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palhie pour le caractère de Wolsey, il rend justice à un grand nombre de ses actes, tout en répétant volontiers les injures dont l’avaient poursuivi ses ennemis ou ses envieux.
Le ministre fait d’abord des mécontents à la Cour par sa fermeté dans l’administration des finances. « Après avoir attaqué les financiers comp- * tables, et reveu lui-méme leurs comptes, il « alla hardiment et leste baissée contre les plus » signalés de la Cour, les accusa d’avoir pillé l’es- « pargne du Roy, avoir mal prins dans ses coffres '> des sommes immenses, les fît condamner à les « rendre. « Cette sévérité irrita surtout le Duc de Suffolk , époux de Marie , sœur du Roi , et veuve de Louis XII de France, qui avait emprunté à Henri de grosses sommes, dans l’espérance qu’il lui en serait fait remise. «Outre cette sévère et in- « flexible recherche des financiers et des courti- » sans, il fit faire le procès aux parjures, aux » concussionnaires et aux violans oppresseurs des » foibles, et, au lieu de punir leurs corps, chastia « leurs bourses et y trouva de nouvelles mines « d’or et d’argent pour le Roy. » Dans l’état où étaient alors les finances du Royaume, à la suite des prodigalités qui avaient épuisé les économies de Henri VII, il y avait de la part de Wolsey du courage et du désintéressement à braver ces haines et ces ressentiments qui finirent par le perdre.
XOTICK
« Pour mettre tous ces hommes à la presse et » en tirer ce qu’il désiroit, il érigea une nouvelle v juridiction composée de plusieurs Grands du » Royaume et de quelques autres hommes qui « avoient tous la qualité de Conseillers du Roy. « Elle dure encore aujourd’hui en Angleterre sous » le nom de Chambre de l’Estoille, ainsi nommée, » d’autant que son lambris est parsemé d’estoilles « d’or sans nombre. »
L’auteur donne ici à l’origine de la Chambre de l’Etoile une cause que contredit sa longue durée : une Cour qui n’aurait été que l’instrument commode d’un ministre pour chastier les bourses n’aurait pas été conservée parmi les institutions publiques de l’Angleterre; le besoin de cet établissement était senti depuis longtemps , et Wolsey rendit, en le créant, un grand service à l’État.
« A ces actions qui ne sont pas les pires qu’il » ayt faict dans la conduite de l’Estat, il en adjousta » encore une autre qui le fit beaucoup estimer » et certes avec grande raison : il érigea une » juridiction pour rendre gratuitement justice » aux pauvres; cela tenoit le Royaume en repos et » le combloit de plusieurs bénédictions. « De pareilles préoccupations prouvent que le Chancelier se souvenait que lui-méme n’était pas né parmi les puissants du monde , qu’il connaissait les souffrances des faibles et des pauvres et voulait
SUR MICHKI. BAUDIKR.
sincèrement leur venir on aide. Dès les premiers temps, son activité dans l'administration de la justice, sa bienveillance pour toutes les plaintes, son empressement à les examiner et à accueillir celles qui lui paraissaient fondées, lui valurent une réputation méritée de sagesse et d’impartialité 1 ; et si, après sa disgrâce, sa mémoire fut exécrée à la Cour , où l’on avait senti de plus près ses vices et ses défauts , le peuple lui garda quelque reconnaissance et ne se souvint, en le perdant, que de ses qualités et de ses bienfaits.
Ce qui fâche et irrite Michel Baudier, ce qui provoque ses longues récriminations contre Wolsey , ce n’est pas seulement « la monstrueuse au- « thorité qui rend le serviteur plus grand que le « maistre, » ce sont surtout les immenses richesses qu’il acquiert par la libéralité du Roi. Les dignités « d’honneur et de revenu » , les bénéfices de toutes
sortes, Evêchés, Abbayes, Doyennés, ne cessaient de s’accumuler en scs mains : « il se veid en peu » de temps plus couvert de mythres que de capa- « cité, et plus chargé des biens de la fortune que de ceux de la vertu. « Doyen de Lincoln avant
1 Godwin parle ainsi des réformes de Wolsey : * Mulla ordinavit ■> in rébus civiliklis pnpularibus <;ra(a ac uobis in hune usque diem » nsurpula, quihus virmn se oslendit xrt pir ntixxi tu u m neenon rciptt- - hlirre mnantrm. »
NOTICE
la mort de Henri VII, Wolsey devint successive-
ment Doyen d’York, Evêque de Lincoln, Archevêque d’York, Evêque de Durham, Abhê de Saint-
Albans, Evêque de Winchester. Le Pape, qui avait besoin de lui pour obtenir l’appui de l’Angleterre contre la France, le nomma Cardinal-prêtre de Sainte-Cécile de Rome(ll septembre 1515). L’historien raconte malicieusement que le chapeau de Cardinal lui fut apporté par un valet qu’il fit revêtir d’habits magnifiques et accompagner avec pompe; mais ce qui ressort de cette anecdote, c’est bien moins le ridicule du messager, superbement accoutré et choyé, que la bassesse des prélats et courtisans si empressés à courir vers lui, «de sorte que jamais valet n’eust tant de « maistres à sa suite. » Enfin, l’élévation de Wolsey à la dignité de Légat du Souverain Pontife en Angleterre , malgré la loi qui interdisait ce titre aux prélats et bénéficiers du royaume, mit le comble à sa puissance : « où Wolsey ne « pouvoit atteindre avec fauthorité royalle qu’il » avoit en main, il y arrivoit avec la pontificalle, « faisant voir à toute l’Angleterre que le Ministre « est devenu trop grand quand il faict le Roy et « le Pape dans l’Estat. »
Cependant , toutes ces richesses, tous ces honneurs n’avaient pu assouvir encore ni son avarice, ni son ambition. Il n’avait plus besoin que de
Sl : R .MlCIl Kl, BAL'DIKK.
modération pour rendre son bonheur durable; mais la modération lui manqua. Il ne cessa de convoiter de nouveaux bénéfices; il prit à ferme les Evêchés de Balh , de Worccster, de Hereford, qui avaient été donnés à des étrangers ; « cette » âme sordide , esclave de l’or, abaissoit la dignité » de Ministre et celle de Légat à la vile condition * de fermier \ » Pendant l’expédition de Henri VIII
en France, il obtint l'administration de l’Evécbé de Tournay, dont le titulaire refusait le serment au roi étranger. I) négocia longtemps avec (Ibarles- Quint l’investiture de l’Archevéché de Tolède et de l’Evêché de Palencia, en Espagne. Il reçut de François I èr , de l’Empereur et du Pape des présents considérables et jusqu’à des pensions régulières a , ne considérant pas « que le Ministre « d’Estat qui reçoit pension d’un prince étranger « vend la liberté de ses conseils. » Enfin , il acheva de se compromettre par « ses déréglées préten-
» tions au souverain pontificat de l’Eglise. »
1 Folio 79. — Los actes de Hymer, dont la véracité est moins contestable, restreignent un peu les envahissements de Wolsey cl donnent à croire qu’d ne posséda pas en même temps tous ces bénéfices : ainsi
l'Kvéché de Bath, qu’il reçut en loi 8, fut échangé par lui, en 1523, contre l'Evéché de Durham, et l'Evéché de Durham, en 1528, contre l’église plus riche encore de Winchester. — Rvmkk, XIII, 620, 763, 783; — XIV, 268.
2 Wolsey exagéra cette déplorable coutume que nous avons déjà signalée, et qui s’était introduite dans les mœurs du temps.
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Le livre de Michel Baudier sur le Cardinal d’York comprend deux parties distinctes : l'histoire de son élévation et celle de sa chute.
Pour que le tableau de la prospérité du favori servît à rendre plus dramatique et plus saisissant le spectacle de sa disgrâce , l’historien s’est efforcé de mettre en relief sa puissance redoutable et son faste orgueilleux. Le procès de Kildare, gouverneur d’Irlande , suscité pour rendre vacante une place où l’on voulait reléguer Thomas Howard, a homme prompt à la main, hardy et impatient; « la longue tragédie dont l’intrigue et les phases aboutissent au supplice de Buckingam , ennemi personnel de Wolsey ; l’humiliation de tous les Grands d’Angleterre, forcés de saluer son chapeau de Cardinal; son influence au dehors, capricieuse et mobile comme son intérêt ; son faste sur le continent même, où il paraît avec un cortège de Roi ; les révolutions de la politique européenne qu’il dirige, tous ce s faits accumulés témoignent de la grandeur prodigieuse à laquelle était parvenu l’ancien curé de Limington. Les longues descriptions du luxe de sa maison et de son entourage , des riches étoffes , des meubles somptueux , de la vaisselle d’or et d’argent qui brillent dans ses palais, et « dont la superbe est le pourtraict de celle » du Cardinal , » l’énumération des dix-huit cents officiers de condition attachés à sa personne, le