‹ Histoire de la vie et de l'administration du cardinal Ximenès annotée et précédée d'une introduction et d'une notice sur Michel Baudier et ses diverses ouvragesChapitre 19 sur 88 · SI R MICHEL «A I I) 1ER · texte numérisé non relu

SI R MICHEL «A I I) 1ER

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complet et surtout plus juste que Sirmond. Quant aux autres écrivains qui se sont occupés de Georges d’Amboise, d’Auvigny, dans ses V ies des hommes illustres de France; ChauQepied,dans son Histoire du cardinal d’Amboise (nous pourrions en citer encore plusieurs), ils n’ont pas dit un mot de Baudier, et se sont bornés à le copier ou à le résumer.

L’ouvrage de Michel Baudier fait connaître d’abord la famille distinguée à laquelle appartenait Georges d’Amboisc. Promu de bonne heure aux plus hautes dignités de l’Eglise, évéque de Montauban, puis archevêque de Narbonne sous le règne de Charles VIII, d’Amboise s’était dès lors attaché à la fortune du prince qui se fit pardonner sur le trône les erreurs d’une jeunesse turbulente. Après avoir raconté avec des détails omis par presque tous les historiens de Louis XII la révolte furieuse par laquelle l’Université de Paris accueillit l’entrée du Roi dans cette ville où son nom devait être plus tard l’objet d’une alfection universelle, Baudier initie son lecteur aux raisons qui engagèrent ce monarque à répudier sa femme : « Prin- « cesse vertueuse, charitable, pieuse, mais dont » l’esprit était logé dans son corps comme un « monarque très-illustre dans un mauvais logis. « Ce divorce , dans lequel l’influence de Georges

d’Amboise, alors archevêque de Rouen, fut toute-

NOTICE

puissante, donna la Bretagne à la couronne de France par suite du mariage de Louis XII avec la duchesse Anne , veuve du dernier roi ; le chapeau de cardinal récompensa le zèle du prélat devenu depuis ce moment le conseiller intime , le ministre et l’ami du roi de France. La conquête du Milanais, si rapidement effectuée, est racontée par Baudier avec beaucoup de détails. Tout en montrant combien le cardinal d’Amboise, par son dévouement, son habileté et la sagesse de ses conseils, seconda le roi dans sa brillante fortune et devint pour lui dans l’adversité un consolateur et un soutien , il ne dissimule ni les fautes du monarque , ni les fausses démarches dans lesquelles il fut entraîné par son ministre devenu légat du pape, et malheureusement préoccupé trop souvent du désir de ceindre la tiare égarée sur les fronts d’Alexandre VI et de Jules IL Baudier, dont nous avons précédemment signalé la piété solide et le profond respect pour l’Eglise, échappe par la franchise, qui est l’habileté de l’honnête homme , aux difficultés que présente à l’historien la conduite publique ou privée des souverains pontifes ennemis de la France, qui occupaient alors la chaire de saint Pierre. Il ne coufond pas la cause sacrée de la religion avec celle de quelques-uns de ses ministres. Calme et respeclueux dans les jugements qu’il porte, il

SUR MICHEL BAUDIER.

n’h^site pas néanmoins à condamner hautement ce qui est répréhensible. « Les mœurs des papes « Alexandre VI et Jules II sont décrites comme « elles ont été , dit-il; et si ces papes peu vertueux « ont fait asseoir avec eux sur le trône l’avarice , « l’ambition et la vengeance, ils ont fait voir en v. cela que l’homme a plus occupé le siège que le » pontife souverain. La vérité n’a pu sans crime « déguiser leurs actions dans le récit des affaires « de l’Italie, et en outre la violente passion des » armes , l'ambition démesurée et le cruel appétit » de vengeance de Jules II, ayant détruit la Na- » varre et troublé la France, ont rendu sa mé- « moire odieuse non-seulement à ma nation, mais » encore à toute l’Europe. En quoi l’on doit con- » sidérer que je ne pouvais, sans enfreindre les « lois de la nature et de l’histoire, couvrir du « silence l’injustice et la violence de ce pape. » Mais, pour cela , je ne touche point à la doctrine » ni à la religion que je tiens saine et sans flétris- » sure , et fais différence entre l’homme et le sou- « verain pontife \ »

Au reste, la presque totalité de l’ouvrage de Michel Baudier étant consacrée au récit des par-

1 Ce jugement sur Jules II est peut-être un peu sévère, car le plus grand crime de ce pape est d’avoir combattu la prépoudérance française en Italie avec une habileté et une énergie qu’on ne saurait méconnaître.

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ticularités des guerres d’Italie, c’est à vrai dire l’histoire du roi de France ou l’histoire de France sous le règne de Louis XII , bien plus (juc celle de Georges d’Amboise. L’écrivain qui célèbre ses vertus, sa modération, son application aux affaires, son ardent amour pour les peuples, ne met le lecteur à même d’apprécier que d’une manière incomplète l’administration du ministre à l’intérieur de la France. Il la vante plus qu’il ne l’analyse.

« Jamais la France, dit-il, ne fut si populeuse, « si féconde, si riche, si cultivée que sous sa pru- » dente conduite; si bien que, tant qu’il vécut, la « discorde et la guerre en furent bannies et por- « tées ailleurs. Après sa mort, elles y rentrèrent, « n’ayant plus d’ennemi qui les en chassât, et y » firent les ravages aux villes, à la campagne, et y « répandirent cruellement le sang humain. Il était « affable, débonnaire, libéral envers les hommes « de mérite, qu’il a toujours rendus considérables » et recommandables auprès de son maître. »

Baudier, qui cite avec une juste admiration plusieurs traits de la vie de Georges d’Amboise, aurait pu en raconter une foule d’autres dont l’histoire a conservé le souvenir, et qui , mieux encore que les éloges qu’il lui adresse, auraient mis en relief la bonté de son cœur, digne de celui du monarque dont le peuple a gardé la mémoire.

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