I.A VEHRKHIK or XV AU XIX" SIÈCI.I
en rendre rasage général, dans les cabanes les plus pauvres aussi bien que dans les palais. Malgré tous ses efforts, cependant, les prix se maintinrent élevés pendant longtemps, puisque, en 1754, le verre ordinaire, c'est-à-dire celui qui venait des verreries normandes, valait' :
Le pied superficiel, employé en papier à carreaux de croisée, à
petit bois » 8 s.
Le même , employé en [)lomb » 10 s.
et le verre blanc, dont la fabrication avait coniniencé à la manufacture de Tourla ville, près Cherbourg :
Le pied supei'liciel, à carreaux de croisée, à petit bois . '2 I. 5 s. Le même, à panneaux en ploin h '2 1. 10 s.
Il y avait alors, on le voit. deu.\. manièi'es de monter les verres à vitres : l'une qui consistait à les assujettir dans une petite rainure ménagée à cet etfet dans une bande de plomb, l'autre' à la fixer, au moyen de petits clous, sur un châssis ou cadre de bois, et à coller ensuite tout autour des bandes de papier. Le mastic dont les vitriers se servent aujourd'hui n'a guère été usité que vers 1770. L'abbé Jaubert, dans son Dictionnaire des arts et métiers, publié en 1772, l'indique, en effet, comme une chose nouvelle à cette date. « On peut aussi, dit- il, sans employer ni pointes ni papier, fixer le carreau de verre avec un lut composé de craie et d'huile de lin cuite. On forme avec ce lut, que les ouvriers nomment mastic, un petit bourrelet que l'on met autour du carreau et que Ton aplatit ensuite avec le doigt. Cette méthode paroit préférable à celle des pointes et du papier collé pour les châssis de fenêtres ; mais elle a un très grand inconvénient : lorsque le mastic est bien sec, il adhère tellement qu'il est im-
et m'ordonne de vous escrire de faire surseoir à l'exécution du jugement à cet esgard... » [Reg. seer.]
' Nous trouvons ces prix dans le Journal du citoyen (1754).
228 LA VKRRERIE
possible d'en enlever les carreaux sans en l)riser une grande quantité, quand il y a quelque réparation à faire aux châssis.» Malgré toute la sollicitude du gouvernement, l'industrie du verre ne faisait en France aucun progrès, à l'exception cependant de la fabrication des glaces , dont nous parlerons plus loin. Les verres taillés, gravés ou dorés, désignés sous le nom de cristaux de Bohême, étaient depuis longtemps préférés aux nôtres, et leur prix, du reste, n'était pas extrêmement élevé, au moins en 1753, si l'on en juge par l'aperçu suivant, que nous trouvons également dans le Journal du citoyen :
Cristal de Bohème.
Gobelets, taille ordinaire île 6 à 42 s. la pièce.
Flacons de toilette et luuleaiix de 14 à 22 s. —
Caraffes à l'eau, à ance et sans anee . . 27 s. —
Garaffes à liqueur de 18 à 40 s. -^
Ghandeliers taillés tie 35 à 45 s. —
CarafTes taillées, à l'iiuile, avec le Ijouchon. 17 s. —
Salières ordinaires 23 s. la paire.
Cristaux dures.
Gobelets 1 1. 17 s. la pièce.
Moutardiers 3 1.15 s. —
Carafïes à liiiiueuis <le 5 à 7 1. —
Plateaux dorés 111. —
Pots à sucre et boëtes à condlures . . . de 7 à S 1. —
Verres et gobelels à liqueurs 11. 8 s. —
Salièi'ês dorées (i 1. la paire.
(Juant aux verres de France et d'Alsace, on les vendait aux i)rix suivants :
Verres à boire, à pattes 17 el 18 1. le eent '.
CaralVes de 4 s. (i d. juscprà 7 s. la pièce.
' Le piix courant ajoute : le cent marchand . f/iii fait "200. 11 y a l;i un usage couunerciul que nous ne nous expliquons pas.
LA VERRERIE DU XV^ AU \1\ SIECLE li'J
Verres à cabaret li L le cent marchand.
Verres de fougère ô L —
Gobelets ou sceaux 111. —
— â'ds Mazariji-épintés ('!) . . . lÙl. 10>. — flobelets de verre, d'un demi-.septier. . . 18 1. —
— — dits /Viçon, petits. . . "JS 1. —
— — dits moyens *2i) 1. —
— — dits grands 40 \. —
— — dits à liqueurs .... 131. —
— — dits /"flçon. petits. . . 1 1. 6 s. la douzaine.
Bouteilles de Sèves', le cent, rendu chez soi 23 liv.
Bouteilles de Lorraine de IS à 22.1. le cent.
On voit, par cette désijinatioii sommaire de.s verreries vendues par les marchands de Paris, que l'industrie française, outre les verres à vitres, ne fabriquait, au milieu du siècle dernier, que de la gobeleterie commune et des bouteilles. 11 faut ])ien avouer, du reste, qu'à cette époque cette industrie était en France en pleine décadence, et bien au-dessous de celle de la plupart des pays étrangers, notamment de la Bohc'me, de F Allemagne et de l'Angleterre. C'est ce que constatait avec amertume un savant chimiste, Bosc d'Antic, dans un Mémoire qu'il adressait à l'Académie des sciences, mémoire qui remporta, en 17G0, le prix sur le sujet suivant mis au concours : Quels scmt les moyens les plus propres
' La verrerie royale de Sèvres, fondée au coinmencpinenl du wni"" siècle, n'a jamais fabriqué que des bouteilles qui étaient en grande ré|)utation.
« Les atoliers de cette verrerie, situés au bas du coteau de Meudon, méritent l'attention des curieu.x. Les bouteilles que l'on y fabrique sont d'une des meilleures qualités de verre pour le vin ; il est un peu brun , mais cette couleur lui vient du fer et du phlogistique contenus dans la soude qu'on emploie. » {Almanach des marcha7ids, ne'gocinns et coinmcrçnns de la France, par Thomas, 1770.)
'< Sèves, bourg de llle-de-France. — Verrerie roi/alc. où fon ne fait que des bouteilles; mais il est peu de verreries en France où l'on travaille avec tant de soin. » (Almatiach Dauphin. 1789.)
Il y eut à Sèvres une autre verrerie, ou, pour être plus exact, une cristallerie dont nous parlerons plus loin.
•230 lA VI-HRERIE
à porter l'économie et la perfection dans les verreries de France '.
« Le veiTe de nos verreries, dit-il, peut être divisé en quatre espèces : verre à bouteilles; verre commun vert, dit chambourin; verre lin, blanc; cristallin et cristal. Je ne connois que trois verreries en France où Ton fasse de bonnes bouteilles : Folembrey, dans la forêt de Coucy; Anor, dans le Hainaut françois, et Sèves, près de Paris. Celles qu'on fait dans le pays de Baireuth et à Delln, dans le Brandebourg, leur sont supérieures pour la qualité et se vendent moins cher. A peine notre verre passeroit-il ])onr le verre commun d'Allemagne, et notre cristal pour le verre blanc étranger. Pour s'en convaincre, on n'a qu'à comparer le verre plat fin, ou de deux feux, de Normandie, avec le verre commun à vitres du Palatinat; et le cristal de la verrerie de La Pierre avec le verre blanc de Bohême ou avec les morceaux de verre blanc d'Angleterre, qu'on trouve chez le sieur Sayde. Il n'y a pas, je crois, de verre à vitres plus imparfait que celui de nos grosses verreries; il est rempli de défauts, de bouillasses, de filandres, de larmes, de pierres, mal
' « Un bon ciloyeu, qui n'a point voulu quoii le lumunàt, ilil Bosc d'ANTii; il la fin de l'impression de son Mémoire , remit, en 1739, une somme de cinii cent livres à l'Académie royale des sciences ])Our récompenser celui qui, :ui jugement de cette compa!,'nie, :uiroil le mieux n'^pondu ;i la (|uesti(in qui l'ail le titre de ce Mémoire. »
Nous ne croyons pas èlrc Iroji léméraire en avaneani ipie ce « bon citoyen » qui désirait garder Panonyme n'('tail aulre ipic Bosc d'Anlic lui-même, ou quelqu'un qui agissait à son instiL'atidn , el pridiablement avec son argent. Il devait savoir, en efTet, que peu de savants à celte époque s'occupaient de cette question , cl que les gens du métier étaient trop illettrés jiour rédiger un mémoire; en tout cas, la somme qu'il risquait (500 livres] était peu importante relativement à ce que son travail devait lui rapporter s'il obtenait le prix. Ce prix, en effet, le fit connaître el lui permit de trouver des commanditaires, grAce auxqutds il put fonder la manufaelme de glaces de Rouelles (département de la Haute- Marne), qui, d'après ce qu'il disait, devait fabriquir mieux (pic celle de Sainl- Oobain et vendre 50 pour 100 moins cher.
LA VERRERIE DU XV= AU Xl.V SIÈCLE 231
recuit, ç-e plombe tivs promptement, et il est coloré au point d'être peu transparent, quoique fort mince. Dans quelques verreries, on a cherché à imiter les lanternes' d'Angleterre; mais on est très éloigné d'y avoir réussi.
« Les ouvrages de nos verreries sont d'une mauvaise qualité et fort chers. S'écarteroit-on de la vérité si l'on avançait que nos verreries sont plus utiles à l'Espagne qu'à la France? Elles emploient annuellement pour près de deux millions de soude d'Alicante et de Carthagène. Mais c'est trop s'arrêter sur une chose qui fait notre honte. Personne n'ignore (|ue nos verreries sont dans un état déplorable.
« Le prix extraordinaire que l'Académie royale des sciences a proposé pour seconder les vues d'un zélé citoyen ne nous permet pas de douter. Cette compagnie respectable ne promet la palme qu'à celui qui aura donné les moyens les plus propres à porter la perfection et l'économie dans les verreries du royaume. Elle n'exige pas uniquement qu'on fasse du beau verre, elle veut aussi que l'on puisse le faire à peu de frais; et, ces deux conditions remplies, nos verreries seront certainement en état de soutenir la concurrence avec les verreries étrangères.
« Je ne doute pas qu'un grand nombre de personnes, en rendant justice aux vues et au zèle de l'Académie, ne mettent ce prix au rang de la quadrature du cercle, de la pierre philosophale, etc. On est assez généralement persuadé qu'il est impossible de faire en France d'aussi beau verre et au même prix qu'en Allemagne. En Saxe, en Bohême, dans la Franconie, dans le Palatinat, dit-on, les beaux cailloux sont très communs, et nous en manquons; le salin ou le sel alcali
' Les lanternes d'appartement, garnies, de neuf pouces (0"'243) de haut, valaient 9 liv. 10 s. la pièce. On en faisait jusqu'à quinze pouces (0"'40o] de haut. Le prix augmentait de 1 liv. par pouce.
Les lanternes de jardin, montées, coûtaient 11 liv. la paiie.
fixe extrait des cendres du bois y est abondant et à bas prix, et nous n'avons que des matières inférieures et fort chères; le bois y est pour rien, et nous l'achetons un prix excessif. Notre vanité ne cherche-t-elle pas à excuser notre négligence? Les circonstances favorables où je me trouve m'ont permis d'envisager la matière sous un assez grand nombre de faces pour me croire même en état de prouver que la France peut faire cesser les importatidus, fabriijuer elle-même du verre aussi beau et à plus bas prix que celui de l'étranger. »
En homme parfaitement maître de la question, Bosc d'Antic, après cette constatation si peu flatteuse pour notre amour-propre industriel, étudie les procédés de fabrication employés de son temps, et indique les moyens qui lui paraissent préférables ; c'est ainsi qu'il conseille l'usage de l'argile pour faire les fourneaux et les creusets, à la place du grès ou mouillasse qui était employé jusqu'alors, et qui, à l'inconvénient de laisser perdre une quantité considérable de chaleui-, joignait celui de se fendre, de s'égrener et de se vitrifier si promptement, que les fourneaux pouvaient durer à peine trois à quatre mois; il donne les gisements des meilleures argiles, la maniri-c de coiistniire des Inurneaiix à six et dix ouvreaux, et engage fortement les maîtres des verreries à se servir de charbon do terr(% comme cela se pratique à Toiirlaville et dans les riistallciies anglaises. Quatorze livres de charljon. dit-il. [)r()diiiscnt le même elfet que vingt-cinq livres de bois. Il étudie ensuite la manière de fabriquer de la sou<le d'une qualité au moins égale à celle d'Alicante; il indique les meilleures matières à ('(Uivertir en verre, et surtout règle la conduite du travail de façon à éviter toutes les pertes de temps, et, |)ar conséquent, de feu. Enfin il conseille <• la conversion du l'er en aciei' pai' crmentalion, pour fournil- aux verreri<'s un moyen très utile de proliter de leur feu perdu et d'occuj)er les ouvriers sans les
fatiguer. Cette industrie. Mjdiite-t-il. auroit unduiililc avantage pour le royaume : le verre seroit à plus bas prix, et nous ne serions pas obligés de tirer annuellement pour des sommes très considéi'ables d'acier des produits étrangei-s. »
Bosc d'Antic remporta le prix, et c'était justice, son mémoire renfermant , on le voit, d'excellents conseils pratiques; mais il se flatte ou s'illusiomie lorsque, quelque temps après, il piiHeiid que « la verrerie en France a changé de face depuis la publication de son travail. 11 s'est formé, dit- il, un grand nombre de manufactures en verre blanc c> vitres et en assortiment. Il n'existe plus de verreries à la françoise, en verre chambourin, que pour les rouleaux et les fioles à médecine. L'assortiment en verre blanc n'est pas plus cher que l'assortiment en verre vert l'était en 17(j(), et le verre en table a considérablement baissé de prix, quoique les potasses soient renchéries. Je puis donc me flatter d'avoir opéré par mes recherches et par mes ouvrages une révolution avantageuse dans cette branche importante d'industrie et de commerce. i>
Il se peut que le verre à vitres des fabriques normandes soit devenu plus blanc après la pulilicatinn du mémoire couronné; mais l'auteur se vante à tort quand il s'attribue les perfectionnements apportés dans la fabrication du verre en tables et la baisse du prix de ce veiTe. Ce double résultat était dû, d'une part à la création de la manufacture de Saint- Quirin, fondée vers 1753 par un homme très actif et très savant, Drolenvaux, et, d'autre part, à l'établissement de la fabrication de ce verre dans celle de Givors, en 1755, plusieurs années, par conséquent, avant le travail de Bosc d'Antic.
La première de ces manufactures avait, à Paris, un dépi')t qui était ainsi annoncé dans les Annonces, Affiches et Avis divers (30 mai 1751) : « On vient d'établir à Paris, dans la maison du sieur Le Lièvre, distillateur ordinaire du roi, rue
de Seine. t',iul)Ourg Saint-* lermain, un magasin général de verres en tables, du double plus épais que les verres de Bohême, plus beaux, plus forts et plus transparents, diton, et nullement sujets aux plus légers dommages, quoique exposés au soleil et à Fhumidité. Ils se tirent de la verrerie royale de Saint-Quirin en Vùges, à deux lieues de Sarrebourg, dont M. Drolenvaux est propriétaire. »
Quant à la verrerie de Givors, fondée en 17'i*.), elle prit rapidement une assez grande importance, bien éloignée cependant de celle qu'elle devait prendre de nos jours, et qui l'ont placée au premier rang des usines françaises. « Le bourg de Gisors, dit l'abbé Expilly, devient tous les jours plus considérable, surtout par la verrerie royale qui y a été établie en 1749, et qui a commencé à travailler en 1750. Elle fait subsister plus de deux cents ouvriers ; on y consomme par jour 150 bennes de charbon. Il en sort 500,000 bouteilles par an'; on y fai)rique du verre en table depuis 1755. » C'était à Orléans qu'était l'entrepôt principal des produits de la manufacture de Givors; on les expédiait de là à Paris, et, par la Loire, à Tours et à Nantes.
Bosc d'Antic, du reste, est bien obligé de convenir plus tard que son Mémoire n'a rien changé aux conditions commerciales de la verrerie, et que, comme par le passé, on continue h préférer aux produits français les verres de Bohême et les cristaux d'Angleterre. « Dans mon mémoire couronné, dit-il, je n'avois pu traiter que des principes généraux de l'art de la verrerie, et peu de personnes ont été en état d'en faire une heureuse application à ses dilTéi'entes branches. Soit défaut de lumières, soit que le gouvernement
' La verrerie royale fondée en 1749 s'est transformée et est (levcnue la Compagnie des verreries de la Loire et du Rhône, qui fabrique annncUenipiil pris (le 30,0(10,000 lie linuleilles, sans conipler la gobeleterie coninunic rt les voriiv à vitrep.
LA verrerif: nr vv \i \i.\- siècle 2.30
ii";iit pas donné à cette importante espèce cfindustrie toute Tattention qu'elle mérite, l'importation du verre dans le royaume est encore très considérable. Il y a peu de nos villes du premier et du second ordre où Ton ne trouve des magasins de verre taillé et non taillé de Bohème, et les Anglois continuent à nous fournil- du verre pour loptique et du cristal coloré et non coloré. »
Il n'y a, en eflet, qu'à consulter les adresses et réclames des marchands faïenciers, — qui vendaient également les verreries . — pour se convaincre que c'était surtout la gobeleterie taillée de Bohême qui faisait le fond de leur commerce, bien que les cristaux de France y soient également annoncés. C'est ainsi que nous trouvons dans V Almanach des marchands, de Thomas (Paris, 1770), les adresses suivantes :
« DuTFOY., marchand fayencier, .4 la Bonne Foi, grande rue Taranne, fauxbourg Saint-Germain, à côté de Thôtel Taranne. — Gobelets gravés, taillés à miroir, et tout ce qui concerne les cristaux de Bohème dorés, taillés et gravés du plus à la mode. Toutes sortes de bouteilles pour le vin des verreries de Sèves, de Picardie, de Lorraine et de Saint- Fargeau '.
« Thiéb.vult, marchand fayancier, bouchonnier ordinaire des caves du roy, rue Saint-Denis, vis-à-vis l'église de la Trinité, près Saint- Sauveur, tient magasin de fayance de Strasbourg et de la manufacture royale de Sceaux, de Rouen, Nevers et autres; — cristaux de Bohème de toute espèce,
' Cette verrerie était située à Cormoras, près Saint-Fargeau. On lit dans les Affiches de Paris, en 17S3 : « La verrerie de Cormoras, située près Saint- Fargeau, est à donner à ferme. On s'adresse à M. Doublet, avocat au parlement , rue des Saints-Pères, au-dessus de la rue de Verneuil, fauxbourg Saint-Germain.»
231) LA VEHUElîIE
tant en doiuie qu"eii blanc; — toutes sortes de verreries et cristaux de France '; — jjras de cheminée naturels et autres;
— bouteilles de Sèves, etc. Il tient aussi magasin et manufacture de bouchons, broches et tous autres ouvrages en liège d'Espagne et de Portugal. Il cuntinue aussi la fabrique de semelles de liège garnies de peaux, de carton et autres.
<< Porte (de l.\), marchand fayancier, successeur de madame la veuve Gueux, rue Sainte-Marguerite, fauxbourg Saint- Germain ^ à côté de la prison, vend toutes sortes de services en porcelaine ; — figures de Saxe et autres : — fayances de Strasbourg, de Sceaux, de Rouen, d'Angleterre;
— fayances à bouillir au feu ; — • services en cristaux, dorure de Bohême; — lanternes d'appartement; — vaisseaux de chymie ; — caratTons de toutes les verreries ; — cloches et vases pour les jardins; — bouchons de liège, etc. »
Cette invasion des veri'eries d'Allemagne et de Bohême est constatée de nouveau par Bosc d'Antic quelques années après l'impression de son Mémoire. « Il se fait, dit-il, un grand commerce d'ouvrages de cristal et de verie l)lanc dans plusieurs parties de l'Allemagne, en Saxe, en Bohême, dans la Franconie, le Palatinat, etc. 11 nous vient de ces dilTérents endroits pdur des sommes considérables de lustres, de bras de cheminée, do tlacons, caraflbns, vei-rcs et gobelets de cristaux de tal)le, de vrrrcs à vitics, à cadrans, à estampes, soufllés et coulés en table sans boudiné, etc. Le plus b(<au cristal d'Allemagne adcux avantages sur celui d'Angleterre,
' Il est assez ilillicilc ilr ilirc (jucllcs ùtairiil alors les verreries dans lesquelles on fabriquail les « cristaux de Erance »; nous savons qu'en 1777 il en existait une à « Fronicnteau, route de Fontainebleau », qui avait établi un di-pôt unique de ses produits, sous le nom de Dépôt de marchandises de n-yslal de France, au magasin de la Fayence anglaise, rue Saint-Jacques, au coin de la rue de la Parclieminerie. [Avis divers Au samedi 8 lévrier 1777.)
' Ce magasin existait encore en 18GG.
d"<'trt' plus blanc et imiiiis clicr. (|iini(jiri| se vende à Pai'is depuis trois livres dix sols jusqu'à cent sols la livre, tout taillé. Il joint aux autres défauts de celui d'Angleterre ceux d"i'trr lilandreux et rarement exempt de petites pierres ou grains de ciment. Les verres plats de Bohi'me et du Palatinat sont bien éloignés de la i)erfection dont je les crois susceptibles. Ils ont un grand iKimbre de défauts; mais le plus désagréable c'est d'être d'une épaisseur inégale, ondulés. Les verres coulés en table de Nuremberg sont d'un verre commun bien affiné, très bien polis, et se vendent au moins vingt-cinq pour cent meilleur marché que les nôtres. On en trouve chez plusieurs miroitiers de Paris et chez le plus grand nombre de ceux de la itrovince. »
Cependant l'industrie française devait bientôt s'affranchir du tribut qu'elle payait ainsi à l'étranger, et montrer qu'elle pouvait lutter avec avantage contre les verreries de Bohème.
En vertu de lettres patentes datées du l^'' juin 1765, Antoine Renault du Bexy, avocat au parlement, conseiller du roi, receveur des bois et domaines de Nancy, hounne d'initiative et de goût, fonda à Baccarat, sous la protection de M'^' de Montmorency-Laval, évèque de Metz, rétablissement qui subsiste encore aujoui'd'hui, et qui fut, dans le principe et pendant longtemps, connu sous le nom de Verrerie Sainte-Amie. Grâce à l'intelligente administration de son fondateur, qui en conserva la direction jusqu'au moment de sa mort, arrivée en 1806, la verrerie de Sainte- Anne prospéra si rapidement et prit une telle importance, que, dès 1775, Antoine Renault adressait une requête à l'évêque de Toul, à l'elfet d'ublt'iiii- l'autorisation de constrmre une chapelle dans l'intérieur de l'étabhssement, allé>guant le grand nombre d'ouvriers qu'il emploie, « et l'espèce de travail qu'ils y font, qui demande de leur part une
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très grande assiduité, ne leur permettant pas de s'éloigner, même les jours de dimanche et de fêtes, pour assister au service divin dans leur paroisse de Deneuvre. » L'évêque fit droit à cette demande, et, par lettres en date du 27 mai 177r>, autorisa Renault à construire une chapelle, ainsi qu'un cimetière pour enterrer les ouvriers et les personnes de leur famille, « laquelle chapelle sera desservie par un prêtre mis par l'évêque, chargé d'y résider, d'y faire toutes les fonctions paroissiales et de leur administrer les sacrements, sous la direction du curé de Deneuvre, dont il sera vicaire. <>
La verrerie de Sainte- Anne, située au milieu des immenses forêts de la chàtellenie de Baccarat, fabriqua dès le début des verres à vitres en table et de la gobeleterie taillée à la roue qui pouvait rivaliser avec ce que l'on appelait alors improprement les cristaux de Bohême, et qui n'était pas plus du cristal, au moins tel que nous l'entendons aujourd'hui, que ne l'étaient, aux xvie et xvuc siècles, ainsi que nous l'avons déjà fait remarquer, les cristaux et cristallins de Venise ou faço)i de Venise.
Bientôt cependant la fabricalinn du cristal, c'est-à-dire du verre à base de plomb, du flint-glass, connu en Angleterre depuis la fin du xvnc siècle, devait être également importée en France, où elle atteignit, quelques années plus tard, à un degré de perfection qui la plac^-a à un rang tellement élevé dans l'industrie, quelle n'eut plus à craindre la concurrence étrangère.
L'origine de rintiiidiiction du i)loinli dans la composition du verre est due, suivant toute probabilité, à la substitution de la houille au bois, qui était devenu rare en Angleterr(^ dès la première moitié du xvii'' siècle. << l'in erniiloyant ii' nouveau combustible, dit le savant auteur du (iuide du verrier, M. Itontemps, on dut bientôt s'apercevoir (jue ce verre était plus coloré que celui (pTon avait précédemmeid