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fondu avec du bois; l'effet de cette coloratiou dni iMiv attribué à la houille, et les verriers cherchèrent par Idus les moyens possibles à combattre cette influence colorante ; c'est ainsi sans doute ({u'ils arrivèrent à soustraire la matière en fusion au contact de la fumée de la houille, en couvrant le creuset d'un dôme qui lui donnait la forme d'une cornue à col court ; mais, en protégeant ainsi l;i matière en fusion, on s'aperçut aussitôt que cette matière ne subissait plus une température aussi élevée ; il fallait prolonger la fonte et augmenter la dose du fomlant, l'acali: il en résultait une autre cause de coloration et un veri'e d'une moindre qualité. C'est alors (pi'on fut amené à ajouter, au lieu d'alcali, un fondant métallique, l'oxyde de plomb, qui fut employé en aussi grande quantité qu'on le put sans produire une coloration tirant au jaune ; non seulement on obvia aux inconvénients iio la houille et du pot couvert, mais il en résulta le verre le plus blanc, le plus parfait cju'on eût jamais obtenu, auquel le cristal de la Bohème ne peut être comparé... Ce fut sans doute vers la fin du xvne siècle que ce l'ésultat fut produit, car vers 1750, quand le célèbre opticien DoUond faisait ses premières expériences sur l'achromatisme, le flint-glass à base de plondj semblait être d'un usage courant pour les services de table. »
Ce nouveau produit vitreux était île beaucoup supérieur aux autres A'erres en ce qu'il était plus dense, plus limpide, qu'il possédait un pouvoir réfringent beaucoup plus considérable, et qu'il avait une sonorité particulière, dont on pouvait tirer parti dans beaucoup de cas; mais ce n'est que lentement, et grâce aux perfectionnements apportés par la chimie à la purification et au choix des matières premières, et principalement du minium, que les cristaux français et anglais sont arrivés à devenir supérieurs aux
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plus beaux verres de Bohème, qui. ;"i cause de leur faible densité, n'ont pas à beaucoup prrs leur éclat. Les cristaux anglais, malgré la grande vogue dont ils jouissaient dès leur introduction en France, laissaient beaucoup à désirer sous le rapport de la pureté et de la blancheur. Bosc d'Antic le constatait eu ces termes dès l'année 1771 : « Quelque tlorissantes ipie soient leurs verreries, les Anglais ne peuvent se liât ter, avec .lolin Garry, quelles soient portées à la plus haute perfection : leur cristal n'est pas d'une belle couleur; il tire sur le jaune ou sur le brun pour peu (jue la couleur rouge de la manganèse domine. Il est si mal cuit, qu'il ressuc le sel, se crassit, se rouille promptement, est rempli de points et nébuleux... 11 a encore un autre défaut capital, c'est d'être extrêmement tendre'... Ils vendent cher leur ouvrage ; [)eut-être seroient-ils forcés de baisser les prix s'ils avaient des concurrents... »
Quelques années après l'époque où Bosc d'Antic écrivait ces lignes, les concurrents qu'il demandait s'établissaient, les premiers, à Sèvres en 1784, les seconds, à Saint-Louis, en Lorraine, vers 1786.
La cristallerie de Sèvres, située dans les dépendances du parc de Saint-Cloud, — ce qui a fait dire par erreur à (juelques auteurs que cette manufacture avait été établie à Saint-Gloud même-, — fut fondée, en 178'i-, par Boyer et Lambert, sous le patronage de Marie-Aiiti>inette, qui leur permit de donner au nouvel établissement le titie de Manufacture des cristaux el émaux de la Reine '\ Boyer
* Ce mot doit être pris éviciemnienl ici dans l'acception qui lui ;i tié donnée quand on l'appliqua à la poieelaine dite à pâle Icxdrc. ilunl la cduverle est également à base de plomb, el Hosc d'Antic a ci rlaineiii.nl vnuhi l'ainentendre par là que le cristal anglais se rayait facilenienl.
* Les bîMiments où était établie cette cristallerie existent encore à Sèvres.
■' On trouve dans VAlmanacli Dintpliùi la mention suivante: « Sève, bourg
nous parait avoir été l'homme d'affaires de cette entreprise ; quant à Lambert , c'était un véritable praticien , instruit et intelligent, qui avait passé plusieurs années en Angleterre, où il avait appris tous les secrets de la fabrication.
Malgré le patronage de la reine et les privilèges qui lui avaient été accordés, la manufacture ne fit pas de bien brillantes affaires, autant par suite d'une mauvaise administration et peut-être aussi du peu de capitaux dont disposaient Boyer et Lambert, qu'en raison du prix élevé des matières premières, et notamment de la houille qui servait à la cuisson. Dès le mois d'octobre 1785, un an à peine après leur établissement, les deux associés durent se résigner à se faire commanditer et à transformer en société ' l'usine qu'ils avaient fondée, et dont ils ne furent plus que des « gérants intéressés ».
D'un autre côté, comme les ouvriers if étaient pas payés régulièrement et ([ue ron ne tenait pas les engagements pris vis-à-vis d'eux, il s'ensuivit des plaintes et des contestations continuelles, qui jetèrent la plus grande défaveur sur cette manufacture, appelée à doter la France d'une industrie nouvelle, et que le gouvernement avait, par conséquent, tout intérêt à favoriser; c'est alors que le conseil d'Etat prit, le 16 décembre 1783, l'arrêté suivant, qui donnait au seul lieutenant de police, à l'exclusion de toute autre juridiction, la connaissance des différends qui pouvaient s'élever entre les directeurs et les ouvriers.
di^ ri.sie de Franco, à deux lieues de Paris : manufacture de cristal, de /?////glass, d'émaux et cendre bleue, établie à l'instar des manufactures anglaises. L'empressement du public à se procurer les ouvrages cjui en sortent fait bien augurer de ce nouvel établissement, dont le dépôt est à Paris, dans les bâtiments du Palais-Royal, n" 50. — Lambert, Boyer et C'°, entrepreneurs. »
' Par acte passé le 18 octobre 178S « devant M<" Fieffé et son confrère, notaires au Ghàlelet de Paris ».
ARRÊT DU coNSKiL d'État du Rui
(jui renvoie par devant le sieur Lieutenant Général de Police de In tv7/e de Paris les contestations entre les oiimners de la Manufacture des Cristaux et Émaux de la Reine, silnée à Sèves, et les Intéresses en icelle.
... Sa Majesté étant informée que les ouvriers de ladite manufacture élèvent journellement des contestations contre les sieurs Boyer et Lambert, ci -devant entrepreneurs de ladite manufacture, et aujourd'hui au nombre des intéressés en icelle...; qu'en dernier lieu il auroit été rendu contre lesdits sieurs Boyer et Lambert deux sentences au consulat de Paris, les 23 et 30 novembre dernier, à la requête du nommé Dantzelle, graveur en cristaux et ouvrier attaché à ladite manufacture ; que lesdites sentences auniient été suivies d'une saisie -exécution des marchandises garnissant les magasins de ladite manufacture... Et Sa Majesté considérant (|Ui' la multiiilicité des demandes de pareille nature formées par lesdits ouvriers, étant portées dans différents tribunaux, est préjudiciable aux intérêts de ladite manufacture, à laquelle Sa Majesté a bien voulu accorder des encouragemens, et qui doit être exécutée plus en grand au lieu du Montcenis en Bourgogne; et qu'il est important , piiur l'iiecroissement de ladite nianiit'aiinir, de ri'nuiir dans mi seul tribunal toutes les contestations de cette natui'c, pour y être jugées sommairement et sans frais. A quoi voulant ]iourvûir : Ouï, etc.. Le Roi étant en son conseil , a évoqué à soi et à, son Conseil la demande formée par ledit Dantzelle contre lesdits sieurs Boyer et Lambert, ensemble toutes les autres contestations nées et à naître entre les ouvriers, serviteurs et domestiques ou employés ;i ladite manufacture des cristau)^ de la reine, et les intéressés et directeurs de ladite manufacture, et icelles, circonstances et dépendances, a renvoyé et renvoie i)ar devant le sieur Licutenanl C.énéral de l'cilicc de l.i ville, prévôté et vicomte de de Paris, pour y être jugée simunaiicriunt et sans frais, sauf l'appel au Conseil. Fait défen.se Sa Majcsti' audit Danlzellc et à tmis autres de se IKiiU'voir ailleurs (piepar d(>\;inl ledil sieur l,ie\itiMi;nit t'iénêral de Polic(> ilr 1,1 \ illc , pi-iAnir- et \ic(inili'' dr l'ai'is, cl à Icius jugt's d'i'ii (■(iininitrc. à peine de nullité, cassation de ju-océdure et de tous dépens, donnnages et intérêts. .. Et sera le jirésent arrêt exécuté nonobstant toutes oppositions ou empêchements iiuclrunipics poni' lescpu'ls il ne sera ditVêré.
Fait au conseil il'h'.lal du lui. Sa Majesli' y l'Iant, etc.
Dès cette époque, on le voit, il était déjà question de transporter la manufacture au (Ireuzot, près Montcenis, et de la joiudiv à la tduderie royale, — également « à la manière angloise », — qui venait d'y être établie par une société à la tète de laquelle se trouvait M. de La Chaize, et qui était dirigée par un ingénieur, M. Ramus, « avec des succès qui passent les espérances, » dit Daubenton dans une de ses lettres.
C'est vers la fin de 1787 que la cristallerie, de Sèvres fut transférée au Creuzot, en vertu d'un arrêt en date du 17 février de la même année; la principale raison mise en avant pour justifier cette mesure était, outre le désir de donner une plus grande extension à la manufacture, la facilité de se procurer à meilleur compte le charbon nécessaire à la cuisson.
... Relativement h la Maunlacture des Cristau.v de la Pieine, située au village de Sèves, près Saint- Cloud, Sa Majesté a reconnu qu'il seroit plus avantageux pour cet établissement d'être transféré au Creuzot , près Montcenis en Bourgogne , attendu que les matières premières nécessaires pour alimenter ladite manufacture se ti"ouvant sur le lieu, ce sera un moyen de porter cette manufacture, digne à tous égards de la protection de Sa Majesté, au plus haut degré de perfection dont elle est su.sceptible. A quoi voulant pourvoir : Oui, etc.... Le Roi étant en son conseil, a ordonné et ordonne que ladite manufacture sera très incessamment tran.sférée audit lieu du Creuzot près Montcenis , sur une partie de l'emplacement des mines et fonderies à la manière angloise, situées audit lieu du Creuzot ; et qu'en conséquence il sera procédé sans délai à la construction des fours, halles, magasins et autres bâtiments nécessaires à l'exploitation de ladite Manufacture des Cristaux de la Reine, laquelle sera administrée comme ladite fonderie royale du Creuzot, et jouira des mêmes privilèges, prérogatives et exemptions; à la charge, en outre, qu'il ne pourra être employé aux fabrications qui auront lieu dans ladite Manufacture des Cristaux de la Reine d'autre charbon de terre que celui de la mine concédée aux intéressés dans les fonderies royales du Creuzot. Mande et ordonne Sa Majesté au sieur Intendant et Commissaire départi pour l'exécution de ses ordres dans la province de Bourgogne, de tenir
la main à l'exécuUon du pré?erit arrêt, lui attribuant à cet effet Sa Majesté toute cour, juridiction et connoissance, et icelles interdisant à ses cours et autres juges. Fait au conseil d'État du roi. Sa Majesté y étant, etc.
La cristallerie du Creuzot, établissement industriel avant tout', subsista jusqu'en 1827; on s'attacha surtout à y fabriquer du cristal très pur et très beau, mais sans se préoccuper beaucoup, à en juger au moins par les quelques spécimens que l'on voyait autrefois au musée de Sèvres, de la question d'art. Aussi son influence sur l'industrie futelle moindre que celle des établissements qui ont été créés après elle, et à la tète desquels il faut citer en première ligne la cristallerie de Saint-Louis, fondée vers 1785, et dont le directeur, M. de Beaufort, adressait à l'Académie des sciences, en 1787, une note sur la fabrication du cvistal, ou flint-glass des Anglais, fondu au bols et à pots découverts , en y joignant des spécimens de pièces obtenues au moyen de ce nouveau procédé. Le chimiste Macquer, auquel on doit, sinon la découverte des gisements de kaolin de Saint- Yrieix, au moins l'application de ce kaolin à la fabrication des premières porcelaines dures fabriquées à Sèvres, fut chargé, avec Fougeroux de Bondaroy, de faire un rapport sur les cristaux de Saint-Louis; mais, tout en constatant la boimc qualité de ces produits, les savants rapporteurs ne paraissent pas leur avoir accordé rimportance qu'ils méri-
' On lit dans le Dictionnaire de gcograplùe de F. D. Aynès : « En i7"7, il V ;ivoil à peine au Creuzot quelques; maisons liabilécs par des cultivateurs pauvres et i)ar qucUiues ouvriers employés à une exploitation. Une compagnie jeta dans ce lieu les fondements d'une colonie qui s'est élevée à près de deux mille liabitaids, et qui a enlevé à l'Angleterre deux secrets : celui de fondre la mine de fer avec du charbon de terre désoufré ( roaA) , et celui de fondre le cristal avec du charbon de terre... La niaïuifacture oll're tous les ol)jets nécessaires aux Icsoins liabituels de la vie d;ins ce genre de fabrication, qui ne le cède en rien à Ui beavité ihi cristal nni-'lois. »
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talent. » Un ne peut, disaient-ils, qu'encourager M. de Beaufort à suivre et à augmenter un objet de fabrication qui probablement procurera de Favantage à notre commerce et pourra même dcA'enlr utile aux sciences. » Cette conclusion était, on le voit, très modeste, et n'engageait pas beaucoup l'Académie. M. de Beaufort s'en consola en donnant de l'extension à sa fabrique, qui fut bientôt en mesure de livrer, au prix de 25 sous seulement, des verres que jusqu'alors la cristallerie anglaise n'avait pu livrer au-dessous du prix de 3 livres.
Vers 1797, une troisième cristallerie fut 'fondée par M. d'Artigues à Vonèche , près Givet; mais cette manufacture, s'étant trouvée, par suite des traités de 1815, comprise dans le territoire belge, M. d'Artigues acheta en 18'1() la verrerie de Sainte-Anne, à Baccarat, et y transporta sa cristallerie. De cette époque commença pour cet établissement une ère de prospérité nouvelle, et liientôt la cristallerie de Baccarat, qui devint, en 1823, la propriété d'une société puissante, prit, sous la direction des savants éminents qui se sont succédé à sa tête, une importance considérable, qui l'a placée au premier rang des manufactures de l'Europe et en a fait une des gloires les moins contestées de l'industrie française.
L'importation en France de la fabrication du cristal eut pour elTet de secouer un peu la torpeur de nos veri-iers ; la taille, qui était restée jusqu'alors le monopole à peu près exclusif des manufactures de la Bohème et des Pays-Bas, devint d'une piatirpie générale dans nos fabriques de gobeleterie, dont les produits trouvèrent alors un débouché d'autant plus facile, qu'il n'était plus nécessaire d'aller chercher à l'étranger ce que Ymi fabricpiait aussi bien chez nous.
En 1802, suivant les estimations de la statistique publiée
par M. Chaptal, la production annuelle des verreries et glaceries dépassait drjà dix inillinns, alors que sous le règne de Louis XVI, au moment cependant où la paix de l'Europe, la prospérité de nos vastes colonies et l'administration de Turgot, de Malesherbes et de Necker, avaient donné d'heureux développements à l'industrie française, elle était à peine de six millions, d'après les évaluations de M. de Tholozan, intendant général du commerce; nous verrons plus loin qu'elle était, en 1873, de cent neuf millions.
De l'étude qui précède il résulte, il faut bien en convenir, que l'industrie du verre en France, malgré les encouragements de toute nature et les privilèges exceptionnels i|ui lui avaient été accordés par les souverains, ne s'est pas développée à l'égal des autres industries d'art. Cependant les verreries émaillées qui ont marqué ses débuts au xvie siècle, et dont il ne nous reste que de trop rares échantillons, ainsi que les quelques spécimens si élégants et de formes si particulières provenant des verreries normandes du xvne siècle que nous ont montrées les dernières expositions rétrospectives, prouvent qu'il y avait là en germe un art qui aurait pu se perfectionner et grandir, comme l'ont fait à la même époque la céramique et l'émaillerie. Ce qui a nui à la verrerie, c'est, croyons-nous, cette idée généralement admise que l'on ne pouvait ni lutter contre les verreries vénitiennes d'abord, et bohèmes ensuite, ni se passer du concours des ouvriers étrangers. Moins intelligents que les céramistes, qui, voyant (pi'il leur était impossible de rivaliser avec les merveilleux produits de Faonza ou d'Urbino, s'étaient contenté d'un rôle ]ilus modeste, en créant im art d'un ordre moins (''levé, mais bien original, les verriers restèrent enserrés dans les limites qui leur avaient été tracées dès le début, sans tenter aucun etïort pour en
sortir. Malheureiisemont il n'y eut pas d'artistes parmi eux, et s'ils conservèrent des Italiens la pratiijue d'émailler les verres, ils se bornèrent généralement à tracer grossièrement sur des gobelets des légendes grivoises, sentimentales', et, plus tard, patriotiques, <jui n'ont rien de commun avec Tart.
Cependant la verrerie française peut revendiquer avec fierté la gloire d'avoir trouvé pour la fabrication des glaces le procédé du coulage, à l'aide duquel on put faire des glaces d'une dimension inconnue jusqu'alors; nous reviendrons sur ce sujet dans un chapitre spécial; mais avant il nous faut étudier l'histoire de la verrerie en Allemagne et dans les autres contrées de l'Europe.