SUR MICHEL R A U 1)1 ER
Voici ce q ue dit à ce sujet Moréri (édition de 1750) dans la notice qu’il a consacrée à notre auteur :
« L’origine de cet ouvrage mérite une re- » marque. Jean Sirmond, de l’Académie fran- « çaise, ayant entrepris d’élever la gloire du car- * dinal de Richelieu au-dessus de tout ce qui l’avait précédé, s’attaqua d’abord au grand cardinal » d’Amboise, qu’il ne manqua point d’abaisser par » des comparaisons dont tout l’avantage était pour » le ministre présent. Il déguisa néanmoins son « nom à la tête de son ouvrage, comme s’il eût » appréhendé le ressentiment de tous les bons « Français, qui n’auraient pas vu déprécier volon- « tiers un nom si cher et si honorable à la nalion. « Il prit le nom de sieur des Montagnes , et publia » son livre en 10.31, à Paris, in-8°, sous le titre » de Vie du cardinal d’Amboise, ministre d'Etat sous » Louis XII , ensuite de laquelle sont traites quelques » points sur les affaires du temps. Baudier, dont le caractère n’était point la flatterie, entreprit donc » de défendre la mémoire d’un des meilleurs mi- « nistres qu’ait eus la France contre les imputa- » lions et les déguisements d’un écrivain mercc- « naire. Dès le titre de son ouvrage, il fit entendre, » par la division de son dessein , que le prétendu « des Montagnes avait pris le change en rapportant « toute la grandeur d’un ministre à l’habileté de sa
» politique. Cet ouvrage fut estimé à sa naissance » et fit mépriser celui de Sirmond. »
Le livre de Michel Baudier est en effet conçu dans un grand esprit de justice et d’impartialité. 11 n’y faut chercher sans doute ni une appréciation éclairée des actes du ministre de Louis XII, ni une grande intelligence philosophique de l’époque , ni un ordre méthodique dans le compte rendu de cette administration célèbre. Mais il raconte avec beaucoup de droiture et de bonne foi. «J’advoue, dit-il dans son avant-propos , que je » n’ai point apporté d’autre ornement à cette his— » toire que la vérité. « Il s’efforce d’étre complet, et n’épargne ni travaux ni recherches pour se procurer les nombreux documents qu’il met sous les yeux du lecteur. On peut donc à juste titre s’étonner de ce que l’historien de l’Académie française, Polisson, qui signale, quoique avec tous les ménagements possibles, les fâcheuses tendances de l’ouvrage de Sirmond, n’ait pas saisi cette occasion de rendre un hommage mérité h l’impartialité de Baudier. Varillas, qui adresse les mêmes reproches avec plus de sévérité au sieur des Montagnes , « qui aurait bien pu, dit-il , être juste en- » vers le cardinal de Richelieu, sans immoler à sa 5 » vanité l’un de ses plus estimables devanciers,» n’a pas non plus le moindre éloge à donner à Baudier, qu’il sait cependant être plus exact, plus