‹ Histoire de la verrerie et de l'émaillerieChapitre 8 sur 58 · I. \ Vi:iUiEI!lE DANS l." ANTIOf ITÉ · texte numérisé non relu

I. \ Vi:iUiEI!lE DANS l." ANTIOf ITÉ

ti'lc liaïu-lirr. mais (juo « tmile la lahi'Kjiir do Parlislo l'ut (Irtruito [iiuir fiiipècher ravilissemeut du enivre, de rargeut et de Tor; » et il ajoute prudemment : « Ce bruit a été longtemps plus répandu que le fait n'est certain ; mais ipi'imporfe! ') Il serait intéressant de rechercher ce (jui a pu donner lieu à cette croyance; la science moderne a découvert, il est vrai, le moyen de rendre le verre à peu près incassable au moyen du trempage, et on pourrait, à la rigueur, admettre que les anciens connaissaient ce procédé ; mais d'autre part il est prouvé que la nature même du verre répugne à la malléabilité, et le récit de Pétrone, malgré l'appui que lui ont donné plus tard de graves auteurs ', nous semble devoir être rangé parmi ces contes absurdes dont lilusieurs écrivains se sont faits trop complaisamment Fécho. bien que cependant il y ait souvent un fund de vérité dans les faits qui leur (Hil doiiné naissance-.

' Cl". Dion Cassilfs (lvii, 21) el Isidore de Sévrle [Orhjines, xvi, C).

"^ Suivant plusieurs auteurs, une découvcrle analogue aurait été laite au xvii" siècle, et n'aurait pas eu pour son auteur un bien meilleur résultat. Voici ce que raconte à ce sujet Ihuidicquer de Blancourt dans son Aride la verrerie (Paris, 1C97, p. 23), ai>rês avoir rapporté le récit de Pline: « Notre siècle, fertile en grands hommes, n'a pas eu moins d'avantages sous le règne du feu Roj- Louis le Juste que sous celui de Tibère, puisqu'on assure qu'un sçavani ayant trouvé ce même secret, en présenta une très belle figure au cardinal de Richelieu, qui éloil le Protecteur des Sciences; que ce Grand Minisire, voulant prendre cette figure pour la mieux admirer, celuy qui luy présenloit la laissa tomber exprès, dont ce Ministre parut fâché; mais que cet homme l'ayant ramassée en redressa toutes les parties offencées avec tant d'adresse, qu'il ne parut pas qu'elles eussent été bossoyées, ce qui surprit extrêmement ce sçavani Miiii-tre qui n'en ignora pas la cause, et que les raisons politiques qu'il crut avoir pour les conséquences de ce secret, obligèrent à faire arrêter celuy qui lavoit trouvé. Ainsi la fortune qu'il espéroit de faire par ce rare et iuiportanl travail, se trouva réduite en une prison perpétuelle. » Notre crédule auleuiajoute que, d'après l'avis des philosoplies chimistes, celle malléabilité peul être attribuée « à PRIixir blanc, ôlani la frangibililé au verre et le rendant capable d'exIi-nUmi eonnne le mêlai, ; in>i que lanlrme le docle Haymon.l Lulle. »

48 1. \ VEHREHIE

Les exemples que nous avons cités dans les pages qui précèdent montrent combien étaient nombreuses dans l'antiquité les applications du verre, soit à la fabrication des objets de luxe ou de décoration, soit à celle des ustensiles de table ou des vases destinés aux rites funéraires. Il nous reste à mentionner maintenant l'emploi qui en a été fait pour une quantité d'objets d'un usage plus restreint, ou moins connu alors qu'il ne l'est aujourd'bui.

Tels sont, par exem})le, les miroirs de verre et les verres à vitre, dont l'existence chez les peuples anciens a été prouvée par des découvertes récentes, bien qu'elle ait été niée jusqu'à ces derniers temps.

Pline, dans un passage que nous avons cité (p. 18), parle des miroirs de verre, dont il attribue l'invention aux fabriques de Sidon — siquidem etiam spécula cxcogitaverat; — mais on avait toujours mis en doute cette assertion, jusqu'au jour où on a découvert dans les tombes de Saqqarah deux petits miroirs cerclés chacun d'une bordure en bois, et qui sont déposés aujourd'hui au musée de Turin. Plus récemment encore, on en a trouvé plusieurs à Alkofen, petite localité sur l'emplacement de laquelle était située l'ancienne Ratisbonne {Castra Begina des Romains). Ces petits miroirs (de 7 à 8 centimètres de diamètre), que nous avons VMS peu de jours après la découverte qui en a été faite par M. Dahlem, le savant fondalcur et conservateur du musée de Ratisbonne, portent des traces non douteuses d'un étamage mélallique '. Les sépultures dans lesquelles il ont été tiduvés rciiiontcnt au ni'' siècle de nolr(> ère.

()m [xiurrail inIV'rcr de (juchpirs [lassages d'auftMirs latins

' 1)11 li'iii|is iIAniSToTr; un c i;iiss;iit ri'l:m\;ii;v iiirl;illii|iic ; il dil.cii cltrl ;

» Si 1rs iiii'Uiux ri les <Milliui\ ilnivciil l'Iiv [iiilis |iiiur Servir ilr inirnir, Ir vnjv .■t Ir ciislal oui Iwsniii il'rliv .I.miI.Ii- (l'illir Iriiillr ilr nirliil |.nui ivndiv riiii.i'.'i' (iniiri li'iir iiirMiilc «

que les anciens connaissaient également les glaces; toujours est- il qu'ils revêtaient de plaques de verre les murs et les plafonds de leurs maisons, et que ce verre, surtout s'il était noir, remplissait jusqu'à un certain point l'office de glaces. » Celui-là s'estime bien pauvre dont la chambre n'est pas tapissée de plaques de verre, » dit Sénèque {Epist. 86); et nous lisons dans la vie de Firmus, un des tyrans dont Vopiscus s'est fait Thistorien. « qu'il avait orné sa maison de glaces carrées, qui étaient fixées au mur avec du bitume et d'autres mastics '. »

Le verre, du reste, était fréquemment employé en architecture, surtout en Italie, soit comme revêtement, soit même comme pavage. Passeri, au xviie siècle, vit dans les ruines d'une maison, à Rome, un de ces parquets de verre « formé d'une masse compacte de la dimension même de l'appartement », et Deville a déposé au musée de Rouen des carreaux en verre verdàtre qui avaient également servi au pavage des appartements à Isola Farnese. Suivant Pline (xxxvi. ii4l, la scène à trois étages du théâtre de Marcus Scaurus était revêtue « de marbre, de vei-re et de bois doré ».

Quant aux vitres de verre, leur emploi dans l'antiquité ne fait plus aucun doute depuis les découvertes qui ont été faites en premier heu à Pompéi, dès 1772, par Winckelmann, puis à Herculanum, à Baies, à Rome, et, plus récemment encore, dans plusieurs autres maisons de Pompéi. Dans son ouvrage sur les découvertes de cette dernière ville, Mazois donne le dessin et la description d'un châssis de bronze destiné à des vitres qui ne mesuraient pas moins de 0'ii72 de hauteur sur 0'"54 de large. A en juger par les carreaux de fenêtre déposés au musée de Naples, et qui ont été trouvés également à Pompéi dans une chambre de bains

' « Nam et vitreis quadraturis bitumiiie aliisque inedicamcntis insertis domuni iiiduxisse perhibetur. » (Historix Augustx scriptores.)

oO LA VERRERIK

de la maison de D'iomède, les vitres anciennes étaient plus épaisses et moins transparentes que les nôtres. D'après le savant Bontemps, l'ancien directeur de la cristallerie de Clichy, ces vitres auraient été fabriquées par coulage dans un cadre métallique, procédé qui avait été perdu, et que devaient retrouver, seize siècles plus tard, les fondateurs de la manufacture de Saint-Gobain.

Quelques arcbéologues, entre autres M. Frœhner, s'appuyant sur un certain nombre de verres taillés en. plan convexe trouvés dans différentes contrées, et sur une lentille' ayant appartenu, suivant toute probabilité, à un instrument d'optique, et qui a été découverte à Ninive en 1851 (cf. Athenœum français, sept. 1852), ont pensé que les anciens connaissaient les verres comburants. Le passage suivant des Nuées d'Aristophane vient, à défaut d'autre témoignage, corroljorer cette opinion :

SocR.\TF.. — Je suppose que Ton fiiUente un procès de cinq talents, comment ferais-lu pour échapper à la Cdndainnatiûn-'

Strepsiade. — J'ai trouvé pour annuler ranét mi niuyen très ingénieux; tu en conviendras lui -même.

SocRATE. — Lequel"?

Strefsiaue. — As- tu déjà vu chez les marchands de drogues une pierre belle et diaphane avec laquelle on allume le feu".'

SocR.\TE. — Tu veux parler d'une lentille de cristal".*

Strepsiade. — (Hii. Si j'allais avec cette pierre me placer du côté du soleil, bien Idin du greffier, pendant iiu'il éciirail l'anèt je ferais tondre toute la cire sm- laquelle seraient tracées les lettres '..,

Les anciens, du reste, dcvaieiil avoir des coimaissances assez étendues en optique, et la délicatesse de certains

' Uiir Inilillr M'uiblable provriiaiil df hi Cv ivÈhiuiiir liL'iiiT daiis lc< collections du Mui-iv ili' ^^t'vres (ii" 4170).

* Aristophane, Iraci. Poyard. — Pour comprendre ce passage, il faut ^e rappeler que les Grecs écrivaient sur des tablettes de cire.

travaux, exécutés par leurs graveurs en pierres Unes, permet de supposer qu'ils faisaient usage de la loupe; en tout cas, ils n'ignoraient pas la propriété que possèdent les globes de verre remplis d'eau , — pareils à ceux dont se servent encore aujourd'hui les graveurs et les cordonniers, — de concentrer la lumière et de grossir les objets, puisque Sénèque en mentionne de semblables.

Ils se servaient également d'instruments de chimie en verre, entre autres de cornues; on en a découvert plusieurs à Arles, à Nimes, dans les environs de Cologne et dans plusieurs contrées de l'ancien empire romain K

On fabriquait aussi en pâte de verre des balles, ou mieux de grosses billes destinées aux jeux des enfants, et, si nous en croyons Pline (xxxvi, G7), c'était également en verre coloré de plusieurs couleurs qu'étaient faites les pièces qu'il désigne sous le nom d'abaculi, et qui étaient employées pour jouer à un jeu qui se rapproche de notre trictrac ou du jeu de dames.

Parmi les petits objets de verre, nous devons mentionner

Fig. 21. — Tessères ou jetons en verie ( Ane. coll. Cliarret.)

surtout les tessères ou jetons, qui servaient à divers usages, et que, suivant l'opinion émise par plusieurs savants, les premiers chrétiens employaient « comme signes de ralliement auxquels ils se reconnaissaient entre eux, et qui les

' Cr. un arlick- de M. Olucher.'m dans la Revue archéologique , 187'i.

.j2 la vpzhrehik

déterminaient à exercer les uns envers les autres, sans crainte et sans déguisement, les devoirs de la charité fraternelle ' ». On a trouvé plusieurs spécimens intéressants de ces tessères dans l'ancienne Gaule, en Italie et dans l'Asie Mineure (fig. 21 ).

Les verriers de l'antiquité ont connu également l'art de décorer le verre au moyen de la dorure ; mais cet art a été peu pratiqué, à en juger par l'excessive rareté des pièces qui sont parvenues jusqu'à nous, du inoins de celles sur lesquelles, ainsi que cela a lieu aujourd'hui, la dorure aurait été lîxée par la cuisson.

Il n'en est pas de même des verres dorés, désignés généralement sous le nom de verres chrétiens, parce qu'ils ont été trouvés plus particulièrement dans les cimetières des Catacombes, et aussi parce que les sujets ou les figures qu'ils représentent sont toujours empruntés à VAncieti ou au Nouveau Testament.

De tous les verres que nous a légués rantitpiité, les verres dorés sont certainement ceux qui méritent d'occuper une place des plus importantes, non pas tant à cause de la valeur artistique de quelques-uns d'entre eux que par leur procédé de décoration, qui apparaît pour la première fois, et surtout par les détails archéologiques qui s'y rencontrent. La plupart de ces verres, ou plutôt de fragments, car on ne possède guère (jue des fonds de coupes ou de veri'es à boire, sont déposés aujourd'hui à Rome, au musée du Vatican, et ont été décrits et publiés par plusieurs auteurs, enti'e autres i)ar le 1{. 1'. (iarucci. (pii a accompagné son texte de tigures dessinées par le R. P. Martin, ilans l'ouvrage intitulé : Vetri ornatl di figure in oro (Home. ISÔS). Suivant cet auteui-, qui reproduit, du reste, l'opinion émise

' Dictionnaire des antiquités chrétiennes . par M. labLio Mahticny.

LA VERRERIE DANS I/ANTIOriTÉ

en 1716 par Buonarroti ', la plus grande partie de ces verres datent du temps des persécutions ; on en a trouvé dans les cimetières chrétiens de la plus ancienne époque, et beaucoup portaient encore des traces de sang. Le procédé qui était employé dans la décoration des verres chrétiens consistait (fig. 22) à enfermer entre deux verres une mince

Fig. 22. — \'erre dorô irouvé dans les Catacombe?, l Musée du Vatiran.l

feuille d"or. sur laquelle on dessinait et gravait à la pointe des figures, des ornements et des inscriptions; cette feuille, fixée sous le fond de la coupe, était recouverte d'une mince couche de verre très fusible, qui se soudait au feu avec la première, de manière à préserver la dorure contre l'usure et les influences extérieures. Nous retrouverons un procédé à peu près analogue en Italie du xiie au xve siècle, et plus tard en Bohème au xvnie.

' Osservasioni sopra alcuni frammeali di vasi antichi di vctro, ornali di f'fiure, trovati né cirniteri di Rojna. (Flnrenre, in-4", 1716.)

o4 I.A VERRE RIF,

Nous terminerons ici cette étude des verreries antiques; nous aurions voulu la faire plus complète, mais, ainsi que nous l'avons dit, les documents historiques font défaut, et dans bien des cas nous avons dû nous borner à former des conjectures. Les pages qui précèdent suffiront cependant pour montrer à quel haut degré de perfection s'était élevé autrefois ce bel art du verre, qui occupe à juste titre une place des plus importantes dans l'histoire des industries humaines, et qui devait plus tard renaître dans toute sa splendeur, après être tombé pendant plusieurs siècles dans un état de décadence tel, que la plupart des procédés mis en œuvre par les liabiles ouvriers de l'antliputi'' avaient été oubliés si complètement, qu'on n'en soupçonnait même pas l'existence, et qu'on hésitait à reconnaître des verres dans certaines pièces mises au jour par les fouilles. Aujourd'hui encore, il faut l»ien Favouer, quelques-uns de ces procédés n'ont pu être retrouvés, et sous IVien des rapports nous sommes forcés, malgré notre amour-propre, de nous incliner devant la supériorité des verriers du vieux monde romain.

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