L'EMAILLERIE AU XVI^' SIÈCLE
de ce nom qui, en 1572, succéda à François Clouct dans l'office de peintre du roi. et cet artiste devait être de Limoges, puisque Blanchon le dit. mais ce devait être aussi, bien évidemment, un homme de talent', et notre émailleur, quoique très versé dans la pratique de son métier, ne semble pas avoir été autre chose quim dessinateur tr^s médiocre et un peintre plus médiocre encore, à en juger
Fig. 106. — Ombilic d'un plal de Jehan Court, dit Vigu (Coll. de M. Spiizer.l
par Fabus qu'il fait des ^la il Ions colorés, d'un ton éclatant et toujours un peu criaj'd. Il existe cependant de lui un portrait de Marguerite de France, fdle de François l*''', signé Jeh.\n De Covrt ma f.\ict 1555, assez bon comme facture et qui se ressent 'de l'influence de Léonard Limosin. dont Jehan de Court aurait été l'élève; mais ce portrait, qui serait alors de sa première manière, si on le compare aux autres émaux exécutés postérieurement . prouverait que l'artiste n'avait fait aucun progrès, loin de là, et que ce n'est pas lui, mais probablement ini membre de sa famille, portant le même nom, ijni aurait été jugé digne de succéder à Clouet.
Cet emploi du paillon coloré se retrouve à \\n plus haut
' Cf. De Labobde, la Renaissance des arts à la cour de France, t. I"'', p. -231 il 317.
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degré encore dans les émaux de la femme artiste, qui signait tantôt Suzanne Court et tantôt Suzanne de Court. Les recherches faites sur son compte par Mainice Ardant ' sont restées infructueuses; on sait seulement qu'en 1600 elle habitait le faubourg Boucherie à Limoges. M. Darcel la croit élève de l'émailleur qui signait /. C, tant leurs émaux montrent de resscmlilance enti-e eux. « Ce sont, dit -il, les mêmes sujets, d'après les maîtres ronflants de la décadence, exprimés avec le même dessin mou et exagéré tout ensemble; ce sont les mêmes profils aigus, le même abus des paillons que recouvrent des émaux éclatants indiscrètement rehaussés d'or. » Le Louvre possède plusieurs émaux de Suzanne de Court (D. 592 à D. 596), entre autres une aiguière représentant le Triomphe de Flore , d'après une composition de Virgilius Solis, et deux plats ovales.
LES LAUDIN
NoEL I Laudin, né en 15S(') et mort en 1681, est le chef de cette famille d'émailleurs qui appartiennent à l'époque de la décadence, et dont les œuvres, à quelques exceptions près, n'offrent rien do bien artisti({ue, et surloid rien de bien intéressant, quoiiiu'elles soient fort nombreuses.
L'abbé Texier - cite de lui des cartons conservés dans la cathédrale de Limoges, comme étant assez iemar(iuables , et Labarte {op. cit.) mentioime plusieurs émaux d'un bon dessin et d'une exécutiou paifaite, à i^ôté <> d'objets de pacotille qui l'ei'aient croire ipie. joui en peignant lui-uiê'ine des œuvres de choix, Noi'l Lau<liii axait ww atelier où des
' Les Courleys, Court et de Court.
* Dictionnaire d'orfèvrerie (t. .X.Wll tli' l'Encyclopcdic llicoloiji(iue\ Paris, 1851).
L'KMAII.LERIE AI" XVr SIÈCLE 497
ouvriers taliriquaient à la douzaine des ustensiles domestiques. » Il est à présumer que ces « objets de pacotille » n'étaient pas de Noël I, auquel on ne peut attribuer que très peu d'émaux en grisaille d'un aspect un peu froid et des émaux colorés sur fond noir, mais de son fds Nicolas ou de son petit-fîls Noël II Laudin , qui, lorsqu'ils ne signaient pas en toutes lettres, employaient le monogramme N. L., ce qui a amené forcément une assez grande confusion.
Il eut deux fils : Jacques I Laudin (1627 f 1095), qui peignait également en grisaille, et auquel on doit, entre autres , de nombreuses séries de médaillons représentant les douze Césars, dont on trouve des exemplaires dans beaucoup de collections ; il signait : Laudin, émaiUeur à Limoges, ou I.L.; et Nicolas I Laudin (1C28-{-13 avril 1G98), qui a exécuté surtout des émaux en couleur, signés N. Laudin, émaillieur près les iesuites à Limoges, ou A^ Laudin, à Limoges, ou simplement NL accolés.
Nicolas I Laudin eut trois enfants, tous les trois émailleurs : Valérie Laudin (f 1682), dont on ne connaît aucun émail signé, et qui travaillait probablement avec un de ses frères; Noël II Laudin (1657 f 1727), praticien d'une habileté consommée, qui enseigna, dit-on, au duc d'Orléans, plus tard régent, les procédés de la peinture en émail; ses productions sont innombrables; il émaillait tout, les tasses et les sucriers, les râpes à tabac, les bourses, les cuillers, les vases d'église, les burettes et les bénitiers, etc. etc.; il signait : N Laudin l'aisné , N T^udin laine . emailleur au faubourg Boucherie, â Limoges, ou simplement aussi NL accolés ; et Jacques II Laudin (1663 f 1729), qui a peint des grisailles et des émaux de couleur sur fond blanc ou noir; ses signatures sont : IL., /. Laudin émaillieur à Limoges 1693, ou Laudin aux fauxbourgs de Manigne a Limoges.
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Il y a encore Nicolas II, Nicolas III, mort en 1737, et peut-être Noël III Laudin; mais on ne sait rien sur lenr compte, et, du reste, à en juger par un émail portant la signature N. Laudin. 1730, ils ne méritent guère qu'une simple mention.
Un des procédés employés habituellement par les Laudin consistait à décorer les londs au moyen de fins rinceaux d'émail blanc en relief terminés par des gouttelettes en épaisseur et contre -dessinés de filets d'or au pinceau (fig. 107); ils se servaient souvent aussi pour leurs sujets décoratifs de quelques-uns des motifs usités autrefois par leurs devanciers, donnant un exemple qui a été suivi, dans ces derniers temps, par les nombreux fabricants de faux émaux de Limoges. C'est ainsi que, dans la petite boite d'horloge que représente notre gravure, les plaques de côté reproduisent, d'une façon très incorrecte d'ailleurs, les deux figures du Rosso dont Léonard Limosin s'était servi pour les émaux qui entourent le beau portrait du connétable de Montmorency que nous avons donné plus haut (fig. 101).
Nous citerons encore parmi les émailleurs sur lesquels les renseignements font défaut :
H. PoNCET, (pie M. Darcel croit avoir été élève de Jean Court, dit Vigier, et qui aurait exécuté un assez grand nombre d'émaux représentant saint Ignace de Loyola et saint François Xavier; ces portraits, signés 11 I'onckt DU HP F (Vil cl le 7* accolés), soûl |Hist(''rieins à Tannée 1022, date de la canonisation de saint Ignace.
Les l'oiLLEVÉ; |)lusi('urs émailleurs de Limoges nut [mité
L'EMAIL.LER1E AU XVr SIÈCLE
ce nom : Jeax Poillevk, orfèvre et émailleur qui exécuta, en 1555, un calice conservé aujourd'hui à l'hôpital de Limoges, et dont la signature I.P peut être confondue avec
Fig. 107. — Boite d'horloge. — Email limousin. Période d'imitation.
celles de Pénicaud : Fraxçois Poillevé; cpii signait F. P. et qui vivait encore en 1G3G, et enfin Jean- Baptiste Poillevé, (pii a signé en toutes lettres, avec la date de 169i, un Christ en croix qui est au musée de Limoges '.
' E. Mûi.iMER, Dictionnaire des cmailleurs.
iiOU L'K.M AILLER in:
Les MouRET, dont plusieurs ont été orfèvres - émailleurs au xvie siècle et au xvnc siècle. On ne connaît des Mouret aucune œuvre signée; mais l'un d'entre eux, Dominique, (jui vivait au xvie siècle, a laissé un recueil manuscrit contenant plusieurs recettes précieuses pour la fabrication des émaux '.
Barthélémy Texier. dit Pénicaille, qui vivait au xvie siècle ; le musée de Poitiers possède de lui un émail représentant le massacre des Innocents, dont l'exécutiou se rapproche de la manière de Jean 11 Péui ■ caud.
Jeax Fleurel, qui a signé un émail daté de iriTil.
F. P. Mimrielle, dont la collection Didier- Petit possédait un émail représentant saint François d'Assise, signé F. P. MlmbielJe, [7)H't.
Les archives de Limoges contiennent Tindication des noms de quelques autres émailleurs; mais, comme on ne connaît aucun émail qui puisse leur être attribué, il est inutile de les mentionner ici.
Il existe aussi un certain nombre d'ieuvres signées de monogrammes inexpliqués jusqu'ici, et dont l'exécution révèle chez leurs auteurs un certain talent; les plus intéressants sont : A. S. sur deux plaques du musée dv C.huiy (n'"" 'i-lîtjO et -4001 ); I.M. sur une plaque du Louvre (D. 218), d'une belle exécution, et N.B., \')'t'.), sur deux plaques assez médiocres du musée de Cluny (n"'* 4631 et 4632).
' Elles oui lilé publiées par Mauhice Ardant en nii'nie temps que d'autres recettes provenaul des Laudin cl des Nouailler.
L'EMAU.LERIE AU XVI' SIÈHl.E 501
Nous n'avons pu, dans cette rapide esquisse, indiquer que très sommairement la part qui revient à chacun dans réclosion et le développement de cet art si exclusivement français de rémaillerie peinte. Les Pénicaud, Léonard Limosin et quelques autres, en possession de ce magnifique moyen d'expression, tirent tous leurs etîorts pour donner à leurs oeuvres ce caractère élevé qui leur assigne une place à part dans l'histoire des arts industriels; mais leur exemple ne fut pas suivi, et ce qui s'était passé autrefois pour l'émaillerie champlevée se reproduisit de nouveau. Gomme autrefois, les émailleurs limousins abusèrent de la faveur qui avait accueilli ce nouveau genre de décoration et de la vogue dont jouissaient leurs produits; la routine et l'adresse de main remplacèrent le sentiment de l'art, et les artistes ne furent bientôt plus que des artisans. Il en résulta nue dépréciation due à une production excessive et par conséquent peu soignée, plutôt qu'à la vulgarisation des procédés de fabrication, ainsi que le pensait Bernard Palissy, très jaloux . comme ou le sait . de conserver les secrets qu'il avait trouvés '. « Il y a plusieurs inventions, dit -il, lesquelles sont contaminées et méprisées pour estre trop communes aux hommes. As-tu pas veu aussy les esmailleurs de Limoges , lesquels par faute d'avoir tenu leur invention secrette, leur art est devenu si vil, qu'il leur est difficile de gaigner leur vie au prix qu'ils donnent leurs œuvres. Je m'asseure avoir veu donner, pour trois sols la douzaine, des figures d'enseignes que Ton portoit aux bonnets, lesquelles enseignes estoyent si bien labourées, et leurs esmaux si bien parfonaus sur le cuivre, qu'il n'y avoit nulle peinture si plaisante. Et n'est pas cela seulement advenu une fois, mais plus de cent mil,
' <:f. notrr Histoire de la Ccrumiquc , deuxième édition, p. "230. — .\lfred Marne et fils, éditeurs.
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et non seulement èsdittes enseignes , mais aussi aux esguières, salières et toutes aultres espèces de vaisseaux et aultres histoires, lesquelles ils se sont adviscz de faire: chose fort à regretter '. »
' Palissy parle aussi « ries boutons d'esmail, qui est une invention tant gentille, lesquels au commencement se v^ndoient trois francs la douzaine, et qui furent donnés plus tard |)our un sol la douzaine ». — Œuvres de Bernard Palissy, in-4'', 1777, p. 9.