‹ Histoire de la verrerie et de l'émaillerieChapitre 42 sur 58 · I.-KMAILLERIE AU XVll" ET AU WIIP SIÈCLE · texte numérisé non relu

I.-KMAILLERIE AU XVll" ET AU WIIP SIÈCLE

portraits, pour être offerts ensuite aux princes étranoers et aux ambassadeurs. Il mourut le 28 avril 1734, avec le titre de « peintre du roy pour l'esmail ».

Il eut pour élève Jean -Baptiste Macé, né en 1(J88, et mort en 1707, qui avait étudié la peinture chez Jouvenet, et auquel il apprit seulement la gravure et la pratique 'de l'émail. Nommé peintre du roi, puis membre de rAcadémie en 1717, Macé devint bientôt un des peintres de portraits en miniature les plus à la mode. Voltaire fait dire à un de ses personnages, dans la scène vi de l'Indiscret, comédie en un acte :

Regarde ce portrait, niuii cher ami Clitaiulre; Ça, dis-moi si tu vis jamais de tes deux yeux Rien de plus agréable et de plus précieux : C'est Macé qui l'a peint; c'est tout dire...

On connaît de lui peu de portraits en émail, et il parait avoir cultivé surtout la gouache et la miniatiu'e.

Parmi les éinailleurs de la fin du xvne siècle qui subirent l'influence de Petitut, nous citerons encore :

Jacques-Philippe P'errand, né à Joigny le 25 janvier 1653, fils de Louis Ferrand, médecin de Louis XIII. Il étudia le dessin dans l'atelier de Mignard, et devint ensuite élève de Samuel Bernard, l'habile miniaturiste. Plus tard, il apprit la peinture sur émail, et acquit bientôt en ce genre une grande réputation : il fut reçu membre de l'Académie en 1690. Ferrand fit plusieurs voyages en Angleterre et en Allemagne, et séjourna longtemps en Itahe, et particulièrement à Turin, où il travailla pour le duc de Savoie. On a de lui un traité intitulé : l'Art du feu ou de peindre sur émail, publié en 1721. Il mourut à Paris le 5 janvier 1732.

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Henri Chéron, mort en i()07. On a peu de renseignements sur cet artiste, fort habile, parait-il, mais dont les œuvres sont très rares; on sait seulement qu'après avoir vécu à Paris, il abandonna sa femme et ses enfants, et se retira à Lyon, où il mourut.

Klisabetii-Sophie Chéron, fille du précédent, artiste d'un grand talent, qui se distingua dans la peinture d'histoire et de portraits, aussi bien que dans la miniature et l'émail; c'était en outre une bonne musicienne et une femme fort instruite, qui connaissait le latin et l'hébreu et cultivait la poésie avec succès. Les écrits du temps en parlent avec le plus grand éloge, et ses talents multiples furent souvent célébrés par les poètes contemporains; c"est ainsi (pic Tini d'eux disait :

La savante Chéron, par de merveilleux traits, Imita la nature, anima les portraits; Ses écrits sont gravés au temple de Mémoire; Le Parnasse en nos jours n'a rien vu de plus lieau , Et cette femme illustre aci|uit autant de gloire Par ses vers que par son pinceau.

Née en 1648, elle mourut en ilil; elle avait été nommée membre de l'Académie royale de peinture en UlT'i, et recevait une pension du roi. Nous ne connaissons d'elle aurun émail.

CiiAïuJ'.s liorï, né à Storkliolin de parents français, vers l('i(')l{, mort à i'aris le (i ri'vrier IT'iT. A[*iès avoir appris le métier d'orfèvre, il se rendit en Angleterre, où il se mit à faire des portraits en ('mail (pii lui furent très bien payés; il passa ensiiilc (pichpic l('in|is à N'icniie, puis vint se lixer en l''raiic(' en 171."). Le inVciiI l'acciicillil avec

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faveur, le logea au Louvre et le fit recevoir à l'Académie de peinture, bien qu'il fût protestant. Le musée du Louvre possède de lui (jiiatre émaux, entre autres la Charité, d'après Blanchard, et un portrait du régent qui lui servirent de morceaux de réception ; il signait : C. Boit; C. Boit, pinx. « Le sieur Boit, dit le Mercure de Fmficc (août 1718, page 190), fameux peintre en émail, membre de l'Académie royale, ayant été introduit par M. le duc d'Aumont au lever du roy, eut l'honneur de présenter le portrait en émail ({u'il avoit t'ait de Sa Majesté'. Il en fut reçu très gracieusement. »

Jeax-Fhédéhic Bruckmaxn, né également en Suède, mais qui travailla à Paris de 1G95 à 1718; il a fait surtout un grand nombre de portraits destinés aux pi'ésents diplomatiques.

La peinturé sur émail, délaissée pendant les premières années du règne de Louis XV, reprit faveur vers le miheu du xvnie siècle. UAlmanach des beaux-arts pour 1753 le constatait en ces termes : « ... Cet art, qui n'est pas nouveau, après avoir été longtemps néghgé, a repris, dans ces derniers temps, plus de vogue que jamais, et a été prodigieusement perfectionné. Les plus connus d'entre les artistes qui y excellent sont : MM. Aubert, Coumot, Hubert', Liot, Liotard, Mi'e du Plessis et M. Taunay; ce dernier, outre le talent de peindre sur émail, possède aussi exclusivement le secret de la préparation des plus belles couleurs qui s'y emploient. »

De ces artistes, les seuls qui soient connus aujourd'hui sont : Louis-Fraxçois Aubert, autorisé par brevet

' On retrouve son nom , en 1776, dans VAtmunadt Itisloriffuc, et il exposait encore au salon de 1779.

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à « se dire et qualifier peintre en émail du roy ' », et Jean- Étienxe Liotard, né à Genève en 1702, peut-être plus connu par son excentricité et son costume, qui l'avait lait surnommer le peintre turc -, que par son talent. Sa vocation pour la peinture se manifesta avec tant de force, que son père, bien qu'il le destinât au commerce, dut céder à ses sollicitations. En 1725 il vint ù Paris, où il commenra à peindre en miniature et sur émail, « et ce fut alors, dit Mariette, qu'ayant copié une peinture en émail de Petitot, il la rendit si parfaitement, que peu s'en fallut que la copie n'égalât l'original. » Liotard néanmoins a laissé peu d'émaux ; il est connu surtout comme peintre de pastel. Il signait : J.-S. Liotard.

VAlmanach des beaux-arts a oublié de mentionner, parmi les peintres en émail de cette époque, Jean-Adam Mathieu, né vers KllKS, artiste de talent, qui parait avoir émaillé surtout des tabatières et des bijoux; il était logé au Louvre en 1748 ^ Par une faveur spéciale, le roi lui lit remettre, en 1753, les poinçons nécessaires pour marquer les bijoux qu'il enricbissait de ses émaux, et le nomma son « peintre-oifèvre »; Adam ne profita pas de ces privilèges exceptionnels, car il mourut la même année. Il fut remplacé dans son logement du Louvre par André Rouquet, né à Genève en 1703, qui fut, sur l'ordre du roi, et quoi(iue protestant, reçu membre de l'Académie royale de peinture le 23 février 175'i. Après avoir étudié pendaiil (piclqucs années à Paris, Rouquet était allé, jeune encore,

' il l'uliriiiuait des cmuux cii relief et peignait des porirails pour les labalières.

* Après un séjour de quatre ans à Constanlinoplc, Liotard s'établit à Vienne, où sa longue barbe et son coslumo oriental, qu'il conserva toute sa vie, commencèrenl à attirer sur lui la curiosité; il revint ensuite à Paris, puis alla en Angleterre cl en Hollande, où il se maria.

■' Cf. l'EsprU lin cninmcrcc pour 17 '18.

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