‹ Histoire de la verrerie et de l'émaillerieChapitre 5 sur 58 · ITALIE · texte numérisé non relu

ITALIE

Quant à ce qui concerne l'Italie ancienne, nous devons dire également que les documents historiques nous font à peu près défaut, au moins pour ce qui a rapport aux lieux de fabrication. Nous savons cependant par un passage de

Pline (XXX.VI, 66) que le sable de la Campanie était presque aussi renommé que celui du Bélus. « Aujourd'hui, dit- il, à l'embouchure du fleuve Vulturne, en Italie, sur la. côte, dans un espace de six mille pas, entre Cumes et Linternum, on recueille un sable blanc très tendre; on le broie au mortier et à la meule; ensuite on y met trois parties de nitre, soit au poids, soit à la mesure; le mélange étant en fusion, on le fait passer dans d'autres fourneaux : là il se prend en une masse à laquelle on donne le nom d'ammonitre; cette masse est mise en fusion, et elle donne du verre pur et des pains de verre blanc. »

Du temps de Strabon', c'est-à-dire au commencement du premier siècle de notre ère, le sable de Rome était, lui aussi, renommé pour ses qualités vitrifiables; mais rien ne prouve qu'il existât à Rome ou dans les environs des manufactures de verre, et l'on ignore si la rue des Verriers (vicus Vitrarius) avait été nommée ainsi à cause des fabri(pies qui y auraient été étaljlies, ou parce que des marchands de verreries s'y étaient plus particulièrement installés.

Quelques auteurs, s'appuyant sur nue (''pigiaiinne de Martial (xu, 74), ont également prétendu que sous Domitien (de 81 à 96 ap. J.-C.) il existait au cirque Flaminius un bazar spécialement consacré à la vente de la verrerie; mais là aussi il nous semble qu'il faut être extrêmement circonspect. En effet, le texte de Martial, très précieux en ce qu'il montre quel était le degré de faveur dont jouissaient à Rome, à cette époque, les verreries d'Alexandrie, nous parait devoir s'appliquer plutôt aux vases de terre, à la poterie commune. Voici du reste la traduction de cette épigrammc :

« Bien que le paquebot {cataplus) d'Egypte vous apporte des coupes de cristal, recevez ces vases du (•ii([ue Flami-

' Loc. cil., 2.0.

nius. Qui est le plus hardi, ou de ces vases, ou de ceux qui vous les offrent? Mais leur grossièreté double leur mérite : ils n'excitent pas la cupidité du voleur, et Teau bouillonnante ne peut les gâter. De plus, les convives y boivent sans donner d'inquiétudes aux valets, sans craindre qu'ils ne se cassent entre leurs mains. Encore un avantage, et qui n'est pas médiocre. Vous boirez dans ces verres, Flaccus, lorsqu'on devra briser sa coupe après avoir porté une santé'.

Il nous parait évident que « ces vases grossiers que l'eau bouillonnante ne peut gâter » n'étaient pa^ des vases en verre; en tout cas, l'épigramme de Martial prouve que les verres translucides {crystalla) dont on se servait alors à Rome venaient tous d'Egypte, et que les prix élevés auxquels ils étaient vendus en faisaient des objets assez rares et assez précieux pour qu'on y regardât à deux fois avant de les laisser briser par les convives, ainsi que cela était la coutume, après avoir porté ce que nous appelons aujourd'hui un toast.

Pline, qui parle assez longuement dos différentes sortes de verres, ne donne malheureusement aucun détail sur les lieux où on les fabriquait; il indique cependant des procédés qui dénotent un art particulier à l'Italie, puisque c'est seulement en Italie ou dans les pays soumis à la domination romaine que l'on a rencontré des verres fabriqués avec ces procédés : « Tantôt on le souffle, tantôt on le façonne au tour, tantôt on le cisèle comme l'argent'... » Plus loin il montre, lui aussi, combien le verre translucide était, de son temps, préféré aux verres en pâtes colorées : « On fait éga-

' Martial, Epigr. (liv. MI, 74), à flaccus:

Ouum tibi niliacus porlct crystalla cataplus, Accipe de circo pocula Flaminio, etc.

'^ ... Et oliud patii figuratur, aliud lorno tevilur, aliud argenli modo cœlalur. (Pline, 1. XXXVI, 66.)

2fi LA VRRRERIE

lement du verre blanc, du verre imitant le murrhin, imitant l'hyacinthe, le saphir, de toutes les couleurs, en un mot. Nulle substance n'est plus maniable, nulle ne se prête mieux aux couleurs; mais le plus estimé est le verre incolore, parce qu'il ressemble le plus au cristal'. Pour boire, il a même chassé les coupes d'argent et d'or; mais, à moins que l'on n'y verse d'abord du liquide froid, il ne résiste pas à la chaleur-... »

Il nous semble inutile de multiplier les citations des auteurs anciens, puisque pas un d'entre eux ne parle des endroits où on fabriquait le verre, et qu'ils se bornent à donner sur les procédés techniques des indications, la plupart du temps sommaires et qui se répètent toutes.

En réalité, il faut bien l'avouer, on ne sait rien sur les fabriques de verres qui ont pu exister en Italie; cependant il y en a eu à Pompéi, selon toute probabilité, et presque certainement à Cumes, en Campanie. Les fouilles qui ont été pratiquées sur l'emplacement de cette dernière cité , autrefois si florissante, ont donné un nombre considérable de verres blancs , assez purs de formes et de fabrication , mais n'offrant, sauf quelques exceptions, rien de remarquable ni qui mérite d'attirer l'attention.

Rome et ses environs ont dû posséder également des verreries. « A Rome, dit Strabon (loc cit., 25), il s'invente chaque jour, parait- il, de nouvelles compositions, de nouveaux procédés pour colorer le verre et pour simplifier la fabrication, et l'on est parvenu ainsi à obtenir une imitation de cristal tellement bon marché, qu'un verre à boire avec sa soucoupe ne coûte pas plus d'un chalque. » Un passage de Pétrone (Sa/z/r/Von) permet de croire également qui^

' Ma.rimus lamcn lionos in cnndidn Iranslncriililius ijiiain prnxiina Vj/slalli similitwlino. (XX.WI, (M.) ■ Ihirl.

le verre, à cause dvi prix peu élevé auquel on le vendait, devait être fabriqué à Rome ou dans les environs : « Vous me permettrez de vous dire que, pour mon compte, j'aime mieux le verre : beaucoup n'en veulent point. S'il ne se cassait pas, je le préférerais à l'or; tel qu'il est, il n'a pas de valeur {nunc autem vllia sunt). » Nous savons en outre que du temps d'Héraclius, au vue siècle, le verre romain {vitnan romannm) était encore fort estimé.

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