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Perse. — A l'exception de la coupe de la Bibliothèque nationale que nous avons signalée plus haut (p. 455), et qui donne un exemple de décoration obtenue par le procédé du cloisonnage, nous ne possédons aucun spécimen de fabrication persane qui se rattache à Fémaillerie, bien que, suivant toute apparence, ce soit par la Perse que la pratique de cet art est arrivée à Byzance au vie siècle. Les pièces les plus anciennes que nous connaissions de l'orfèvrerie persane émaillée ne montrent généralement que le procédé banal d'ornements réservés en relief se détachant sur un fond uni d'émail monochrome, ou celui qui consiste à appliquer de petites plaques d'émail peint rapportées sur la surface de la pièce, et serties dans une bande de métal qui leur sert d'encadrement.
II existe cependant, dans la collection de M. Bing, deux curieux plats en cuivre émaillé dans lesquels on trouve l'emploi d'un procédé dont nous ne connaissons aucun autre exemple, et qui est certainement une tradition et comme une sorte de transformation de l'ancien pi^océdé du cloisonnage.
Dans ces deux plats, qui, suivant toute apparence, re-
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montent au xviie siècle, le cloisonnage est obtenu par repoussé, c'est-à-dire que sur le métal très mince et très malléable, — mais doublé et renforcé après coup pour lui donner plus de résistance, — les lignes du dessin ont été, pour ainsi dire, soulevées au marteau, de façon à former des cuves remplies ensuite d'émaux de diverses couleurs, et cela avec assez de iirécision et de délicatesse pour que ces lignes repoussées en relief aient conservé l'apparence d'un cloisonnage ordinaire (lig. 113). C'est là un travail qui dénote chez son autetu- une haljileté tellement grande, et qui devait exiger une somme de temps si considérable, que nous ne sommes pas surpris de le voir aussi rarement employé. Les émaux où le bleu et le vert clair dominent sont d'une fraîcheur de ton, d'une pureté et d'une harmonie remarquables.
Chine. — L'art de l'émaillerie, comme celui de la fabrication de la porcelaine, remonte en Chine à une très haute antiquité ; le musée chinois de Fontainebleau , celui de South- Kensington, à Londres, et le musée industriel de Nuremberg, entre autres, possèdent des pièces antérieures bien certainement à la dynastie des Ming (1368), et qui sont remarquables par leurs beaux émaux opa(pies aux colorations chaudes et vibrantes, autant que par la simplicité et le grand caractère de la décoration ; le procédé employé est celui du cloisonnage obtenu à l'aide de lamelles mobiles soudées sur le l'c^md. IMus tard, le décor perd un peu de sa sobriété, tout en conservant néanmoins une certaine sévérité d'aspect, mais les éléments qui le consfitui'iif icsIimiI toujours les mêmes. Comme dans les porcelaines, ce sont surtout les animaux symboliques : le dragon à la tète effrayante, à la mâchoire ai'mée de dents aigui's , aux nicndires terminés ]»ar des
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griffes acérées, mais qui, malgré sou aspect terrible, n'a[)paraît aux homuies que pour leui- aunoncer des événements heureux, ou le fong-hoançi, Toiseau des impératrices, eu-
Fig. 113. — Plal en émail cloisonné par réponse
Travail persan , xvii" siècle.
( Coll. de M. Bing. )
touré de llammes trilobées; c'est surtout la chauve -souris, dont la présence exprime un vœu de félicité, ou les plantes et arbustes qui sont les emblèmes de la longévité : le bambou, le pin, la tleur du pécher, le ling-tchy, sorte d'agaric qui se conserve tel quon Fa cueilli, et enfin le nélumbo, la plante bouddhique par excellence et le symbole des forces vives de la nature; ce sont aussi, et plus parti-
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culièrement encore, les caractères chéou ou chou (longévité), dont la forme varie, mais qui tient toujours une place importante dans la décoration, et les koua, composés de huit combinaisons de trois lignes, brisées ou entières, représentant, les unes l'élément céleste, la force, les autres l'élément terrestre, la faiblesse, et entourant lemblème mystique qui symbolise les doux principes de la nature.
L'adresse des émailleurs chinois est extraordinaire; il semble que les difficultés de métier n'existent pas pour eux; les brûle -parfums, do dimensions considéi'ables , destinés aux pagodes ou aux palais des empereurs, sont décorés avec autant de soin et de finesse que les pièces d'orfèvrerie les plus délicates. « La beauté des tons de ces cloisonnés, dit un savant critique d'art qui est en même temps un amateur de grand goût, est surprenante. Les châles de Cachemire et les tapis de prière persans du xvie siècle n'avaient rien de plus harmonieux dans la vivacité, de plus tempéré dans l'éclat. Les artistes chinois emploient presque toujours les tons mats. Leur blanc est parfois légèrement teinté de lilas; leur bleu lapis rappelle l'éther insondable des nuits d'été, et leur bleu turquoise la palpitation du ciel lorsque naît l'aube. Ils ont un rouge éclatant comme le cœic d'un œillet, et un jaune aussi velouté que celui des pétales du chrysanthème couleur de soufre'. »
Sous la dynastie des Tsini:/ , et paiticulièrement pendant le règne de Kien-Long (17;iG-l70r)), les émaux cloisonnés, (|ui avaient pei'du en gr.uidr i»arti(> leur caractère d'ai't, finenl à peu près abauddmK's et remplacés par les émaux peints ou, suivant l'expression des Chinois eii\-nièmes, les émaux-porcelaine {\)\. IV'), dans lesquels nu retrouve
' Piiii.iPi'E HuRTY, les Emaux cloisonnes; in-i"2; Paris, 18G8.