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I. L'ÉMAIL ET SES DIFFÉRENTES APPLICATIONS. — L'émail

est une substance vitreuse, fusible à une température assez basse, composée de silice, d'oxyde de idond) et de soude, dont le mélange varie dans ses proportions suivant la matière sur laquelle elle doit être appliquée. A cet état, l'émail, — que l'on désigne alors plus généralement sons le nom de fondant, — est incolore et transparent; il peut être coloré à l'aide d'oxydes métalliques, tout en conservant sa transparence; on le rend opaqu(\ sans lui l'aire perdre cependant les ditïérentes colorations données j)ar les oxydes, en y ajoutant de l'oxyde d'étain.

Les émaux, transparents ou opaques, peuvent être appliqu('s sur toutes les matières susceptibles de supportei- sans se brûler, sans se i'oiidi'e ou sans érlatei', la chaleur nécessaire pour les faire l'iilrci' rn liision: ces matières sont la terre (faïence, grès ou poiceiaineK le verre, la lave et les métaux, principalement l'or, l'argent, le cuivie el \o ïov: mais il faut, sous peine d'accidents irréparables, (pie leur

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composition soit en rapport de dilatation ou de contraction avec la matière qui est appelée à les recevoir.

L"applicati(iu de Féniail sur les différentes matières que nous venons d'énumérer a reçu le nom général d'émail- /a(/e; mais on réserve exclusivement le mot émaillerle à Fart démailler les métaux, et, [lar métonymie, on donne le nom (ïémail à tout ()l)jct en métal iccouveit, en totalité ou en partie, d'émail; on dit : un émail byzantin, un éniail de Limoges, un émail de Petitot, etc.

Sur les métaux, Tapplication de l'émail se fait de ({uatre façons différentes : dans la première, l'émail, incrusté dans le métal, n'est, pour ainsi dire, que l'accessoire de la décoration, dont les contours ou le dessin sont formés par le métal lui-même; dans la seconde, il couvre entièrement la partie du métal qui est décorée : dans ce cas, il est translucide, <'t la décoration gravée en relief sur le fond même du métal apparaît sous l'émail ; dans la troisième, cest l'émail lui-même, couvrant le métal en totalité, qui, par opposition de tons, ou seulement même de valeurs de ton, forme la décoration pi'inte, et alors le métal sert simplement d'excipient, al)Solument comme la toile, le bois ou le papier dans la peinture à l'huile ou à l'aquarelle ; dans la quatrième enfin, employée particulièrement dans la joaillerie et la bijouterie, l'émail, aiipliqué sur certaines parties du métal, n'est là que pour en rehausser l'éclat par sa couleur.

De ces quatre applications de l'émail, les trois premières correspondent à trois époques bien distinctes : les émaux incrustés ont été employés dans l'antiquité, et surtout au moyen âge, jusqu'au xive siècle; les émaux translucides ont été en usage au xivc et iiendant une partie du xv' ; les éynaux peints datent de la tin du xv»^ siècle et sont restés en vogue jusqu'à la lin du xviii''. mais en subissant une ti^ansformatimi.

Émaux incrustés. — Les procédés employés dans Tincrustation des émaux sont de deux sortes : le plus ancien est celui qui consiste à remplir d'émail une cavité formée par le creusement ou champlevage partiel du métal qui sert d'excipient; ce champlevage est fait de façon que les parties creusées ainsi dans l'épaisseur du métal, suivant un dessin tracé à l'avance, soient reliées ensemble par des arêtes plus ou moins larges, constituant autant de petites caisses destinées à recevoir des pâtes d'émail de couleurs différentes ; après le passage au fou, les émaux sont usés et polis de manière à venir allleurer le métal et à former avec lui une surface plane et bien unie. Ce procédé, connu dans l'anti- (piité, a été repris an w siècle; nous verrons plus loin qu'il a subi plusieurs mo(bfications, ou du moins (pi'il a été employé de façon à donner des résultats variés, bien que le principe soit resté toujours le même. Les objets ainsi décorés sont généralement en cuivre ou en l)r()nze ; on les désigne sous le nom iYémaux champlevés.

Dans l'autre procédé, qui était également cmuni dans l'antiquité, mais que les Byzantins ont remis en |)ratiqu(' dès le VI'' siècle, les pâtes, de différentes couleurs, sont enserrées entre des cloisons formées par de petites lames extrêmement minces de métal, placées sur champ et contournées suivant les traits extérieurs et iutéricui's du dessin, (pielquefois assez compliqué, (jui doit être émaillé; ces lamelles, soudées sur le fond, permettent d'isoler les ditïérentes couleuis d'érnail dont on rem|)lit leurs intervalles. Ce procédé, qui a été employé prosipic exclusivement sur des plaques d'or destinées à rehausser par leur richesse et l'éclat chatoyant de leurs coulcui's les coiii'oniies et les ornements royaux, les autels et les objets ileslinés au culte, les plaques d'évangéliaires, etc., a reçu le nom lïémail doisomié.

En Allemagne, et particulièrement dans les ateliers des

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bords du Rhin, on a (luelquefois associé les deux procédés du cloisonnage et du champlevage sur des émaux généralement en cuivre, qui prennent alors le nom d'émaux mixtes.

Émaux translucides. — Les ('uiaux sont dits translucides sur relief ou de basse-taille', lorsque la surface du métal a été gravée en creux de façon à former une sorte de basrelief recouvert entièrement d'émaux transparents, dont la coloration augmente d'intensité selon iju'ils se trouvent sur des parties creusées plus ou moins profondément. Ce procédé, beaucoup plus artistique que les précédents, a été appliqué sur des objets et des plaques d"or ou d'argent, d'assez petite dimension généralement ; suivant foute probabilité, il a été trouvé en Italie tout à fait à la lin du xiiie siècle, et a été pratiqué un peu partout, mais \Kni\culièrement en France et en Allemagne, au xiv et au XV'" siècle.

Émaux peints. — On appelle généralement émaux peints ceux dont le métal, qui sert d'excipient, est recouvert en son entier d'une couche d'émail qui peut être décorée suivant divers procédés (pii donnent des résultats assez dilférents les uns des autres. Au xvie siècle, on se servait pour les fonds d'un émail noir, brun ou bleu foncé, sur lequel la décoration, figui'es ou ornements en émail blanc, se modelait par transparence, suivant le degré d'épaisseur de cet

' On les désignait ainsi dès le commencement du xvi" siècle, probablement pour les distinguer des émaux peints récemment inventés. « Un calice (don de Charles V), esmaillé de basse- taille, champ d'azur, etc.. » [Invenl. de l'église Saint-Denis, 1334.) - « Ung petit tableau d'or, en forme de table d'autel, ferraans à deux ouvrons, an milieu duquel est, en esmaillure de basse-taille, le crucifiement. ) — ihivenl. de Charles-Quint, 1336.)

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t'ninil sur le fond; c'est le pi'océdé qui, à cette époque, était pai-ticuliei' à Limoges, et que Ton désigne sous le ntim d'émail liiuuusin ou genre limousi». Au ww siècle, on remplaça le fond coloié pai- un fond entièrement blanc sur lequel on peignait avec des couleurs variées; ce genre, qui, dans son procédé d'exécution et dans ses résultats, se rapproche de la peinture sur porcelaine, a reçu plus particulièrement le nom (ïéinail des imnlres.

II. L'EMAILLERIR DANS l'axtiquité. — Il n'ost guère de questions dans le domaine de l'archéologie qui aient donné lieu à plus de controverses que celle des origines de l'émaillerie. Les anciens connaissaient -ils l'art d'émailler les métaux? Vélectrum (rA^-rpo;) dont parlent Homère dans YOdyssée, Hésiode dans la description du bouclier d'Hercule, et après eux Sophocle, Aristophane et la Bible grecque des Septante, était-il r(''mail que nous connaissons aujourd'hui, que les artisans du Bas-Empire et du moyen âge avaient appliqué à la décoration des objets d'orfèvi'erie, et auquel le moine 'l'héoiihilt', à la lin du xi'- siècle, avait conservé ce nom? Telle est la question que de savants archéologues, d'un égal mérite, ont agitée longuement et sans arriver, il faut bien le dire, à la résoudre d'une façon satisfaisante. Les uns et les autres ont appoité à l'appui de leurs opinions des preuves (jui, de chaque côté, paraissaient irréfutables" mais qui, en léalité, ne s'appuyant que sur des textes faciles à interpr('l(>r de diverses l'acoiis cl suivant les besoins de la cause, n'ont rien prouvé jns(prà préseiil relalivenieni à la signification réelle du mol.

Nous n'avons i)as la prétenlion d'enirer dans ce savant débat, au moins en ce qui concerne les lemi)s lioméricpies; mais il est diflicile, en présence des momimenls (pie renffruien! Ie< vihines illl l,()U\r<'. celles du niusé'c de lîoulaq

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et des principales collections publiques de l'Europe, de refuser à Fancienne Egypte la connaissance et la prati([ue de l'émaillerie, et les découvertes faites dans les tombes de l'ancienne Étrurie, depuis Tépoque où on discutait sur la signification probable du mot, ont prouvé que les Grecs savaient émailler, eux aussi, les bijoux en or.

Egypte. — Les Égyptiens, — que l'on trouve, du reste, aux origines de tous les arts industriels, — étaient en tout genre des ouvriers fort babiles ; nous avons vu que les procédés qu'ils employaient pour fabriquer et souffler le verre étaient identiquement semblables à ceux qui sont encore usités dans la plupart de nos verreries, et qu'ils excellaient surtout à fabri(|uer, en pâtes de verre colorées au moyen d'oxydes métalliques et rendues opaques par l'addition d'oxyde d'étain, ces petits flacons à liuiles, ces bouteilles à parfums et ces amulettes aux formes variées (fig. 2 à 9) qui, par la perfection de leur fabrication et la diversité de leur coloration, font encore aujourd'liui l'admiration de nos plus babiles praticiens; or il n'existe aucune différence de composition entre ces pâtes et celles que les émailleurs ont, de tout temps, employées dans la pratique de leur art.

Si nous examinons maintenant certains bijoux que possède le musée égyptien du Louvre {salle historique, vitrine H), nous en trouvons plusieurs dans l'ornementation desquels il entre des pâtes de diverses couleurs, séparées entre elles par des cloisons prises dans l'épaisseur même du métal évidé et formant ces petites caisses ou alvéoles dont nous avons parlé plus baut. Dans un de ces bijoux d'or (no 535), un des plus précieux de la collection, qui représente un épervier à tète de bélier, les ailes éployées et

tenant dans ses serres le sceau, emblème de l'éternité

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(fig. G8), nous trouvons même le procédé de la séparation des pâtes au moyen de fines lamelles d'or soudées sur le fond et se reliant aux cloisons plus fortes réservées dans le métal : ce sont bien là, du moins comme procédés d'exécution, et sans aucune modification, les émaux champlevés, cloisonnés, et même les émaux mixtes, que nous retrouverons plus tard.

Il existe dans les musées d'Europe plusieurs autres bijoux décorés de la même façon, et la plupart d'entre eux étaient connus à l'époque où parurent, il y a vingt ans, les dissertations dont nous venons de parler. On admettait bien à cette époque, — il est vrai qu'il était difficile de faire autrement, — que les Egyptiens avaient mis en jiratique les procédés du cliamplevage et du cloisonnage ; mais on niait (]ue les matières colorantes remplissant les alvéoles fussent des émaux : les uns, s'appuyant sur leur apparence terne et mate, prétendaient qu'elles n'étaient qu'une sorte de mastic diversement coloré ; les autres, que c'étaient des pâtes de verre employées à froid. Ces deux hypothèses nous semblent également inadmissibles ; mais, en supposant même qu'elles fussent vraies, il n'en resterait pas moins ce fait indéniable, à savoir que les Égyptiens étaient arrivés, par l'emploi des mêmes procédés d'oi'fèvrerie, à obtenir des résultats semblables à ceux dont on attrilmait la découverte aux Grecs du Bas-Empire.

Aujourd'hui, du reste, on a à peu près abandonné la croyance à l"enq)loi d'un mastic, mais on persiste généralement à admettre l'usage des pâtes de verre fixées sur le métal sans avoir subi l'action du feu ; l'examen attentif des bijoux du Louvre nous semble contredire cette assertion. En effet, la i)âte de verre, réduite en poudre et amalgamée avec une matière agglutinante, aurait conservé trop de friabilité en se desséchant pai- évapoi-ation, pour résister ù

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l'action du temps, et surtout pour supporter remploi du tour .lu (1,. la roue à polir, dont on retrouve la trace irréfutable sur hi plupart des ,,hj,.|s que nous signalons. En outre, il est difticile de supposer que les Égyptiens, qui connaissaient tous les secrets du feu, qui savaient fondre dans des

Fig. 68. - Bijou eu or décoré d'incrustations séparées par des cloisons métaHiiiues (Musée égyptien du Louvre.)

moules des amulettes en pâte de verre de formes variées (fig. 3), et qui émaillaient au four non seulement leurs statuettes à pâte siliceuse', mais encore une foule d'objets en matière pouvant, comme le schiste, résister à la température nécessaire pour faire entrer Témail en fusion, aient cherché par un moyen factice à fixer l'émail sur leurs bijoux, alors qu'ils avaient à leur disposition un procédé facile et dont ils se servaient journellement.

Les deux principales raisons que l'on a fait valoir à l'appui

' Désignée iniproijrement sous le nom de porcelaine d'Egypte. — Cf. à ce sujet notre Histoire de lu céramique.

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de ce que nous pourrions appeler Yémaillage d froid sont, d'une part, la matité de la matière colorante, et, de l'autre, la présence de véritables petits morceaux de verre employés parfois concurremment avec cette matière et remplissant quelques-uns des alvéoles.

La matité ne prouve rien; il est reconnu, en effet, que l'émail, aussi bien que le verre, s'altère et se décompose sous l'action du temps et suivant les milieux dans lesquels il a séjourné, et nous pourrions citer plusieurs pièces d'orfèvrerie émaillée, de deux à trois mille ans postérieures aux bijoux du musée égyptien, et qui ne sont pas arrivées jusqu'à nous dans un état de conservation aussi satisfaisant; du reste, parmi les bijoux du Louvre, il en est qui ont conservé une apparence relativement brillante qui vient à l'appui de notre opinion.

Quant aux petits morceaux de verre incrustés quelquefois dans les alvéoles et alternant avec l'émail, leur présence nous parait assez facile à expliquer. Les Égyptiens, nous l'avons dit plus haut (p. 8), n'ont jamais pu arriver à fabriquer des verres colorés translucides ; leurs pâtes de verre, malgré leurs colorations variées, rendaient un peu lourdes et un peu tristes, par leur opacité mémo, toutes les décorations dans lesquelles elles entraient ; il y manquait ce chatoiement et cette vibration (pie donne la lumière en frappant sur une surface transparente. Ur leur verre incolore pouvait, dans une certaine mesure, remédier à ce défaut, puisque, malgré sa teinte un peu sale, il était translucide ; aussi ne manquèrent-ils pas de l'employer en le faisant adhérer au métal au moyen de fondants plus fusibles ipio 1(^ veire lui-même. S'il en avait été autrement, c'està-dire si la pâte de verre avait été posée à l'état de mastic et sans avoir subi l'action du feu, les morceaux de verre auraient dû être maintenus dans les alvéoles au moyen

d'un sertissage; c'est le procédé qui a été employé plus tard pour les bijoux entièrement décorés d'une sorte de mosaïque formée par des petites tables de verre translucide de diverses couleurs, et fabriqués à Tépoque mérovingienne, alors que l'on avait perdu la véritable pratique de rémaillerie, que l'Occident avait cependant connue .dès les premiers siècles de notre ère, ainsi que nous le verrons plus loin.

Nous pourrions appeler à notre aide d'autres preuves tirées de certains détails tout particuliers de fabrication ' : mais celles qui précèdent nous paraissent suffisantes. Nous répéterons, du reste, ce que nous avons dit plus haut, que, quelle que soit la nature de la matière colorante, les résultats sont absolument les mêmes au point de vue de l'effet décoratif, et que par conséquent il nous semblerait injuste de refuser aux anciens Egyptiens sinon l'invention, au moins la pratique d'un art qui a pu se transformer plus tard en se perfectionnant, mais dont les bijoux que nous avons cités sont la plus ancienne application connue, jusqu'à présent du moins.

Grèce, Étrurie. — Les Étrusques, dans les arts et l'industrie desquels on retrouve une influence orientale si évidente, connaissaient les pratiques les plus difficiles de l'éniaillerie, et ici aucun doute n'est permis, puisque nous nous trouvons en présence de monuments devant lesquels il est impossible d'élever la moindre oljjection. Il existe, en effet, au Louvre, dans la salle des bijoux, un ast;ez grand nombre

' On peut remarquer entre autres dans le dessin, fidèlement copié d'après l'original, du bijou que nous avons reproduit (fig. 68) , de peiites déviations des lamelles de métal formant le cloisonnage; ces déviations sont dues évidemment à l'action du feu et ne se seraient i)as produites si l'éniaillagc avait été fait à froid.

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de pièces des plus remarquables, trouvées dans les tombes de l'ancienne Étrurie, et ornées de véritables émaux, dont les couleurs, d'une délicatesse et d'une harmonie exquises, témoignent du goût et de rextrémo habileté des artistes qui les ont exécutées. La plus importante est un magnifique diadème gréco-étrusque [écrin A, no 1), composé d'un assemblage de petites lames d'or plus ou moins découpées et reliées entre elles par une bande estampée en astragale, qui garnit tout le bord inférieur du diadème. Toute la surface antérieure est couverte d'ornements variés disposés avec beaucoup d'élégance et fixés sur les lames d'or. Vers le milieu do la hauteur, sur toute l'étendue du diadème, on voit une série de petites marguerites, dont le centre est orné d'une perle de pâte de verre, et qui sont entourées d'autres fleurs plus petites et de quelques palmettes émaillées en blanc, bleu et vert. Une foule d'ornements du même genre, rehaussés d'émaux et de perles de pâte de verre d'un ton très doux, couvrent tout le reste de la surface. A côté de ce diadème, qui peut être considéré comme un monument d'orfèvierie unique et presque inimitable, on voit des pendants d"i)i-eilles (n"-^ 102 à 108) qui affectent presque fous la tnrnie d'oiseaux. — colondje. paon, coq ou cygne, — au corps émaillé de blanc, aux ailes et à la tête diversement colorées, suspendus à des rosaces qui sont également (Uik'cs d'i'maux. Deux ligurjnes de femmes en or. d'un style très archaïque, et dont les yeux, les diadèmes et les colliors sont émaillés in"^ 712 et71'(). iM-ouvenl que 1rs Mlnis(|iics oui pralii|iii'' rail il(^ l'émaillerie dès les teuqts les jiliis icculés.

Il est donc bien évident (pie les pciiples anciens, suituiil les [i(Mi|i|i's (\i' Iniiriil. oui coiiiiu IV'iii.iilinic: mais ils en avaient perdu nu hml .iii lunins nliandonné la prati(pie pendant si longtcnqis, (pie, avant la découverte toute mo-

derne des bijoux égyptiens et étrusques que nous venons de signaler, et en présence du grand nombre d'objets émaillés trouvés un peu partout en fouillant le sol de la vieille Europe, on a pu croire facilement que Fart de l'émaillcrie avait pris naissance en Occident.

Ancienne Gaule, Grande- Bretagne, Germanie. — Ce qui est certain, en tout cas, c'est que du temps de Pline (80 ans ap. J.-C.) les émaux étaient inconnus du monde romain, et que plus de cent ans après lui Philostrate, rhéteur grec, venu à Rome au commencement du ui« siècle, en parle comme d'un mode d'ornementation particulier aux peuples qui avoisinaient l'Océan. « Ces couleurs, dit -il. les barbares de l'Océan les répandent, parait- il, sur l'airain ardent; elles y adhèrent, s'y pétrifient et conservent les dessins. » Les commentateurs de Philostrate ont interprété ce passage de différentes manières; mais la plupart, entre autres Biaise de Vigenères, y ont reconnu l'émail : «... Car les barbares habitant l'Océan les sçavent coucher (à ce que l'on dit) sur le cuivre venant rouge du feu, où puis après elles se glacent et convertissent en un esmnil dur comme pierre, gardant la figure au net qui y aura esté enduicte'. » Dans un autre passage [Yie des sophistes, I, XXV). Philostrate parle aussi de freins d'argent « garnis d'ornements celtiques ».

La quantité relativement assez considérable d'objets émaillés , et particulièrement de petites pièces pouvant convenir à des harnais de chevaux, qui ont été trouvés lors des fouilles opérées dans ces derniers temps en France, ainsi qu'en Angleterre, en Ecosse et sur les bords du Rhin,

' Les Images nu Tableaux de plalte peinture des deux Philostrates, sophistes grecs, mis en françois par Blaise de Vigenères, Bourbonnois. — Au tableau de la Chasse des testes noires.)

360 L'EMAILLERIE

dans des sépultures remontant aux premiers siècles de notre ère, est venue confirmer les allégations de Philostrate, sans qu'il soit possible cependant de déterminer d'une façon certaine le lieu de fabrication de ces différents objets, que l'on peut attribuer à tous les peuples d'origine celtique qui avoisinaient l'Océan , aussi bien qu'à une industrie nomade. Nous savons cependant que l'art de Témaillerie était pratiqué non seulement sur les bords de l'Océan, mais au cœur même de la Gaule, chez les Eduens', antérieurement à l'ère chrétienne, et par conséquent deux siècles au moins avant l'époque oîi vivait Philostrate. Les fouilles opérées en 1869 au mont Beuvray, à vingt-cinq kilomètres d'Autun, sur l'emplacement de l'ancienne Bibracte, la princiiiale forteresse des Éduens , Voppidum maximx auctoritatis de César, ont fait découvrir un grand nombre d'ateliers où Ton travaillait principalement le bronze, et parmi eux plusieurs autres dans lesquels s'exerçait l'industrie de l'émaillage sur métaux. « Les ustensiles gisaient pêle-mêle, disent les auteurs de cette importante découverte ; les fours étaient encore remplis de charbons ; à côté de spécimens complètement terminés, on en voyait d'autres à peine ébauchés, d'autres en pleine fabrication, l'un même encore enveloppé de terre cuite; tout autour, des fragments d'émail brut, des creusets de terre, des grès à polir, mie quantité considérable de déchets, de bavures, de rogiuu'es provenant de la taille, des coques vitreuses qui conservaient l'empi-einte des dessins de bronze, et par-dessus fout le témoin même des opérations, véritable fossile de nos terrains historiques, la médaille qui en fixe l'âge et l'époiiue -. »

' « Entre le Doubs et la Saône habile le pcu]ilc des Éduens, ayant une ville, Chàlons-sur-Saône, et une forteresse, Bibracte... » — (Strabon, IV, 3.)

' J.-G. RuLLioT et II. T>E FoNTENAV, l'Art de l'cinaillcrie chez les lùiiiens. in-8», p. 5.

OlîIGINES DE L'EMAII.I.ERIE

Les ateliers ainsi découverts paraissaient avoir été détruits par un violent incendie, et les malheureux artisans avaient dû fuir précipitamment en emportant seulement ce qu'ils avaient de plus précieux. Néanmoins les objets trouvés dans les fouilles de Bibracte sont, malgré leur peu d'importance, d'un intérêt considérable au point de vue archéologique, principalement en ce qu'ils montrent qu'avant

Fig. 69. — Fragmenis d'objets en bronze émaillé Irouvés au mont Beuvray.

l'invasion romaine, — puisque toutes les médailles recueillies sont exclusivement gauloises et contemporaines de César', — l'émaillerie était pratiquée dans la Gaule.

Déjà à cette époque, comme plus tard au temps de Philostrate, la plupart de ces bronzes émaillés semblent avoir été destinés au harnachement des chevaux; ce sont, en général, des rondelles ou bossettes qui devaient être placées sur le fronteau, à la naissance des oreilles, ou des appendices, en forme de dôme à pointe, munis de deux branches minces recourbées et terminées par un rivet qui permettait de les fixer à une autre pièce, probablement à la muserolle; on y a rencontré également un grand nomlire de clous à grosses

Ces médailles sont actuellement au musée de Saint-Germain.

362 l'emaili.erip:

têtes lenticulaires (fig. 69). Tous ces oltjets sont décorés de dessins géométriques gravés en creux, au trait, et remplis d'émail rouge; mais, à la vérité, c'est une sorte de niellure plutôt qu'un décor d'émail.

Des pièces analogues et qui datent vraisemblablement de la même époque ont été trouvées à l'état isolé dans la Côte-d'Or, l'Allier, la Meuse, etc.; la plupart de ces objets sont déposés au musée de Saint- Germain.

Mais ce ne sont là que les premières manifestations, fort imparfaites et assez grossières, d'une industrie implantée dans les Gaules on ne sait comment, et qui devait bientôt produire des œuvres d'une technique beaucoup plus avancée, d'un art plus élevé, dont on retrouve des spécimens un peu partout en Europe, et à laquelle on ne peut non [tlus cependant assigner une origine certaine.

Bien des opinions ont été exprimées à ce sujet, beaucoup d'hypothèses ont été émises sans que Ton soit arrivé à établir nettement les conditions dans lesquelles était pratiqué l'art de l'émaillerie aux premiers siècles de notre ère. Cependant, si on compare entre eux les différents émaux dont on rencontre des échantillons en Hongrie aussi bien que sur les bords du Rhin, en Danemark, dans la Grande- Bretagne et dans l'ancienne Gaule, et qui tous montrent les mêmes procédés de fabrication, et, à (pichpies dilIVicni-cs près, les mêmes principes et le même style dans la décoration, on est porté à admettre que ces émaux ont été fabri- (piés j)ar des artisans nomades, (Torigine inconnue, jnais probablement orientale, qui transiioitaicnl Icuis iduineaiix et leur industrie, pour ainsi diic Iraditionnelle, de pays en l>ays, comme le raisaiciil à la iimmuc ('■po(pit' les falii-icants de poteries i-ouges à reliefs, (pii,cii\, ('taieiil dOiigine italieime.

Le seul procédé eniployi' alors poiii- ri'niaillago des nié-

taux, et particulièrement du bronze, était celui que nous désignons aujourd'hui sous le nom de procédé du champlevage, et qui consistait, ainsi que nous l'avons dit, à creuser dans l'épaisseur du métal des cuves ou alvéoles séparées entre elles par des cloisons fixes épargnées par le burin ; là cependant on retrouve deux modes d'exécution. Dans le premier, qui parait avoir été le plus communément employé, les cuves étaient remplies d'émaux posés à l'état pulvérulent ou pâteux, qui fondaient au feu, et que l'on polissait ensuite de façon à leur faire affleurer le métal ; on obtenait ainsi une surface lisse, brillante, composée de couleurs variées formant par juxtaposition une sorte de mosa'ique dessinée par les cloisons métalliques; chacune des petites cuves ne contenait qu'une seule couleur. C'est le procédé que nous retrouverons plus tard sur les bords du Rhin et à Limoges.

Le second mode d'exécution demandait une habileté beaucoup plus grande, et témoigne d'une technique tellement perfectionnée, que, même aujourd'hui, bien peu d'émailleurs seraient en mesure de l'appliquer avec des chances certaines de réussite sans être obligés de faire préalablement de longs essais. L'émail y est toujours emprisonné dans des alvéoles, mais chacune d'elles contient plusieurs couleurs formant des quadrillages, des damiers ou des figures géométriques sans qu'aucune de ces couleurs soit maintenue ou séparée des autres par des lames métalliques. Quelquefois aussi le champ de couleur est semé de points circulaires symétriquement disposés et d'un ton plus clair que celui du fond (fig. 70 et 71).

Plusieurs archéologues ont cherché à se rendre compte des procédés employés poui- arriver à ce résultat; mais, parmi les moyens auxquels ils ont songé, les uns sont impraticables, et les autres laisseraient supposer chez les

i;emaili,erie

émailleurs de ces époques reculées des connaissances en chimie qu'ils ne possédaient certainement pas; il leur aurait fallu, en effet, graduer la composition de leurs émaux de façon à les amener à des degrés variés de fusibilité calculés mathématiquement, et avec une si grande préci-

Fig. 70. — Fragment de boucle f maillée [iii« siècle). (Maséc de Ratisbonne.)

sion, que cela est bien difficile à admettre. D'après les essais que nous avons vu faire autrefois à un habile émailleur de la manufacture de Sèvres ', ([ui avait cherché à se rendre compte des ditïérents procédés employés par les émailleurs de tous les temps et de tous les pays, nous croyons que le champ était rempli d'émail bien broyé et amené à l'état pâteux, puis creust' par places, après une dessiccation lente, de façon à permettre, dans les cavités ainsi pratiquées, l'introduction d'émaux de couleurs différentes, mais de même fusibilité, et (jui ne se mélangeaient pas au feu, quoique fondant onsomble; s'il se produisait

' .M. Philips, un dos plus liabilos riiiaillours de iiolic Inups, luori eu 1870.

ORIGINES DE L'EMAILLEHIE 365

quelques bavures ù la surface, elles disparaissaient au polissage, et le dessin retrouvait toute sa netteté. C'était, en réalité, une sorte d'incrustation dans le genre de celle qui se fait journellement dans la décoration de certaines poteries. Tous ces bronzes émaillés ont été trouvés dans des tom-

Fig 71. — Pièce de harnais rmaillée ( iii« siècle). CMusêc de Ilatisbonne. )

beaux qui datent du pi' au ive siècle de notre ère ; ce sont généralement des pièces de petite dimension : agrafes , fibules, plaques de ceinturon, etc., de formes variées et souvent gracieuses, et dont beaucoup sont remarquables autant pour leur belle ordonnance que pour leur parfaite exécution. Le musée de Saint-Germain, le cabinet des antiques à la Bibliothèque nationale et le Louvre possèdent un assez grand nombre de fibules en forme d'animaux, chien, lièvre courant, cheval, panthère, etc.

A côté de ces petits émaux primitifs, il en existe quelques autres datant de la même époque et montrant les mêmes procédés techniques, mais beaucoup plus importants, et qui méritent une mention spéciale. Nous citerons en pre-

mière ligne la belle gourde trouvée en '18GG clans les ruines de Tancienne Pinguentnm ', avec divei's objets en argent, en ivoire et en verre, et des médailles d'Antonin le Pieux (138-161). Cette gourde, en bronze, de forme circulaire, aplatie et munie d'un goulot cylindrique, est ornée sur chacune de ses faces de zones concentriques décorées de guirlandes de feuilles ornemanisées réservées en métal sur un fond d'émail alternativement bleu lapis et rouge brique; la tranche, à triple galon, porte deux oreilles latérales recourbées en crochets et reliées au moyen d'anneaux libi-es à une anse surbaissée ; ces appendices sont également décorés de triangles et de stries en émaux bleu et rouge. Cette pièce, d'un diamètre de OmlôT et d'une hauteur totale de 0"il8U, est certainement un des plus importants et des plus curieux émaux de ces temps reculés-'.

Un autre vase presque aussi impt)rtant, mais postérieur d'un siècle au moins à la gourde de Pinguente, a été trouvé à la Guierce, sur les anciennes limites thi Limousin et de l'Angoumois; c'est un flacon pirifurme de OmllT de hauteur, orné d'incrustations d'émail en forme de C alh'ontés et couchés, et de motifs formés par les mêmes Q rapprochés par leurs sommets, disposées en bandes verticales alternées, interrompues par une zone unie qui entoure la panse; les émaux sont bleu foncé, orangé et vert clair. Les médailles trouvées en compagnie de ce vase sont celles des empereuis qui ont régné à Rome de l'année 253 à l'an 270 de notre ère. Un second vase assez important et datant de la même époque a été découvert à Ambleteuse, sur les bords (le la Manche, en 1S3S, avec (pielipies monnaies (le l'em[>ereur Tacite (27(i); il est à panse presque splié-

' l'ingucnlc, Islrie, à 30 kilomèlrcs environ S.-E. de Trieste. - Elli! a 6to publiée, avec un savant article de M. de Linas, dans la Gazelle arcliculoj/iiiuc, n"i, 188'i.

rique, surmontée d'un long col terminé par un anneau; rornementalidii, disposée en lignes verticales, était assez simple; mais il est difficile de s'en rendre un compte exact par suite de la disparition complète des émaux.

Quelques autres belles pièces ont été également trouvées en Angleterre, entre autres le remarquable vase décou\ert à Bartlow, dans le comté d'Essex; mallieureusement il a été perdu dans un incendie '.

Dans aucun de ces vases on ne rencontre d'éléments décoratifs empruntés à l'art romain; c'est un style particulier qui se rattaclie à l'ornementation orientale, et qui vient à l'appui de ce iiue nmis avons dit plus baut relativement à l'existence d'artisans nomades qui disparurent dans le courant du ivf siècle.

TH. Verrotpzrie CLOISONNÉE. — Avec les barbares qui, dès le commencement du v« siècle, envabirent l'Europe occidentale, apparaît un nouveau mode de décoration qui n'est pas de l'émaillerie proprement dite, mais qui s'en rapproche tellement par certains côtés, et qui avait si bien pour objet d'imiter les procédés usités dans les siècles précédents, et (jui paraissent avoir été perdus à cette époque, qu'il nous semble nécessaire de le mentionner ici. C'est le procédé que nous avons déjà vu employer par les orfèvres de l'ancienne Egypte, et qui consistait à sertir dans des alvéoles formées par des cloisons épargnées dans le métal ou soudées sur le fond, suivant la valeur de la matière mise en œuvre, des petites tables de verre coloré ou de pierres dures translucides, et surtout de grenat clair, qui venaient affleurer le métal, et produisaient ainsi, comme le faisait autrefois l'émail, une sorte de mosaïque brillante:

■* II a été publié ilaiis VAlhuin des arts industriels de J. Lab.^rte, pi. C, et dans VArchœologia, t. XX\I.

368 L'blMAILLERIE

on augmentait souvent l'éclat de ces tables en les posant sur des paillons métalliques, qui leur communiquaient un chatoiement qu'elles ne possédaient pas par ellesmêmes.

On a beaucoup écrit sur l'origine de ce procédé de décoration, et là encore on n'est pas arrivé à faire la lumière. Cependant, si on étudie avec attention et sans parti pris l'ensemble des monuments de toutes sortes rencontrés dans presque tous les pays de l'Europe, et dont on retrouve des spécimens qui prouvent que ce genre d'ornementation a été usité pendant au moins trois siècles, on est porté à admettre que, venu de l'Orient, il s'est implanté peu à peu dans nos contrées, où il a subi des transformations inévitables, sinon dans ses procédés d'exécution, au moins dans son mode d'expression, d'une délicatesse infinie parfois, mais parfois aussi d'une rudesse un peu barbare.

A la première période appartiennent les bijoux et l'épéo qui ont été trouvés dans le tombeau de Childéric, roi des Francs (456-481), découvert en 1053 à Tournai, avec cent monnaies d'or des empereurs byzantins contemporains, et deux anneaux d'or, dont l'un portait, avec un buste d'homme chevelu tenant une lance de la main droite, Finseription Chiluerici Régis'. La garde de la poignée de l'épée, la

' Le bruil de la découverlc de ce tombeau s'étaiit réiiaiulu dans la ville de Tournai, le peuple accourut en foule, et dans le désordre qui s'ensuivit beaucoup d'objets précieux furent brisés ou disparurent ; ceux que l'on ])ut sauver ou racheter ensuite devinrent la iiropriété de l'archiduc Léopold-Guillaunie, gouverneur des Pays-Bas pour Philippe IV, et passèrent après sa mort entre les mains de son neveu Léopold 1'='', empereur d'.Vllemagne, qui, en 1604, en fit présent à Louis .\!V; par décision du '27 mars 1720, Louis XV les réunit aux collections de la Bibliothèque nationale. Dans la nuit du u au 6 octobre 1831 , des voleurs s'étant introduits dans le cabinet des médailles à la bibliothèque, emportèrent toutes les pièces d'or qu'ils purent rencontrer et la plus grande partie des pièces composant le trésor sépulcral de Chilpéric; poursuivis par la police, ils jetèrent dans la Seine tout ce qu'ils n'avaient jias eu le tenqis de fondre; on

ORKilNES liK 1;KM AILLI'IUl' 369

chape qui s'étend sur le dos du fourreau dans une longueur de douze centimètres environ, l'anneau central qui le contourne et la pièce de l'extrémité , qui épouse la lorme ovoïde du fourreau, sont ornés d'un cloisonnage d'or façonné à la pince et soudé sur le fond; dans chacun des compartiments est serti, au moyen d'un siiAple rahattu des lamelles d'or qui forment le cloisonnage, un petit morceau de verre rouge purpurin placé sur une feuille très mince de paillon d'or guilloché; le listel d'or qui entoure la chape est orné de très petits grenats enchâssés dans des trous pratiqués à cet effet, et ces mêmes grenats se retrouvent sur la pièce du bout, qui porte en outre une cornaline taillée et évidée encadrant un morceau de verre central taillé en forme de petite amphore. Parmi les diverses opinions qui ont été émises relativement à la provenance de cette remarquable épée, un des plus anciens monuments de l'orfèvrerie cloisonnée qui soit parvenu jusqu'à nous, celle de Labarte, qui l'attribue à des artistes byzantins, est appuyée de preuves si concluantes, que nous ne pouvons mieux faire que de les reproduii^e ici. « On comprend facilement, dit l'éminent archéologue', que cette belle œuvre d'orfèvrerie, dont tous les détails offrent une excessive délicatesse d'exécution, n'a pas été confectionnée dans les États d'un chef de tribu franc. La Gaule romaine, d'ailleurs, bouleversée pendant

retrouva sous une des arches de Poiil- Marie les objets do ce trésor qui sont déposés aujourd'imi au Louvre.

Un des témoins de la découverte, Jacques Ciiifflet, fit paraître en 1635, sous le titre d''Anaslasis Childerici [Résurrection de Childèric) , une description, accompagnée de planches, des objets trouvés, et l'abbé Cochet a publié sur le même sujet un excellent ouvrage, le Tombeau de Chilpdric (1859), dans lequel il donne l'histoire très étendue de celte précieuse trouvaille.

' Recherches snr In peinture en email dans l'antiquité et au moyen â{je; Paris, 1836, p. 98.

tout le cours du ve siècle par les invasions de tant de peuples divers, ne devait pas avoir conservé d'ouvriers assez experts pour un pareil travail. Qu on réfléchisse, en effet, que cette cornaline blanche qui décore le dessous du fourreau est une pieri-e très dure, qui demandait, pour être élaborée, la main d'un lapidaire consommé dans ht pratique de tous les procédés de la taille des pierres fines. On a voulu comparer le travail de cette épée à celui de quelques fibules et autres bijoux gallo-romains; il n'y a pourtant pas d'assimilation possible : on ne retrouve pas là ces cloisons d'or si déliées, contournées à la pince, qui tracent l'ornementation capricieuse du dessin, et qui dénotent un procédé essentiellement oriental remontant à l'antiquité... Il est évident que l'Orient revendique la mise en œuvre de ce mode de fabrication, qui consiste à rendre le tracé de l'ornementation dans les bijoux avec de minces bandelettes de métal posées sur champ, et dans les interstices desquelles on introduit soit les émaux par fusion, soit des pâtes diverses, des verres ou des pierres taillées. L'ornementation de l'épée de Ghildéric étant traitée de cette façon, doit donc provenir de l'Orient ; et ce qui pourrait n'être qu'une présomption devient presque une certitude, si l'on remarque qu'à côté de cette arme se trouvaient cent moimaies ou médailles d'or à l'effigie des empereurs d'Orient contemporains de Ghildéric. Il y a donc tout lieu de croire ({ue c'est à C.onstantinople qu'elle aura été fabri(juée, car l'Italie ne pouvait produii'e à cette époque une pièce travaillée avec tant d'ail. Durant le v siècle, cette contrée n'avait pas été mniiis éprouvée que la Gaule, et les arts s'y étaient ressenti cruellement de tous les désastres qui enfrainèreiit la chute de l'empire d'Occident : les artistes italiens s'étaient létiigiés à Constantiiiople, ilcvcnuf la ville par excellence pour

la culture des arts et le développement de l'industrie de luxe. »

Fig. 72. — Plaque de ceinluron en r,r, décorée de verroteries cloisonnées et de filigranes ^ Musée national de Municb. )

Nous ne suivrons pas le savant archéologue dans les témoignages historiques qu'il a rassemblés pour démontrer

372 i;KMAILLERir<:

que cette épée a dû être donnée en présent à Childéric pendant un séjour qu'il fit à la cour de Constantinople; ce qu'il nous importait de prouver, c'est l'origine orientale du procédé de cloisonnage des verroteries, et cela nous parait hors de doute'. A ce même moment, du reste, apparaît dans l'orfèvrerie un mode de décoration qui, lui aussi, venait d'Orient : c'est le filigrane granulé, que Ton rencontre souvent associé aux verreries cloisonnées, ainsi que cela a lieu dans les magnifiques plaques de ceinturon et les agrafes que possède le musée national de Munich, et dont nous reproduisons un des plus beaux spécimens (fig. 72).

Mais à côté de ces œuvres exceptionnelles il en est d'autres, et en grand nombre, qui prouvent que ce procédé de décoration avait été rapidement adopté par les orfèvres aborigènes, successeurs des artistes gallo-romains; seulement ici le travail est plus rude, et on ne retrouve plus cette délicatesse de cloisonnage, cette recherche de dessin que l'on remarque dans les bijoux de la première époque ; l'ornementation est simple et formée de lignes droites, de façon à rendre plus facile la coupe des petites tables de verre. On fabriquait ainsi surtout dos pièces destinées à l'ornementation des vêtements, principalement des fibules

' « Au milieu d'un monde qui sp renouvelait par d'effroyables calamités, dit le même auteur, l'art était tombé en Occident au dernier degré d'avilissement; tous les artistes de renom, fuyant devant la barbarie, durent chercher un asile à Constantinople, le seul point où l'art et le luxe brillaient encore. L'empire d'Orient exerça alors une influence considérable sur le goût des barbares qui devinrent les maîtres de l'Europe. Tous les chefs des tribus barbares envahissantes briguaient les faveurs et les dons de l'empereur, qu'ils cherchaient à imiter et dont ils empruntaient le costume. Les productions de l'orfèvrerie, si faciles à transporter et toujours reciierchécs des riches et des puissants de la terre, durent être comprises pour une large part dans les importations byzantines et doivent se rencontrer dès lors assurément parmi les objets de l'époque mérovingienne, qui ont pu, à travers tant de périls divers, parvenir jusqu'à nous. « — IJist. (les arts iuduslvicts. I. 1", p. 270.

ORIGIXES DE L'ÉMAILLERIE 373

et des boucles. On retrouve encore ce procédé employé en Espagne au vue siècle; deux des couronnes, aujourd'hui au musée de Cluny, du trésor découvert en 1858 à Guai'razar, aux environs de Tolède', portent des verroteries cloisonnées. Au cercle inférieur de la plus grande pendent vingt-quatre chaînettes d'or qui en garnissent tout le contour, et à l'extrémité de chacune desquelles est suspendue une lettre découpée dont la face antérieure est garnie de petits morceaux de verre rouge cloisonnés par des lamelles d'or ; ces lettres forment l'inscription suivante : Rec- CESViNTHUs REX OFFERET ". Daus la socoude, une chaîne, attachée à un double fleuron d'or à six branches, supporte une croix de 23 centimètres de hauteur, décorée de cinq pierres fines alternant avec des pâtes de verre coloré.

Saint Éloi, l'illustre orfèvre canonisé, parait avoir également employé les verroteries cloisonnées dans l'ornementation des merveilles d'orfèvrerie dont il enrichit la basilique de Saint-Denis, Saint-Martin de Tours et un grand nombre d'églises du diocèse de Paris ; mais comme il ne reste malheureusement de ces œuvres que des descriptions le plus souvent incomplètes, on en est réduit sur ce point à des conjectures que les limites de ce travail ne nous permettent pas de rapporter'. Ce qui est certain, c'est que les auteurs du xvne et du xvuie siècle, ainsi, du reste, que quelques

' Le trésor de Guarrazar se compose de neuf couronnes d'or massif d'un poids considérable, ornées de saphirs, de perles fines et de pierreries de toute sorte. Il est probable qu'il avait été enfoui dans les premières années du VIII» siècle, lors de l'invasion des Visigoths par les Arabes. Cf. De Lasteyrie , Description du trésor de Guarrazar, et du Sommerard , Catalogue et description des objets d'art exposés au musée de Cluny, n"* 4,979 à 4,987, p. 391.

■^ Reccesvinthe occupe une place assez importante dans la dynastie des rois goths d'Espagne. Monté sur le trône en 649, il mourut en 672.

^ Cf. Charles de Linas, Orfèvrerie mérovingienne; les Œuvres de saint Eloi et la verroterie cloisonnée , in-S", 1864.

374 L'EMAILLERIE

archéologues modernes, ont presque toujours confondu, en parlant des œuvres d'orfèvrerie, le travail du cloisonnage au moyen de verres colorés avec celui de Fémaillerie proprement dite, et qu'il faut n'accepter leurs descriptions qu'avec la plus grande circonspection. En ce qui touche les œuvres de saint Éloi surtout, il ne faut pas perdre de vue que la pratique de l'émaillerie avait disparu de notre pays depuis près de deux siècles au moins, et qu'on ne l'y voit reparaître que quatre siècles plus tard.

I. Émaux cloisonnés. — Nous avons clierch»' dans les pages précédentes à suivre pas à pas. pour ainsi dire, les différentes manifestations de l'art de léinaillcrie depuis sa première apparition dans Tancienne Egypte jusqu'à cette sorte de transformation qu'il subit par suite de la substitution du verre à la matière colorante vitrifiée qui en est la base même. L'émaillerie avait -elle pris naissance en Egypte, ou les orfèvres de Thèlies et de Memphis Favaientils reçue, comme beaucoup d'autres industries d'art, d'une civilisation antérieure dont la trace est aujourd'hui perdue? Il est impossible de se prononcer à cet égard; cependant nous avons déjà eu occasion de faire remarquer, à propos de la verrerie, que les plus anciens spécimens qui sont parvenus jusqu'à nous de l'industrie égyptienne en général dénotent une connaissance tellement avancée des différents procédés techniques, qu'il est difficile de ne pas admettre une période antérieure de recherches et de tâtonnements que nous ne connaissons pas encore, mais que des explorations futures feront peut-être découvrir. Quoi qu'il en soit, il nous paiait bien prouvé que fémaillerie est d'origine

376 L'EMAILLERIE

(ii'icntiilc, et nous pensons que c'est à cette origine qu'est due la première renaissance de cet art, renaissance qui correspond à l'établissement de l'empire d'Orient, et dont la verroterie cloisonn('e fut la j»remière expression. Il était tout naturel, en effet, quïi une époque où la générosité fastueuse des empereurs byzantins faisait éclore les merveilles de toutes sortes dont ils embellissaient à l'envi les l)alais et les somptueuses églises qu'ils faisaient construire, les orfèvres aient cherché à faire revivre un procédé dont la tradition sulisistait encore, et qui devait apporter à leur art un élément puissant de décoration, l'harmonie de la couleur associée à Féclat du métal ; de là la veri-oterie incrustée, qui fut la première manifestation de cette tentative, mais (ju'ils durent abandonner Ijientùt, d'une part, parce qu'elle présentait de très grandes difficultés d'exécution dans la taille des petites tables de verre, et, d'autre part, parce que les résultats ne répondaient certainement pas au but qu'ils s'étaient proposé. Ils s'efforcèrent donc d'acquérir la connaissance des véritables procédés de Témaillerie, et ils semblent y être arrivés assez promptement, puisque, dès le vie siècle, on trouve, dans l'énumération des dons que l'empereur Justin Ic" (518-527) envoya au pape Hormisdas, la mention d'une sorte de lampe d'or qui devait être émaillée, gabafam eledrinam , et que plus tard l'autel d'or que Justinien, neveu et successeur de Justin, et Théodora, son épouse, doimèrent à l'église Sainte -Sophie, était, selon toutes probabilités, em'i(Jii d'émaux de couleur. C'est du moins ce qui ressort, malgré leur obscurité, des descriptions (pTeii ont laissées plusieurs auteurs, entre autres Nicétas, qui assista à la prise de Constantinople par les croisés en 1204, et cpii fut témoin du pillage pendant lequel cet autel fut détruit. « La sainte table, dit-il, ciuiipusitidn de dilVérenles matières précieuses

assemblées par le feu, et se réunissant l'une à l'autre en une seule masse de diverses couleurs et d'une beauté parfaite, fut brisée en morceaux et partagée entre les soldats. » Il paraît évident que ces matières, « assemblées par le feu et formant une masse de diverses couleurs. » ne pouvaient être que de l'émail, de même que le mot electrina, t|ui désigne la lampe, devait très prubablrment s'appliquer à un objet émaillé.

Le mot électron, en effet, sur lequel on a tant discuté, était encore employé au xic siècle par le moine Théophile, dans sa Diversarum artium schedula ', pour désigner rémail, et ici le doute n'est pas possible, en. présence du texte si clair dans lequel l'ingénieux moine décrit les procédés de fal)rication des émaux cloisonnés. Après avoir indiqué (chap. lh, lib. III, De itnponendis gemmis et marçjaritis) de quelle façon doit être disposée la petite caisse d'or qui renfermera les émaux, Théophile enseigne à disposer les Ijandes de métal qui formeront le dessin : « Vous taillerez alors à la règle des bandelettes de la même hauteur dans une feuille d'or aussi mince que possible, et avec de petites pinces vous contournerez ces bandelettes à votre goût, de manière à en former les dessins que vous voudrez reproduire dans les émaux, comme des cercles, des nœuds, des fleurs, des oiseaux, des figures humaines; vous disposerez délicatement et avec soin chacun des petits mor-

' \JEssai sur divers arts, dont le moine Théophile est l'auteur, est un traité sur les procédés employés dans la pratique des arts industriels du moyen âge. On ne sait rien de positif sur la nationalité de l'auteur de ce précieux ouvrage, ni sur l'époque où il vivait; cependant on est à peu près d'accord pour penser que Théophile était allemand et qu'il a écrit son traité à la fin du xi^ siècle. M. le comte de I'Escalopier a publié, en 1843, une traduction française de la Diversarum arliuin schedula; il en existe également une autre, faite par M. l'abbé Bourassé, et insérée à la suite de son Dictionnaire d'archéologie sacrée; Paris, 18o7.

378 L'ÉMAILLERIK

ceaux à sa place, et vous les fixerez avec de la farine délayée à la vapeur du charbon; lorsque vous aurez ainsi complété l'agencement d'une pièce, vous en souderez toutes les parties avec beaucoup de précaution, afin rpie le travail délicat ne se dérange pas et que l'or mince n'entre pas en fusion. » Le dessin ainsi disposé au moyen de ces petites bandelettes d'or posées sur champ. Fauteur, dans le chapitre suivant, intitulé De electris, indique la manière de poser les émaux de diverses couleurs dans chacune des cases qui leur sont réservées : « Toutes les pièces à émailler étant ainsi disposées et soudées, i^renez les différentes espèces de verre ' que vous aurez composées pour ce genre de travail, brisez un petit morceau de chacune d'elles, et placez en même temps tous les éclats sur une feuille de cuivre, sans cependant les mêler; portez-la au feu, disposez autour et par- dessus des charbons, et, en soufflant, examinez av(X' attention si les différents verres entrent en même temps en fusion ; si vous obtenez ce résultat, servez -vous de tous; si l'une des parcelles est plus dure, mettez-la à part. Prenant l'un après l'autre chacun des verres essayés, [lortez-les au l'eu sé])arément, et lorsqu'ils seront chauffés à blanc, jetez-les dans un vase de cuivre où il y ait de l'eau; ils se briseront en petits morceaux, que vous écraserez avec un marteau rond, jus(pi'à ce qu'ils deviennent très menus; vous les laverez dans cet état, et vous les déposerez ilaiis une coquille [)in|ir(' que vous conviii-ez d'uiir étoile de laine; [iréparez ainsi clnupie couleur. Cela fait, j)renez une des [lièccs d'or (pie vous avez soudées, et fixez-la sur une laliie [)lane, en deux endroits, avec de la cire. Avec une |iliiiii(' d'oie taill('(> cm pointe coinine pour écrire, mais à bec |ilns long et non tendu, vous puiserez à votre choix riiii

' " ... Oiiinid. gcnrra vitri... », r'i':,! -;'i-(lirc los diU'i^ronlos pAlos de verro, npnruirs nii transliicidfs, f|iii coiisliliionl 1rs riiiiiux.

des émaux, qui devra être humide, et, avec un long morceau de cuivre effilé se terminant en pointe, vous le détacherez avec adresse de la plume pour en remplir, autant que vous le jugerez convenable, tel des compartiments que vous voudrez de la pièce à émailler. Remettez ce qui vous en restera dans la coquille, et couvrez- la. Faites de mftne pour remploi de chacun des émaux jusqu'à ce qu'une de vos pièces soit remplie. Alors, enlevant la cire qui la retenait, placez cette pièce sur une tôle qui ait une queue courte, et vous la couvrirez d'une espèce de vase de fer qui soit profond et percé sur toute sa surface de petits trous, unis et plus larges à l'intérieur du vase, plus étroits à l'extérieur, où ils présenteront des aspérités propres à arrêter les cendres, si par hasard il en tombait dessus.

« Ce vase de fer sera pourvu au sommet d'un petit anneau, à l'aide duquel on le posera et on le lèvera. Ces dispositions étant prises, réunissez des charbons gros et longs; enflammez-les vivement; au milieu du foyer, faites une place que vous égaliserez avec un maillet de bois, de manière à pouvoir y maintenir la t<Me en la tenant par la queue avec des pinces. Posez -la avec soin à cet endroit, recouverte comme nous l'avons expliqué ; disposez des charbons tout autour et par- dessus, et, prenant le souftlet des deux mains, souftlez de tous côtés jusqu'à ce que les charbons brûlent également. Ayez l'aile entière d'une oie ou de tout autre gros oiseau; déployée et attachée à un morceau de bois, elle vous servira à agiter l'air et à souffler fortement de tous côtés jusqu'à ce que vous aperceviez à travers les charbons que les trous du vase sont devenus blancs à l'intérieur. Alors vous cesserez de souffler. Après ime demi-heure environ, vous dégagerez un peu les charbons, et finirez par les enlever totalement; vous attendrez de nouveau que les trous noircissent à l'intérieur, et lorsque cet

380 L'EMAILLERIE

effet aura été produit, enlevant la tôle par la queue, placezla, recouverte du vase de fer, dans un coin jusqu'à ce qu'elle soit tout à fait refroidie. Alors, découvrant la pièce émaillée, prenez-la pour la laver. »

Ayant ainsi indiqué les procédés d'exécution et de cuisson, Théophile nous apprend comment on doit recharger la pièce dans le cas où l'émail, s'étant affaissé au feu, ne viendrait plus au niveau des bandelettes d'or; puis, dans le chapitre Liv, De poliendo electro, il nous donne la manière de polir l'émail. ^< Cela fait, dit-il, prenez un morceau de cire de la longueur d'un demi -pouce, dans lequel vous enchâsserez la pièce émaillée de façon que la cire avec laquelle vous la tiendrez l'enveloppe de toute part ; vous frotterez avec soin le côté émaillé sur une pierre de grès mouillée, jusqu'à ce que l'or apparaisse également sur toute la surface. Ensuite vous le frotterez très longtemps sur une pierre à aiguiser dure et unie jusqu'à ce que l'émail prenne de l'éclat. Sur cette même pierre mouillée de salive, vous frotterez un morceau de têt que vous trouverez parmi les débris d'anciens vases, jusqu'à ce que la salive devienne rouge et épaisse ; vous en enduirez une lame de plomb unie sur laquelle vous frotterez l'émail jusqu'à ce que les couleurs deviennent translucides et éclatantes. Après vous frotterez de nouveau le morceau de poterie sur la pierre à aiguiser avec de la salive que vous étendez sur un cuir do bouc fixé sur un morceau de bois, et dont la surface soit unie. Sur ce cuir vous polirez l'émail jusqu'à ce qu'il devienne entièrement brillant, en sorte que si une moitié était humide et l'autre sèche, on ne put distinguer la partie sèche de la partie humide '. »

' Tout ce que dit Théophile sur les émaux rloisonnés est tellf>ment clair cl si exact, que l'on a pensé, et sans doute avec raison, qu'il avait dû joindre la théorie à la pratique, et exécuter lui-iurmc plusieurs des pièces dont il a si

Les différentes opérations (jue Théophile indique avec tant de netteté et décrit avec une si grande précision ne peuvent s'appHquer qu'à l'émaillerie; aucun doute n'est possible à ce sujet. Or, l'art de l'émaillerie cloisonnée avant été, ainsi que nous le verrons plus loin, importé en Allemagne à la fin du xe siècle par des artistes grecs venus' de Constantinople, il était tout naturel que Théophile, ne trouvant dans sa langue aucun vocable pour désigner l'émail, inconnu à cette époque en Allemagne, ait employé, en le latinisant, le mot r,X£/.Tpo.:, dont se servaient les émailleurs byzantins de son temps, ce qui donne raison aux archéologues qui traduisent par émail ce mot, i|ue l'on trouve dans Homère et dans Hésiode (v. page 352). Il est donc à peu près certain que la gabata electrina offerte au pape Hormisdas était émaillée, et que par conséquent on peut faire remonter au commencement du vie siècle les premières manifestations de l'émaillerie cloisonnée. On sait, du reste, les efforts que Justin et Justinien firent pour implanter à Constantinople les industries de luxe, et il n'est pas étonnant que parmi les artisans de tout genre qu'ils firent venir à grands frais de la Perse et des autres contrées de l'Orient, il se soit trouvé des émailleurs qui enseignèrent aux orfèvres byzantins la pratique de leur art.

Malheureusement les monuments d'orfèvrerie antérieurs au xe siècle sont relativement si rares, si peu ont pu échapper à la destruction, qu'il est à peu près impossible de dire quel rôle a joué l'émaillerie à cette époque, et quelle

bien décrit ainsi les procédés de fabrication; quelques archéologues même, se basant sur ce que, dans un des manuscrits de la Diversarum artium schedula qui sont parvenus jusqu'à nous, l'auteur est appelé aussi Rutgerus (Theophilus qui et Rutgerus), lui attribuent un autel portatif monté en argent repoussé et niellé que possède le trésor de la cathédrale de Paderborn, et qui aurait été exécuté au xi^ siècle dans l'abbaye d'IIelmarshausen , en Franconie, par un moine orfèvre liu nom dr Huicherus.

382 L'EMAILLEKIE

importance elle avait prise. Les édits de Léon l'Isaurien (726) et des empereurs ses successeurs, qui défendaient aux artistes de reproduire la figure humaine par la peinture, la ciselure ou le repoussé, sur les instruments du culte et les parois des basiliques, durent évidemment en arrêter le complet épanouissement; mais comme, d'un autre côté, il était permis de composer des ornements dans lesquels entraient des animaux, des fleurs et des fruits, l'anéantissement des arts du dessin ne fut pas complet, et lorsque, en 842, les édits iconoclastes furent rajtportés, forfèvrerie, et par conséquent l'émaillerie, qui en était devenue l'auxiliaire, ne tardèrent pas à prendre un nouvel essor pour arriver bientôt à une perfection inconnue justju'alors. Cependant les édits de proscription lancés par les empereurs iconoclastes avaient eu pour eifet de faire passer en Italie, où ils étaient certains d'être bien accueillis, les artistes qui, fidèles à leur foi, continuaient à peindre et à sculpter les saintes images, et parmi eux des émailleurs, auxquels on doit quelques-uns des chefs-d'œuvre d'orfèvrerie dont nous parlerons plus loin.

C'est surtout au xe siècle, sous le règne de Constantin Porphyrogénète, que l'émaillerie arriva à son apogée. Pendant les longues années où, débarrassé des soucis du pouvoir, le jeune empereur était resté sous la tutelle de son oncle Alexandre et de sa mère Zoé, il s'était adonné avec ardeur à l'étude des sciences, des lettres et des arts, et plus que ses prédécesseurs il s'appHfpia [ilus lard à en favoriser le développement, dirigeant lui-même les travaux des architectes, des peintres, des mosaïstes et des orfèvres (pi'il employait. Sous son iiilluence, le dessin devint phis correct et se débarrassa de la lourdcuir qui caractérisait les productions artistiques du siècle précédent.

Parmi les œuvres d'orfèvrerie émaillée cpii sont arrivées jusipfà nous, et dont foriginr l»yzantine. au moins en ce

qui regarde les émaux, ne fait aucun doute, il en est qui sont véritablement remarquables, et dont la date est à peu près certaine : ce sont ceux-là surtout que nous mentionnerons ici. Mais de ce que les émaux sont byzantins, il ne s'ensuit pas pour cela que toutes ces œuvres d'orfèvrerie soient de fabrication byzantine. Du temps de Constantin Porphyrogénète, — et lui-même a pris soin de nous l'apprendre', — les boutiques des orfèvres ù Gonstantinople étaient reniplies d'ouvrages d'or émaillé assez importants pour être exposés à la vue du public dans les solennités. » Mais ces orfèvres, dit Labarte -, ne s'étaient pas bornés à [iroduire des objets d'une grande valeur, dont le prix ne pouvait être abordé que par les riches églises de l'empire d'Orient et par les somptueux seigneurs de la cour byzantine. Dès le ixe siècle, ils s'étaient livrés à la fabrication des croix, reliquaires portatifs de petite dimension, et de ces petits émaux détachés qui pouvaient s'adapter à toute pièce quelconque d'orfèvrerie. Le commerce les répandait ensuite à profusion dans l'Europe, puis les orfèvres français, allemands et anglais enrichissaient leurs travaux de ces émaux, qu'ils sertissaient comme des pierres fines dans des chatons, en les faisant alterner avec des rubis, des saphirs ou des perles. Au xie siècle, Gonstantinople continue à fournir ses émaux aux orfèvres de l'Europe. L'empereur Henri II {■f 1024) enrichissait d'émaux grecs les somptueuses couvertures d'or de ses manuscrits, et sa sœur, la reine de Hongrie, en faisait border la croix d'or qu'elle plaçait sur le tombeau de leur mère Gisila. La belle boite du musée du Louvre, que l'orfèvre français s'est plu à ornementer d'émaux byzantins, est à peu près de la même époque. » Le texte du moine Théophile, que nous avons rapporté

' De Cerimoniis (nilœ Byzant . t. I'^', p. 5"2.

- Uisl. des arts industriels, i" éJit., t. III, p. 76.

384 L'ÉMAILLERII:

plus haut, nous dispense de revenir sur la façon dont ces émaux ont été fabriqués ; nous ferons remarquer cependant que, dans les uns, la plaque d'or est émaillée en plein, et que dans d'autres c'est le métal lui-même qui sert de fond; dans ce dernier cas, l'espace occupé par la figure a été champlevé ou repoussé en creux dans la feuille d'or, et forme ainsi le contour extérieur de cette figure, dont le dessin intérieur est obtenu au moyen des bandelettes de métal fixées sur le fond (fig. 73). Nous ajouterons que les couleurs employées par les émailleurs byzantins sont assez variées; on y trouve le blanc, le rouge éclatant, le brun rouge, le bleu clair et foncé, le violet, le jaune, le vert et le noir; la plui)art de ces émaux, à l'exception du blanc, du noir et du bleu foncé, sont généralement semi-transparents, et les carnations sont rendues avec une couleur rosée qui se rapproche autan l que possible du ton de chair.

Le plus ancien monument d'émaillerie cloisonnée que nous possédions aujourd'hui est la célèbre couronne d'or, plus connue sous le nom de couronne de fer, conservée dans le trésor de la cathédrale de Monza , ville située à cinq lieues de Milan, et donnée avec d'autres objets précieux à cette église, qu'elle avait fondée, par Théodelinde (f G2")). reine des Lombards, au commencement du wm siècle. C'est un cercle d'or, très simple, haut de sept centimètres environ, divisé en six plaques séparées entre elles par des montants composés de trois beaux cabochons disposés verticalement les uns au-dessus des autres ; chacune des plaques est recouverte en plein d\wi émail vert-émeraude, semi-translucide, sur hMpicl se détaiiiciit des tleurs rouges, bleues et blanc opaque, dessinées par le i>rorédé du cloisonnage, et enrichie de pierres fines serties dans des chatons et des ficMiroiis d'or. Intérieurement se trouve, incruste' dans l'or, un cercle de l'er — au(|U('I (cllc pn'cieuse

L'EMAILLERIE AU MUYEX AGE

croix doit son nom, — qui a été, dit -on, forgé avec un des clous qui attachèrent Jésus -Christ sur la croix. Suivant la tradition, cette couronne aurait été rapportée de Constantinople par le pape Grégoire le Grand , qui l'aurait reçue en présent de l'empereur Constantin Tihère, auprès duquel il avait été envoyé comme légat du pape Pelage' II,

Saint Jean l'Aumi

Saint Jean - Baptiste.

Fig. 73. — Petites plaques d'émaux cloisonnés sur fond d'or décorant la couverture

d'un évangélialre du xe siècle 1.

( Bihliothèque de Sienne.)

son prédécesseur, et qui, à son tour, l'aurait donnée à la reine Théolinde.

Il nous faut ensuite traverser deux siècles pour trouver un second exemple d'orfèvrerie décorée d'émaux cloisonnés, l'autel d'or ou paliotto de la basilique Saint -Ambroise de

' Ce manuscrit grec, du x<' siècle, appartient à la bibliothèque communale de la ville de Sienne; c'est un magnifique volume in-f", de 0,363 sur 0,29. Les plats, en argent doré, sont couverts de rinceaux en relief d'une rare élégance et enrichis, l'un de vingt-trois, l'autre de vingt-cinq émaux cloisonnés en or; le dos, qui a une épaisseur de 0,09, était décoré également d'une suite de petits médaillons d'émail dont plusieurs ont disparu. Ce beau livre, qui appartenait à l'empereur Jean Cantacuzène, fut acheté, en 1359, pour le compte de la république de Sienne moyennant 3,000 florins d'or. — Cf. Labahte, op. cit., t. 11, p. 445.

Milan, exécuté en 835 par ordre de Tarchevèque Angilbert. Nous n'avons pas à décrire ici ce magnifique autel, qui est certainement un des plus beaux monuments de l'industrie humaine' ; nous devons nous borner à dire que les listels formant les encadrements des médaillons dans lesquels sont exécutés au repoussé les figures du Christ, des apôtres et des archanges, ainsi que les sujets empruntés à la vie et à la Passion du Sauveur, sont composés de petites plaques d'émail cloisonné alternant avec des pierres fines, et formant ainsi un ensemble de la plus grande richesse ; sur la face postérieure se trouvent, en assez grand nombre, des médaillons circulaires d'émail qui renferment des figures en buste se détachant sur un fond émaillé vert translucide cloisonné de dessins d'or, et qui offrent cette particularité remarquable que les carnations sont en émail blanc opaque. L'orfèvre auquel est dû ce merveilleux autel s'est représenté, sur un des médaillons de la face postérieure, recevant la bénédiction de saint Ambroise, et a pris soin d'y inscrire son nom : v volvinivs magister faber. Était-il également émailleur, ou s'est- il fait aider dans son travail par un des artistes byzantins venus en Italie, ainsi que nous l'avons dit, pour échapper à la persécution des empereurs iconoclastes? Nous pencherions pour cette dernière hypothèse. Si Volvinius, en effet, avait appris des Grecs l'art de l'émaillerie, il est à présumer qu'à son tour il eût fait des élèves, et que cet art se serait implanté en Italie; or il n'en est rien, puisque c'est de Constantinople que les papes firent, dans

' Il u la forme d'un parallélépipède surmonté d'une corniche et porté sur une base; il mesure 1"'10 de liauteur sur '2"'20 de largeur : la face antérieure est entièrement d'or; les deux côtés et la face postérieure sont en argent. Le panneau central de cette face postérieure, qui s'ouvre à deux battants pour donner accès sous l'autel, renferme deux médaillons du plus grand intérêt : dans l'un, Angilbert présente l'autel à saint Ambroise; dans l'autre, le saint donne sa bénédiction à l'artiste qui a exécuté ce beau luoniimenl.

la suite, venir les œuvres d'orfèvrerie émaillée dont ils enrichirent leurs églises, et que c'est à Constantinople également que Didier, le célèbre abbé du mont Gassin, commandait, en 1068, un parement d'autel d'or sur lequel étaient reproduits en émail quelques sujets empruntés à l'Évangile, et presque tous les miracles de saint Benoît'. Ce qui est certain, en tout cas, c'est que dans l'autel de Milan les émaux, à l'exception peut-être des médaillons de figures, ont été exécutés avec le monument, faits exprès pour la place qu'ils devaient occuper, et ne sont pas, comme ceux que Ton rencontre dans la plupart des œuvres de l'orfèvrerie occidentale de cette époque, des plaques ou des médaillons fabriqués à l'avance et importés des ateliers de Constantinople.

Parmi les autres émaux d'or cloisonné dont la date est indiquée, et qui peuvent être regardés comme les produits les plus parfaits de l'industrie byzantine, nous citerons en première ligne ceux qui décorent le reliquaire de la vraie croix, conservé dans l'église Saint-Georges, à Limbourg, dans le duché de Nassau. Ge reliquaire - est une boite plate de forme rectangulaire, ayant 0m485 de hauteur sur 0'n34 de largeur, et 0"i055 d'épaisseur; un couvercle qui se tire à coulisse laisse voir à découvert le fond, qui renferme un morceau de la sainte croix disposé en forme de croix à double traverse ; le tout est en or décoré de pierres fines, de figures et d'ornements en émail cloisonné. Le centre du couvercle est orné d'une [tlaque comprenant neuf petits tableaux d'émail sur fond d'or, distribués trois par trois l'un au-dessus de l'autre, et encadrés dans des

' « ... Quibus videlicet smaltis nonnullas quidem ex Evangelio, fere autem onines beali Benedicti miraculoruni insigniri fecil historias. » [Chronica sacri monaslerii Cassinensis , lib. III, c. xxxiii, p. 361.)

"^ Cf. Annales archéologiques , t. .XVII, p. 337.

388 i;kmaii,lerie

lignes formées de tivs petits ruliis. « Dans le tableau central, dit Labarte', on voit le Christ assis sur un riche trône à coussins; il bénit de la main droite à la manière grecque, et tient de la gauche le livre des Évangiles. Par-dessus une tunique talaire, il porte un grand manteau bleu-lapis merveilleusement drapé. Sa figure est sévère et pleine de noblesse; ses pieds nus sont chaussés du cothurne antique, et ses mains sont parfaitement dessinées. Or, quand on son^e aux procédés mis en œuvre dans ce genre d'émaillerie pour reproduire les traits du dessin, on a peine à comprendre comment l'artiste a i)U arriver à tant de perfection. Chacun des huit autres tableaux comprend deux personnages d'environ OmO") de hauteur: à droite du Christ, saint Jean et l'ange Gabriel; à sa gauche, la Vierge et saint Michel archange; puis les douze apôtres, distribués deux par deux dans les six autres tableaux ; ils sont vêtus de la longue tunique et du grand manteau de l'anticjuité, et tiennent à la main soit un livre, soit un volumen. Toutes les figures de ces neuf tableaux, dessinées avec correction, sont exécutées en émail cloisonné, et se détachent sur le fond de la plaque d'or qui a été abaissée, en suivant les contours extérieurs de chaque figure, pour former la petite caisse dans laquelle ont été disposés , et le cloisonnage d'or d'une ténuité extrême qui trace le dessin, et les émaux qui teignent les carnations et les vêtements. Des inscriptions grecques, gravées sur le fond d'or de chacun des tableaux, donnent le nom du personnage représenté. » Toute la surface est, en outre, enrichie il'un encadrement en émail alternant avec des pierres fines. Dans l'intérieur de la boite, un renfoncement, en forme de croix, reçoit la rciiipie et son enveloppe d'or, ipii pciil s'ciilrvcr de ce caisson connue

' op. cit., t. 1", p. 323.

on enlève un bijou d'un écrin ; tout le champ libre autour de la croix est orné de bandes d'ornements en émail reproduisant des motifs d'un très grand goût, et de vingt-quatre petites plaques d'or sur lesquelles se détachent des figures d'émail, et qui servent de couvercles à de petites cases où sont déposées des reliques. De larges inscriptions en. majuscules grecques indiquent que la croix d'or enveloppant le morceau de la vraie croix a été faite par les empereurs Constantin Porphyrogénète (9l!2-959) et Romain II, son fils, et que la riche boîte qui renferme ce précieux reliquaire date de la minorité de Basile le Proèdre, fils aine de Romain II, c'est-à-dire avant l'année 976. Suivant la tradition, ce reliquaire, une des œuvres les plus complètes de l'orfèvrerie byzantine, aurait été rapporté de Constantinople par un chevalier allemand, Henri d'UImen, qui avait pris part au pillage de la ville en 1204, et donné par lui au couvent des religieuses de Stuben, près Trêves, d'où il est passé en 1827 à l'évèché de Limbourg.

Au xie siècle, nous trouvons des émaux qui prouvent que les artistes byzantins n'avaient rien perdu de leur habileté. Ce sont d'abord les huit plaques d'or ' découvertes, en 1860, en labourant un chamii à Nyitra-Ivanka, dans le comitat de Neutraer, en Hongrie ; elles sont de forme oblongue, arrondies par le haut, et devaient, réunies ensemble, former ou tout au moins décorer une couronne. La plaque du mdieu. qui mesure 0mll6 de hauteur sur G"i05, était plus élevée que les autres; elle représente un empereur revêtu du grand costume de cérémonie, et tenant dans la main droite un labarum à longue hampe rouge ; une inscription en lettres capitales grecques répartie en deux moitiés indique que cette figure est celle

' Sept de ces [ilaques appartiennent au musée de Pesth.

de Constantin le Monomaque, empereur des Romains; de chaque côté de cette plaque s'en trouvaient deux autres un peu plus petites (OmlOO), présentant les effigies des impératrices Théodora et Zoé (fig. 74), filles de Constantin VIII; cette dernière avait épousé le Monomaque en 1042. Viennent ensuite deux danseuses, puis les figures de Y Humilité, qui a les mains croisées sur la poitrine, et de la Vérité, qui tient une croix de la main droite; sur la dernière plaque, de forme circulaire, est le buste de saint André. Le champ qui entoure ces figures, repoussées en creux, est occupé par des inscriptions, des rinceaux, des oiseaux et des cyprès dont le dessin est formé par de petites bandelettes extrêmement déliées, cloisonnant des émaux très éclatants'.

La couronne royale de Hongrie, dite couronne de Sainf- Étienne, conservée dans le château de Bude, et qui fut envoyée par l'empereur Michel Ducas à Geysa !«'', roi de Hongrie {j- 1077), est un monument non moins remarquable de l'orfèvrerie byzantine. Elle se compose de huit plaques d'or carrées alternant avec huit gros saphirs cabochons et représentant à mi -corps les archanges Michel et Gabriel, saint Côme, saint Damien, saint Démétrius, saint (ieorges et les deux figures de Constantin Porphyrogénète et de Geysa ou Géowitz, souverain fidèle de la puissante Turquie {Hongrie); au-dessus du bandeau formé par ces plaques s'élèvent, sur la face antérieure, une plaque d'or arrondie par le haut et représentant le Christ sur un trône, entre deux palmiers, et, sur la face opposée, une autre plaque sur laquelle se trouve reproduit l'empereur Michel Ducas portant lu ((nininne et le vèUunenI inqx'iial -'. Ces

' Deux iJi! CCS plaques, rellfi qui rcprést'iile C.nustantin le Mononiaiiuc cl une de celles où l'on voit une danseuse, ont riL,'uré, on 1867, à rcxposition universelle.

^ Sur le l'oiiil il'or mi lit l'inscription suivante, traccccn i''uiail rouirc : Michrl

Plateau en émail peint.

(Travail chinois, xvu» siècle.)

Collection de M. Bing.

Éraail cloisonné.

( Travail chinois , xv« eiùcle.)

Collection de M. Bing.

plaques sont reliées par d'autres plaques plus petites semi-circulaires et triangulaires, décorées d'imbrications cloisonnées en émail. Le sommet de la couronne est

Fig. 7i. — Plaque d'or éniailLé représentant l'impératrice Zoé.

— Travail byzantin, xi« siècle.

(Musée de Pestli.)

formé par des arceaux composés également de plaques émaillées et surmontées à leur point de jonction par une croix d'or; sur ces dernières plaques sont représentés le Christ et quelques apôtres, dont les noms sont gravés en caractères latins.

Ducas , empereur des Homains, fidèle au Christ. — Cf. L\b.4rte, op. cit., t. l"'', p. 327.

392 L'EMAILLERIE

Il nous reste maintenant à signaler la célèbre Pala d'oro', qui sert aujourd'hui de retable au maître-autel de l'église Saint-Marc à Venise, et qui est certainement l'œuvre la plus considérable de rorfèvrerie du moyen âge, en même temps qu'elle est la plus riche en émaux cloisonnés byzantins.

Ce merveilleux monument, dont il est impossible de décrire la splendeur "; a la forme d'un rectangle dont la base mesure 3""15 de long, et dont la hauteur est de 2ml0. Il ne contient pas moins de quatre-vingt-trois tableaux ou figures d'émail cloisonné sur plaques d'or ou d'argent doré, cantonnés par des colonnettes ou pilastres, enrichis de perles et de pierres fines ; ces dernières sont au nombre de treize cent neuf, et on compte douze cents perles, plus deux camées antiques ; dans les intervalles qui séparent les tableaux sont répartis trente-huit médaillons en émail cloisonné sur fond d'or. Commandé à Constantinople en 97G par le doge Orseolo I«'", il avait primitivement la forme d'un diptyque se fermant dans le sens horizontal, et dut servir de devant d'autel jusqu'au moment où il fut changé en retable et considérablement remanié et augmenté par ordre du doge Ordelafo Faliero, en l'année 1105; depuis il a été plusieurs fois sinon modifié, au moins enrichi de pierres fines, d'abord en 1209, puis en 1345, et enfin restauré en 1847. Parmi les plaques d'émail, dont quelques-unes, celles de la partie supérieure, mesurent 0ni35 de hauteur et autant de largeur, il en est qui reproduisent des scènes de la vie

' Le mol impropre Pala ou Ptdln dérive du mol latin pullium , servanl à désigner une grande pièce d'élolTe avec laquelle, ù certaines (''poques, on décorait Tau le I.

^ Du SoMMERARD a publié dans son Album des arts nu moyen âge ( 10" série, pi. xxxiii) une planche en couleur de la Pala d'oro. — Cf. également Labarte, op. cit., l. III, p. il, qui en a donné une figure au Irait, et JACoro MoNico, la Pala d'oro, Venise, 1847. Tous les chroniqueurs et les historiens de Venise ont parlé de ce mcunimcnt. unique parmi les œuvres de l'orfèvrerie.

L'ÉMAILLERIK At^ MOYEX AGE 393

et de la passion du Christ, ainsi que des scènes de la vie de saint Marc; d'autres, et ce sont certainement les spécimens les plus parfaits de la peinture cloisonnée en émail qui soient parvenus jusqu'à nous, représentent des apôtres et des prophètes; au centre, dans le bas, sur trois plaques de petite dimension, se trouvent les figures de la Viefi'ge, du doge Ordelafo Faliero et de l'impératrice Irène. A l'exception de ces dernières, il est assez difficile de dire quelles sont, parmi toutes ces plaques, celles qui datent du commencement du xiie siècle, et celles qui remontent à la dernière moitié du x*" ; mais on peut affirmer néanmoins, malgré Topinion de quelques archéologues italiens, que tous les émaux qui entrent dans rornementation de la Pala d'oro sont de fabrication exclusivement byzantine.

Nous avons dû nous borner à mentionner les œuvres les plus remarquables parmi celles qui sont décorées d'émaux cloisonnés; il en est beaucoup d'autres, moins importantes, que nous ne pouvons qu'indiquer sommairement ici, mais qui n'en offrent pas moins un très grand intérêt au point de vue de l'histoire de l'émaillerie. Tels sont, entre autres, les deux ais de la couverture de l'évangéliaire de la biblio thèque de Sienne, ornés de quarante- huit plaques d'émail (v. fig. 73) ; les couvertures des deux manuscrits de la bibliothèque Saint- Marc, à Venise, de l'évangéliaire de la bibliothèque nationale de Paris (n" 10514, ancien 1118, &uppl. latin), de la boîte d'or du musée du Louvre (D, 1 à 24), de celle de l'évangéliaire du xie siècle appartenant à la bibliothèque royale de Munich ', etc. Nous aurions à citer encore les émaux qui ornent la couronne et l'épée dites de Charlemagne, et ceux de l'épée de saint Maurice, conservés

' La bordure d'encadrement de cette riche couverture contient deux émaux représentant, l'un le Clirist, et l'autre la Vierge, qui sont de travail allemand; les autres émaux, d'une exécution très délicate, sont byzantins.

394 i;emaillerie

dans le trésor de l'empereur d'Autriche, à Vienne ; ceux du reliquaire qui appartient aux religieuses de Notre-Dame de Namur; la belle placfue de la crucifixion de la Riche- Chapelle du palais royal de Munich; le calice de Saint-Remi de Reims, etc. etc. Ainsi que nous l'avons dit plus haut, les émaux byzantins, exécutés sur des plaques de formes et de dimensions variées , étaient recherchés par les orfèvres d'Occident, qui les faisaient entrer dans l'ornementation de leurs œuvres en les disposant avec plus ou moins de goût au milieu des pierres les plus précieuses. Ces émaux représentaient, outre le Christ et la Vierge, les archanges et les anges, les attributs des quatre évangéhstes, les apôtres, et souvent aussi des figures indéterminées sur le fond d'or desquelles l'orfèvre qui les employait ne craignait pas de graver, suivant la destination de son œuvre, le nom d'un saint quelconque'. Au xiie siècle, on cessa de faire des plaques décorées de figures; mais la fabrication des petits émaux à ornements variés dura encore pendant tout le moyen âge. Les orfèvres français s'en servaient très fréquemment, et ce sont eux probablement que les inventaires du xive au xvie siècle désignent sous le nom à'êmau.r de plicquc , de plite ou à'appUcque, nom qui, suivant l'opinion de Labarte, tirerait son origine du mot latin plicare, « plier, » indiquant ainsi le mode de fabrication de ces émaux au moyen de cloisons pliées suivant les exigences du dessin, » ce qui, dit M. Darccl, serait bien ingénieux et bien savant pour de simples rédacteurs d'inventaires. » Peut-

' Dans le IrcJsor de l'aiiciciinc abbaye de Conques, si savamment décrit jiar M. Darcel, l'éminenl directeur du musée de Ciuny, deux émaux cloisonnés, qui décorent un autel portatif et qui représentent des figures de tommes absolument semblables, portent, l'une le nom de sainte Foy, s. iides, patronne de l'abbaye, et l'autre celui de la Vierge, s. maria; ces doux noms ont été gravés et ne sont pas exécutés en fils d'or dans rômail iMi-niônie, connue cola avail lirii pour les émaux dont la destination élail iirévuo.

L'EMAILLERIE AU MOYEX AGE 393

être vaut-il mieux, ainsi que le croit M. de Laborde [op. cit.), étendre cette désignation à tous les émaux appliqués sur l'orfèvrerie, d'autant plus que, par suite de la destruction presque complète des monuments décrits dans les inventaires et l'absence de détails sur les émaux ainsi désignés ', rien n'indique qu'ils aient été fabriqués par les procédés du cloisonnage.

Tous les émaux que nous avons signalés comme étant d'origine byzantine étaient, ainsi que nous l'avons vu, exécutés sur des plaques d'or ou d'argent doré; on en faisait également sur cuivre, mais ces derniers sont tellement rares, que l'on n'en connaît guère aujourd'hui que trois spécimens : la belle plaque (0i"16 sur 0i"19) représentant saint Théodore d'Héraclée, qui fait partie de la collection de M. Basilewski-; une ligure du Christ (0'"'27 de hauteur), dans le musée du Collège romain, à Rome, et un médaillon circulaire à double face, ayant servi d'amulette, appartenant à M. V. Gay, qui l'a publié dans son Glossaire archéologique (p. 615). Le peu de valeur du métal employé aurait dû certainement préserver ces émaux de la destruction qui a fait disparaître un si grand nombre de plaques d'or et d'argent, et leur rareté actuelle prouve que cette fabrication devait être tout à fait exceptionnelle.

Introduction de Véinaillerie cloisonnée en AUemagne. — Suivant toutes probabilités, c'est par l'Allemagne et sous

' 1363. — Une aiguière d'or, semée d'esniaux de plique et de menus rubis. [Inventaire du duc de Normandie.)

1380. — Un calice d'or qui a la tige esmaillée aux armes de France et un pomniel à esmaux de plite. [Inventaire de Charles t'. )

1661. — Un reliquaire d'esmail d'aplique garny d'or. [Inventaire de Mazarin. )

- Cette belle plaque a été publiée en couleur par M. Darcel dans le Catalogue de la collection Basilewski. collection qui aujourd'hui est en Russie.

396 L'EMAILLERIE

l'influence des artistes grecs que la pratique de l'émaillerie s'introduisit en Occident, par suite du mariage, en 971, d'Othon II, fils d'Othon le Grand, avec Théophanie, fille de Romain le Jeune, empereur d'Orient, et petite-fille de Constantin Porphyrogénète. La jeune princesse, qui dès son enfance avait appris à aimer les arts, apportait, parmi les richesses qui composaient sa dot, des bijoux magnifiques fabriqués par les orfèvres les plus habiles de son pays, et s'était en outre fait suivre d'artistes de tout genre qui se fixèrent auprès de la cour de l'Empereur, à Trêves; c'est dans cette ville qu'ils établirent les écoles et les ateliers qui, sous l'intelligente direction de l'évèque Egbert (077-993) et de saint Bernward, précepteur du jeune Othon III, et depuis évêque d'Hildesheim (902-102'2), devaient régénérer l'art allemand encore barbare, et produire ces œuvres que nous admirons tant aujourd'hui.

Parmi les pièces d'orfèvrerie qui datent de cette époque, et dans lesquelles on trouve des émaux cloisonnés de fabrication allemande, les plus anciennes sont les trois croix d'or conservées dans le trésor de l'église d'Essen, en Westphalie. Sur la première de ces croix, bordée de petites plaques d'émaux cloisonnés alternant avec des plaques de pierres fines cantonnées de perles, se trouve un émail ilo forme rectangulaire, de OmOG sur Oi>'Ol, représentant, aux pieds de la Vierge assise avec l'enfant Jésus sur ses genoux . une femme vêtue de blanc et tenant une croix; rinscription MAHTHiLD ABBA[f jssrt], tracée par un cloisonnage d'or sur fond d'émail vert, inditiuc que cette croix fut dcnniée au monastère d'Essen, où n'étaient admises (|ne des filles d'une haute noblesse, par l'abbesse Mathikle (^-]- 1012), lillo de l'empereur Othon 11 et de l'impératrice Théophanie.

La seconde croix est décorée également d'une petite plaque sur laquelle sont représentés lui honnue et une

L'KMAILLERIK W MDNKN AdK ;{!)7

femme, que les inscriptions, mahthild abba et otïo dvx, sm' fond d'émail bleu, désignent comme étant Malhilde, troisième du nom, abbesse d'Essen, princesse appartenant à la maison ducale de Bavière, et Othon de Nordheim, duc de Bavière et de Saxe; ce qui reporterait la date de rexécution de cette croix à la dernière moitié du xie siècle.

La troisième croix est décorée sur sa face principale de cinq médaillons d'émail cloisonné représentant, celui du milieu, la crucifixion, et ceux des extrémités, les symboles des évangélistes.

Les émaux de ces trois croix, surtout ceux de la première et de la troisième, sont d'un travail assez barbare, qui dénote la main inexpérimentée d'un artiste allemand travaillant à rimitation des émailleurs byzantins. Les couleurs, un peu lourdes, sont loin d'avoir l'éclat et la transparence de celles des plaques qui ornent une autie croix du trésor de la même église, et qui, exécutée par des artistes grecs, fut , suivant toute apparence , donnée par l'impératrice Théophanie à une de ses petites-filles, treizième abbesse d'Essen, qui, comme elle, s'appelait Tbéopbanie '. Malgré leur imperfection, cependant ils n'en méritent pas moins d'être comptés parmi les monuments les plus intéressants de l'histoire de l'art, puisqu'ils montrent que l'émaillerie cloisonnée a été pratiquée en Occident dès la fin du xe siècle, ou au plus tard dans les premières années du xif.

Quelques archéologues, s'appuyant sur un bijou d'or conservé dans l'Ashmoleian Muséum, à Oxford, ont prétendu que l'art de l'émaillerie cloisonnée avait été pratiqué

' Une inscription en partie Jétruite, et qui avait été ajoutée à une époque un peu postérieure, probablement après la mort de l'abbesse, indique que cette croix avait été donnée par elle au monastère d'Essen : « I.a noble abbesse

TlIÉOPHAME, ISSLE DE RACE RilVALE, A DONNÉ CETTE CROIX. »

398 L'L.MAILLKRIE

en Angleterre dès le ixe siècle'; mais si l'inscription que porte ce joyau : « aklfred mec heht gevvrcan {Alfred ordonna que je fusse fait), » peut laisser supposer que le travail d'orfèvrerie proprement dite a été exécuté par un artisan saxon, d'un antre côté le style tout à fait oriental de l'émail qui le décore, et la précaution prise par l'orfèvre de le préserver par une plaque de cristal de roche, prouvent que cet émail, qui reproduit une figure dont il est difficile de préciser le caractère, a dû être apporté de Constantinople et donné au roi Alfred le Grand, qui l'aurait fait monter comme une chose précieuse et inconnue en Angleterre à cette époque.

II. Émaux mixtes. — Le mouvement de rénovation artistique en Allemagne, si heureusement commencé sous l'influence de l'impératrice Théophanie, devait s'accentuer plus vigoureusement encore sous Henri II (saint Henri), qui gouverna l'empire d'Occident de 1002 à 1024. (le prince, que ses libéralités envers les églises et les couvents, qu'il comblait de présents et auxquels il accordait de nombreux privilèges, avaient fait surnommer le Père des moines, encouragea particulièrement l'art de l'orfèvrerie. C'est lui qui donna à la cathédrale de Bàle le magnifique devant d'autel en or qui est aujourd'hui au musée de Cluny ; c'est lui également qui, après avoir passé quelques jours à l'abbaye du Mont-Cassin, déposa sur l'autel de saint Benoît, pour lequel il avait une profonde vénération, et auquel il attribuait la guérison d'une cruelle maladie, de riches présents parmi lesquels, dit Léon d'Ostie dans son Histoire du Mont- Cassin, se trouvait un calice d'or enrichi de pierres fines,

' ()(• bijou ;i l'té (l(''cril ol rriji-nduit [lar M. Albert Wav, dans The Archœologic(tl journal, t. II, p. Itj'). — Cf. ri-'uli'iiii'iit II.Siiaw, Dresses itiid ilccaynlions , t. 1".

L'IiMAlLLEHIE AU MOYEN AGE :ii(ll

de perles et de très beaux émaux : Gemmis et margaritis ac smaltis^ optimis adornatum.

La connaissance des procédés employés dans l'art de l'émaillerie, en apportant un élément nouveau de décoration, ne contribua pas peu également au développement et à la

Fig. 73. — Fragment de la bordure d'un triptyque du xiii" siècle. Emploi simultané des plaques d'émail et des plaques d'orfèvrerie. (Musée ile la pnrte de Hal, à Bruxelles.)

transformation de l'orfèvrerie. A cet amoncellement de pierreries rangées presque sans ordre et reliées par des rinceaux fdigranés ou granulés, qui avait été jusque-là la base de l'ornementation employée par les orfèvres occidentaux, succéda

' C'est la seconde fois que l'on trouve, pour désigner Témail, le mot smatlum, employé déjà par Anasuse le Bibliothéc^ibe dans le Vie de Léon IV (847-855). A partir du xi<= siècle, ce mot prévalut sur celui d'électron, que les Allemands, ainsi que nous l'avons vu, avaient reçu des Grecs. Suivant LiTTRÉ, cependant, email viendrait de l'ancien haut -allemand smehan , smallzan, fondre; d'où l'allemand sclimehen.

400 L'KMAIM.KRIE

une décoration sagement pondérée et régularisée, pour ainsi dire, par l'introduction des plaques d'émail formant bordure, alternant avec des plaques genuiiées et filigranées (fig. 75). Cependant l'émaillerie, telle que les artistes byzantins l'avaient apportée à Trêves, ne fut pas pratiquée pendant bien longtemps en Allemagne ; cet art si fin et si délicat exigeait une patience et une adresse que ne possédaient pas généralement les artisans allemands, et nous avons vu par les croix d'Essen que leurs premiers essais de reproduction de la figure humaine avaient été bien loin d'égaler les modèles qu'ils prétendaient copier; aussi durent-ils assez promptement se borner à ne fabriquer que des plaques décorées de motifs d'ornement d'une exécution plus simple, mais qui n'en présentait pas moins encore une assez grande difficulté pour des mains peu exercées à plier les bandelettes de métal suivant les exigences d'un dessin souvent assez compliqué. En outre, les émaux cloisonnés sur or exigeant des plaques assez épaisses, leur emploi se trouvait forcément limité ji un petit nombre d'ceuvres exceptionnelles, telles que les merveilleuses châsses de Charlemcujne, de Notre-Dame ou des (1 mndes- Reliques , conservées dans le trésor de la cathédrale d'Aix-la-Chapelle, et de quelques autres qui datent de la lin du xu"-- siècle et du commencement du xme. Dans la châsse de Charlemagne, les soubassements, les colonnettes, les arcs à plein cintre et les bandes d'encadrement sont enrichies de petites plaques émaillées décorées de rinceaux, d'ornements, d'oiseaux, de dragons affrontés ou attachés par la queue, etc.', qui se ressentent de l'influence byzantine.

' Les RR. PP. Arthur Martin !■! Gii. Cahier oui (loiiiic la reproiliiclion on couleur de ces émaux dans les Mélanges d'archéologie , t. l'''", pi. xliii. La châsse de Noire-Dame ou des Grandes- iicliqucs vA reproduile également dans de magnifiques planches du même ouvrage (l. 1'', pi. v à ix).

L'EMAII.LEHIK AI' MOYEN AGE

'lOl

Dans la châsse de Notre-Dame, outre des plaques du même genre, nous signalerons particulièrement les nimbes qui servent d'auréoles aux têtes des apôtres (fig. 70), d'un style très particidicr, un peu sévère, et dans lesquels on ne retrouve plus les capricieux détails des émaux grecs. Le

Fig. 76. — Nimbe d'un des saints de la châsse de Noire -Dame.

Émail cloisonné. — Travail allemaml , xiii" siècle.

( Trésor d'Aîx - la - ChapeUe. )

bleu lapis, le gris-bleu, le vert, le jaune, le blanc et un rouge vermillon d'une grande richesse de ton sont les couleurs employées dans ces émaux.

C'est alors que les orfèvres allemands imaginèrent de substituer le cuivre à l'or dont s'étaient servi presque exclusivement les Grecs ; cela leur permettait de donner une place plus importante aux émaux qu'ils faisaient entrer dans l'ensemble de la décoration de leurs œuvres, et en même temps de les fournir à un prix moins élevé; de plus, en agrandissant leurs plaques émaillées, ils supprimaient une jiartie de la difficulté d'exécution. Pendant

i;emaii,li;kik

([uelque teiii|is, ils conservèrent Ijien intact Je procédé du cloisonnage qui leur avait été enseigné, réservant seulement sur le bord de la platfue un large illet d'encadrement pris dans l'épaisseui' du iinHal. ipTils ci'cnsaient

Il il|l|lll llllllllllllHilINIIIIIIIIIll'lJllllllilllllll

itiiiiiiiiiiiDiiiiiitiiiiiiiiiiiiiiiiiiiimiiiliiiii

Fig. 77. — l-'laqiio de l>ordiire.

IJiiail nii.xlc. — Travail alloniaiid, xiiie >iccU

tMu3ée du Louvre. )

entièrement, de façon à formel' une large cuve dans le fond de la(|uelle ils fixaieiil k's lamelles qui devaient niaiiilcnir FiMiiail (lig. 77); puis ils laissèrent suhsistcr une

Fig. 7.-'. — Plaque de bordure. — Émnil niixlc. — Travail allemand, .vin» sièole.

o. l'iiuiuc cliamiilevéc. — ft. Plaque cliaral'levî'O et cloi.-iiuniL'c. — c Plaque ûraaillée.

plus grande portion de métal, se bornant seulement à creuser — ou cliamiilrvei', — d'après un dessiu synu''lrique, qiichpu's parties (puis cloisoniiaiciil ciisiiile cl ipii se ti'DUvaient ainsi reliées ensendile [lar des haudcs plus nu moins larges réservées ou l'pdripu'rs par le Innin (lig. 7Si. ('.!■ iiiddc dV\(''ciilinn les aiin'iiii prii à prii à suppri-

'i:\i \ii.i.i:i;ii: ai \|(i\ i:\ ai;i-:

mer le cloisoimaiie )uoliil('. r'cst - à - dire appliqué après coup, et à le reinplacer i)ar un ckiisoiiiiage fixe réservé dans répaisseur même du métal. Les premiers e.\emples de ce genre de travail sont remarquables en ce que les cloisons ainsi rései'vées sont tollciiiont minces. iriTil est

Fig. 79. — Piaqiie de cuivre doré.

Émail clioinplevc imitant le cloisonnage. — Travail allemand , xik siècle.

^Coll. de M"« m C"« Dzialinska. '

difficile de se rendre ini conij)te exact du procédé employé. Telle est la curieuse pl.Kpie eu cuivre doré l'eprésentant la VierLiC et renfant Ji'sus ( fig. T'.ti. ipii a[ipai1ieiit à M"'e la comtesse Dzi;Uinska, et que Ton pourrait au premier aspect prendre pour un émail cloisonné '. Il semble évident, du reste, que cette Vierge est une copie, ou tmit

' Cette plaque tigurait à V Exposition du mctid en 1880 Elle mesure 0.23 de liaut sur 0, lo île larse.

404 l.'EM AILLE RIE

au moins une imitatitui d'une Vierge l)yzantine. aiiif»! que l'indiquent, non seulement la coloration générale, surtout rémail rosé un peu foncé des chairs, et la façon dont les plis sont cloisonnés, mais aussi le vêtement de la Vierge et la main droite de l'enfant Jésus, qui bénit à la manière grecque.

La collection de M. Spitzer. si riche en émaux rhénans, possède également une [ilaque du xue siècle décorée par le même procédé, et représentant le Christ assis. Le dessin, ici, est franchement byzantin, et la préoccupation d'imiter les émaux grecs tellement évidente, que l'artiste a trouvé, ce qui se rencontre rarement dans les émaux rlu'nans, des couleurs presque translucides.

111. I'Imaux gh.\mplevés. — Ecole allemande. — Le |ir(ii-('dt' du cloisonnage des émaux au moyen de ces fines liaiidelcttes réservées ou champlevées dans l'épaisseur du métal était encore, comme celui du véritable cloisonnage, trop long et trop difficile à pratiquer pour pouvoii- être employé pendant longtemps; aussi fut-il l)ienti'it abandonné, au moins pour les ligures, et remplacé pai- un aiili-e pi'océdé plus expéditif.

Mais ici nous nous trouvons en présence de deux modes d'exécution qui scniblcnl avoir ap|iart('uu à di'ux. écoles distinctes, mais dans lestpielles nous retrouvons, au moins au début, cette imitation, soit du dessin, soit de la coloi-ation des émaux liyzaiitins. ipii prouve ((nnbien avait été féconde l'inlluence exercée par les artistes grecs appelés à Trêves par l'impératrice Théophanie.

Dans l'un, qui pi-ncèiic plus dirccleinenl de l'émailltM-ie byzantine, les ligures. creus(''es dans le métal (pii leur sert de fond, sont émaillées entièrement en couleurs nuancées. Parmi les plus beaux spécimens d'ieuvies apparftMiant à

i;|':maili,i;riI': ai- nk^kx a cf. 40o

cftte premiric phase do l'émaillerie chainplevée , nous citerons surtout les ligures de prophètes et les médaillons qui décorent la châsse de saint Eribert, dans Téglise de Deutz, un des faubourgs de Cologne. Cette magnifique châsse, qui date de la première moitié du xnc siècle, a la forme d'un coffre rectangulaire surmonté d'un toit à deux versants ; elle ne mesure pas moins de liiir)'i de longueur. Sur chacune des faces se trouvent six statues d'apôtres en urgent repoussé, séparées par des pilastres portant chacun la figure, haute de U'>''i2, et entièrement émaillée , d'un prophète; ces pilastres correspondent à des bandes émaillées qui séparent les deux versants du toit en six travées, dont les champs, ornés de magnifiques rinceaux en repoussé, sont occupés pai' do grands médaillons circulaires représentant en émaux de couleurs variées des sujets tirés de la légende de saint Eribert ; chacun de ces médaillons porte siu" le listel (pii le borde une inscription formée de deux vers latins qui en explique le sujet. Ces longues inscriptions en vers, qui font preuve d'une érudition assez raffinée et qui se rencontrent souvent sur les plus belles œuvres de l'orfèvrerie allemande du xiie et du xni« siècle, autorisent à supposer que la plupart des artistes qui les exécutèrent travaillaient dans des couvents. Nous verrons plus loin qu'il n'en était pas de même à Limoges, où les émailleurs étaient généralement de pauvres artisans illettrés, incapables, non seulement de conqioser des inscriptions semblables, mais même de cojjior correctement celles qu'on leur donnait à graver.

La belle croix que reproduit notre ligure 80, et ({ui fait partie des collections de M. Spitzer, appartient également à cette première partie de l'émaillerie allemande, ou mieux rliénane, car, suivant toutes probabilités, c'est sur les bords du Rhin, et plus particulièrement à Cologne, que se trou-

406 L'EMAILLERIP;

vaient les principaux ateliers doù sont sorties ces merveilles d'orfèvrerie émaillée dont aucune description ne peut rendi'e l'éclat et l'harmonieuse richesse. Dans cette croix, qui ne mesure pas moins de On'675 sur 0ni43r), tout rappelle encore l'influence byzantine: la rigidité du corps du Chi-ist, la coloration teintée des cliairs, et le travail lin et délicat des cloisons métalliques qui, dans certaines parties, paraissent soudées sur le fond et non champlevées en réserve.

Les émaux rhénans dans les(piels les figures sont ainsi colorées entièrement sont fort rares. La difficulté considérable que les émailleurs éprouvaient pour rendre le dessin des têtes et leur donner une expression satisfaisante au moyen des cloisons métallitjues, leur fit bientôt prendre le parti de réserver en métal les tètes, les mains, les pieds et généralement toutes les paities nues, pour émailler seulement les vêtements, dont ]o cloisonnage exigeait moins de souplesse et moins d"haltilet('. Les parties réservées étaient alors gravées au liurin en traits (pii exprimaient le dessin intérieur, et qui ('taicnt assez accentués et assez profonds pour }H)uvi)ir (Hrc remplis d'un ('mail bleu pres(pie noir ou rouge foncé, qui niellai! \i' niélal. Le musée du Louvre possède plusieurs plaques très intéressantes (D. tiO à G5, et D. 73), de dimensions ditîérentes, exécutées à l'aide de ce procédé, que nous retrouverons plus lard l'Uiployi'' joules émailleurs de Limoges.

Les ligures en haut reliel^pii (h'corciil cei'laiiis rcli(piaires de cette ('poipie (''talent ('•mailli''('s de la im'uie lat'on. La (;oll(.>ction (le M. Spitzer renferme eu ce geiiic un gi'aud cl magnilique cotfret du comnienceuienl du xu'' siècle, ipn porte sur sa l'ace auh'ricure et sur le couvercle ipiatre figur(>s eu (leuii-iclief très saillauL d'un style un peu nid(\ mais n(''auuioins d'un iiiaud caractère, dont le> \i''teuients sont couverts dV'UiauN icMl'eiiui''s entre des bandes très

épaisses résem'es (Lms I.. métal; ces li-uros son! ,ri,no exécution assez luunlr. (|ui ci.ntraste sinniilièreuiciit avec

Fig. Su.— Ci-oix CM email ciiamplevo. — Travail allemand, xii. siècle. iColl. (le M. Siiitzer.)

la finesse du travail des plaijues d"éui;mx cloisonnés qui forment la bordure de ce rare et précieux spécimen des premières manilrstatinns de rémaillerie occidentale; les

408 i;emaii-lehif,

tètes et les mains non émaillées sont légèrement retouchées au burin; seules les prunelles sont indiquées au moyen d'une petite perle d"émail noir.

Ce procédé, qui consistait à émaillor seulement une partie des figures en en réservant certaines autres en métal gravé, conduisit bientôt à un autre mode d'exécution plus facile et plus prompt, qui fut usité d'abord pour les émaux de petite dimension , mais qui devint ensuite d'un emi>loi presque général. Les figures furent entièrement i-éserv{'es, et les fonds et les accessoires reçurent seuls une coloration en émail. C'était l'abandon de la tradition grecque, mais seulement au point de vue technique, car le dessin, surtout dans quelques-unes des premières pièces exécutées ainsi, rappelle souvent celui des figures byzantines de la plus belle époque.

Le musée du Louvre possède (D. 7(1) un bon exem[)le de ce procédé d'éniaillerie, décorant un des plus élégants spécimens de l'orfèvrerie allcmandi' du xne siècle : c'est le reliquaire de saint Henri que reiiroiluit notre fig. 81. Ce reliquaire à deux faces, en l'orme de (juatre-lobes à redans, est porté sur une base demi-sphéricpie à trois pieds à laquelle le relie une courte tige enfilant une boule de cristal de roche. Sur la face antérieure, saint Henri, assis sur un banc et portant sur sa tête la couronne impériale, tient de la main droite un globe blanc surmonté d'une croix l)leue, et de la gauche un sceptre tleuronné. A sa droite, une femme dont (Ui ne voit que le buste, portant une couronne par-dessus le vnile (|ui lui couvre la tète et tombe sur ses épaules, tient une lleur dans la main gauche; son nom, cvnigvndis, est gravé à côt»'' d'elle; à la gauche du saint, un moine liénédictin agenouillé, \vel.\m»vs Mo[ua'7((/s ]. lui présente un objet à quatre lobes, émaillé eu vert, el (lui luiurrait bien ("tre l(^ reli(|n;ni'e ddiil lui-

L'EMAILI.E1{1I'; AI MOVEN AOK -'lO'.t

même serait probableiiicnt l'aiitrur. Sur le listel qui forme rencadrement on lit rinscription suivante en lettres majuscules carrées : de costa kt i-vlvere et vestibus

Fig. 81. — Reliquaire de saint Henri. — Travail allemand, xn» siècle (Musée du Louvre.)

S. HEYNRici IMPRIS ET cFESs (imperatoris et confessons). La plaque de la face opposée représente Jésus -Christ bénissant de la main droite et tenant de la main gauche le livre des Évangiles appuyé sur son genou; à sa droite, un roi couronné, et à sa gauche, deux rois; sur Torbe les inscriptions : -|- REX REGV, -j- oswaldvs rex : sig is.m vnd vs EVGEVS REGES. Daus les deux plaques le fond est bleu

410 I.'EM.VILLERIE

piquc'k' ck' i)oiiits en métal réservé, qui n'avaient (-ertaineiiient iioui' luit que de retenir rémail en le divisant et de rempècher ainsi de se lever. Le pied est décoré de cpiatre médaillons à tond lileii entourés d'un cercle vert, et se détachant sur un fond d'émail Iilanc constellé en réserve: chacun des médaillons porte le Iniste d'un saint guerrier dont le nom est indiqué : okdeox, mavritus, eustachus kt SEBASTiANVs. Henri de Bavière ayant été canonisé en lliT (ou 1162), et sa femme Cunégonde en 120U, ce reliquaire. sur lequel l'empereur est représenté avec le nimltt^ et l'impératrice sans le nimbe, doit donc dater certainement -de la seconde moitié du xiie siècle. M. Spitzer possède un petit reliquaire identiquement semblable comme forme et comme travail d'émaillerie, et (jui doit soi'tir évidemment du mi"'me atelier; sur un fond d'émail ])leu, également })iqué de points de métal réservés destinés à retenir l'émail, se détache le Christ en croix, ayant à sa droite et à sa gauchi' la Vieige et saint Jean représentés à mi- corps. Comme dans le reliijuaire du Louvre, la base est hémisphérique et décorée de rinceaux et de rosa(>es à quatre lobes sur fond d'émail: au revers, sur uiio |ila(|Uo di' mi'tal ne portant aucune trace d'émail, l'artiste a grav<'' l'Agneau pascal et les symboles des (juatic ('vangélistes.

C'est aussi au wv siècle (prappailiciil l'autel |iortatif ' de la collection de M. Spilzei' - (pi. lîi. Ce reiuaiipiable spéci-

' Les aulels iinrliilirs, iillariii porhililiu .allariii viatini , tabiil.v ilincrnrùi'. dont l'usage remonte mii vu'-' sièi-lo, se coinposaienl ordinairoiiieiil d'une pelile table de marbre ou lie piri re dure enchâssée dans une pièce de bois de (omu: rectangulaire renfernid'e dans une eMVi'lo|i|ie ijr niélal, riehenieni diVnrée et ciselée, qui laissait la pierre à découv> ri. IJi \lleuiai.'ue, aux m" el xit'' ^il'■l•le^, la table de marbre el son encadremeni mi vin ni de dessus à de petits coll'rets reliquaires auxfpiels on donna la foriur d nu iinicl; ces autels sont assez rares aujourd'hui, el presque tous ceux qui existent ont été décrits ou fii.'urés.

■- I,a rolleetion de M. Spitzer est anjnuririiui la >eule à Paris (]ui renferme

lm;maii.i,i:i!IK ai" M(ivi:\ \i;k \\\

iin-n (rui'tV'Vivrie. un des plus intéressants certainement au point de vue de riiistoiro de rémaillerie, a la forme d'un cotïret à couvercle plat, ou mieux d'un petit autel élevé sur des pieds en forme de dragons aux ailes ornemanisées. Chacune des grandes faces est divisée en six compartiments séparés par des colonnes dont les fûts sont émalUés en blanc et les chapiteaux réservés en métal; au centre de cliacun de ces compartiments sont assis les douze apôtres se détachant en cuivre doré sur des fonds alternativement bleu lap)is et bleu clair légèrement verdàtre; les nimbes sont en émail jaune; les douze ligures, champlevées avec beaucoup de soin, sont gravées très finement de traits remplis d'émail d'un noir bleu assez foncé; une bande de cuivre ([ui règne dans toute la longueur porte les noms des apôtres "en caractères non émaillés; les faces latérales sont décorées de plaques représentant , Tune le Christ entouré des symboles des évangélistes et ayant à sa droite la Vierge et à sa gauche saint Jean , Tautre la Vierge assise, tenant le divin enfant sur ses genoux et accompagnée des anges Gabriel et Raphaël , qui tendent leurs mains vers elle; ces deux compositions, d'un dessin correct et d'une gravure fine et élégante, se détachent également sur des fonds bleus nuancés dans certaines parties accessoires.

Au centre du cnuvercle est la pierre consacrée, entourée de dix plai{ues d"émail reliées ensemble et encadrées par des bandes de métal gravées en creux, dans la composition et Farrangement desquelles on trouve cette alliance de l'Ancien et du Nouveau Testament que l'on rencontre si

des émaux rhénans; en clehorï des reliquaires de saint Henri, le Louvre ne possède que les plaques peu importantes que nous avons déjà signalées; le musée de Ciuny, 1res riche en émaux de l'école de Limoges, n'a qu'un fragment peu intéressant de l'émaillerie allemande.

L'EMAILLIÎRIE

fréquemment ilmis les œuvres de l'orfèvrerie allemande de cette époque : le sacrifice d'Abraham (fig. 82); Âbel, charmante figure d'adolescent portant dans ses bras l'agneau qu'il offre au Seigneur; Moïse, tenant le serpent d'airain; David, Salomoii, etc., puis le Christ en croix, ayant à sa

Fig. 82. — Plaque dii couvercle d'un autel porlalif.

Émail champlcvc et gravé , xu» siècle.

(Coll. <lc M. Suitzcr. )

droite l'Église triomphante, et à sa gauche la Synagitgiie, qui se détourne tristement en emportant les tables de la Loi. Sous le rapport du dessin, ces figures sont, en général, inférieures à celles des apôtres, qui ont été évidemment copiées sur des modèles exécutés par des artistes liy/.antins et que l'on retrouve sur d'autres œuvres du nuMue gem-e ; quelques-unes néanmoins, surtout celles irAbd et de Havid, son! d'im si bon style et d'ime si grande lniiinurc. ipi'elles permettent de supposer rexistencc de modèles connus t^t. pour ainsi dire, h aditiounels.

TjCS tl'ésoi's de la ( atli(''(liale de iiaiiiberg, de Téglise

L'iiMAlI.LERl

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