‹ Histoire de la vie et de l'administration du cardinal Ximenès annotée et précédée d'une introduction et d'une notice sur Michel Baudier et ses diverses ouvragesChapitre 31 sur 88 · SI K MICHEL B A U DI ER · texte numérisé non relu

SI K MICHEL B A U DI ER

avec ses seules forces la bataille de Daniel afin de ne partager avec personne la gloire du succès. h Le combat fut long et sanglant , car le Roy Edouard, qui aux autres batailles avoil accous- » tu mé de crier : Sauve le peuple et tue les Sei- » gneurs! avoit changé d’advis en celle-cy et avoit » commandé qu’on tuât tout. » Trahi subitement

par le duc de Clarence , qui passe au camp d’Edouard, Warwick comprend que ce dernier combat doit décider de sa vie ou de sa mort. L’historien raconte avec solennité les derniers instants de ce guerrier terrible , qui renvoie son cheval pour ne point fuir; « voyant les siens lascher le » pied sans les pouvoir arrêter, il se mesla parmi » les ennemis, oii , après en avoir tué plusieurs « de sa main, y mourut couvert de playes , mort » à la vérité digne d’un grand homme. *

Pendant que le vainqueur ramenait à Londres Henri VI, témoin docile de la bataille, et faisait exposer dans l’église de Saint-Paul les corps de Warwick et de Montaigu, « pour que personne ne « doubtast de leur mort, » Marguerite, qui n’avait plus d’espoir qu’en elle-même, ne reculait pas. Elle livra bataille à son tour près de Tewkesbury. Trahie par le destin des Lancastre, mais non par son courage, prisonnière des vainqueurs, elle vit massacrer scs plus fidèles gentilshommes ; son fils même, après avoir répondu courageusement

MOT IC K

à Edouard « qu’il cstoit venu conquérir le royaume » de ses pères comme leur véritable successeur, » fut égorgé de sangfroid , sous ses yeux, par le duc de Clarence et le duc de (ilocester; enfin, pour dernier coup porté à son cœur où saignaient tant de blessures, elle apprit que son époux venait d’être assassiné.

L’infortunée Reine aurait pu avoir le même sort si le nom de la France ne l’avait protégée contre la cruauté de ses ennemis. Après une longue captivité, sa délivrance devint le gage de la paix entre sa patrie tant regrettée et son royaume perdu. Le Roi de France, en traitant avec l’Angleterre, stipula la mise en liberté de la Reine captive et paya 50, (XK) écus pour sa rançon.

L’historien avait commencé le récit au départ de Marguerite d’Anjou pour le royaume que lui donnait son mariage, alors qu’elle réconciliait la France et l’Angleterre après une lutte de cent ans; il s’arrête et quitte la plume à ce retour de la Reine détrônée, alors quelle rentre dans sa patrie avec la seule majesté de ses malheurs.

Les dernières lignes du livre sont graves et solennelles : «Marguerite fut renvoyée en France « pour y être l’exemple vivant d’une longue et con- » tinuelle calamité. Elle se retira en Anjou, où, > achevant de vivre sans couronne, sans mari, ) sans fils, mais non pas sans douleur, sa misère

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