une lettre du comte de Pontchartrain, publiée dans \a Conxspondance administralive sous le règne de Louis XIV, à la date du 19 févrii-r 1699 : « Le nommé Lespinouse, écrit le secrétaire d'État à M. de Charmont, vitrier des bastimens du Roy, ayant représenté à Sa Majesté que son fils a esté condamné, par arrest du Grand-Conseil, à eslre fustigé sous la custode*, S. M. a bien voulu épargner cette honte ;i sa (amillo,
' r'est-à-diro foueUé en secret, et non en public.
Pi. m
Tryptique en émail rehaussé d*or.
(Travail de Limoges, commencoment du xvi" siècle.)
Collection de M. Cb. Btein.