‹ Histoire de la vie et de l'administration du cardinal Ximenès annotée et précédée d'une introduction et d'une notice sur Michel Baudier et ses diverses ouvragesChapitre 3 sur 88 · acte signai du souverain parce que cet^cte lui sem · texte numérisé non relu

acte signai du souverain parce que cet^cte lui sem

blait préjudiciable aux intérêts de l’Etat.

Richelieu, Cardinal de l’Eglise romaine, se servait même contre le Pape du bref que le saint-siège lui avait octroyé pour faire tout ce qui serait utile au service du royaume. Le Cardinal Ximénès réprima sans hésiter les abus commis en Espagne par les agents de la cour de Rome. Chez Ximénès comme chez Richelieu , c’est la même vigueur, la même indépendance, la même fermeté de caractère. Ajoutons que le héros de Michel Baudier,

égal à Richelieu comme homme d’Etat, eut dans sa vie privée l’humilité d’un saint. Et si Richelieu nous étonne et nous effraye quelquefois par celte inflexibilité qui, en excluant toute faiblesse, risque d’exclure toute clémence, on voit briller du plus pur éclat chez son illustre devancier l’humanité, cette douce vertu qui est la dernière perfection des grandes âmes.

La vénération qu’inspira Ximénès à ses contemporains fut telle, qu’on lui attribua des miracles. Néanmoins nous croyons que sa béatification n’a jamais été prononcée par la cour de Rome, ce qui ne l’empêche pas d’être inscrit dans la plupart des martyrologes de l’Espagne.

La vie de cet homme illustre, bien qu’appartenant spécialement a l’histoire d’Espagne, a été presque simultanément l’objet de l’attention de trois écrivains français du dix-septième siècle, Baudicr, Marsollier et le célèbre évêque de Nîmes, Esprit Fléchier.

Tous trois ont puisé aux sources originales, tous trois ont pris pour guides les historiens du grand ministre de Ferdinand et d’Isabelle, mais tous trois n’ont pas tiré le même parti de leurs documents.

Le plus complet des trois ouvrages est celui de Baudicr, le plus savant celui de Marsollier, le plus agréablement écrit, on le croira sans peine, celui de Fléchier.

L’ouvrage de Fléchier, composé, comme il l’atteste lui-même, dans un temps où, n’étant chargé que de sa propre conduite, il n’avait à rendre compte qu’à lui-même de ses études et de son loisir, est dû à une circonstance qui mérite d’être rapportée. Un jour, au sortir d’un sermon, un religieux de l’ordre de Saint-François, qui lui était entièrement inconnu, lui remit des mémoires sur Ximénès et disparut sans que Fléchier ait jamais pu savoir ce qu’il était devenu. Cet écrit l’intéressa vivement en faveur du grand homme dont les ta-

lents et les vertus étaient tout à coup signalés à son admiration , et c’est ainsi qu’il fut amené à écrire la vie du célèbre Archevêque de Tolède.

Le livre de Fléchier se distingue, comme tous les ouvrages sortis de sa plume, par un style attrayant et facile. On y souhaiterait plus de mouvement, une appréciation plus approfondie des effets et des causes, une critique plus indépendante ou plus éclairée; mais on peut signaler la sage ordonnance de l’ouvrage et surtout l’art avec lequel l’écrivain discerne, saisit et met en lumière les points les plus importants , en négligeant les détails inutiles et fastidieux dans lesquels se perd la maladroite exactitude des chroniqueurs vulgaires.

Une partie des éloges que nous donnons ici à l’ouvrage de Fléchier revient de droit à l’auteur espagnol à qui l’évêque de Nîmes a, comme Marsollier et Baudier, emprunté la plupart des faits et des documents qu’il a fait entrer dans sa narration. Cet auteur est Alvarez Goinez de Castro.

Né dans le bourg de Sainte-Eulalie, près de Tolède, Cornez avait de bonne heure formé le projet d’élever un monument historique à la gloire du Cardinal Ximénès. Il put mettre ce projet à exécution lorsque le savant Bernardin de Sandoval ,

théologal de l’église de Tolède, l’appela à professer la rhétorique au collège qu’il venait de créer dans cette ville. Là, il trouva tous les documents dont il avait besoin. L’université d’Alcala vint ajouter un caractère plus officiel et plus grave encore à son œuvre, en lui confiant l’honorable tâche de travailler en son nom à l’histoire du Cardinal Ximénès, son illustre fondateur. Jean Vergara, ancien secrétaire du Cardinal, Diégo Lopez Ayala, nourri dans la maison de Ximénès et employé par lui dans ses affaires les plus importantes, Florian Ocampo, historiographe des Rois Catholiques, qui avait entrepris aussi d’écrire la vie de Ximénès, avaient déjà réuni les riches et nombreux matériaux qui furent mis à sa disposition. Gomez disposa encore d’un commentaire composé par Vallejo, chanoine de Siguença, maître de la chambre du Cardinal. Il se trouva ainsi possesseur d’une foule d’instructions , de dépêches , de traités et de lettres propres à lui faire connaître dans leurs plus minutieux détails et les particularités de la vie de ce grand homme, et la part immense qu’il avait prise aux événements de son époque. Enfin, il compléta ces renseignements officiels par des conversations avec les hommes éminents qui , s’étant

trouvés en rapport avec Ximénès, racontèrent au scrupuleux historien beaucoup de choses dont il s’est servi, et beaucoup d’autres, dit Fléchier, a qu’il fallait taire par prudence, niais qu’il fallait » savoir par nécessité. «

De nos jours, on aime à connaître non-seulement ce qu’il faut savoir par nécessité , mais surtout ce qu’il a fallu taire par prudence. Si donc on ne voulait pas se contenter des documents que fournit l’ouvrage de Goinez, dont la substance est passée presque tout entière dans les trois historiens français, on pourrait les compléter en consultant les écrivains qui l’ont suivi.

Tels sont : Eugène de Roblès , curé de la paroisse des Mozarabes de Tolède, Ferdinand de Pulgar, chanoine de l’église de Palencia, et quelques auteurs moins estimés qui ont fait aussi des recherches sur les actions, les mœurs ou le caractère du célèbre prélat.

Les Annales d’Aragon de Jérôme Zurita , Y Histoire â! Espagne de Jean Alariana , Y Abrégé des chro -

niques d’Espagne d’Etienne Garibay ont été pareillement mis à contribution par Michel Baudier et ses deux rivaux, et contiennent des documents intéressants à consulter.

La parlic anecdotique pourrait se grossir encore des particularités que renferment les lettres si précieuses du Milanais Pierre Martyr, qui, établi en Espagne après une vie romanesque et aventureuse, présenté à la Reine Isabelle par don Lopez de Mendoza, comte de Tendille (lequel joue un rôle important dans l’histoire de Ximénès), avait porté les armes contre les Maures, s’était trouvé en rapport avec tous les hommes importants de ce pays, et avait entretenu une active correspondance avec les plus grands seigneurs et les plus illustres prélats de l’Espagne.

Enfin, l’écrivain qui pourrait être tenté aujourd’hui de refaire l’œuvre de Michel Baudier (et nous connaissons peu de sujets plus intéressants que l’histoire du Cardinal Ximénès, qui est encore à faire d’une manière complète) trouverait des détails

nouveaux dans les Papiers d’Etat du Cardinal de Granvelle, dont une partie seulement avait été communiquée à Fléchier par Baptiste Boisot, ahhé de Saint-Vincent, entre les mains de qui se trouvaient alors ces précieux manuscrits. Ils figurent aujourd’hui parmi les documents inédits de l’histoire de France et ont été imprimés par ordre du gouvernement.

Nous avons tiré de ces divers écrivains la plupart des notes que nous avons ajoutées an texte de notre auteur.

L’histoire du Cardinal Ximénès est l’un des meilleurs ouvrages de Michel Baudier. Soutenu dans son travail par les écrivains espagnols et sans doute aussi par la beauté et la grandeur de son sujet, il a mis plus de vivacité dans sa marche, de vigueur et de clarté dans son style. Les réflexions et les digressions n’y sont pas plus épargnées sans doute

que dans ses autres ouvrages, mais elles se rattachent plus naturellement aux événements qu’il raconte.

Si tout n’est pas dit encore pour la gloire du Cardinal Ximénès, et s’il trouve un jour un autre historien en Espagne ou en France, Michel Baudier gardera du moins le mérite d’avoir préparé l’œuvre et rendu le chemin plus facile. Cet honneur suffit à sa modestie. Nous avons voulu cependant compléter le témoignage de respect et d’estime que nous devons à sa mémoire; nous avons ajouté à ce livre une courte étude de ses autres ouvrages et même des manuscrits qu’il a laissés inédits. Nous nous plaisons à faire valoir tous ses titres, et pour cela nous croyons qu’il suffit de les montrer.

NOTICE

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