LES REYMOND
Le chef de la famille d'éniailleurs de ce nom, I'iekuf. Reymond, naquit, connue Léonard Limosin, dans les premières années du xvie siècle; on sait qu'il se maria en 1530, qu'il reçut les honneurs du consulat deux fois, en 1500 et en 1567, et qu'il dut mourir en 1584; mais là s'arrêtent les documents biographiques que l'on possède sur son compte. Il fut le plus fécond sinon le plus habile des artistes de Limoges, et il semlile que pendant une période d'au moins cinquante ans il ait pris à tâche de nnilti|)lier ses produits, s'attachant i)lutôt à la quantité qu'à la qualité des pièces qui sortaient de ses ateliers; bon ou mauvais, il signait tout. tant(')t simphnnent de ses initiales P. /?., tanti'it en toutes lettres : P. Raymo, Rexmond, Remon, Rexm.vn, et même, parait -il, Rexmaxx; il est à présumer qu'il n'employait cette dernière foiiin' de signature que sur les pièces qu'il fabriquait en grand nombre pour l'Alleuiagne, et notamment pour les grandes familles d'Augsbourg et de Nuremberg, dont il recevait directement les commandes'. Pendant longtemps même l'Allemagne Ta reveiidi(pié connue un de ses enfants; mais Maurice Aidant a l'ail houne justice de cette prétention, en prouvant l'origine
' Lr. Miiscc nalioitat de Muuicii |iosjéi.k' iilu>iinirs ijiiiau\ de l'iorro Wcy- 111011(1 |inilunt les armoiries de la célèbre famille des de Tuclier, de Nuremberg; 011 ti(ii.ivc également de lui de? pièces armoriées dans les colleclions royales de Munich et de Dresde, ainsi i|u'i'i Berlin et à Oollin.
L'ÉMAILLEHIE AU XVr SIÈCLE 487
essentiellement limousine de la famille de Pierre Reymond. dont plusieurs membres furent consuls de la ville de Limoges au xive et au xve siècle.
Comme presque tous les émailleurs de son temps, Pierre
Fig. 103. — Revers d'un plat en grisaille
Émail de Pierre Reymond.
( Musée du Louvre, D. -171.)
Reymond empruntait un peu partout les sujets qu"il reproduisait : aux maîtres allemands aussi bien qu'aux peintres italiens ; il a copié également beaucoup des gravures sur bois qui illustraient les Bibles et les divers ouvrages publiés alors à Lyon et à Paris , en en conservant les hachures (voir plus haut fig. 97) et un peu aussi la sécheresse des traits; ses personnages ont souvent de la raideur, mais les ornements dont il savait enrichir les bords et les dessous des plats (fig. 103) et des assiettes, ainsi que rintérieiu- et le
pied dos coupes qu'il exécutait, étaient traités avec une grande finesse d'interprétation, un goût exquis et une élégance parfaite. Théodore de Bry, Étieime de Laulne, Vigilius Solis et Holbein sont les maîtres dont il aimait à reproduire les compositions décoratives et les fantaisies ornementales.
Fig. 104. — Frises de grotesques décorant un plat en grisaille de Picrro lioymond. ( Musée du T.ouvrc , D. ■lui. i
Il est difficile de décrire ces frises de grotesques qui décorent les marlis des plats de Pierre Reymond (fig. lO'i), ces suites de petits satyres à têtes de singes , de boucs ou de chiens , ces escargots chevauchant des élé|iiiants suila trompe desquels se posent des oiseaux, ces dragons ailés, et toutes ces fantaisies d'une originalité bi/arre ipii s'accordent peu, il fnil en cduvenir. avec les sujels bibli(pies qu'ils accompagnent cl cncailrcnt inesque toujours. Mais les émailleurs de i/unoges cl l'icrrc Itcymond eu particulier n'y regardaient pas de si prés, cl il n'csl pas larc de rencoiilrcr dans Icms (cnvics des nicccs liMinissaiil des
I;EMVII.LERIE AI' X\I" siècle /i89
sujets empnink's aux textes sacrés et aux mythes du paganisme.
Presque toujours les fonds des émaux de Pierre Reymond sont ornés de légères brindilles d'or, de même que les bordures sont décorées d'un ornement courant d'arabesques d'or (fig. lO:.).
Il semble avoir été le premier qui ait appliqué l'émaillerie aux objets usuels: chandeliers, salières, plats, assiettes, etc., qui allaient orner la table et les dressoirs des grands personnages en France et à l'étranger. Le musée du Louvre ne possède pas moins de cinquante -cinq émaux de cet artiste fécond, qui, malgré le nombre considérable des pièces qu'il
Fig. lOo. — Bnrdure d'ornements en or sur fond noir. Email de Pierre Reymond.
a produites, trouvait encore le temps de dessiner des modèles pour des vitraux et des pièces d'orfèvrerie, ou d'enluminer de frontispices en miniature et de lettres ornées les registres des confréries de Limoges.
Pierre Reymond a peint surtout en grisaille rehaussée de glacis saumonés sur les tètes et les nus; son dessin a toujours un peu de raideur et de sécheresse, augmentée encore par Taiius des hachures et des traits enlevés sur le fond; ses émaux colorés sont excessivement rares, mais il existe de lui un certain nombre de pièces peintes en camaïeu bleu.
Les autres émailleurs de cette famille sont peu connus. Cependant les deux frères, Je.\n et Joseph Reymond, qui tous les deux ont signé LU, ont produit quelques œuvres
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remarquables à la fin du xvi'' siècle et tout à fait au commencement du xviic. De Martial Reymond, mort en 1599 et qui a peu produit, on connaît des émaux très colorés qui se rapprochent de la manière de Jean et de Suzanne de Court, dont nous parlerons plus loin; il signait M. Reymond ou simplement M. R.
M. n. PAPE
Bien que plusieurs émaux, un au Louvre entre autres (D. 496'''^), portent la signature M. Pape en toutes lettres, on ne sait absolument rien sur cet artiste que M. Darcel range parmi les émailleurs anonymes du milieu du xvie siècle, en attrii)uantà la même main les œuvres signées ainsi et celles qui portent les monogrammes M.D., M. M. P. P., M.D.I. et le nom M. D. Pape, qui pourrait liien n'être qu"im surnom. Quoi qu'il en soit, cet émailleur était un artiste de talent. « M. D. Pape, dit M. Darcel, nous semble appartenir à la génération des Léonard Limosin, des Jean Pénicaud H et III et des Pierre Reymond. Il procède des deux derniers surtout : de P. Reymond par le style du dessin et par les procédés d'exécution, abusant })arfois comme lui des préparations par enlevage, qui donnent un ton dur aux émaux; de Pénicaud par la puissance du relief, l'opposition des blancs éclatants aux noirs absolus, et l'adoucissement des travaux préparatoires par de légers frottis d'émail blanc. Kti tout cas son dessin est d'un grand style; ses grisailles, qu'il glace rarement de couleurs, sont d'un ton puissant, remarquables par l'intensité des noirs. Quelque chose de sinistre enfin se remarque dans ses physionomies par la l'a(;on dont il éclaire le blanc des yeux. » Le Louvre possède de cet artiste iiiciuum iilusieurs (''inaux. dont un colTret.