L'ÉMAILLEUIE AI XVII" ET AU XVIIT SIÈCLE -JI
s'établir en Angleterre, d'où il ne revint qu'en 1750. Mariette le dépeint comme un homme « peu communicatif, et d'un caractère qui ne le rendait pas fort aimable dans la société » ; mais cela ne l'empêchait pas d'avoir beaucoui) de talent, et c'est avec raison que Lafont de Saint-Yenne disait de lui ' : « Je dois encore un tribut de louanges bien méritées' au sieur Rouquet, peintre en émail, qui nous a exposé des choses excellentes dans un genre de peinture où il est si rare de réussir, par l'extrême difficulté de la préparation des couleurs... La beauté des portraits qui ont paru de lui au Salon de 1753 a fait augurer qu'il remplacera le célèbre Petitot, appelé le Raphaël des peintres en émail. » Grimm* en parle également : « M. Rouquet, dit-il, Genevois, peintre en émail, est surprenant dans ses petits portraits. » II a publié plusieurs ouvrages, entre autres Y État des arts en Angleterre, paru en 1755, les Bhistres Anglaises, etc.; il mourut fou en 1759. Le Louvre possède de lui le portrait du marquis de Marigny, qui figura au salon de 1755.
C'est à la même époque également que vivait Dur.vnd, dont Diderot n'a pas dédaigné de faire l'éloge dans son Salon de 1761 : « Un homme riche, dit- il, qui voudrait avoir un beau morceau en émail, devrait faire exécuter ce tableau de Greuze^ par Durand, qui est habile avec les couleurs que M. de Montani * (sic) a découvertes. Une bonne copie en émail est presque regardée comme un original, et cette
' Lafont de Saint-Yenne, Sentiments sw quelques ouvrages de peinture.
^ Correspondance , t. I''', p. 70.
^ L'Accordée de village.
* D'Arclais de Montamy a rédigé un Traite des couleurs pour la peinture en émail, publié en 176S, après sa mort. Il fut aidé dans ce travail par Durand, ainsi que le constate un passage de l'introduction : « Cette description de l'art a été faite autrefois sous les yeu.x de M. Durand, peintre de monseigneur le duc d'Orléans, et c'est du même artiste que M. de Montamy s'est servi pour s'assurer des qualités qu'il se pro|iosait de donner à ses couleurs. »
318 L'EMAILLElilE
sorte de peinture est particulièrement destinée à copier. » Durand, (jui avait le titre de « peintre du duc d'Orléans », était également sculpteur sur nacre et a produit en ce genre des portraits qui sont de véritables merveilles.
Plus tard, nous trouvons parmi les émailleurs les plus renommés :
F. IJouKGoiN, désigné en ITG'i comme agréé de l'Académie de Saint-Luc, où il exposa, en cette même année, une Nativité peinte sur émail et plusieurs portraits sur émail et en miniature. Il vivait encore en 1778.
Nigolas-Andrk Courtois, agréé de l'Académie royale de peinture en 1770; il envoya aux salons de 1771, 1773, 1775 et 1777 des portraits qui lui valurent de nombreux éloges. II signait : Courtois.
Vassal, qui exposa, en 1774, plusieurs émaux au salon de l'Académie de Saint-Luc, dont il faisait partie. II demeurait rue du llarlay.
Le Tellier. Il peignait des portraits en émail pour les tabatières; en 1775 il exécuta cinq portraits de Marie- Antoinette. L''Al)}ianach hislorique de 1777 nous apprend qu'il demeurait quai Conti.
Kku(;eu ((iEORCes), né à Lomlrcs en 17"2(S; il liavailla longtemps à Paris, où il l'ut nommé de TAcadémie en 177'i; VAbnanach historique pour 177(1 le cite avec la mention : « Peint très bien riiisloire sur émail'.» Il iiutiiiiit en I7SS à lîeiiiii, où il ('tait allé s'tMablir eu I7SI.
' WAlinaïKich (Itiiipliin de 1"77 lo menlioiinc ainsi : « Creutoer, peintre en émail. Ce célèbre artiste est particulièrement renomme pour la figure et Por- Mcmcnl en bas-relief. »
L'ÉMAII.LERIE AU WIT 1- T \V X\\]i SIÈCLE ol9
Carteau, peintre peu connu; on sait seulement qu'il a exécuté d'après nature un portrait de Louis XVI, « à cheval et armé, sur une plaque de dix pouces de haut sur seize de large », qui lui fut payé 6,000 livres, et qu'il fit en outre plusieurs portraits du roi et de la reine.
Jacques Thouron, né à Genève en 1737, mort à Paris vers 1790, peintre du comte de Provence. Un de ses contemporains, Senebier, disait de lui : « Jacques Thouron s'est fait connaître à Genève, et surtout à Paris, par la beauté de ses portraits en émail. Il a su donner à ce genre de peinture la chaleur et la vie que l'huile seule s'était réservées. Aussi ses portraits, qui intéressent par la correction du dessin et le choix des attitudes, se font surtout remarquer par l'àme qu'il y fait renfermer et le grand effet qu'il sait leur faire produire '. » Le Louvre possède de lui un portrait de Franklin et une copie d'une Bacchante, d'après M'^e Lebrun.
Pierre- Adolpue Hall, né à Boras (Suède) en 1730, peintre de portraits à l'huile, au pastel, en miniature et sur émail. Il vint s'établir à Paris vers 1760, et y acquit rapidement une grande célébrité; en 1709, il fut nommé agréé de l'Académie de peinture et peintre du cabinet du roi; il exposa aux salons de 1773, 1775, 1777 et 1779. En septembre 1783, le Mercure de France disait de lui : « M. Hall est toujours un peintre admirable et supérieur dans ses miniatures et ses portraits en émail. » En 1791, Hall, qui, après avoir gagné des sommes considérables, dissipées follement, se voyait sans travail et sans ressources, voulut retourner dans son pays; mais il mourut à Liège, le 15 mai 1793, après une maladie qui avait duré jtiusieurs mois et pendant laquelle il avait été soigné par un chirurgien franrais qui l'avait recueilli.
' Senebier, Ilisloire tiUcruirc de Genève. L Ul, \\. 332.
Weyler (Jean -Baptiste), né à Strasbourg vers 174."), mort ù Montmartre le 2.") juillet 17!M. Reçu agréé à TAcadémic en 1775, il fut nommé académicien quatre ans plus tard. Son morceau de réception, le portrait du comte d'Angivillier, « conseiller du Roy, Directeur général des Arts, » qui fut son protecteur et son ami, est aujourd'hui au Louvre. Il avait commencé sur émail l'exécution d'une série de portraits de grands hommes, lorsque la mort vint lé surprendre. Cette œuvre fut continuée par sa veuve, Louise Bourdon, remariée plus tard et devenue Mme Kugler; mais les émaux exposés par elle de 180i à 1812 sont bien inférieurs à ceux de Weyler.
Parmi les artistes étrangers qui ont peint sur émail et dont les noms sont moins connus en France, nous citerons :
Sikes, un anglais que nous trouvons mentionné dans les Affiches de Paris de 175'i', et qui était venu à Paris en 1752 pour acheter, à la vente qui eut lieu du 27 novemlire au 22 décembre de cette année, une assez grande quantité do portraits de Petitot, qu'il revendit ensuite en Angleterre'.
Chodowiecki (Daniel), plus connu comme graveur; né a Dantzig en 1726, il mourut à Berlin en 1801.
ZiNGKE (Ciiristian-Frédéiuc), mort à Londres en 17(17;
' Il acheta entre autres les portraits suivants : « M"'" la duciiesse de Ciiatillon, 700 1. ; M""" la duchesse de la Valiérc, 750 h; M"'" de Monlpensier, 7001.; Marie -Thérèse d'Autriche, 621 1. ; Louis XIV, 2801. 19 s. ; Ninon Lenclos, 2301.; une dame, 500 1.; M'"" de Mainlenon, 3S6 I.; Anne d'Autriche, 2''i0 1., etc. » A cette mémo vente, un portrait de la duchesse de Longuevillo fut [layc 806 1. par un marchand nommé Joulain, qui se rendit égaleniont acquéreur des portraits de M""" de Montespan pour 480 1.; do la duchesse de Montpensier, 303 1. 1 s.; de Marie- Jeanne- P.apliste de Savoye, 341 1. 1 s. etc. etc. (Cf. les A/Tiches de Paris, 1753, p. 37.)
L'EMAILLERIE AU XVIl ET AU XVIII" SIÈCLE o2l
il était né à Dresde de parents suédois, mais passa sa vie en Angleterre, où sa réputation était immense. Rouquet, dont nous avons parlé plus haut, dit de lui dans son État des arts en Angleterre : « (".omme I^etitot. M. Zincke a aussi possédé des manœuvres et des substances qui lui étaient particulières, et sans lesquelles ses portraits n'auraient jamais eu cette liberté de pinceau, cette fraîcheur, cet empâtement qui lui donnent l'effet de la nature, et qui font le mérite piùncipal de ses ouvrages. »
Meyer (Jeremiah), né àTubingue en 1728. mort en 1789; il vint en Angleterre en 1742, et y apprit Fart de la peinture sous la direction de Zincke. Il fut un des membres fondateurs de IWcadémie royale de Londres.
Exgehe.vrt (Geor(tEs), né et mort en Angleterre. Il était peintre du roi Georges III, et, de 1774 à 1812, exposa souvent à l'Académie royale de Londres.
HowE (Nath.vmel), né à Dublin en 1730, mort en 1784; il vint de très bonne heure en Angleterre, et séjourna surtout à York et à Londres, où il fut, comme Meyer, un des membres fondateurs de l'Académie royale. Il signait N. H. ou Nath^ Howe.
CoLLiNs (Rich.vrd), né à Londres en 1751, élève de Meyer; en 1789, il fut nommé peintre en émail du roi; on connaît de lui jilusieurs beaux portraits.
Boxe (Henry), né en 1765; après avoir travaillé dans les manufactures de porcelaines de Plymouth et de Bristol, il vint à Londres en 1788, où il peignit des portraits qui le firent nommer pensionnaire de l'Académie royale; il mourut en 1832.
rj22 L'EMAU.LEHII':
A côté des peintres sur émail dont nous venons de citer les noms, et qui étaient de véritables artistes, il y avait, au xviie et au xvnie siècle, une légion d'orfèvres et de bijoutiers émailleurs d'une habileté prodigieuse, et qui savaient varier à l'infini les effets qu'ils obtenaient sur l'or et l'argent avec les émaux peints ou les émaux opaques et translucides, sur des fonds unis ou guillochés, ou sur des ciselures en relief. A la fin du règne de Louis XV surtout, et pendant celui de Louis XVI, les bijoux émaillés devinrent à la mode; on émaillait tout, même les boucles de souliers ^
Quant à Limoges, il n'y restait, pour ainsi dire, aucune trace de l'émaillerie au milieu du xvine siècle. « Cet art, dit le Dictionnaire de d'Expilly, (jui avoit autrefois beaucoup de célébrité à Limoges, et qui supposoit dans ceux qui l'exerçoient une certaine connoissance du dessin et même de l'entente dans la distribution des couleurs, y est aujourd'hui réduit à fort peu de chose. Il n'y a plus dans cette ville qu'un seul artiste qui le possède et l'exerce encore. »
' On lit dans les Avis divers du 20 janvier 17"8 :
« D'abord on s'est contenté d'cmailler les ouvrages de poclie, comme bonbonnières, souvenirs, boîtes à mouciies et autres. Mais on s'est appliqué depuis peu à employer ces nouveaux ornements sur les boucles de souliers d'hommes et de femmes; et on l'a fait non seulement avec une délicatesse et un art que rien ne p3ut surpasser, mais encore avec toute la solidité possible.
« Leur beauté parfaite, soit pour le travail, soit pour la forme et le goût, donne lieu d'espérer qu'elles seront reciierchées avec plaisir et empressement.
« On trouvera de ces nouvelles garnitures de boucles cmaillôcsen or, à Paris, (lit/, le sieur Granciier, bijoutier de la reine, quai de Conly, au Petit Ditnkcri/uc, vis-à-vis le Pont-Neuf. ■•
l'emailleiiif: a letranger du xvi- au xviip siècle
En dehors de la Franci-, Thistoire de rémaillerie, du xvie siècle jusqu'à la fin du xvnie, n'offre rien de bien intéressant, au moins sous le rapport artistique; nous nous bornerons donc à indiquer brièvement, pour chaque pays, les quelques particularités rpii méritent d'être signalées.
Italie. — Les émaux sur relief ou de basse taille, dont nous avons parlé plus haut, et qui, ainsi que nous l'avons vu, avaient servi à enrichir un si grand nombre d'œuvres d'orfèvrerie, paraissent avoir été à peu jirès abandonnés en Italie à dater du commencement du xvie siècle. Benvenuto Cellini, dans son Traité de l'orfèvrerie, parle assez longuement de l'art de l'émail, <> cet art, dit- il, si florissant à Florence, et cultivé avec succès par les orfèvres allemands et français, notamment par ceux de Paris, » et l'on peut, ainsi que son élève Asganio de' Mari, le ranger au nombre des émailleurs; mais l'émail tel qu'il l'appliquait semble avoir joué un rôle relativement peu important dans les œuvres d'orfèvrerie qu'il exécutait, et ne constituait pas, en tout cas, un art indépendant.
Î524 i;i:maillerie
L'émaillerie, du reste, était trop limitée dans ses moyens d'expression et se trouvait assujettie à des difficultés d'exécution trop grandes pour pouvoir convenir à des artistes qui avaient à leur disposition les ressources infinies que leur fournissaient les différents modes de peinture usités alors en Italie, et qui en outre, sous le rapport de l'art industriel, trouvaient dans les belles mosaïques de Pesaro, de Faenza, de Cafïagiolo, d'Urbino, etc., les moyens de lutter avantageusement avec les produits des artistes de Limoges.
Quelques orfèvres néanmoins s'essayèrent dans l'art des Pénicaud; mais leurs émaux, fort rares et de peu d'importance , montrent combien le génie italien se pliait peu facilement à l'emploi de ces procédés longs et difficiles. Comme à Limoges, ils se sont servi généralement d'émaux translucides de couleurs variées, posés sur des paillons ou sur le métal légèrement guilloché, et rehaussés de fines hachures d'or ou d'émail blanc; les chairs étaient également modelées en blanc sur un dessous violacé, mais ces blancs sont d'une touche un peu maigre et légèrement en épaisseur; on sent qu'ils ont été posés au pinceau, procédé que n'employaient pas les émaiJleurs limousins. Le Louvre possède deux émaux de ce genre, et on en trouve dans la collection de M. Spitzer un très bel exemple, qui montre bien de quelle façon on procédait : c'est une belle Paix en forme d'autel, dont la plaque en émail représente la Déposition de la croix; à la partie supérieure, on voit Dieu le Père ; (pielques vêtements sont en émaux opacjues rehaussés de blanc légèrement nuancés, d'aulrcs m émaux lianslucides modelés en hachures d'oi'.
La même collection possède d"aiili('s spécimens datant également de la première iiidiiii'' (hi \vi'' siècle, dans lesquels les procédés varient un jm'ii; dii y sent toujours Tintention d'imiter les émaux de Linioiics, mais à l'aide de
L'EMAILI.KRIK DU XVF AC XVIII' SIÈCLE «23
moyens plus simples et plus faciles, qui consistaient à colorer les personnages et les accessoires dessinés au trait sur le métal, et à recouvrir le tout d"une couche d'émail incolore transparent. Ces différences dana les procédés d'exécution prouvent bien que ce sont là les résultats de tentatives individuelles, et que l'émaillerie n'était pas pratiquée d'une façon suivie à cette époque en Italie.
Il est cependant une sorte d'émaux qui, sans avoir rien de très artistique, forment cependant une classe tout à fait à part, qui appartient bien eu propre à l'Italie. Ce sont surtout des bouteilles plates, des aiguières, des vasques, des bassins et quelquefois des vases religieux, de formes très pures, en cuivre décoré généralement, en relief au repoussé, de godrons droits ou courbes. Ces pièces sont couvertes en plein de fonds en émail blanc, bleu et vert, semés d'étoiles, de feuilles légères de cliéne ou de fougères appliquées en or après coup. Quelques rares spécimens portent au centre des armoiries italiennes ou allemandes assez grossièrement peintes, avec des émaux lourds et sans éclat. On attribue généralement ces émaux à Venise, et on les désigne habituellement sous le nom d'émaux vénitiens, mais, en réalité, on ne sait rien sur leur origine; quant à la date de leur fabrication, elle est connue par l'inscription suivante, qui se trouve sur un ciboire appartenant à M. le baron Gustave de Rothschild : nxs bernardixvs de caramellis
PLEBANVS FECIT FIERI DE ANNO MCCCCCn.
Il ne semble pas non plus que la miniature sur émail ait été beaucoup pratiquée en Italie, et c'est à peine si on trouve une artiste, Giovaxxa Marmochixi, née à Florence en IGGG et morte en I73I, (jue l'on puisse ranger parmi les peintres en émail ayant eu quelque talent.
Allemagne. — Cologne, dont les ateliers avaient fourni.
r;2() L'HMAll.l.KIUH
au xiie et au xuie sii-'cle, les (■ouvents et les églises d'Allemagne d'un si grand nombre de chefs-d'œuvre d'orfèvrerie émaillée, avait vu, comme Limoges, baisser peu à peu la vogue dont jouissaient autrefois ses émaux, et avait dû transformer sa fabrication; on y fit, comme en Italie et en France, des émaux de basse taille; mais ce n'étaient généralement que des imitations, dans lesquelles on ne retrouve plus ce caractère d'art qui distinguait ses anciens émaux champlevés.
L'émail cependant fut toujours en grand liduneur en Allemagne; mais on l'y employa surtout à recouvrir de l'éclat de ses couleurs les reliefs des bijoux ou des pièces d'orfèvrerie ciselée qui sortaient des mains des habiles artistes d'Augsbourg et de Nuremberg. Le musée de la "Voûte-Verte {Grûne Gewœlbe), à Dresde, conserve un grand nombre de ces pièces émaillées, datant du xyu*" et du xvnic siècle, et parmi celles-ci les fantaisies plus un moins bizarres que Mklchior Dinglingeh (-|- 1731), orfèvre et émailleur, né à Ulm, mais qui avait appris son art à Augsl)Ourg, exécutait pour l'anuisement de l'entourage frivole d'Auguste le Fort, électeur de Saxe et roi de Pologne; le plus curieux et le plus important de ses ouvrages est, sans contredit, la Cour du Grand-Mogol Aurcmi-Zeijh, à Delhi, «pii reproduit en ronde-bosse tout un monde do [)elits personnages, {)rinces, soldats et serviteurs, ciselés en or avec un talent incontestable, et recouvert d'émaux de diverses couleurs.
Parmi les plus célèbres orfèvres émailleurs allemands nous citerons encore Wknzkl J.wimtzkr ' (ir)08-L")80), de Nuremberg, et son neveu et élève CinusïOPiiE J.\mnitzer (1563-1G18). qui tous deux ont dessiné et gravé un certain nondire de modèles d'orfèvrerie; Hans Miki.icu ciu >rn;M(:K.
' Il fui succt'ssiveracnl orfcvrc tir (".luirle.^-tjuiiit , ili' l'cidiiiaïKi l"', <li' M:i.\imilii'n il ol (lo Rodolphe II.
i;k\iaili-I':bik m wp au xviir siècle «27
(jui vivait dans la seconde moitié du xvie siècle', et surtout David Attemsïetter (f ICOÛ), d'Augsbourg, qui décorait d'émaux translucides d'un caractère assez particulier des plaques d'argent (pi. C) destinées à orner les cabinets -, les pendules, les coffrets, etc. Le nuisée national de Munich possède un très riche cabinet d'ivoire fait par Christophe Angermaier, et dont les tiroirs et les portes sont décorés d'un grand nonilire de plaques sorties des mains de cet habile émail leur.
Quant à la peinture sur émail, elle l'ut pratiquée également en Allemagne, mais avec beaucoup moins de talent qu'en France; les portraits et les copies de tableaux t[ue nous avons vus dans les musées et les collections dénotent une habileté extrême et montrent l'emploi de couleurs pures et admirablement glacées, mais ils sont d'une facture sèche et maigre qui contraste singulièrement avec la manière franche et la touche sûre de la plupart des miniaturistes français. Les plus renommés parmi les peintres sur émail allemands sont : George Sïrauch (1613-1G75), de Nureml)erg, dont la Kunstkammer de Berlin conserve un bel émail représentant la Paix embrassant la Justice, signé G. St. 1661; — Blézexdgrf, né en Suède, mais qui vint s'établir à Berlin, où il mourut en 170G; il existe de lui dans la Kunstkammer un remarquable portrait de la reine Charlotte; — Peter Boy, de Francfort qui a peint d'après nature
' On lui doit les dessins d'après lesquels furent exécutées les poignées de l'épée et du poignard qui ont, dit-on, appartenu à Parisot de la Valette, grand maîlre de Malle, et qui sont conservés au Louvre et au cabinet des médailles à la Bibliollièque nationale.
^ On donnait autrefois le nom de cabinet à un petit ni''uble à compartiments et à nombreux tiroirs, dont la forme compliquée, et souvent arcliitecturale, tenait tout à la fois du coffre et de l'armoire. « C'est, dit Nicot, un cofTrc ou une armoire de bois dedans quoy l'on serre or et argent, joyaux et habillemens précieux, vaisselle et bague, papiers d'importance, et en somme ce que l'on a de beau pour délices et usage plus nécessaire. »
U28 L'KMAIIJ.KRIE
des portraits pour dessus de boîtes, tabatières, etc.; on connaît de hii les signatures : P.B. i610; Peter Boy ad viv.pinxit a° i616; il était également orfèvre; son fils, Pierre Boy, mort en 1742, peignait également sur émail; — IsAAojAcoii Glauze, né à Berlin en 1728; c'était en outre un liabile peintre sur porcelaine; — Aruix, de Dusseldorf; — Ismael Mexc.s, né à Copenhague, mais qui passa presque toute son existence à Dresde, où le musée de la Voûte-Verte possède de lui une Madone et un Ecce homo assez remarquables; il mourut en 1764; le célèbre Baphael Mengs, son fils, né à Aussig, en Bohème, commença sous sa direction à peindre sur émail.
A Vienne, nous trouvons: Pn.-E. Schixdler, né à Dresde en 1723, qui, jeune encore, se rendit à la cour de Vienne, où il fut bien accueilli, et où il fut nommé, en 1770, directeur de l'Académie impériale et royale; il a peint surtout des boîtiers de montres et des tabatières, qu'il signait : Schindler Wieyin; et Jacob Bodemer, né à Nottingen, près Garlsruhe, en 1777, et mort en 1824 à Vienne, où il avait acquis une grande réputation.
Nous citerons aussi les deux frères Huaulï (Jean- PiERHE et Ami), qui, tout jeunes encore, quittèrent Chàtellerault, leur ville natale, pour aller à Genève et de là à Berlin, où ils furent nommés, en lG8(i, peintres de l'électeur de Brandebourg; ils ont peint surtout des boîtiers de iiioiiti'cs; mais il existe d'eux (pichpics poi-traits d'une belle exécution, et dont plusieurs ont été gravés. Ils reviiu'ent à (ienèvc en 1700, Ils signaient : Les deux frères Hiiault, peintres de S. A. S. de B. à Berlin; Les frères Iluault : l\ Hxiavo primogenitus f.; lliiand le pitisnc fecit, etc.
Nous devons mentionner également parmi les œuvres de l'émaillcrie allemande les petits objets de fanlaisie qui étaient de fabiication courante à la (in du xvii'' et ncmlanl uni"
L'ÉMAILLERIE DU XVI" AU XYIII" SIÈCLE -iiO
grande partie du xviiie siècle, tabatières, boîtes à mouches, bonbonnières , étuis , etc., en cuivre entièrement émaillé en blanc pour imiter la porcelaine, et décorés de sujets variés en couleurs ou en camaïeu brun-sépia ou rose carminé. Ces objets sont généralement d'une exécution qui n'a rien de bien artistique; mais on en rencontre quelquefois qui ont été décorés par des peintres de talent. On les confond souvent avec les émaux de même nature sortis de la manufacture anglaise de Battersea, dont nous parlerons plus loin.
EsPAC.NE. — On ne savait absolument rien sur l'histoire de l'émaillerie en Espagne jusqu'au jour où la publication de Fouvrage ' du regretté baron Ch. Davillier est venue jeter vm peu de lumière sur la marche de cet art, qui n'a peutêtre pas produit des œuvres bien originales, mais qui n'en a pas moins joué un rôle assez considérable dans la décoration de l'orfèvrerie espagnole, surtout au xvie siècle. C'est donc cet excellent ouvrage que nous prendrons pour guide dans cette partie de notre travail.
Ou conserve en Espagne plusieurs bijoux datant du xve siècle, surtout des amulettes d'or et d'argent, entièrement décorés d'arabesques et d'inscriptions dessinées par des cloisons extrêmement minces, soudées avec une habileté remarquable et formant des alvéoles remplies d'émaux opaques bleu turquoise, vert foncé, noir et rouge brique, et l'on connaît quelques armes ' ornées d'émaux également cloisonnés d'un travail délicat, et dont les dessins, aux
* Recherches sur l'orfèvrerie en Espagne au moyen âge et ù la renaissance. Paris, grand in-S", Quantin, éditeur.
■^ Entre autres la belle épée que le duc de Luynes a offerte au cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale, ainsi que Tépée et la dague apparte nant au marquis de Villaseca et qui, suivant la tradition, sont celles de Boabdil, dernier roi de Grenade, qu'un des ancêtres du possesseur actuel, Diego Fernandez de Cordoba, lit prisonnier le 21 avril 1483.
330 L'KMAILLERIE
combinaisons géométriques, rappellent les plus riches décorations de l'Alhambra ; mais ce sont là les produits des arts importés par les Maures, et qui paraissent n'avoir exercé aucune influence sur l'émaillerie espagnole.
Il ne reste pas de spécimen des pièces d'orfèvrerie mentionnées dans les inventaires des xivc et xvc siècles, et décorées « d'esmaux à la façon d'Espagne » ou « d'esmaux d'Aragon ' », et il est assez difficile de dire à quelle classe appartenaient ces émaux; il est à présumer cependant que c'étaient des émaux de basse taille ou sur relief, faits à l'imitation de ceux qui étaient fabriqués en si grand nombre en France, et surtout en Italie, à cette époque; ce qui est certain, c'est que toutes les œuvres de l'orfèvrerie émaillée espagnole du xvie siècle qui sont parvenues jusqu'à nous sont généralement ornées d'émaux translucides sur basrelief d'un travail de ciselure un peu lourd, si nous en jugeons par les queUpics pièces que nous connaissons, entre autres par la grande croix de procession de la collection de M. Spitzcr. Cette croix, qui est certainement un des monuments les plus importants et les plus remarquabk's de l'orfèvrerie religieuse du xvie siècle, est décorée, d'une façon assez discrète du reste, do petits sujets recouverts d'émail translucide monochrome, dont l'exécution ne répond pas à celle de l'ensemble général de l'œuvre. M. Davillier domie les noms de quelques orfèvres du xvie siècle; mais les travaux d'émaillerie qu'ils ont exécutés sont trop peu importants pour (jue nous les mentionnions.
Il existe cependant (pii'lipies émaux cliaiiq)l('vés sur cuivre en réserve, à gravure niclh'c trt'iiiail iriiii travail gt''iiéral('meiit maladroit, mais qui donne une idée assez exacte des émaux espagnols pour (jue nous en ie[)roduisions ici
' C.r. IJu Lauoiuie, Glutisiiirc.
L'ÉMAILLERIE DU XVF AU XVIIP SIÈCLE o3l
un spécimen (fig. 110), et cela d'autant mieux que le genre de ciselure ou de gravure employé dans les émaux de basse taille est du même style.
Mais nous devons mentionner surtout des émaux qui sont d'un genre bien particulier, et qui étaient exécutés par
no. — Émail champlevé à gravure niellée d'émail. Travail espagnol, xvi« siècle.
(Coll. «le M. Ch. Stein.)
les orfèvres de Barcelone à la fin du xvie et au commencement du xvu'^ siècle. Ce sont surtout des reliquaires, des médaillons, des ex-voto, quelquefois des paix, ou même de petites boîtes et des colliers, en cuivre décoré d'émaux incrustés qui ont été parfondiis dans des alvéoles creusées dans le métal, et qui n'ont reçu îiucun polissage. Les couleurs employées le plus souvent sont le blanc, le noir et le bleu lapis; parfois, mais rarement, on y trouve le bleu turquoise. « La forme de ces reliquaires ou médaillons, dit M. Davillier, est tantôt triangulaire, tantôt carrée, tantôt hexagonale, ovale, etc. Ils se composent de deux parties, dont l'une est un cadre découpé à jour et entouré de rayons;
332 L'EMATLLERIE
l'autre partie, qui vient s'adapter dans ce cadre, représente assez souvent le saint Sacrement accompagné de palmes, d'anges, ou de la devise-rébus esclavo, figurée par un S t't par un clou {clavo) entrelacés'. On y voit aussi le monogramme du Christ avec les emblèmes de la passion, celui de Marie surmonté d'une couronne (fig. 111) ou eutoinv de l'inscription : Concehida sin pccado original: parfois, au revers, une miniature est encadrée sous une plaque de cristal '. »
On faisait également en Catalogne de petits émaux peints sur plaques de cuivre, représentant Notre-Dame de Monserrat. « Ce couvent, dit M. Davillier', situé à peu de distance de Barcelone, était autrefois, comme il Test encore de nos jours, un lieu de pèlerinage en grande vénération; il était fréquenté par de nombreux pèlerins, à qui étaient vendus ces émaux fabriqués à la grosse. Ils sont d'une exécution peu soignée et d'un dessin fort médiocre. Cependant nous en avons vu quelques-uns sur or, d'un meilleur travail: ils sont quelquefois sertis sur des médaillons d'or ou d'argent. Le contre-émail est presque toujours grossier. »
Quant à la miniature sur émail, elle paraît avoir été peu pratiquée en Espagne. Cependant Palomino ' consacre ([uelipies lignes à cette peinture, (ju'il appelle j^ÏHtura de porcelana, et qui se fait « en émaillant en blanc sur or ou sur cuivre, au moyen de couleurs vitrifiabh^s et minérales, (pi'ou mélange et qu'on fait durcir au f(Mi... De notre tem[»s, ajoute-t-il, on fait de très belles choses de ce genre en
^ Un se servait de ce signe en Espagne pour niai'i|uer les esclaves sur rép;iiile ou moyen d'un fer rouge.
'^ M. Spilzer possède plusieurs de ces médaillons à minialurcs peints sur vélin: il en a également un que ne connaissait sans doute pas M. Davillier, et (]ui renferme de pelites figures en ronde bosse émailléi'> cji idein.
' 0/<. fil., p. 79.
' Mtinfu picloric.d. Mailfid. 17i:i. iii-filio.
Italie, en Allemagne et en France; les travaux qu'on exécute en Espagne ne leur sont pas inférieurs, notamment ceux de Francisco Pedbaza; et le sérénissime prince don Jiian d'Autriche, dont il fut apoxentador (chambellan), no dédaignant pas ce précieux passe-temps, a peint des émaux aussi dignes de son génie que de sa grandeur. J'en ai vu
Fig. UI. — Médaillon en cuivre décoré d'émaux incrustés.
Travail espagnol, xvi[c siècle.
(Coll. de .M. Ed. Bonaffc.)
un de sa main, exécuté avec une rare perfection, qui représentait une Conception de Notre-Dame d'après une estampe de Pietro de Cortone... ».
Portugal. — Parmi les objets précieux que le Portugal avait envoyés à l'exposition rétrospective de 18G7, ligurait Vostensoir en or massif, ciselé et émaillé, que don Manoel avait fait exécuter en 1506 pour le monastère de Belem avec l'or recueilli par Vasco da Gama dans la province de Quiloa ' ; si les émaux qui décorent ce chef-d'œuvre d'orfèvrerie ont
' On lit sur cet ostensoir une inscription en caractères émaillés de blanc, dont voici la traduction: Le très haut p-ince el puissant seigneur roi don Manoel a ordonné de le faire avec l'or cl les Iribuls de Quiloa. Acheva l'an [11506.
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été exécutés par un artiste portugais , ils font regretter que l'art de l'émaillerie n'ait pas poussé de plus profondes racines dans ce pays. « La plume, dit M. de Linas', est impuissante à décrire l'ostensoir de don Manoel. . . Ces émaux opaques ou translucides sur relief sont d'une admirable pureté et «d'un poli très brillant. Non seulement les motifs principaux, mais encore les moindres ornements d'architecture ont des parties émaillces. Les ramages des étoffes, les plumes des oiseaux, les nervures des fleurs et des mollusques, sont exprimés par un cloisonnage d'une délicatesse infinie, qui rappelle les plus beaux jours de l'art byzantin... » On sait que ce chef-d'œuvre d'orfèvrerie fut fabriqué par GiL ViCENTE, à cette époque où l'art portugais était encore sous l'influence de l'école flamande, dont Jean Van- Eyck avait introduit les principes à Lisbonne , lorsqu'il accompagna l'ambassadeur chargé de demander la main de l'infante Isabelle pour le duc Philippe le Bon; mais on ignore s'il en exécuta lui-même l'émaillerie, ou s'il appela à son aide un artiste 'étranger. Ce qui est certain, c'est que, depuis cette époque, on ne trouve rien dans les œuvres de l'orfèvrerie portugaise qui, sous le rapport des émaux, se rapproche de l'ostensoir de Belem.
Angleterre. — Nous avons vu plus haut quels encouragements avait reçus en Angleterre la peinture sur émail et avec quelle faveur Petitot, Bordier et d'auti'es artistes après eux y avaient été accueillis. Il nous reste à parler maintenant d'une classe toute particulière d'émaux fabriqués vers le milieu du xvuip siècle à Battersea, un des faubourgs de Londres, et dont on lencontre souvent dans les collections des spécimens qui généralement sont confondus avec
' De Li.n'a?, Ilisloirc du Iravnil.
L'EMAILLERIE DU WI" AU XVIir SIÈCLE «35
les émaux de Dresde, auxquels ils sont cependant supérieurs.
La manufacture d'émaux de Battersea fut fondée, vers 1753 ou 1754, par Etienne-Théodore Jansskn, fils d'un Français qui avait dû s'expatrier lors de la révocation de l'édit de Nantes. Janssen ne chercha pas, comme 'les peintres français, à produire des œuvres d'art ou des miniatures, et se bcwna à fabriquer de petits objets élégants et coquets, de formes et de destinations variées, qui devinrent bientôt à la mode. Horace Walpole écrivait, le 18 septembre 1755, à son ami Richard Bentley : « J'ai acheté pour vous, mais simplement comme spécimen, une jolie petite bagatelle de la niiuvolle manufacture de Battersea; c'est une tabatière en cuivre émaillé... » Il ne semble pas cependant que Janssen ait fait de bien bonnes affaires, car dès 1756 le Public Advertiser annonçait à deux reprises « la vente par autorité de justice des meubles, objets d'art, émaux, etc., de la manufacture de Battersea ». Cependant la fabrication ne cessa point tout à fait; un arrangement particulier intervint probablement, et la manufacture subsista encore, mais languissante et presque abandonnée, jusqu'en 1775, époque où elle disparut tout à fait.
Les émaux de Battersea sont remarquables par la variété de leurs formes, la perfection de leur fabrication, la pureté et la blancheur de l'émail, et surtout par la délicatesse de la dorure et de la partie de l'ornementation qui accompagne le décor imprimé. C'est là, en effet, un des caractères distinctifs de ces émaux, d'être presque tous décorés par impression, c'est-à-dire au moyen de reports de gravures en taille-douce tirées avec des encres contenant des oxydes colorants qui résistent au feu. C'est, du reste, en Angleterre que furent faites les premières applications des procédés d'impression à la décoration de la céramique, procédés que
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la France ne devait employer que dans les premières années de notre siècle, alors que depuis cinquante ans les manufactures de Worcester et du Stafîordshire, ainsi que celle de Rôrstrand, en Suède, décoraient ainsi leurs nombreux produits'. Et cependant, dès 1755, Rouquet, peintre émailleur français, dont nous avons parlé plus haut, de retour à Paris après son séjour en Antileterre, avait signalé dans sa brochure sur YEtat des arts en Angleterre les procédés d'impression sur émail et tout le parti que l'on en pouvait tirer. Certains graveurs anglais semblent même avoir travaillé spécialement pour les émailleurs et les céramistes, à en juger du moins par les répétitions assez fréquentes des mêmes sujets sur des pièces de faïence ou de porcelaine de diverses fabriques et de dimensions variées, ainsi que sur des émaux de Battersea. Un des plus féconds en ce genre , celui dont les gravures se trouvent reproduites le plus souvent , est un dessinateurgraveur nommé Pillement, qui prenait son bien un peu partout, et qui publia, sous le titre de The Ladies' Amusement, un curieux recueil de deux cents planches sur cuivre, contenant plus de quinze cents petits sujets gravés quelquefois avec des réductions, et « pouvant, disait -il, être ainsi fort utiles aux lal)riques de porcelaines, d'émaux et autres ».
La manufacture do Battersea a produit une (luantité considérable d'objets variés : tabatières, boites à mouches, bonbonnières, salières, étiquettes à vins et à Ii(pieurs. flacons, vases, etc., enrichis de portraits, de scènes familières ou satiriques, do paysages, de maiincs et de llcuis. I^arnii les vases, les plus élégants et les ]iliis ingiMiieux sont certainement les vases désignés sous le nom pailiciili(M' dr
' Cf. iiolrr Histoire de la rc'vdinique.
réversible candlestick, dont noire gravure (fig. 112) reproduit un spécimen que nous avons dessiné à Londres dans la riche collection de ladv Charlotte Schreiber '. Le couvercle
Fig. 112. — Réversible candlestick.
Émail de Battcrsea.
(GoU. de lady Charlotte Schreiber, à Londres.)
vissé à l'orifice peut se retourner, et présente alors un bobéchon qui transforme le vase en chandelier. Sur la face antérieure se trouvent des cartels à riche entourage en
' Cette collection, une des plus importantes et des plus complètes qui existent en .Angleterre, et qui comprend non seulement les plus beaux produits des manufactures de porcelaines et de faïences anglaises, mais aussi d'admirables porcelaines de vieux Chine, a été généreusement donnée par lady Charlotte Schreiber au musée de South-Kensineton.
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relief doré, décorés de paysages imprimés en camaïeu rose violacé.
Nous manquons de renseignements sur l'époque où l'art de l'émaillerie fut introduit dans les autres contrées de l'Europe, et sur la façon dont il y fut pratiqué; à en juger, du reste, par les spécimens qui existent dans quelques collections et par ceux qui ont figuré dans nos expositions rétrospectives, les émaux des pays étrangers, en dehors de ceux que nous avons étudiés, n'offrent rien de bien intéressant sous le rapport artistique, ni rien de particulier comme fabrication.