‹ Histoire de la verrerie et de l'émaillerieChapitre 45 sur 58 · L'ÉMAILLERIE EN ORIENT · texte numérisé non relu

L'ÉMAILLERIE EN ORIENT

toute la richesse de composition et l'habileté d'exécution qui distinguent les porcelaines de cette époque; ce sont, du reste, les mômes procédés de peinture, comme ce sont aussi les mêmes éléments décoratifs: les bordures élégantes à fonds de mosaïques variées ou à rinceaux fleuris, coupées par des réserves de fleui's (fig. 114), encadrant des sujets

Fig. 114. — Fragment do la bordure d'un grand plat en émail peuit.

Chine, xvinc siècle,

(CoUec-Lioii de SI. lîing.l

familiers, des scènes de la vie intime, des paysages, des fleurs ou des oiseaux.

Malheureusement cette belle période ne dura pas longtemps, et, comme cela avait eu lieu pour la porcelaine, la peinture sur émail tomba bientôt dans un état de décadence et d'infériorité dont elle ne s"est pas relevée depuis.

Les Chinois ont également connu et prati(pié le procédé du champlevage ; cependant les spécimens de ce genre d'émaillerie sont assez rares pour laisser croire qu'ils ne Font pas employé d'une façon suivie, et qu'ils lui préféraient le cloisonnage, dans lequel ils se sont montrés si habiles. La plaque, provenant d'un très curieux meuble, que re-

L'EMAILLERIE

produit notre ligure 115, offre cette particularité qui ne se retrouve pas dans les émaux champlevés fabriqués en Europe, qu'elle a été fondue avec les cuves ou alvéoles destinées à recevoir l'émail, et que l'ouvrier n'a eu qu'à en retoucher les bords, et non à les creuser entièrement, comme cela se faisait poui' nos anciens émaux cliainplevés. Les trois feuilles de la rosace du iiiiliou sont entièrement réservées en cuivre cravé.

Fig. llo. — l'kiqiii' d'applique en émail cliample"\é.

Ancien Chine.

{Collection di' M. Bing. )

■Japon. — Les émaux cloisonnés japonais dill'èrent dos émaux chinois autant sous le rapport de la décoration que sous celui de la couleur ; mais l'haljileté et l'adresse sont les mêmes chez les artistes des deux pays. Alors que les Chinois se plaisent habituellement dans les colorations franches et parfois même un peu crues, les émailleurs japonais semblent rechercher avant tout l'harmonie dans les tons rompus, dans les nuances douces, calmes et un peu effacées. Quant à leurs décorations, elles sont plus variées, plus fantaisistes et surtout |ilus vivantes que celles des Chinois; c'est principalement dans la nature (pi'ils prennent leui's modèles, et s'ils repr('s('nt('nt d(^s iminiaiix , des insectes, des poissons, des oiseaux ou des Heurs, ils le font avec ce sentiment exact de la forme qui est un des caractères de leur talent, et ils savciil leur donner inic vériti'' de mouvements et iraltitmlcs qui c<intrastent sin^^ulièrcmeiit

L'EMAILLERIE EX ORIENT 54g

avec Fart conventionnel, immoliilisé, et, pour ainsi dire, hiératique des Chinois.

Il y a vingt ans à peu près, l'art de rémaillerie cloisonnée a eu au Japon une sorte de renaissance qui a produit des œuvres absolument remarquables, dont l'envoi à l'exposition de 18G7 avait excité une admiration générale. Malheufeusement cette belle période ne dura pas longtemps, et les

Fis;, ne. — PùiV'iHe en émail champlevé

Travail japonais, période moderne.

CColl.de M. Bing.)

émailleurs japonais inondent aujourd'hui nos magasins de produits d'un bon marché incroyable, il est vrai, mais qui, sous tous les rapports, sont tellement inféiieurs aux émaux de 1867, qu'il est à craindre que cet art si original et d'un caractère si particulier ne disparaisse bientôt.

Les Japonais semblent n'avoir jamais pratiqué la peinture sur émail, que les Chinois avaient poussée si loin; mais ils connaissaient l'émaillerie champlevée, et ont fabriqué et fabriquent encore en ce genre des oljjets d'usage domestique et des pièces d'ornement pour armes, meubles (fig. 116), ustensiles, etc., dont les alvéoles sont remplies d'émaux

546 L'EMAILLERIE

d'une pureté remarquable. Quelquefois on trouve associés sur la même pièce les deux procédés de champlevage et d'émaillage par gouttelettes d'émail nuancé (fig. 117) posées avec une habileté que pourraient envier nos plus habiles émailleurs.

l'ig. 117. — Ornement d'applique en cuivre découpé éniaillé par .hamplevase

et par gouttelettes en épaisseur. — Travail japonais.

(Coll. 0.' M. BiDK.l

Nous devons signaler également parmi les |>roduils de l'émaillerie japonaise les porcelaines recouvcrics tle dessins et d'ornements en émail cloisomié; les procédés et les émaux employés pour ces porcelaines sont absolument les mêmes que pour les cloisomiés sur méhd. dont elles ont l'apparence, égayée parfois par des zones de porcelaine blanche décorées en bleu sous couverte, et venant affleurer la partie émaillée.

Page 1