SIR MICHEL BAL 1)1 K R
« duc d’Anjou et Roy de Sicile, cousine germaine » du Roy. »
L’historien ne manque pas de citer les lettres authentiques du Roi Henri sixième , dont les originaux lui avaient été confiés par le seigneur d’Hérouval, auditeur en la Chambre des comptes de Paris, « personnage seavant en nostre histoire, » diligent aux recherches de l’antiquité , et très- » libéral à secourir de ses manuscrits ceux qui « travaillent pour le public. » Ces lettres nous font déjà connaître Henri VI , le futur époux de Marguerite d’Anjou, caractère trop timide et trop sensible pour le temps où il allait vivre. Il parle de u son entier vouloir de paix stable , bonne union » et concorde ; » il désire « les trêves estre invio- » lablement gardées et observées ; » il s’épouvante et s’attriste « des mortelles guerres et des péril— « leuscs divisions qui trop longuement ont duré « entre les deux peuples, de la piteuse effusion du « sang humain et de la douloureuse turbation de « la chrestienté *. « C’est déjà le prince que l’on
1 Ces lettres sont trop curieuses pour que nous n’en transcrivions pas ici au moins une : celle qu’on va lire est la lettre de creance dont était porteur le Comte de Suflolk , ambassadeur du Roi Henri VI , lorsqu'il vint en France chercher Marguerite d’Anjou pour la conduire en Angleterre :
« A Irès-lmut, très-excellent et très-puissant Prince, nostre treschicr oncle de France.
* Très-haut, très -excellent et très- puissant Prince, nostre très-
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pourra appeler le seul honnête homme de son siècle, mais «pii sera victime des partis, faute d'énergie et de résolution , et se montrera également impuissant à conserver et à reconquérir ses royaumes.
» chier oncle, Henri, pur lu grdee <ie Dieu, Roy de France el d'Angle- » terre, neveu, sulut et cordialle et entière affec ion, en toute bonne' » et parfaite concorde et commune dilection. Très-haut et très-excelh ni y Prince, noslre très-chier oncle, nous avons receu par noslrc bien- » aine jarreticr Roy d’armes, noslre héraut, vos très-gracieuses el y amiables lettres, pur lesquelles de vostre grunt doulceur et cour-
* toisie nous signiniez la bonne prospérité de vostre noble personne ,
* qui nous a esté en singulière joyc el granl plaisir; el par la teneur » d’icelles uvons cognu, ainsi que paravant avons jà fuit, lu grant uiïec- » lion et bon désir qu’avez au bien de la puix, et que estes délibéré » d’envoyer par devers nous vos ambassadeurs pour le briefz et bon ac- » complissement des choses commencées, et abréger la venue par devers
* nous de noslrc Ircs-cbière et très-améc compagne lu Reyne vostre » uiepee; desquelles choses, qui nous sont Irès-joicuses et agréables, ■* vous remercions tant affectueusement et de cœur que plus pouvons. Et
* quant uu bien de paix , nous cognoissons chascnn jour et de plus en ^ plus vostre très- noble cœur y cslrc incliné, qui est la plus grant » consolation cîu poire peuple que vcons en grant compassion dure-
* ment aftlit et languissant à l’occasion des mortelles guerres et pc-
* rilleuses divisions qui trop longuement ont duré entre vous el nous
* et les prédécesseurs de vous et de nous , à la cruelle abhominatiou t de la piteuse effusion de sang humain , diminution de noblesse el » douloureuse turbation de la Cbrestienté : auquel bien de paix sommes
* aussi inclins pour l'honneur et conservation de l’ancienne renommée
* de foy et de vaillance des hautes maisons dont tous deux sommes
* issus pur la grilce du Tout-I'uissunt , et qui de sa grant bonté nous » a voulu ordonner et eslublir protecteurs et deffenscurs principals
* de sa saincte foy catholique, el eslire el reserver en cesl temps, si
* comme il semble se faisons nos devoirs, pour mettre (in et couclu-
* sion à l'appaisemcnt dos deux royaumes, et réparer les choses très-
SUR \! IC II Kl. H.UDIKK
("esl à ce souverain qu'était donnée pour compagne Marguerite d’Anjou, « princesse qui avoit adjousté aux beautés du corps les perfections do l’Ame : elle estoit douée d’un excellent esprit, prévoyante, pleine de raison et de conseil , dili-
buchées, ce que oneques mais ont faict nos nobles et excellents progéniteurs : veuille par sa pitié le benoist fils de Dieu nous tous deux faire dignes de telle grâce et huut honneur. Au regard de abréger la venue de nostre dicte compagne, que sur toutes choses mondaines nous désirons, en quoy de vostre grant doulccur nous avés donne toute espérance et grant confort , dont très îi certes et de bon cceur vous remereions ussés de fois, vous plaict nous rescrirc que, nonobstant les causes contenues en vos dictes lettres que allègue trèshaut et puissunt Prince , nostre très-chier et amé père le Roy de Sicile , c’est tk sçavoir que si elle n’est garnie et ornée parfaitement de tant honorable estât comme pour l’honneur de nous lui peut appartenir, eu esgard aussi i\ 1a maison dont elle est issue, bénignement et agréablement la cueillons supporter, en ne l’attribuant à mesprisement et négligence , mais à la briefveté du temps et ù
nostre curieux désir, pour nous complaire, voulons
et estes disposez de la bailler et deslivrer et icelle
faire conduire si tost que nostre très-chier et amé cousin le Marquis comte de Suffolc, que avons ordonné pour la recevoir et conduire par devers nous, sera passé par de là, et que vous aurés parle et communiqué avec luy sur ce et autres choses, ainsi que désirez et que est très-expédient pour le grand bien et utilité de la matière dessus dicte; et ce faict, expédierez incontinent et sans aucun retardement la venue d’icelle nostre compagne, tellement que nous appercevrons que nous voulés complaire; et pour ce que désirons que vous et nostre diet beau-père soyés acertenés de nostre intencion sur ce que dict est, certes, en quelque estât que icelle nous sera envoyée , nous , pour l’honneur de vous et de la maison dont elle part et aussi pour la singulière amour que avons à elle, la verrons et recevrons pieusement et de cœur, comme nostre utille espouse et loyalle compagne, sans avoir aucun regard à tels accès-
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NOTICE
» genlo en tous ses desseins. « Les malheurs qui devaient suivre cette union semblent montrés d’avance aux yeux de l’historien par un événement qui suit de près les fêtes données à Nancy à l’occasion du mariage. « Les pompes du monde, dit-il, ont souvent des suites funestes, et les grandes joyes ont leurs grands desplaisirs. Comme la cour revenoit de cette illustre nopce, Marguerite Stuart, Dauphyne de France,
s soires qui ne sont nécessaires ne de rens servent aux matières prin-
* cipalies que vous et nous avons à conduire et démener. Et en tant » que touche le désir que vous avés , très-chier oncle , de envoyer vos » ambassadeurs par devers nous en temps et saison qu’il nous semblera » estre les plus propices et mieux disposez pour le bien de la bonne » conduite de ces matières , et que le plus briefs que nous pourrons » vous en vueillons advertir et certifier, très-haut et excellent Prince , i nostre très-chier oncle , nous singulièrement confians ès grant pru- » deuce et loyauté de nostre dict cousin le Marquis, iccllui envoyons » présentement par devers vous, tant pour recevoir et conduire par
* devers nous vostre dicte niepee, nostre compagne, comme pour
* communiquer avec vous et aussi pour besonigner sur toutes les ma- » tières devant nommées , sur lesquelles l’avons bien pleinement » instruict de nos volontés et intentions.; si vous prions, très-haut, » très-excellent et puissant Prince, nostre très-chier oncle, que eu » toutes choses que vous exposera de par nous nostre dict cousin et
* en quelque matière que ce soit , il vous plaise pleine foy et cré-
* dcnce adjouster, comme en nous-mesme, se estions en nostre per- ? sonne avec vous, en nous faisant savoir vos bons vouloir et estât
* pour nostre bien grant comfort et consolation. Très-haut, Irès- » excellent et très-puissant Prince, nostre très-chier oncle , nous prions » le hennis! Fils de Dieu qu’il vous ayt eu sa soinctc garde. — Escrit » à Domyton , le dix-htiitiesme jour de novembre.
* Hkvhv. »
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lit
v mourut à Châlon en Champagne , plurée du Roy •» et regrettée de toute la Cour pour les rares per- ” fections qui estoient en elle. « Ainsi, au moment même où Marguerite partait de France pour aller s’asseoir sur le trône d’Angleterre, elle voyait mourir à la Heur de l’âge une princesse que les espérances humaines destinaient au trône de France. Si plus tard le souvenir en revint à son esprit, elle put envier le sort de cette princesse morte avant d’être reine.
Arrivée en Angleterre, Marguerite d’Anjou, qui a estoit d’humeur dominante, et dont l’esprit avoit '> autant de pouvoir sur la raison des hommes que « son visage sur leurs affections, » ne tarda pas à vouloir gouverner. « Pour y arriver, elle estudie " un temps l’esprit du Roy, et le recognoit aymant ” le repos, fuyant le travail, oisif plustôt que laho- ’’ rieux , et mesprisant autant les dignités de la « terre qu’il chérissoit les meurs et les vertus de " l’âme. « Mais l’autorité souveraine était alors aux mains de Humphroy de Lancastre, duc de Gloeester, oncle du Roi. Le duc de Glocester était le véritable Roi d’Angleterre. C’est contre lui que se tourne d’abord la nouvelle Reine.
Henri, dans sa faiblesse, avait pourtant gardé le sentiment vague des devoirs qu’impose la souveraineté, et il croyait les remplir en laissant régner à sa place un homme plus capable et plus
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fort que lui-méme ; il trouvait doux et commode d’être ainsi débarrassé d’un fardeau trop lourd pour ses épaules, et des préoccupations qui effrayaient son insouciance. « Le Ion# temps qu’il « y avoit que le duc de Glocestrc administroit son » royaume avoit fait contracter à Henry une lon- « gue habitude de trouver bon tout ce qu’il faisoit. » II fallait lutter à la fois contre cette apathie du Roi et contre le crédit consacré du ministre. « Mon- » sieur, dit Marguerite à son mari, la règle la plus «* générale d’un sage Roy comme vous estes, est « de n’eslever point dans le gouvernement de » l'Estat aucun homme qui puisse par son crédit ’> alfoiblir l’authorité de son maistre et faire tomber
* sa personne dans le mespris de ses peuples
» Le pouvoir que Votre Majesté a donné dans ses « affaires au duc de Glocestre l’a faict monter si « liault au gouvernement qu’il nous void tous deux
« au-dessous de luy Les déportements du due
» foulent vos peuples, qui en murmurent tous les » jours et commencent à vous mespriser comme « un Roy qui est sous la domination d’un de scs ” sujets. » Le pauvre Roi se débat et s’excuse vainement : « Priver les Roys d’avoir des ministres
* favoris, c’est, dit-il, leur oster les aydes dont « ils ont besoin à soustenir la pesanteur de leur « gouvernement; « puis il ajoute avec un accent de tristesse et de regret : a et davantage c’est les