SUR MICHEL RA UDI ER
le dernier à féliciter Suger de son zèle et de son courage. N’était-ce pas, en effet, pour tout son siècle un exemple édifiant que celui que donnait l’illustre abbé, administrant les affaires du royaume, commandant à de nombreux monastères , assez riche de ses revenus pour lever des armées, et cependant conservant près de l’église de Saint-Denis, qu’il faisait reconstruire avec une magnificence toute royale, une petite cellule dans laquelle il s’enfermait pour jeûner et prier, comme s’il eût voulu se faire pardonner par Dieu, à force d’humilité et de piété , sa puissance et sa grandeur !
A P rès la mort de Louis VI, Suger conduisit
son jeune fils Louis VII en Aquitaine, où son
mariage avec la trop célèbre Eléonore ajoutait tout à coup au royaume autant de provinces que lui en avait laissé son père.
En 1146, Lou is VII , tourmenté par les remords que lui causait rhorriblc trépas de quinze cents sujets du comte de Champagne, brûlés sous ses yeux dans l’église de Vitry, fit vœu de partir pour l’Orient Suger essaya en vain de modérer, au nom de la politique et des vrais intérêts de la France, une ardeur contre laquelle vinrent se briser tous ses efforts. La croisade fut prêchée à Vézelay par le grand apôtre du douzième siècle, saint Bernard, obéissant plutôt, dit-on , aux or-
NOTICE
(1res du pape Eugène III qu’à ses propres sentiments.
Elle n’eut, comme on le sait, une heureuse issue ni pour le royaume, ni pour le roi lui-même, obligé de répudier à son retour l’héritière d’Aquitaine, qui porta en dot aux rois d’Angleterre les riches domaines dont la possession les rendit pendant si longtemps redoutables à la France.
Pendant l’absence du roi, Suger fut chargé de l’administration du royaume : sa modération, qui n’excluait point la fermeté, son économie, sa prudence, son adresse avaient maintenu dans l’Etat l’ordre, la paix et l’abondance. C’était, disait-on partout, le Salomon de son siècle. Le roi d’Ecosse, David, lui témoignait sa respectueuse admiration; l’évêque de Salisbury faisait pour le visiter le voyage de France, ne voulant pas mourir, disait-il, sans avoir vu le grand ministre, et Louis-le-Jeunc , à son retour de la fatale croisade, l’honorait du beau nom de Père de la patrie.
Si le chapitre des contradictions humaines n’était pas suffisamment connu , l’on pourrait s’étonner de voir le sage ministre de Louis VII employer
les dernières années de sa vie à faire les préparatifs d’une expédition pour la Palestine, et consacrer scs immenses richesses à lever dans ce but une armée formidable.
Le trésor royal avait été ruiné par le voyage