‹ Histoire de la vie et de l'administration du cardinal Ximenès annotée et précédée d'une introduction et d'une notice sur Michel Baudier et ses diverses ouvragesChapitre 15 sur 88 · SUR MICHEL B A UDI ER · texte numérisé non relu

SUR MICHEL B A UDI ER

avons dit plus haut de la première aura justifié, nous l’espérons du moins , la préférence que nous lui avons donnée en la réimprimant ici. Nous allons faire passer le résumé des deux autres sous les yeux du lecteur.

Histoire de l' administration de labbc Suger. (l'arif . 1045 , in-4°. )

Pour retracer l’histoire du ministre de Louisle-Jeunc , Michel Baudier pouvait consulter ses lettres, scs ouvrages, et en particulier la vie de Louis-le-Gros , écrite par le célèbre abbé de Saint- Denis ; saint Bernard, Pierre de Cluny, Pierre de Blois , dans leur volumineuse correspondance , lui fournissaient d’autres matériaux dont il aurait pu tirer parti. Il s’est contenté de suivre Guillaume , moine de Saint-Denis, qui, après avoir été secrétaire de Suger, a fait en latin le récit de sa vie, que Jean Baudouin venait tout récemment de traduire en français

Le douzième siècle compte peu d’hommes aussi

1 Cet ouvrage du moine Guillaume est imprimé dans Y Histoire des Ministres d'Etat, par Charles d’Auteuil, auteur lui-même d’un éloge de Suger; et dans Félibien, Preuves de l'histoire de l’Abbaye de Saint-Denis , Paris, 1706.

distingués que le ministre dont Baudier a fait connaître l'administration. Après saint Bernard , dont Garat, dans son éloge même de Suger, couronné par l’Académie française , reconnaît avec raison la supériorité, l’abbé de Saint-Denis mérite sans aucun doute d’être placé au premier rang. La fortune, en le prenant par la main pour l’élever aux grandeurs, était venue en aide aux heureuses qualités dont l’avait doué la nature. Né en Artois 1 vers l’année 1081, Suger, envoyé fort jeune à l’abbaye de Saint-Denis, y rencontra un écolier qui le prit en vive alfection et partagea, ses éludes et ses jeux. Le condisciple n’était autre que le fils du roi de France Philippe I er , destiné «à régner sous le nom de Louis VI. Lejeune Suger excite bientôt par la vivacité de son intelligence et son ardeur pour le travail l’admiration des moines de Saint-Denis. Embrassant dès lors avec zèle les intérêts de son ordre, il déploie un courage et une vigueur qu’on était loin de soupçonner en lui. Les Anglais attaquaient sans cesse la terre de Berneval, située en Normandie et faisant partie des vastes possessions de l’abbaye ; Suger demande à y être envoyé : il arme les vassaux , les mène ré-

1 Los historiens ne s’accordent pas sur le lieu de sa naissance. Dom Liron, dans ses Singularités historiques , t. II, mentionne un ouvrage ayant pour titre : La Gloire de l'Artois , où il est prouvé que Suger , abbé de Saint-Denis , est né dans l’Artois.

Sl'H MICHEL B A (jl)I ER.

solûment contre les Anglais , et force ceux-ci à respecter les terres que depuis longtemps ils dévaslaient dans leurs continuelles excursions. Une autre occasion s’otfre bientôt au belliqueux tonsuré. La terre de Toury, située sur le chemin d’Etampes à Orléans et faisant aussi partie des domaines de Saint-Denis, était menacée par Hugues, seigneur du Puiset, qui , suivant les habitudes féodales, cherchait à s’agrandir aux dépens de ses voisins lorsqu’il se croyait le plus fort. Suger accourt, lève une petite armée qu’il commande en personne, et, non content de résister vaillamment aux attaques du seigneur du Puiset, il prend l’olfcnsive, se met à sa poursuite, va le chercher jusque dans son donjon, qu’il détruit par le fer et le feu, et le réduit à l’impuissance.

Celte vigueur militaire était tout aussi propre à faire valoir, en ces temps de chevalerie, le nom de Suger que les talents et les vertus qui le distinguaient. Après la mort du vénérable Yves, abbé de Saint-Denis, arrivée en 1122, il fut appelé d’une commune voix à lui succéder dans le poste éminent que cette mort laissait vacant. A une époque où les rois , mal affermis encore sur le trône, se soutenaient souvent par le crédit et avec l’appui des hommes d’Eglise, le chef de la première abbaye de France, de celle qui conservait en dépôt l’oriflamme, était appelé tout naturelle-

NOTICE

ment à jouer un rôle important dans les affaires du royaume.

Aussi, sans aucun autre titre officiel que celui d’abbé de Saint-Denis, Suger se vit investi de toute la confiance de Louis VI , son ancien compagnon d’études.

Ma is ce qui mit le comble à la vénération qu’il inspirait déjà, c’est le zèle tout apostolique qu’il déploya pour la réforme de son ordre. Enrichis par la munificence des rois et les dons des fidèles, les moines de Saint-Denis, au grand scandale des

chefs les plus respectés de l’Eglise et au grand détriment de la religion, se livraient, comme ceux des autres abbayes, à tous les débordements qu’entraînent la richesse, le luxe et la puissance. En vain la voix éloquente de saint Bernard s’était élevée contre les abus dont l’intérieur des monastères était le théâtre; en vain il avait pris l’initiative des réformes radicales; un très-petit nombre d’abbayes se montraient disposées à retourner à la vie pieuse, simple, retirée et frugale que leur prescrivaient les règles établies par leurs saints fondateurs. Suger osa introduire la réforme à Saint-Denis, et il n’eut pas trop de toute sa fermeté et de tout son crédit pour mener à bonne fin cette entreprise. Ce fut là un grand sujet de joie pour les hommes qui avaient à cœur le maintien de la foi et le triomphe de la discipline chrétienne, et saint Bernard ne fut pas

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