‹ Histoire de la verrerie et de l'émaillerieChapitre 19 sur 58 · PAYS-BAS — HOLLANDE — BELGIQUE · texte numérisé non relu

PAYS-BAS — HOLLANDE — BELGIQUE

Ainsi que cela eut lieu en France et en Allemagne, l'industrie du verre dans les Pays-Bas, et surtout dans les Flandres, procède directement de l'imitation des verreries de Venise; mais alors qu'en France la fabrication importée par les Italiens était à peu près complètement oubliée ou tout au moins abandonnée quelques années après son introduction, et qu'en Allemagne elle se transformait assez rapidement pour produire bientôt après des œuvres d'un caractère particulier et d'un art moins élevé et moins délicat, bien que d'une technique à })ou près semblable, dans les Flandres elle resta assez en honneur pour y être pratiquée avec succès pendant près de deux siècles et y atteindre, dans certains cas, à une perfection relative (^ue n'auraient pas désavouée les Muranistes de la Renaissance.

De tout temps, du reste, les verreries de Venise avaient été fort recherchées dans les Pays-Bas, et nous avoué vu (p. 70) que, dès le xivc siècle, les galères de la sérénissime république apportaient dans les Flandres, et particulièrement à Bruges et à Anvers ', des quantités assez considérables de verres et d'autres marchandises.

Quelques auteurs * ont mémo avancé qu'à cette époque

' Dans le préambule de la charte de Ciiarles le Téméraire, datée du 13 mars

1468, où les privilèges accordés aux Vénitiens sont longuement définis, on lit :

« Les ditz marchanset bonnes gens de Vcnize ont de très long et cnchicn temps

hanté, fréquenté et conversé marchandement nostre pais et conté de Flandres. »

- (iii.i.ioDTS, fnvniliiirr ilfs clinrles de la ville de Bruges. I. V, p. bj9.

-' Entres autres Ibn iinv dans son travail sur les Verres à la façon de l'enise, \n-W', 1873.

les Flandres possédaient des verreries dont les produits auraient été assez estimés pour compter parmi les pièces que les souverains plaçaient au nombre de leurs joyaux, et, se fondant sur la mention suivante trouvée dans un Inventaire* du roi de France, Charles V (1380) : « Ung gobelet de voirre blant de Flandres garny d'argent, » ont affirmé l'existence de fabriques locales; nous ne partageons pas cet avis. En effet, la plupart des verres portés sur les Inventaires de cette époque, et notamment sur celui de Charles V, étaient, .cela ne fait aucun doute, de provenance orientale, et le rédacteur a bien soin, du reste, d'ajouter à sa description « à la façon de Damas, » ou « de l'ouvrage de Damas » (voir p. 59); il ne mentionne jamais les verres de Venise, presque inconnus en France à cette date. On peut donc admettre qu'ayant trouvé parmi les objets précieux que Charles V tenait de son frère Philippe le Hardi, duc de Bourgogne et gendre de Louis de Mâle, comte de Flandres, un verre monté en argent et ne ressemblant pas aux verres « à la façon de Damas » quïl avait inventoriés jusqu'alors, il l'ait d'autant plus facilement noté comme verre de Flandres, que ces objets étaient presque tous d'origine flamande, alors que, en réalité, ce devait être un verre ce fabrication vénitienne'-.

Qu'il y ait eu cependant des verreries dans les Flandres antérieurement au xvie siècle, cela est incontestable; mais nous croyons que leurs produits étaient , comme ceux de toute la verrerie de cette époque, excepté celle de

' Publié par M. Delaborde dans ^on ouvrage intitulé les Ducs de Bourgogne, 2 vol. in-8".

- L'ordonnance de Philippe le Bon, du o novembre 1441, cite, parmi le? marchandises qui arrivaient par eau , « la vaisselle de terre et vaisselle de voirre et semblables nouvellitcz que les galées et caraques anieincnt. » — GiLLioDTs, loc. cit.. p. 245.

Venise, d'une fabrication commune et grossière. On ne s'expliquerait pas autrement l'intérêt que les souverains auraient eu à favoriser l'introduction de cette industrie à Anvers, à Bruxelles et à Liùge, les privilèges parfois exorbitants qu'ils accordèrent aux verriers vénitiens qui osaient ])raver les sévérités du conseil des Dix pour venir s'établir dans les Flandres et les subsides que leur donnaient les cités.

D'après les documents puljliés jtar MM. Scliuermans et Pinchart dans les articles qu'ils ont consacrés aux verreries flamandes ', c'est en 4541 qu'apparaît pour la première fois à Anvers un verrier italien, Jean-Michaël Cornachini, qui arrivait d'Allemagne, où il avait séjourné pendant quelque temps; il olitint facilement de Gbarles-(Juint un privilège pour la fabrication des miroirs en verre cristallin, et la ville lui accorda, outre un subside annuel, un emplacement à l'effet d'exercer plus facilement son industrie. ^lais la ville ayant soulevé des difficultés au sujet du payement de ce subside, Cornachini dut s'adresser de nouveau à Cliarles- Quint, qui l'autorisa à assigner « le magistrat d'Anvers devant le conseil du Brabant en cas d'opposition ". On ne sait quelle suite fut donnée à cette afFair(\ mais il ne parait pas que l'établissement de cet Italien ait jamais sérieusement fonctionné, sans cela la ville n'eût certainement pas refusé de tenir ses engagements, .\nvers. en elVct, était à cette éporpie une des plus riches cités de ri'",ni-(>[ie. et sa splendeur di'passait celle de Venise elle-même si mtuscn croyons l(>s ténidignages irrécusables de deux ambassadeurs que la républiipie avait envoyés auprès de jh'.mpereur, Marino Cavalli d'abord, (pii, en lâôl, ne cache pas l'impression pénible qu'il ressent eu voyant la snpi'iidrilê d'Anvers sur

' Dans le Bulletin rlrx cnmmissinns rni/nlcfi d'nri d irdrclu'oloijic. iii-8": Bruxelles, 1881 U 1884 (passim).

Venise', et, six ans plus tard, F. Badoero (ou Badoaro), qui écrit au conseil que <■ Venise est la plus grande place commerciale du monde - ».

Un second octroi relatif à l'établissement d'une vénerie à la façon de Venise fut accordé, le 17 septembre 1540, à .lean de Lame, « marchand natif de Crémone » qui demeurait à Anvers, Taiitorisant à exercer « où mieulx il trouvera sa commoditc'. Tait et science de faire verres de crystal à la mode et façon ijiie Ton les labeure en la cyté de Venizc, sans que durant iceluy temps (huit ans) nulz aultres ouvriers que lui. ou ses commis, puissent faire iceulx voires de cristal, ny les contrefaire, ou faire vendre, sous peine d'une amende de G florins carolus d'or pour chascun voire qu'ils auroient fait ».

Ce Jean de Lame était évidenunent lui simple marchand qui voulait se réserver le monopole, dans les Pays-Bas, de la vente des verres qu'il aurait fait venir de Venise, ou qui espérait pouvoir fonder une fabrique avec l'aide de verriers qu'il aurait appelés d'Italie; ce qui est certain, c'est qu'il ne remplit pas les engagements qu'il avait pris, et qu'en lôôl la reine Marie de Hongrie, sœur de Charles -Quint, gouvernante des Pays-Bas, lui écrivait une lettre dans laquelle elle se plaint ipie « jusques ores l'on n'a fait devoir mectre ledit privilège en exécucion >', ajoutant à la fin : « A cestc cause ferez bien de nous faire entendre à la vérité à quoi il a teim ou tient que ledit devoir n'a encoires esté fait, sans en vouloir faire faulte'. »

' " .... Che in vero nii son stupito di maraviglia in veder ciô , pensando certissimo che superi assai questa città... » ( Alberi, /?c/a^^oni dcgli amhasciatori veneti ni senato. ]

^ " ... Anversa e stimula i-ommunemente la uiaggior piazza del mundo... » [Ibid.]

^ Document tiré do la Colleclion cfcs papiers d'Etal, aux Archives du royaume, ot publié par ^L Pincuart.

En présence de cette sorte de mise en demeure, Jean de Lame céda ses droits à un véritable verrier qui, le 48 mars 1556, obtint de Philippe II une prolongation de privilège par lettres patentes dont voici le préambule : <( Philippe, par la grâce de Dieu, roy de Castille, etc., de la part de Jacomo di Francisco, vénecien, maistre de fournaise à faire voires de cristal en notre ville d'Anvers, nous a esté remonstré comme au mois de septembre xve quarante neuf, Jehan de Lame, de Cremona, auroit obtenu octroy et prévilège de pouvoir faire ouvrer voires de crystal à la fachon de Venise pour le tems de huict ans ; et pour ce que ledit Jehan de Lame luy en a transporté son action, et que depuis il y a exposé grandz fraictz et despens, et lui conviendra encoires faire pour le tems que ledit octroy a encoires à durer, il désireroit bien avoir continuation dudit octroy, etc. »

Jacomo di Francisco ne conserva pas longtemps la propriété de la verrerie qu'il avait créée, et, au mois de mai 4558, « n'ayant plus moyen de fournir aux frais et despens à l'entretien de ses fournaix, » il dut, à son tour, céder son privilège à Jacomo Pasquetti de i)rescia, quil s'était adjoint, et qui dirigeait la fabrication depuis (piehpies années.

Avec Pasquetti, la fal)i'ication entra dans une voie de prospérité qu'attestent les lettres patentes qui lui furent octroyées à diverses reprises, notamment le 22 novembre 15G8, pour le maintenir dans les privilèges qui avaient été accordés à son prédécesseur, et celles par lesquelles, en réponse à une réclamation qu'il avait adressée au sujet de ventes clandestines de verreries venant de Venise ou de fabriipies éti'aiigèios, on lui rései've le ilioit cxciiisir de vciilc dans les pavs ap[)arlenaid an roi il"l',s|ia,L:ii('. Le [uvauibiile de

' PiNr.iiAnr, Huit, des coin. roi/.. 21'' aiiiiOc, 1>. 374.

LA VERRERIE DT XV" AU XIX" SIECLE 28;i

ces dernières lettres, tout à l'éloge de Pasquetti, est ainsi conçu : » Reecu avons l'humble supplication de Jacomo Pasquetti, maistre des fourneaulx à faire voires de ehristal en nosti-e ville d'Anvei's, contenant comme suiv;nit certain octroy qu'il a obtenu de nous pour seul pouvoir librement exercer son art et stil de faire lesdictes voires en noz pays de par-deça, il en ait faict tout debvoir et n'ait jamai?; cessé de Tamplifier de sciences et nouvelles inventions, rendant en tout paine de satisfaire aux inhabitants de nos pays et fournir iceulx de toutes sortes de voires et aultres choses que auparavant l'on estoit constraint d'achapter bien chièrement d'estrangiers , lesquelz en emportoient le fruict et argent de nos ditz pays, ce (pie au contraire demeure présentement en iceulx au prouffict publicq. »

La perfection des verres fabriqués par Pasquetti est, en outre, attestée par plusieurs auteurs de l'époque, et particulièrement par le savant historien tlorentin Guicciardini, qui, dans sa description d'Anvers, cite « l'admirable Fournaise où sont faits les voirres crystallins de toute sorte, à l'imitation de Venize, et icelle fondée à grands frais par lacques Pasquet, Pressant, ornée de fort beaux et grands privilèges, tant par le Roy octroyez que par les seigneurs de la ville ' ».

Pasquetti céda, en 1580, sa verrerie et les privilèges qu'il avait obtenus à Ambroise Mongarda, à la condition par ce dernier de payer annuellement une certaine somme d'argent à son neveu, Regnaldo Pasquetti.

' Description de tous les Pais- Bas, autrement appelles la Germanie inférieure, par aiessire Louis Guicciardin, gentilhomme florentin; Anvers, 1582. — Voici le texte de l'édition originale : « Admirabilem iilam fornacem in qua, Venetoruui exemplo, conficiuntur oninis generis vasa crystallina, slructam magnis impensis, ab Jacobo Pasquetto, Brixiensi..., etc. » C'est par erreur que l'auteur de l'édition française a traduit BriaïiVnsi par bressan; c'est rfe Brescia ou Brescianais qu'il aurait dû mettre.

Malgré les procrs fjiill eut à soutenir avec ce neveu de son prédécesseur, et surtout malgré les troubles qui désolèrent les Pays-Bas à cette époque et qui se terminèrent par la prise d'Anvers (17 août 158,")), Mongarda parvint à donner une plus grande extension à sa fabrication et obtint, le 19 décembre 1586, une nouvelle concession pour douze ans du privilège que lui avait légué Pasquetti'. Il mourut en 1596, âgé de cinquante- six ans, laissant une veuve et dix enfants, et fut enterré dans l'église Notre-Dame d'Anvers. Sur son épitaphe, qui a été reproduite par Le Roy, dans le Grand Théâtre sacré du Brahant ', il était qualifié de « Italus cisalpinus, vifraria^ artis cbristallorum apud Antverpianos magister )>.

Sa veuve, après avoir obtenu, le 3 novembre 1597, le renouvellement pour sept ans de l'octroi de 1586, se remaria avec Philippe (iridulphi, homme fort entendu aux affaires, et qui, à force d'adresse et d'habileté, se lit donner, à lui et à son associé Bruyninck, des privilèges qui non seulement leur conservèrent le monopole de la fabrication des verres de cristal à la façon de Venise, mais (jui même mirent entre leurs mains tout le commerce de la verrerie dans les Flandres. Dans luie i('(piéte qu'ils adressèrent à la fm do l'année 1606, ils se plaignent adroitement (pie « malgré les privilèges et prohibitions, certains marchands, au lieu de faire venir leurs verres de Venise, les tiiTiit, à leur plus grande commodité et profit, des places les plus voisines où l'on practicjue de coiitiefaire lesdicts verres de Venise, si ponciuellemcnt qu'à grande peine les maitres eux-mêmes sauraient juger de la différence..., » et pour « obvier à cette h'aude et tromperie » ils sollicitent pour eux-méines le monopole exclusif de la vente des véritables verres de

' l'iNciiAiiT , op. cil., ii'' minée, p. 384. - Tome H, p. 198.

Venise, s'engageant « à fournir, tant eu verres véritables qu'en verres imités par eux, telle quantité qui sera nécessaire pour fournir à tous les besoins ». Ils ajoutent que ce ne sera pas un monopole nuisil)lo, « ces objets de luxe n'étant pas nécessaires à la sustentation du peuple. » Par lettres datées du 26 janvier 1607, on fit droit à cette demande exiirbitautc, et on leur accorda en outre le droit de'visUe sur toutes les refjes et casses de voires ordinaires introduits dans le pays, afin de rechercher si elles ne contenaient pas de verres dont la vente fut interdite. Nous avons raconté plus haut (p. 126) la façon rigoureuse dont ils firent traiter deux pauvres marchands qui avaient traversé Lille, se rendant à Calais, où ils devaient s'embarquer pour passer de là eu Angleterre.

Tous ces iH'ivilèges furent renouvelés , à diverses reprises, au profit de Gridolphi et des enfants d'Ambroise Mongarda, (pii tous avaient atteint leur majorité, et qui, d'après le préambule des dernières lettres patentes qui leur furent octroyées, « avoient vendu leurs biens et les denio's capitaïuK mis et réduict en masse commune pour les employer à feutretènemeut de la fournaise et de la maison à ceste lin acheptée, et (pie il"i( elle fournaise dépendent tous leurs moyens de vivre. »

Kn 162:!, la veiierie d"Anvers })assa entre les mains d'un autre italien, époux d'une des filles de Mongarda, Ferrante Moroni, qui en conserva la dii'ection jusqu'en 1629, époque à laquelle elle devint la propriété d'un capitaliste nommé van Lemens, intéressé également pour une part importante dans la verrerie de Bruxelles ; elle cessa d'être en activité vers 16'i2, après une existence qui avait duré inès d'un siècle et ([ui n'avait pas été sans éclat.

La verrerie d'Anvers fondée pour importer dans les

Flandres rindustrie du verre à la façon de Venise, et dirigée exclusivement par des Italiens, qui n'employaient également que des Italiens comme ouvrieis ', parait avoir produit tous les genres de veiTcs fabriqués à Murano, depuis les verres décorés de peintures en émaux do couleur et rehaussés d'or, jusqu'aux verres fdigranés et aux simples verres blancs, aux formes élégantes, imitées de celles de Venise (fig. 54). C'est ce que constate avec emphase le jésuite Scribani, dans un latin qui a le tort d'avoir été copié presque mot à mot sur le texte de Pline, que nous avons rapporté à la page 25 : « Continuis fornacibus materiam liquantibus, cum alla flatu figuratur, alla tamquam torno teritur, alla argenti modo caelatur, alla denique auro opulentatur, tingiturque colore quocumque.... invenit hic ingeniosa solertia in arena, in herba, in vario pulvere quod ignibus provocaret in aliam aliamque faciem, etc.-.» L'honorable historien trouvant dans Pline des phrases toutes faites sur la fabrication du verre, les a reproduites sans se rendre un compte bien exact des ditférents procédés employés de son temps à Venise ou à Anvers, et, malgré cela cependant, ce texte, dans son exagération évidente, prouve condjien était grande la réputation des verres anversois à cette épo(|ue; nous en avons, du reste, d'autres preuves non seulement dans le jiassage de Guicciardin que nous avons cité, et qui remonte à une date un peu antérieure, mais aussi dans la relation d'un voyage fail, en 1GI3, par un jeune duc de Saxe: « A Anvers, on montra également à Son Altesse l'endroit où i'dii faliii(pu' des verres à la manière vénitienne; ils égalent prescpie en beauté ceux de Murano

' Dans la plupart des suppliques qu'ils adresseiil à l'effi't d'obtenir des privilèges, les verriers dont nous avons cité les noms allèguent qu'ils l'ont venir tous leurs ouvriers d'Italie « à gi-ands frais et despens >>.

^ Origines Anlverpienscs (1610), p. 122.

et de Venise : ce sont des Italiens qui s'occupent de cette fabrication '. »

Il y eut également à Bruxelles, mais seulement à dater de la première moitié du xyii" siècle, une verrerie assez importante dont nous retracerons brièvement l'histoire en

Fig. 5i. — Verre flamand « à la façon de Venise «. iColI. de M. h. Bertliet. i

suivant quelques-uns des documents publiés dans l'intéressant travail ^ de M. Houdoy, de Lille , dont les archéologues déplorent la perte récente.

C'est en 1623 que fut fondée, par un gentilhomme vénitien, Antoine Miotti (ou Miotto), appartenant sans doute à la famille du même nom dont nous avons parlé plus haut (p. 70), la première verrerie établie à Bruxelles. Dans la requête qu'il adressait à ce sujet à Philippe IV, Miotti

' J.-W. Neumayh von Rammsl.\, Des Durchlauchtigen..., etc., Reise im Frankreich , Engelland und Niederland. — Leipzig, 1620. ^ Verreries à la façon de Venise, in -8°, 1873,

faisait valoir ({iie « plus de quatre-vingt mille florins sortaient annuellement des Pays-Bas pour solder Tacliat des verreries de luxe, que l'on faisait venir de Venise », et que Bruxelles, où résidaient l'archiduc Albert et lïnfante Isabelle, son épouse, fdle de Philippe II, devait être, » ainsi que presque toutes les autres capitales de l'Europe, décorée d'une semblable manufacture. » Il ajoutait que, possédant « les qualités, expérience et invention convenables, il fabriquerait des vases, des couppes, des tasses de fin ci'islal de toutes les couleurs, et des verres pour boire vins et bières, avec la même qualité et perfection, et avec les mêmes matières que l'on faisait à Venise », ajoutant qu'il vendrait ses produits « un tiers moings » que le prix auquel revenaient les verres que l'on allait chercher à Venise « à grands risques, frais et despenses ». Le privilège qu'il demandait ainsi lui fut accordé, tout en respectant cependant les droits qui avaient été concédés antérieurement à Gridolphi, d'Anvers, et dont jouissaient ses succes.seurs.

Mais Miotti, « plus riche de talent et d'industrie que de capitaux, » dut bientôt faire appel à un bailleur de fonds, et c'est alors (ju'apiKirait, dans la fabrication l)ruxelloise, ce van Lemcns, (jue nous avons vu déjà intéressé dans la verrerie d'Anvers, et qui I/ientôt reste seul propriétaire de la manufacture, ipfil dcinaude à faire mefti'C en son nom, eu y ajoutant la fabrication n des autres voires {ou vctro en italien) ». Ce nouveau privilège lui fut accordé pour quinze années, moyennant une redevance annuelle de douze cents florins qu'il devait payer à YVAal. Le gouvernement, en outre, fixait le [)rix de vente à vingt -cinq florins le cent pour les veri'es de cristal, et à quinze pour ceux de crisfalliu '. Van Lemens cepeiidaiil ne l'abrupia jamais ipie de

' Nous avons déjà expliqué l'c (lucl'oii uiitciulail à coUo o|)niiut> par verres de cristal et de cristallin.

LA \ EURERIl' DU XV-' AU Xl.V SIÈCLE 291

la pobeletorie ordinaire, et ce qui le prouve, c'est que trois ans plus tard il renonçait, moyennant la réduction de sa redevance à quatre cents llorins, à la prohibition des verres de luxe étrangers qui avait été édictée en sa faveur.

11 lit travailler dans ces conditions jusqu'en 1642, époque à laquelle son privilège lui fut retiré au profit de Jean Savonetti, « gentilhomme de Murano, de Venise,*» qui selon toute probabilité dirigeait déjà la fabrication depuis longtemps, et qui, pour appuyer sa demande, vante longuement ses connaissances spéciales, rappelle que, « gentilhomme vénitien, il se trouve banni de sa patrie avec confiscation de tous ses biens pour avoii' introduit cette fabrication dans les Pays-Bas, » et, à la fin, offre de verser annuellement dans les caisses de l'Etat deux mille quatre cents florins. On éleva cette redevance à trois mille florins, mais on réédita en sa faveur la « prohibition de tous voirres contrefaicts à limitation de Venise et des cristallins venant d'Allemagne, France, Bohême, Lorraine, pays de Liège et tous aultres ». Il s'ensuivit qu'il avait seul le droit d'approvisionner le pays, et que « les marchands n'avaient licence de vendre des verres qu'autant qu'ils pouvaient prouver qu'ils les avaient achetés dans l'usine de Bruxelles ».

Savonetti jouit de cette concession jusqu'en 1653, époque présumée de sa mort, et le 22 décembre de la même année un nouveau privilège fut accordé à Francesco Savonetti, son successeur, et peut-être son fils. Il est probable cependant qu'il n■a^ait pu remljoui-ser à van Lemens les sommes que celui-ci avait mises dans l'entreprise, car cinq ans plus tard ce dernier cédait à Henry et Léonard Bonhomme (ou Bounam), déjà propriétaires d'une verrerie à Liège, les droits qu'il avait conservés sur la verrerie de Bruxelles. Avec eux commence la série des verriers nationaux, qui continuèrent à exploiter en Belgique l'industrie

exercée jusqu'alors par les Vénitiens, qui Tavaient fondée; mais, avant d'étudier cette nouvelle phase de la fabrication, nous devons dire quelques mots des verreries établies dans le pays de Liège aux xvie et xviic siècles.

L'industrie du verre dans le pays de Liège doit son origine à deux verriers lorrains, Jean et Nicolas Colnet, qui vinrent s'établir à Fontaine -l'Évêque, vers le milieu du xve siècle, et qui, à la date du 8 mars 1468, obtinrent de Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, des lettres patentes de sauvegarde leur accordant de nombreux privilèges et constatant qu'ils étaient « d'anchienneté procréez et descenduz de noblesse et devaient être tenuz et réputcz pour gens francqz, ainsi que leur famille et leurs serviteurs, sans estre ou })ouvoir estrc contraincts à aulcunes assiettes, subventions, impostz, aydes, gabelles, charges ou servaiges quelconques ». En outre, le duc de Bourgogne les autorisait à faire placer sur leurs « habitations, terres et héritaiges, des bastons et pennonceaux armoycz de ses armes », défendant qu'ils ne fussent molestés « en aucune manière, en corps ni en biens, ensemble leurs femmes, cntïans, familiers, domestiques, maisnyes et serviteurs' ».

Leurs descendants obtinrent à plusieurs reprises, des successeurs de Charles le Téméraire, la confirmation de ces privilèges et lundèrent de nonibrousos verreries dans le Brabant, le Hainaut, !•■ pays de Liège, otr.

À côté de ces veri'eries, (pii étaient purement industrielles et qui semblent n'avoir produit ([ue des verres très ordinaires, il y eut à Liège, pendant le xvic siècle, une fabrique d'où sont sortis dos verres » à la fa(;on de Venise » que l'on cherchait à l'aire vendre dans les pays enviionnauls. et doiil. eu ITiTI. I';is(jn('lli. dWnvi'rs, fort

' PiNcnARï, loc. cil.. \>. 383.

des privilèges qui lui avaient été accordés, fit saisir deux grandes tonnes.

Suivant M. Schuermans '. cette verrerie aurait été fondée, en 1509, par un Italien nommé Nicolas Francisci: mais on manque de documents positifs sur son histoire et sur la durée de son existence; ce qui est certain, c'est que j>lusieurs saisies de « verres de Venise liégeois » furent o*i3érées après celle de 1571 et que. en 1607, les verriers privilégiés d'Anvers adressaient une protestation dans laquelle ils se plaignent que « les fabriques établies à Liège ont suborné certains ouvriers de la fabrique d'Anvers et vendent leurs produits comme produits de Venise >>. Quel(pies années [ijus tard, en 1611, ils constatent avec plaisir que « les fournaises de Liège s'en sont allées en fumée », ce qui place la disparition de cette verrerie un peu avant cette date. Cependant nous retrouvons encore à Liège, en 1G26, un certain Gérard Heyne, dit des Preitz, et son gendre Marins, qui faisaient travailler des Italiens à la fabrication « de ciistallins, de verres dorés, de contrefaçon de pierres précieuses, et enfin d'émaux de toutes sortes de couleurs »; mais, à part cette courte mention, on ne possède aucun autre renseignement jusqu'au moment où les Bonhomme (depuis barons de Bonhome ou de Buunam) se rendirent possesseurs des verreries de Liège, d'Anvers et de Bruxelles et en établirent de nouvelles à Bois-le -Duc, Maestricht , Huy, Verdun, etc., dans lesquelles ils firent venir à grands frais des verriers de Murano ou d'Altare qui fabriquèrent, sous leur direction, des verres dont M. van de Casteelea retrouvé la curieuse énumération suivante : « Verres, vases, couppes et tasses de fin cristal de Venise à boire vins et bierres, à l'imitation de ceux de Venise; verres à

' Bull, des coin, royales, 22'' année, p. 148. - Op. cit., p. 4'i.

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quattre bouttons, deux boutions et baulte olive; verres extraordinaires, comme à serpent et d'aultres façons; verres à buck, à chaisnettes, à demy cotte et avec des branches; verres de bierre az ondes, à escharbottes, glacés, couppes az ondes, demy fluttes et restillons, masterlettes, beckers lisses et glacés, pessons et cinelles, cibors, ourinals, etc. » Il est bien difficile de dire aujourd'hui ce qu'étaient ces verres, dont les noms en général n'ont plus pour nous aucune signification; mais si l'on veut se rendre un compte exact de leurs formes élégantes, on n'a qu'à les étudier dans les tableaux des peintres flamands et hollandais. » Que l'on examine, dit Houdoy, au point de vue spécial qui nous occupe, toutes les œuvres des peintres des Pays-Bas du xvic et du xviie sièclo, depuis les tableaux religieux de van Orley et de Jean Mostaert ' jusqu'aux scènes bachiques de J. Steen, sans oublier les peintres de natures mortes, si nombreux en Flandre, et Ton sera frappé de la foi'me gracieuse ou originale des verreries tlont la représentation existe dans ces peintures. Ce ne sont pas seulement les élégants cavaliers, les belles dames aux robes de satin, représentés par Metzu, Terburg ou Téniers, qui se servent de buires délicates, de coupes légères; il n'est pas jusqu'aux ivrognes endiablés des peintres de cabarets qui ne timment enti'c leurs gros doigts de fins calices à la tige tVagile.

» Ceci est un témoignage irrécusable de riniluence que l'industrie vénitienne avait exercée sur la fal)rication des verreries indigènes. L'('c()le des l'ays-Pas, école ivalislo par excelhnice, qui ne se faisait mdlement scrupule de copiei- la trivialité ou la laideur humaine, ne se serait certainenu-nt pas (loinié la peine d'inventer, pour ses accessoires , des types de vciTcrie ipi'elle n'ani'ait pas eus haliitiielieineiit sous h^s vtMix.

' Voir au imiséi.' dr liiuxcllcs If lalili'iui ilr fi' maiU'c n^iHvsi'iilaiil Irs Miracles de saint Benoit.

Plaque d'argent décorée d'émaux translucides,

exécutée par David Atterastelter. d'Augsbourg. — Fin du xvp siècle.

( Musée niitional df Municli.j

« Mais il faut ajouter que si Fart vénitien avait enseigné aux verriers flamands à donner à leurs verres à boire la légèreté et l'élégance, s'il leur avait appris à les décorer de pâtes et d'émaux colorés, ces artisans, sous Tinfluence de besoins spéciaux, modifièrent les formes primitives importées de Murano. Aussi, en outre des aiguières délicates, des coupes peu profondes, au pied orné de mascarons comme des ceuvres d'orfèvrerie, en sus des calices étroits, destinés aux vins de France et d'Espagne, ils durent modeler les cornets géants et les gobelets cylindriques analogues aux vidrecomes allemands, dans lesquels on versait à flots toutes les bières du pays.

« Pour établir la série de ces transformations successives des formes primitives, il faudrait, dans une suite de dessins, relever chez tous les peintres des écoles du Pays-Bas, et en suivant l'ordre chronologique d'après la date des tableaux, toutes les verreries représentées ; on aurait ainsi l'histoire graphique des produits des usines du pays, ce qui permettrait de classer méthodiquement les échantillons encore nombreux qui ont survécu; ce serait là une ceuvre utile et facile à réaliser. «

Le désir exprimé par rauteur des lignes qui précèdent a été exaucé. A l'occasion de l'exposition qui eut lieu à Bruxelles en 1880, le ministre de l'intérieur chargea un artiste de talent, M. Jacques van Mansfeld, d'une mission en Hollande, en Belgique et dans la Flandre française. à l'effet de copier sur les tableaux de Fécole flamande et hollandaise les modèles de tous les verres qui y sont représentés : les intéressants dessins de cet artiste, après avoir figuré à l'exposition, sont aujourd'hui au musée de la Porte de liai, à Bruxelles'.

' La Pinacothèque royale, à Munich, possède (n" 299) un tableau de David Tcnier?, le Jeune, fort intéressant pour l'histoire de la verrerie du .wu" siècle,

Tous les procédés usités à Murano ont été employés dans les Flandres, et surtout à Anvers, au xvie et au xviie siècle. Les plus intéressants parmi les verres de cette époque sont ceux qui sont décorés de peintures en émaux de couleur; mais ici, comme en Allemagne, l'exécution laisse beaucoup à désirer. Comme en Allemagne également, un certain nombre de ces verres portent des inscriptions souvent très incorrectement écrites en flamand ; à l'exposition de 4880, on voyait sur un verre appartenant h M. de Wael, bourgmestre d'Anvers, et représentant des personnages et une enseigne de verrier, cette inscription, que l'on retrouve sur quelques grès fabriqués à Raeren à la même époque :

Comme le \iu ;t 1res lum ym'il

Et fait digérer la lourde nouiriliire.

Je veux joyeu.sement devant (duI le inonde

Me nourrir de cette marchandise.

Cornelis de Wale. l(i(>2, juillet 2i.

Sur une canette en vei'i-c IjIoii éniailh'', qui figurait à Fcxposition de Liège en 1SSI , ou lisait :

QUE DIEU MÈ DONNE l'hONNEER. inOl

et un gobelet de la iiiènic cxpusitidn, en verre éniaillé bleu, rouge et blan(;, portant d'un C(Ué une licorne et de l'autre un cerf, disait, en lettres oïdevées sur fond d'or :

NON SU.M uEiurncEs

ft repr6.<Piil;iiil une l'oii-e ilalli'iiiii' iiii\ l'uviroiir- i\r ElurPin'c. \).\n> un cdiii, ;i droite, un marchand a dcbnllo myr uiir l;ililr pusoi' sur des trOtraux une iiu.uilitô de verres et de coupes de Venise au.\ formes clôtjantes, dessinés et poinls avec un soin et une dolicalessc remarqualiirs. Au fond on apcrroit lo Mme de l'église Santa-Maria.

C'est surtout dans Temploi des baguettes filigranées que les artisans d'Anvers' et de Bruxelles ont fait preuve d'une habileté véritablement remarquable: leurs verres à tiges

Fig. 5o. — Grand calice en verre taillé. — Fabrication Qamande , xviiio siècle. l Coll. Edouard Gamier. )

ornées à l'intérieur de cannes de diverses couleurs sont de formes toujours élégantes, et d'une exécution qui montre à quel point ils connaissaient toutes les pratiques de leur art. Moins fantaisistes que leurs devanciers de Murano, ils n'ont pas su comme eux tordre la matière en formes capricieuses;.mais leurs verres, malgré leur simplicité apparente,

n'en dénotent pas moins une dextérité de main et un sentiment artistique qui dépassent de beaucoup tout ce qui se faisait en Europe à cette époque. Ce sont eux qui, les premiers, ont su ménager dans l'épaisseur même de la matière des cavités recouvertes d'une couche transparente, dans lesquelles la lumière se décompose en gerbes étincelantes.

Plus tard, au xvnie siècle, ils ont dû subir la loi générale et tailler, eux aussi, leurs verres en facettes régulières; mais là encore ils ont su conserver une certaine originalité, et leurs produits se reconnaissent à une taille particulière, qui n'a rien de la sécheresse et de la régularité un peu froide des cristaux anglais, et dans laquelle ils ont évité les pointes de diamant, si fort à la mode alors. C'est l'époque des grands calices à couvercles (fig. 55), dont les musées et les collections possèdent des spécimens aussi reanarquables au point de vue de la fabrication proprement dite que par la pureté de la taille et l'éclat du verre.

Le caractère essentiellement artistique des produits de la manufacture de Liège, qui, en 1736, était passée des mains de la famille des de Bonhomme dans celles de Denis Nizet, avocat', et qui était alors une des plus importantes de la ]5elgique, est constaté par le passage suivant de Yltinéraire, ou Voyages en diverses parties de l'Europe, de de Feller (1701) : « Je vis à Liège, à la verrerie de M. Nizet, sur le quai d'Avroy, tous les procédés de cet ail, de beaux ouvrages de grands prix et que je n'ai vus que là. «Cette manufacture cessa d'exister au commencement du siècle; depuis hmgtemps, du reste, on n'y fabri(piait plus (jue do la verrerie commune, et principalement des bouieilles en verre noir.

En Hollande, où l'art de la verreiie parait av(»ir été pra-

' Sur un vilrail ilu musée arclii''oln^ii|ur do t.ièp' on lit rettc inscriplion : Monsieur Denis Ni:cl, avocat cl imn'lrr i/c rerrcrics. \li'i. (tif. Si iiuiîrmans, op. cil., 22" année, p. Ibb. )

tiqué dès le xv« siècle, c'est rinfluence allemande qui se fit plus particulièrement sentir; les manufactures établies à la Haye, par un verrier de Hambourg, et à Rotterdam, vers la fin du xvne siècle, fabriquèrent principalement des verres dont la forme rappelle celle dearômers, que nous avons décrits plus liant, ou de grands gobelets cylindriques destinés à contenir de la bière, mais ([ui n'oflient rien de particulier. Cependant Thistoire de la verrerie en Hollande est intéressante en ce sens que c'est là principalement que fut pratiquée avec le plus de succès, et par les artistes les plus habiles, la décoration du verre au moyen de la gravure au diamant.

Gravure au diamant. — Suivant Mathésius, que nous avons souvent eu occasion de citer, et qui parait avoir étudié avec attention tout ce qui avait rapport à l'industrie du verre à l'époque où il vivait ', la gravure à la pointe de diamant aurait été pratiquée d"abord en Silésie sur des verres importés de Venise: introduite en Allemagne vers le milieu du xvii^ siècle, elle passa de là en Hollande, où elle se transforma entre les mains d'un très habile artiste, Franz Greenvood, né à Rotterdam en 1(380, qui substitua aux tailles parallèles le travail du pointillé, qui donne un modelé plus doux et plus délicat. Le musée industriel de Nuremberg possède de cet artiste un verre admirablement gravé représentant une superbe rose à la tige hérissée d'épines autour de laquelle voltige un papillon: on y lit l'inscription : « Pas de rose sayis épines, » avec la mention : « F. Greenwood fecit, 1746. » Les musées

' On trouve dans l'ouvrage de Mathésius, publié en 1564, bien des indications intéressantes, entre autres l'idée d'une machine à vapeur; un de ses Discours contient une dissertation savante sur les urnes funéraires antiques trouvées en Bohême.

et les collections particulières de la Hollande et de l'ÂUemagne sont riches en verres gravés par cet artiste, qui excellait aussi bien dans la reproduction des sujets allégoriques et des scènes à personnages, gravés d'après des maîtres connus, que dans celle des paysages, des armoiries, des ornements et des fleurs; beaucoup portent des dates qui varient de 1720 à 1746, époque présumée de sa mort.

Parmi les autres graveurs sur verre dont les noms méritent d'être conservés nous citerons A. Schuman, chanoine de la cathédrale d'Anvers, et Wolf, qui mourut, jeune encore, en 1808. La collection John Pinson possède du premier un verre représentant un coi], une poule et ses poussins, le tout accompagné d'une longue inscription; dans le pied on lit : A.-F.-A. Schuman, canonicus sanctx Marix, sculpsit, 1757. On connaît du second un grand nomjjre de verres finement gravés à la roue aussi bien qu'au diamant, et reproduisant des scènes champêtres, des allégories, des portraits et des armoiries.

Nous manquons de renseignciuents précis sur la date de l'introduction de l'industrie du verre dans les autres pays du Nord; cependant, d'après une courte mention que nous avons trouvée dans le Journal de VerdMn^ nous savons qu'en Suède elle ne remonterait pas au delà de 17"23 à peu près; on y lit, en effet, à l'année 1728 : « Le roy de Suède voulant encourager les manufactures de verre établies depuis peu dans ses États, y a défendu l'entrée de toutes sortes de verres, à la réserve de ceux (jui servent aux fenêtres. »

Avant de terminer ce cliai)itie, nous drvdus diic i[U('lqiios mots de verres qui semblent avoir été [ilus iiarticuHèrement

en usage dans les Flandres et dans les Pays-Bas, et qni. comme certains verres allemands dont nous avons parlé plus haut, avaient pour objet d'exciter à boire en même temps qu'ils servaient d'amusement à la fin des repas. Ces verres, désignés autrefois sous le nom général de bois-tout, se composaient, comme les handtummler allemands (p. 2C3), d'un calice ou gobelet plus ou moiiis grand et sans pied, ce qui forçait naturellement le buveur à le vider avant de le reposer sur la table. Parmi les bois- tout, le plus amusant était le molenbeker {verre à moulin), portant à la place du pied un petit moulin en argent dont les ailes étaient en communication avec une tige creuse dans laquelle le buveur souftlait après avoir bu; les ailes, en tournant, faisaient marcher une aiguille qui inscrivait ainsi, sur un cadran placé sur la face opposée, la force de souffle plus iiu uinins grande déployée par le Ijuvoui". (Juelquefois les conventions changeaient, et le buveur, après avoir soufflé de toute la force de ses poumons, devait vider la coupe avant que les ailes du moulin fussent arrêtées.

11 était également d'usage de boire à la maternité future des jeunes épouses dans les Hansje in de Kelder {Jean dans la cave), ou verres dans lesquels un petit personnage venait à se montrer quand la coupe était vide, de même que l'on portait la santé des jeunes mères dans des verres d'accouchée, dont les gravures à personnages et les inscriptions étaient plus ou moins richement exécutées, suivant la fortune de ceux qui les commandaient.

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