‹ Histoire de la verrerie et de l'émaillerieChapitre 25 sur 58 · ETAT ACTUEL DE L INDUSTRIE DU VERRE · texte numérisé non relu

ETAT ACTUEL DE L INDUSTRIE DU VERRE

Après avoir étudié les origines de l'art du verre, les conditions dans lesquelles il s'est exercé à diverses époques et ses différentes manifestations jusqu'au xixe siècle, il nous resterait maintenant à examiner l'état actuel de cette belle industrie et les développements considérables qu'elle a reçus dans ces derniers temps, grâce aux perfectionnements successifs que la science moderne a apportés à son outillage et à la préparation des matières premières qui sont la base de la fabrication ; mais un pareil travail rentre dans le domaine de la technologie plutôt que dans celui de rhistoire et de l'archéologie, et nous devons nous borner à renvoyer nos lecteurs aux ouvrages' récemment publiés sur ce sujet par d'illustres savants après lesquels il ne reste rien à dire, et que nous ne pourrions que copier.

Nous ferons remarquer cependant que les conditions actuelles de la [H'oduction du verre se modifient sensiblement de joiu' en jour; iirimitivenient établies, ainsi que nous l'avons vu, près des foivts, dans des locahtés où le bois

' BoNTEMPS, t'Ari du Verrier. — F'éligot, mcmbi'i' de rinstilut, le Verre. — Henru AUX , le Verre et le Cristal.

étnit alidiidant et à lion iiiarclir, les verreries tendent à se transporter à proximité' du cornbustil)le minéral, et ce sont aujourd'hui les pays oTi la houille est ahondante, la Bel-

Fig. 63. — Flacon en cristal grave Cristallerie de Baccarat.

rriipie, rAngleteire, les États-Tînis (rAiiiéri(pie. (pii. ]ilus ([Ile les autres, sont appelés à voir se développer une industrie où le conihiistilile joue le r(Me le plus iinpoi'tiuit.

La France cependant occupe encore une des premières places, principalement dans la lainicalion des verreries de luxe, et nos cristalleries de liaccaral, de C.lichy et d(> [\uitin ne connaissent gui'ie de rivali^s jusipi'à présent, surtout en ce qui concerne l;i pureté de la matière, Télé^ance des

formes et le goût délicat qui préside à l'ensemble de la décoration.

 côté de ces grandes manufactures, il existe des verreries moins importantes sous le rapport de la [udduction, mais d"où sortent de véritalilrs œuvres d'art qui peuvent

Fig. 6-i. — Verre fumé à deux couche?. Fabrication de M. Rousseau.

rivaliser avec ce que l'antiquité et Venise nous ont laissé de plus remarquable. Nous citerons en première ligne M. Rousseau, de Paris, et M. Galle, de Nancy, dont les verres, à la dernière exposition de Y Union centrale des Arts décoratifs, ont été comme une sorte de révélation d'un art nouveau.

M. Rousseau, qui, sans être fabricant dans le sens réel du mot, est cependant lui-même son propre artisan, s'est attaché surtout à la fabrication des verres doublés ou verres à deux et trois couches aussi beaux de matière, mais de

dimensions beaucoup plus grandes que les petits flacons chinois dont nous avons reproduit des spécimens (fig. T)? et 59). Tirant parti avec une habileté extrême des ressources infinies que présentent la décoration et la fabrication du verre, sachant profiter même des accidents et des coulures qui se produisent si souvent au feu, M. Rousseau a apporté la plus grande variété dans la conception des formes et

l'ig. 6^. — Verre gravé à trois couches. Fabricalion do M. Rousseau.

rornementation de ces verres, pour lesquels il a trouvé des colorations d'une intensité et (Fune vigueur étonnantes et que fait iTautant mieux valoir la ti'ansparence liiiqMdc du dessous, découvert et mis à lui, au moyen de la gravure à la roue, par des motifs décoratifs d'un arrangement et d'un goût parfaits.

Quant à M. Galle, qui a su créer un art original et qui lui appartient bien en propre, ses œuvres resteiont comme une dos manifestations les plus iiiléressaiiles do lludustrio du verre. Non seulement M. dalli'' est un artisl(> au goût délicat et un ouvriei' d'une lialiilcti'' consommée, c'est de plus un esthéticien de premici' ordre. Très épris de la inatirrc

LA VERRERIE AU XIX" SIECLE ;î'io

splcndide qu'il sait si l)ien mettre en œuvre, sa piéuccupation parait tHre avant tout de taire valoir les qualités exceptionnelles qui lui sont propres: la transparence parfaite et la translucidih'. Si' cimtorniant en outre rigoureusement à ce principe, que la l'orme et Tornementation doivent toujours être subordonnées à la matière, cet habile praticien a su produire des œuvres remarquables sous tous les rapports, d'une composition tnut à la fois savante et très artistique,

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Fig. 06. — Verre en forme de i:aulile. grave au lourd. Fabrication de M. Galle.

dont la décoration, obtenue sans aucun des artifices employés si fréquemment par les verriers, n'en est pas moins d'une richesse pleine d'harmonie dans laquelle les rayons de lumière se divisent et éclatent en gerbes étincelantes.

Nous devons signaler en terminant la verrerie de MM. Appert frères, véritables savants qui, par des analyses patientes et des recherches persévérantes, ont su retrouver les procédés employés dans l'antiquité et au moyen âge pour la coloration des A-itraux et pour celle des verres imitant les pierres précieuses. Mais ce n'est pas seulement à cause de leur grande et incontestable valeur industrielle que MM. Appert méritent d'occuper un rang à part dans l'histoire du verre: une place plus belle leur est réservée.

C'est à eux, en ellet, qu'est dû le procédé du soufflage au moyen de l'air comprimé, i-eniplaçant le souffle de la poitrine humaine, et il faut avoir vu dans une verrerie les malheureux souffleurs approcher de leurs lèvres la canne à l'extrémité de laquelle se balance la masse de matière

Fig. 67. — Vcrro en fm-mc ilc rasqiic nautile, gravé au lourel. Fabricolion de M. Gallo.

embrasée dont la chaleur clfroyable, montant au travers le tube de fer, vient dessécher leurs poumons épuisés et"^ brûler leur poitrine amaigrie, pour apprécier comme il mérite de Tétre l'immense service que MM. Appert ont ainsi rendu à cette classe si intéressante des verriers, dont nous avons cherché, dans les pages précédentes, à suivre l'histoire à travers les âges.

ORIGINES DE L'EMAILLERIE

L'art de rémaillerie olïïe à l'étude cette particularité intéressante qu'il s'est manifesté à diverses époques sous des formes absolument différentes les unes des autres, et qui paraissent n'olïrir entre elles aucune relation. Il se distingue en cela de la plupart des arts industriels, de la céramique entre autres, où tout s'enchaîne de telle façon qu'un changement dans la matière, une modification dans les formes, un nouveau procédé de fabrication ou de décoration sont le résultat d'un progrès amené par un progrès antérieur, et dont on peut suivre pas à pas les phases successives. Dans rémaillerie, l'art du xive siècle diffère absolument de Fart du xne, de même que celui du xvie ne procède en aucune façon de l'un ou de l'autre; il y a là trois modes d'expression que rien ne relie ensemble, et qui n'ont de commun entre eux que la matière employée,

348 L'ÉMAILLERIK

c'est-à-dire l'émail, et l'excipieiit iiiétalliquc sur lequel il est posé.

Cela tient sans rloute à ce que rémail lerie, excepté pendant la période qui coninienc(> à la iin du xv siècle pour s'étendre jusqu'iui milieu du xvu'', nest pas un art indépendant ; c'est plutôt un procédé de décoration qui se trouve intimement lié à un autre art, celui de l'orfèvrerie, qu'il rehausse par l'éclat harmonieux de ses couleurs, mais auquel il reste, pour ainsi dire, subordonné. Néanmoins son importance est telle, et le rôle qu'il a joué à certaines époques a été si considérable, qu'il occupe à juste titre une place à part, et des plus élevées, dans l'ensemble de ces belles industries artistiques qui sont la gloire de l'humanité.

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