‹ Histoire de la verrerie et de l'émaillerieChapitre 38 sur 58 · L'ÉMAILLERIE AU XVT SIÈCLE · texte numérisé non relu

L'ÉMAILLERIE AU XVT SIÈCLE

orné dé cinq plaques d'émail d'une exécution remarquable, représentant Vliistoire de Psyché, d'après les compositions de Raphaël, gravées par le « maitre au dé ».

LES COURTEVS ou COURTOYS

Cette famille est surtout connue par deux émailleurs qui vivaient dans la dernière moitié du wv siècle, et dans lesquels certains auteurs ont voulu voir également les peintresverriers du même nom qui, à cette époque, ont orné de vitraux l'église de la Ferté - Bernard ; cette supposition, qui ne reposait que sur une similitude de noms, est aujourd'hui écartée.

Le plus célèbre émailleur de cette famille est Pierre CouRTEYS, qui signait quelquefois P.C. ou P.C. T. et quelquefois do son nom entier, avec- une ortliographe varia])lc, P. GoRTEYS, CouRTEYS, CoRTOYs OU CouRTOYS ; OU ignore la date de sa naissance; mais, comme on connaît de lui un émail daté de 1545, on peut supposer ({ifil iiaipiitvers 1520. Sa manière rappelle celle de Pierre Reymond, avec plus de lourdeur dans le dessin et l'exécution. C'est à lui que l'on doit les grands émaux décoratifs de lniG5 de haut sur 1'" de largeur environ, incrustés autrefois dans la façade du château de Madrid, au bois de Boulogne, et conservés aujourd'hui au musée de Cluny (n°' 4580-4588). Ces émaux ovales, qui représentent des divinités de l'Olympe et des figures allégoriques ', sont formés de quatre plaques de cuivre dont la réunion est dissimulée sous les bracelets, les ceintures et les détails des vêtements. Les figures sont

' Elles sont au nombre de neuf, représentant Saturne , Jupiter, Mars, Hercule. Mercure, la Justice, la Prudence, la Charité et le Soleil. Ce sont les plus grands émaux sur cuivre connus.

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repoussées en relief au marteau et dessinées avec une'grande exagération de formes ; les carnations sont entièrement saumonées, et le modelé est obtenu au moyen de larges hachures de bistre sur fond blanc glacé d'émaux d'une coloration un peu brutale : ces exagérations de dessin et de couleur qui nous choquent aujourd'hui dans la salle, où ces plaques sont exposées trop près de la vue, devaient disparaître dans l'effet d'ensemble et s'harmoniser avec la décoration polychrome des façades de ce château, que les contemporains appelaient le château de faïence.

Comme Pierre Reymond , Pierre Courteys a exécuté un grand nombre de pièces de service et de coupes. La dernière date que l'on rencontre sur ses émaux est celle de 1568.

Le monogramme /. C. qui se trouve sur plusieurs émaux a été attribué à un émailleur du nom de Jean Courteys, qui vivait à Limoges en 1545, et qui était sans doute parent de Pierre: mais la plus grande incertitude règne à ce sujet, cette marque pouvant également être celle de Jean Court ou de Court.

LES COURT ou DE COURT

La difficulté d'établir avec quelque certitude les degrés de parenté qui existaient entre les membres de la plupart des familles d'émailleurs que nous avons citées jusqu'ici, s'accentue davantage dans la famille des Court ou de Court; on a confondu pendant longtemps, et l'on confond encore aujourd'hui les œuvres des émaillcurs Jehan Courteys, Jehan Court, ditVigier, et Jehan (\o Court, auxquels on peut attril)uer la marque / C. que itortciit [tlusieurs émaux; ce sont (•('pen<lant trois artistes pai'faitement distincts les uns des autres, ainsi (pic le |ii(iiivciit les vers suivanls du iHirlc li-

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mousin Jacques Blanchon, qui les nomme ou toutes lettres dans une ode datée de 1583:

Tuyseray-je smibz silence La surarlisle excellence De restiiiiable de Court Que tout l'univers appelle L'ailniirable esprit d'Apelle, Veu eu la royale court.

Ne reluyra la patrie De la sçavante industrie De mille autres bons esprits, Dun Vigicr pour rcsniailiieure Et de la .-cience meillieure D'un Corleys îles mieux appris '

Nous devons donc nous borner à répéter ce que Tou sait sur le compte de chacun d'eux, en prenant comme types de leur manière celles de leurs œuvres, qui portent leurs signatures en toutes lettres.

Le premier est Jehan Court, dit Vicier, fils de Jehan Court, cité, lui aussi, avec le surnom de Yigier', orfèvre à Limoges, mort en 15il. Par suite de cette similitude de nom entre le père et le fils, il est assez difficile d'établir la date de la naissance de ce dernier, mais on pense qu'il mourut vers 1583. Les archives de la Haute -Vienne conservent trois plans datés de 1563 et 1504, dressés et coloriés par lui, et dont l'un porte la mention : Figure faicte par inoy, Jean Court, dit Yigier, maistre peintre de la ville de Limoges; ce qui laisserait supposer que l'émaillerie

' Maurice Ardant, les Courteys, Court et de Court, p. 37. - Les l'igiers étaient des magistrats d'un degré inférieur à celui des consuls.

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n'était pas sa profession ordinaire; ce qui est certain, en tout cas, c'est que ses émaux sont très rares, et que tous ceux qui portent sa signature sont datés seulement des années 1556 à 1558 (fig. lOG). Ses œuvres cependant dénotent un artiste de grand talent et un praticien habile ; son dessin est ferme et élégant, sa couleur harmonieuse dans les grisailles, dont les chairs sont relevées d'iuie légère teinte saumonée, son émail admirablement glacé. La collection Portâtes possédait de lui une charmante coupe dont le fond représentait le Festin des dieux, d'après Raphaél, et dont le couvercle portait les armes d'Ecosse, surmontées de la couronne du dauphin de France ; cette pièce, une des plus remar(pia]ilos de l'émaillerie française '. avait dû évidemment être faite pour Marie Stuart, alors qu'elle était fiancée au dauphin, depuis François II, c[uVl[e épousa en 1558. Une autre très belle coupe couverte, représentant la Défaite des Egyptiens et les Hébreux ramassant la manne dans le désert, ayant appartenu à la collection Joncs, aujourd'hui au musée de South Kensington, est signée f. Cuvrt, dit Vigier ma faict. Le Louvre n'a de cet artiste que deux assiettes ayant fait }tartie d'une série des wois'-; l'une d'elles porte les lettres T.il.D. V.

On a supposé que « l'esliniabh^ (U' Cnuit ». don! y\iv\v Hlanchon dans les vers que nous avons cités plus h;iiil . d (pii brillait "■ en la royale court », devait être le niêiiic ipic Jkh.\n de Court, réiiinilicur ddiit le Louvic [Kissèdc iiiic plaque (D. 591) représentant Minerve et signée IDC; la chose paraît peu probable. 11 y eut bien, en clïet, un artiste

' A la vente de la coilcclion Porlalcs, en 1865, ceUe pelilc coupe, liaulo de O""!? seulement, a été vendue 28,455 francs.

' On trouve très fréquemment dans l'œuvre des émailleurs de Limoges des séries de ces assiettes des muU. dont les revers sont décorés de riches orne- MiiMlts ('(.çalciiienl ru éiiiail sur un fi)nil n'iKiiis.-^r (l'aralii'si|ues d'or.

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