‹ Histoire de la verrerie et de l'émaillerieChapitre 32 sur 58 · TERTIO · texte numérisé non relu

TERTIO

' « MoiivaiM'ui, dit M. IJarcui., ;i|i|];irtiiMit ii (■.■llo périodo do l'arl IVaiioais i|iu .semble s'être complu dans le laid et dans la maigreur, comme s'il avait voulu nous conserver le souvenir des longues souffrances qui aflligorenl noire Miallieurcux pays pendant le long règne de Charles VI et le commencement de (■(•lui de Charles VII. » [Notice dex cinaiix du Louvre > p. 97.)

- /.(■ pviifc Lucas tic VcvoUi fd faire cet ouvrage pour SuiiU-l'icrrc de

L'KMAILI.ERIE ATI XVI" ^^lÈCLE 46:;

Ou a pu, à l'aide de ce tableau, reconuaître uu graud nombre d'émaux exécutés par Nardon lui-même ou par ses élèves, bien {|u"il suit assez difficile de classer ses œuvres, les premières appartenant à l'art du xve siècle, et les autres se ressentant déjà de rinfluence que la renaissance italienne commençait à exercer en France. L'exécution cependant en est toujours restée la même; comme dans le tableau du nuisée de Cluny, qui peut être pris pour type de la manière de Nardon Pénicaud, un trait en bistre noir y accentue le dessin d'une façon vigoureuse et nette, et les carnations y sont modelées en blanc sur un fond violacé légèrement bleuâtre assez caractéristique; les émaux employés sont surtout le bleu turquoise, le vert d'eau, le jaune, le blanc et le brun; les lumières sont indiquées par des rehauts d'or appliqués au pinceau, parfois avec un peu d'exagération, et souvent les orfrois des costumes et l'airhitecture sont semés de gouttelettes d'émail translucide sur paillons imitant les pierreries.

Nardon Pénicaud eut pour élève, et probablement pt)ur associé et successeur. Jean Pénicaud, qui devait être son frère ou son neveu; les émaux de ce dernier offrent à peu près les mêmes caractères et les mêmes procédés d'exécution que ceux de Nardon, et on pourrait facilement les confondre avec eux s'ils ne portaient souvent la signature iohan : PENicAULT, ou uii monogramuie formé par les lettres /. P. reliées ensemble par une sorte de cordelière; souvent aussi on voit au revers un poinçon représentant un P couronné. qui est comme la marque de fabrique des émailleurs de cette famille '. Vers la fin de sa vie, Jean Pénicaud parait

Rogiano ; il demande humblement que ion prie pour lui. Nardon Pénicaud de Limoges l'a fait le premier jour d'avril de l'année mil cinq cent trois.

' Ce poinçon, dans lequel le P est terminé par une queue qui peut rormer aussi bien un L ([u'un J retourné, a peut-être été employé d'abord par Léonard ;

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;iv(iir un pi'ii iiiodilir s;i iiianirTc; il ('in|)loio ijiiolijuefois des éiiiiHix tiansliicides appliqués sur le nii'tal mi'inc. sans apprêt ni paillons, — et, parmi ces émaux, un pourpre (Fun éelat et d'une intensité reniar(|ual)les, — et son dessin devient plus correct, surtout quand i! copie les (euvres des maitres italiens ou allemands.

D'a[irès les actes dans lesquels il est cité, cet artiste, né vers 1485, vivait encore en 1553. On le désigne généralement sous le nom de Jean Pénicaud Y Ancien, ou Jean I. poiu' le distinguer de Je.vn II Pknic.\ud, ou Pénicaud Jeune, qui, suivant toute apparence, devait être le fils de Nardon.

Mais, avant d'aller plus loin, nous devons signaler la transformation qui s'opéra, de 1520 à 1525 à peu près, dans le mode d'exécution des émaux peints. Les artistes que nous venons de citer et ceux dont les noms nous sont encore inconnus, mais auxquels on doit un giand nombre d'émaux appartenant également à cette première période de l'émaillerie peinte, exécutaient leurs œuvres au moyen d'émaux (ipa(]ues ou translucides, toujours de plusieurs couleurs; ceux (pii les suivent aliandomienl eu [larlie ce procédé pour celui de la grisaille, auqui'l lécolc de Limoges a dû sa plus grande gloire, (>t qui est resl('' le [iriniiiial type de réuiaillciie limousine.

Deuxième période : Emaux m grisaille. — Les ])rocéd(''s d'e.xécution des émaux en grisaille é'taieiil lieaucoup |iIms simples que ceux des émaux de la péiiode précédentiv plus faciles, et par conséquent permettaient iTobtenir des résultats sinon aussi éclatants, du moins plus artistiques. pnis(jue le nH'lier \ tenait uni' moins grande place, et que l'on n'avait pas autant à comiileravec les arcidenis (|ui pttu-

iiiais II M' li-i)iiV(r:iil iiloi's iii;is(|iii'' |i:ir le ruiilii'-iMiiMil (i|iMi|iir ilmil Ir rcvtM's i|i'< i''iii;uix lie ccl ;irlist(' l'sl Imijoiirs ivi'oiivcil.

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vaioiit se [irnduiic;!!! l'cii. \u\i\ (lUiiiiiL'iit o\\ [irocédait Li(''ii(''ralt'ineiit. Sur une pla(iue de cuivre préalablement emboutie et décapée, on étendait une couche assez épaisse d'émail noir, ou, dans certains cas, bleu ou brun foncés; cette première couche, fondue et, pour ainsi dire, vitrifiée au feu. formait un fond bien uni que Ton recouvrait d'une mince couche d"émail lilauc liien broyé, qui en séchant laissait transparaître le iioir sous-jacent; on décalquait alors sur cette sorte de pellicule pulvérulente le dessin que l'on devait exécuter, et on enlevait, au moyen d'une pointe ou d'un grattoii- en bois, tout l'émail qui dépassait les contours du dessin, de façon à obtenir une sorte de silhouette grise légère se détacliant bien franchement sur le fond noii'. C'est sur cette silhouette, fixée au fond par un second passage au feu, que l'artiste exécutait son travail en superposant, suivant les exigences du dessin, l'émail blanc opaque en épaisseurs variables, selon qu'il voulait avoir des blancs purs ou des demi-teintes, le modelé s'obtenant par la transparence du dessous.

C'était là le véritable procédé, celui qui donnait les effets les plus doux, le modelé le plus délicat et le plus artistique; mais il faut bien dire aussi que c'est celui qui a été le moins souvent exécuté, d'abord parce qu'il exigeait une très grande habileté et une connaissance profonde du degré de transparence des émaux, puis parce qu'il nécessitait de nombreux passages au feu, le modelé ne pouvant être obtenu que peu à peu et par de lentes supeijiDsitions d'émail blanc, sous peine d'accidents irréparables. La plupart du temps les émailleurs procédaient par enlevage, c'està-dire qu'ils rendaient le dessin intérieur des figures, les détails, les accessoires et le modelé, au moyen de lignes et de hachures tracées, ou enlevées à la pointe sur la première couche d'émail: ils recouvraient ensuite le tout d'un glacis

d'émail blanc, afin d'assonnlir le noir trop absolu et de ménager une transition moins brusque entre Tonibre et la lumière; quelques-uns, pour obtenir une gamme grise plus douce, se servaient, comme fond, de la première couche blanche fixée au feu sur l'émail noir.

Fijf. 97. — Fragnieiit d'un plat de Pierre Hayinoiid;

liiudolê oblenii au Irail par enlevage.

( MuBce (lu I.mivre, D. 471.1

Souvent le sujet l'eprésciilé t'orniait un véritable tableau: dans ce cas. les tigin'cs. au lieu de s'enlever en siliiouettesur le l'ond iidir, se détachaient en clair un en loncé, suivant les exigences de la composition, sur le ciel mi sur les l'ouds d'architecture (fig. ^17); c'était à Taitistc à savoir tirer parti des ressources (pic lui (ill'raicnl les dilVérents degrés d'opacité de l'émail pour arriver à nieltic chaipie ciiose cl cl^Kpie personnage à leur plan, cl à obtenir tous ses <'lt'ets en restant dans une gamme hai'nioniense.

(Jnand les cout'hes successives d'émail avaient été ton-

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dues au feu et que le travail de la grisaille était terminé, l'émailleur complétait son œuvre à l'aide de quelques rehauts d'or qui dessinaient les accessoires, ornaient les vêtements ou couraient en élégantes arabesques sur les l'iinds ou les bords des pièces. Une Ijelle plaque du Louvj-e

Fig. 9P. — Henri II.

Émail de Léonard Limosin, dont Tor a disparu en partie.

(Musée du Louvre, D. 340.)

(D. 340) représentant Henri II à cheval (fig. 98) montre bien comment les artistes limousins procédaient; l'or qui dessinait le suitout noir à manches courtes et sans col posé par- dessus le justaucoriis l)lanc ayant disparu, toute la partie couverte autrefois par ce vêtement se confond aujourd'hui avec le fond, et ce n'est qu'en regardant la plaque à jour frisant que l'on peut apercevoir les ti-aces à peine visibles des riches ornements d'or qui décoraient autrefois l'habit du roi. Dans cet émail, la

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grisaille a été dessinée et préparée par enlevape, puis glacée en blanc pour adoucir la préparation : les carnations sont légèrement saumonées et le terrain glacé de vert.

Le procédé de la grisaille ne fit pas abandonner remploi des émaux polychromes, mais le mode d'exécution fut modifié; on supprima presque entièrement les paillons, et les émaux colorés furent posés en couches plus ou moins épaisses sur la préparation blanche et grise dont le dessin et le modelé étaient assez accentués pour transparaître sous la couleur. L'emploi de ce procédé est très visible dans plusieurs émaux du Louvre (surtout dans ceux qui portent les nos d. 401 et 498). Presque toujours les contours sont cernés par un trait noir assez prononcé qui dessine avec beaucoup de fermeté les divers éléments du sujet, et donne à tous ces émaux un aspect décoratif très prononcé.

Au modelé par transparence, ^ c'est-à-dire obtenu par la superposition de l'émail blanc, — cpii ne pouvait être employé que dans les parties n'exigeant pas une bien grande finesse, certains émailleurs, Léonard Limosin entre autres, ajoutèrent un mode d'exécution qui leur permettait d'obtenir plus de précision, et de faire sur émail ces beaux portraits qu'ils copiaient d'après les estampes et les dessins des artistes contemporains : ils préparaient les carnations avec une assez forte couche d'émail blanc et sur cette, couche, fondue et durcie au feu, revenaient au pinceau, avec du bistre roux léger, employé en fines hachures ou au [inintillé, i)our modelei' le visage et accuser les traits; les cheveux et la barbe, préparés en émail jaune clair ou brun, étaient redessinés avec du bistre de même couleur, mais d'un liiii plus foueé : en n''alit('', (•"('■tait la lueniièic applira- \'um du procédé (jue les miniaturistes et les peintres sur ('■mail des xvii'' et xviii'' sièiles devaient euqtloyer avec tant

de suecrs. I,;i pl,li|Ui' ceutiale du l.llilr.iu vulil' de la Saiuti'-

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