‹ Histoire de la vie et de l'administration du cardinal Ximenès annotée et précédée d'une introduction et d'une notice sur Michel Baudier et ses diverses ouvragesChapitre 40 sur 88 · SUR MICHEL BAUD1ER · texte numérisé non relu

SUR MICHEL BAUD1ER

Irai» d’une demi-lieue qu’il mène à cèle du Koi el jusqu’en France, les honneurs extraordinaires qui lui sont rendus partout où il paraît, et meme par les souverains étrangers, les fêtes splendides qu’il donne à la Cour et que le Roi honore de sa présence, telle est la pompe « vraiment royalle » du Cardinal-Ministre, et l’historien se plaît encore à l’exagérer 1 Il : «Ainsi marclioit ce superbe ministre, » ravi d’aise d’avoir poussé sa fortune si advant » quelle donnast de l’admiration et de l’estonne- « ment aux hommes , et contant d’avoir eslevé si » haut son pouvoir que les plus grands du Royaume, qni n’en vouloient point rompre, fléchissoient » sous luy, el le reste des hommes se courboit en » révérences. Certes , comme il s’aymoit avec » excès, il croyoit estre aymé quand on le flatv toit, et pensoit bien mériter les honneurs qu’on y luy faisoit. »

Dans la seconde partie de son récit, Michel Raudier s’attache à exposer les deux événements qui ont été la cause et l’occasion de la disgrâce de VVolsey , le divorce de Henri VIII et la passion

1 En parlant du chilteau de Hamptoncourt, Michel Baudicr ne dit pas qu'il en fit présent & Henri VIII, mais qu'il l'échangea contre un autre domaine. Ce riche présent aurait démenti l’avarice sordide dont il l’accuse sans cesse; pourtant le fait n’est plus contesté de nos jours.

Il ne tient pas compte non pins de la gloire qui pouvait rejaillir sur lui de la fondation des collèges d’Oxford cl d'Ipsuich, qni témoignent encore aujourd'hui de sa libéralité. (Folio lfi4.)

XOTICK

du Roi pour Anne de Roulen. Dans sa croyance aux caprices de la destinée et dans sa foi aux secrets desseins de la Providence, il insiste sur la part que Wolsey lui-même a prise à ces événements; il nous le montre flattant la passion du Roi pour ménager son crédit , et provoquant le divorce pour se venger de Charles-Quint. La leçon que cherche l'historien devient ainsi plus ingénieuse et plus vive : le Ministre orgueilleux et implacable ouvre lui-même l’abîme où il doit tomber.

Le Cardinal-Légat ne pardonnait pas à l’Empereur de l’avoir joué deux fois, en ne favorisant pas ou même en empêchant son élection au Saint- Siège. Pour se venger, selon notre auteur, il fit deux choses qui devaient blesser Charles-Quint dans sa puissance et dans ses affections de famille : il ramena l’Angleterre à l’alliance de la France après la bataille de Pavie, et il engagea Henri VIII à répudier Catherine d’Aragon, tante de l’Empereur.

Afais ce n’était pas la seule cause du changement de politique que Wolsey conseilla et accomplit : il en était une autre plus digne et plus élevée. L’Angleterre avait jusqu’alors maintenu l’équilibre entre la France et l’Autriche: lorsque François I er , vainqueur des Suisses et de l’Italie à Marignan, candidat à l’Empire, avait paru trop puissant cl

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trop ambitieux, Wolsey avait signé contre lui les traités de Windsor et de Bruges; le Cardinal, si plein de vanité et d’orgueil , ne s’était cependant pas laissé séduire par les flatteries qu’il avait reçues au camp du Drap d’or. Maintenant que François I er , vaincu à Pavie, était prisonnier en Espagne, c’était l’Empereur qui devenait trop puissant pour l’Europe , et qui menaçait l’équilibre souhaité et conservé par l’Angleterre. En s’éloignant de Charles-Quinl pour se rapprocher du Roi vaincu, Wolsey ne servait donc pas seulement ses ressentiments personnels, il obéissait à la politique saine et sage du temps , la meilleure pour les intérêts de son pays, la plus conforme à sa conduite antérieure. D’ailleurs , Michel Baudier nous met à même d’apprécier les idées de Wolsey, par le discours qu'il lui prête dans cette grande circonstance; nulle part le système d’équilibre, que le Roi Henri IV et le Cardinal Richelieu venaient d’appliquer si glorieusement après W^olsey, n’est plus clairement et plus complètement exposé en peu de mots. En se laissant entraîner à son goût pour l’art oratoire , l’historien ne nous permet plus de croire et ne croit plus lui-même qu’un Ministre qu’il fait parler si sagement fût ignorant et incapable, et n’eût d’autre mobile que ses passions et ses rancunes.

a Sire , dit Wolsey à Henri VIII, les grands

NOTICE

» Roys ne mesurent la justice de leurs passions qu’à » l’utilité de leurs Estais. Ils laissent aux hommes » particuliers exercer les affections de haine , >* d’amour, de vengeance ou de pardon, selon les » sujets qu’ils en ont. La France est maintenant « en estât de souffrir tous les efforts que vos armes » y voudront faire. Mais les advantages que Charles- » Quint vient d’emporter sur elle, ayant deffaict « les François à Pavie et prins leur Roy prison- « nier, doivent faire penser à Votre Majesté que » les trop grandes prospérités des Princes sont à » craindre à leurs voisins , et que le mesine Empe- « l eur pourroit un jour employer les siennes contre » ce royaume, si la France , qui est le contre-poids de y> ses desseins, est tellement aifoiblie par une se- » coude perte que vos armes luy feroienl souffrir, » qu’elle ne puisse être que spectatrice des triom- » plies de ce prince, sans en un besoin pouvoir « secourir cette isle. »

La triste affaire du divorce est reprochée plus justement à YVolsey, et lui-même s’en repentit plus tard comme d’une faute qui le perdait. Michel Baudier , après avoir donné à son zèle contre l’hérésie de Luther des éloges dont il n’est pas prodigue , rejette, sur le fatal conseiller du Roi les conséquences , même imprévues, du

divorce : « le divorce a produit le schisme

» Quiconque est coulpahle de la cause de quelque

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