SUR MICHEL B A U I) I E R
tout est régi d’après des lois scientifiques ; à chaque fonction doit correspondre un degré déterminé de savoir. Ainsi (et plût au ciel qu’il en fût de môme chez des nations qui se croient plus sages et plus éclairées ! ) , l’art de gouverner est subordonné à des principes invariables et acquis par de longues et pénibles études : nul n’oserait prétendre à la tâche si difficile d’administrer les Etats et de régir les hommes, sans avoir prouvé, par des. examens publics et sérieux, son savoir et sa capacité spéciale.
A ces considérations générales , llaudier ajoute des détails, insignifiants pour nous aujourd’hui, précieux alors, sur les officiers du roi, l’administration de la justice, l’agriculture, etc. Il s’en faut de beaucoup que la statistique qu’il donne , d’après les entretiens qu’il a eus avec le missionnaire flamand , soit* fondée sur des observations exactes. Il serait tout à fait inutile de relever ses erreurs sur la population, que, d’après les calculs de la Société Asiatique, nous pouvons évaluer à 350,000,000 d’habitants, et sur les revenus de l’empire , si étrangement exagérés, môme après lui, et qui ne dépassent pas 800,000,000 de francs , la moitié seulement, hélas! du budget actuel de la France!
Cette fameuse langue chinoise que Baudier et un grand nombre d’historiens avaient considérée comme trop difficile pour que la vie d’un homme
NOTICE
suffit à la connaître, nous savons maintenant, par les travaux de Guignes, de Williams Jones, de Klaprolh , d’Abel Rémusat, de Stanislas Jullien, que trois années suffisent pour l’apprendre. Plus heureux que les hommes du dix-septième siècle, nous avons pu être initiés à la connaissance de la littérature des Chinois, si riche en poëmes descriptifs et narratifs, en drames, en romans, et surtout en livres de morale et de philosophie.
Quant au progrès de leur agriculture , à la beauté et à la solidité de leurs constructions, et surtout aux merveilles de leur industrie, développée depuis bien des siècles sans doute, mais aussi depuis longtemps stationnaire, tout ce qu’en apprend Baudier devait exciter au plus haut degré l’admiration de ses lecteurs, et leur faire élever bien haut le génie inventif de ce peuple. Personne n’ignore avec quelle délicatesse les Chinois travaillent ou préparent le verre, l’ivoire, la nacre, la porcelaine, la soie, et, au temps de Baudier, ils étaient à peu près sans rivaux dans ces diverses branches d’industrie. Mais il ne faudrait pas cependant se méprendre sur la portée de leur aptitude scientifique. Leurs observations d’astronomie, contemporaines de celles des pasteurs de la Chaldée , sont renfermées dans un cercle assez étroit, et, quoi que prétende Michel Baudier, leur calendrier n’a jamais été bien supérieur à celui de