‹ Histoire de la vie et de l'administration du cardinal Ximenès annotée et précédée d'une introduction et d'une notice sur Michel Baudier et ses diverses ouvragesChapitre 24 sur 88 · SUR MIC H KL B A UDI K R · texte numérisé non relu

SUR MIC H KL B A UDI K R

«ju’il voulait décrire , les voyages qu’il entreprenait , les recherches laborieuses qui occupaient ses veilles, les sacrifices de toute nature qu’il s’imposait, on se prend à croire ei à dire que de tout cela ne pouvait sortir un auteur médiocre et insignifiant

C’est particulièrement dans ces derniers essais historiques que Michel Baudier ne s’est pas contenté de faire agir les personnages qu’il met en scène ; il les fait parler , et les discours (ju’il leur prête ne sont pas lu partie la moins originale de ses écrits. L imitation des historiens de l’antiquité avait introduit cet usage parmi nos chroniqueurs ; ils animaient et vivifiaient ainsi leurs narrations, qui auraient paru en quelque sorte incomplètes sans les discours ; c’était là qu’ils cherchaient plus particulièrement à peindre les caractères et à en tracer ce que Michel Baudier appelle lui-même des pou rira ici. s au naturel. Mous ne pouvons donc le blâmer d'avoir fait ce qui , de son temps, n’était pas désapprouvé; nous traiterons avec indulgence même les comparaisons un peu ambitieuses et pédantesques que Marguc-

' Michel Baudier nous uppreud lui-même qu’il avait parcouru l’ Angleterre, où il avait visité le château dcliamptoncourl, bâti parWolsey, et qu’il avait fait le voyage de Rome , où il uvuit lu le livre manuscri «le Henri VIII contre Luther et copié les lettres du même Roi à Aune de Boulen.

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rite d’Anjou, Henri VI, le duc d’York et le cardinal Wolsey s’étonneraient sans doute de trouver dans leurs discours, et nous nous contenterons de demander à la rhétorique de notre historien quelques-uns des traits qui contribuent à mettre en relief les caractères de ses personnages. Du reste, il n’est pas sans intérêt de voir comment il s’est mis à leur place, comment il s’est identifié en quelque sorte à leur esprit, à leurs mœurs, à leurs passions, en parlant pour eux; et s’il arrive qu’il montre de la sagesse dans les affaires, de l’intelligence dans les conceptions, de la netteté et de la vigueur dans les discussions, nous nous souviendrons alors qu’il était « conseiller du Roy et conseiller d’Estat , » et nous l’apprécierons mieux lui-même.

Les titres que Michel Baudier donne à ses ouvrages nous paraîtraient aujourd’hui prétentieux et affectés ; mais de son temps il était encore d’usage pour les écrivains d’annoncer ainsi, avant d’entrer en matière, leur sujet tout entier, l’idée qui le leur avait inspiré, le sentiment qu’ils se proposaient d’y faire dominer, et en quelque sorte la façon dont ils voulaient le traiter. Ce qui ne nous paraît plus assez simple était peutêtre une heureuse naïveté; du moins l’auteur savait et avouait dans quel esprit et pour quelle

SUR MICHKI. BAUDIKR. Il»

iiilention il écrivait; c’était là le fond et l’unité de l’œuvre entreprise.

Voici les titres des deux récits historiques renfermés dans le premier des volumes manuscrits dont nous nous occupons :

Histoire des signalées calamités de Marguerite d'Anjou , règne d’Angleterre , où se voyait 1rs inconstances de la fortune, les ehautfcmcuts de la cour et les misères de la vie attachées aux sceptres et aux couronnes.

Histoire de l'administration , de la rie et de la mort de Thomas Wolsey, cardinal dlorc , premier et principal Ministre d' Estai en Angleterre , où se voyent les troubles d'un royaume et de la maison royalle , quand un Ministre d’Kstat abuse de son crédit et de rautborité de son maislrc, ensemble la ruine du mesme Ministre.

Histoire de Marguerite d'Anjou '.

( Manusrril in-folio <lc 70 fauillrl» , avec i|iiclque* iiilorcaldlion» <lc |>lu» jn'lil format '

(’e que l’historien veut faire ressortir de la vie de Marguerite d’Anjou, cette reine française d’un royaume étranger, c’est le spectacle de la constance humaine luttant contre les vicissitudes de

1 II paraîtrait que cet ouvrage de .Michel Baudicr a été traduit eu anglais , mais que le traducteur a oublié d'indiquer l'auteur du texte original. Vous ne pouvions désirer pour l'auteur un témoignage plus signalé de la part des Anglais revendiquant, même sans reconnaissance , ces pages de leur histoire écrites par un Français.

NOTICE

la fortune, c’est le tableau des épreuves diverses dont la vie est inséparable; et si-l’exemple choisi pour instruire tous les spectateurs est placé sur le Irène, c’est parce que les calamités des grands nous frappent plus que celles de nos égaux : on dirait , selon la grande idée des prédicateurs chrétiens, que Dieu veut nous avertir par les coups qui frappent les têtes les plus élevées, et que ces leçons empruntent une autorité nouvelle de la majesté même qui est la dernière consolation des infortunes royales.

La parole de Michel Baudier n’a pas l’élévation sublime de cet exorde, où un peu plus tard Bossuet annonçait le récit des malheurs d’une autre reine donnée aussi par la France à l’Angleterre, et qui revint dans sa patrie, comme Marguerite d’Anjou, veuve, proscrite et sans couronne; mais les premières lignes respirent un sentiment à la fois simple et profond de la grandeur du sujet

u L’entrée de l’homme dans le monde est la » mesmo entrée dans les misères de la vie, d’auv tant (jue la nature a lié deux choses ensemble et » les a rendues inséparables, qui sont vivre et souf- » frir. Mais ceux-là certainement souffrent davan- » tage qui relèvent plus de la fortune par la posv session de ses dignités, et qui, par des grandes

1 Tous les passades mire jjuillemels sont extraits lilleralemenl «lu lexle original.

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