SU K MICHEL U A UDI ER. ICI
elles avaient pu être écoutées ; auraient peut-être
prévenu les troubles de l’Eglise d’Angleterre.
Ecoutons ces conseils testamentaires du Cardinal-Ministre :
« Dites au Roy, je vous prie, qu’il prenne soin » d’estouffer cette nouvelle secte des luthériens; » qu’elle n’augmente point; autrement, il sera » contraint d’en venir aux mains avec scs subjects, « comme fit le Roy de Bohême avec les siens, « après qu’ils eurent esté infectés de l’hérésie de » Wiclefl*: ce prince y perdit à la fin la vie , ayant » été tué en une bataille ; que cela luy serve d’exem- » pie; qu’il se souvienne aussi de l’histoire de « Richard second, l’un de ses prédécesseurs, qui ” vivoit du temps de WiclefT, sous le règne duquel « le peuple qui avoit embrassé sa doctrine s’csleva » contre les nobles , tua ceux qui tombèrent en « ses mains, et enfin print le Roy même qu’il tira » de la Tour de Londres, et le mena honteuse- « ment par toute la ville. Sous Henry cinquiesme, » d’autres hérétiques s’eslevèrent , dont les chefs « estoient sir Jean Oldenstel et milord Cobbam, » que le Roy fut constraint d’aller combattre en » personne, et les deffit en bataille. Que s’il n’est v esmeu de ces exemples , qu’il craigne la justice » de Dieu qui ne lui pardonnera pas s’il s’oublie « en son devoir. «
L’historien continue :
NOTICE
« Ce furent ses dernières paroles Après
» cela, ayant reccu l’extrême onction, il rendit « l’esprit. On fit entrer les gardes dans la chambre « pour estre tesmoins de ce qui s’y passa à la der- » nière heure de sa vie ; on envoya quérir le maire » et les eschevins de la ville pour le voir mort, » affin d’esviter les faux bruits qu’on pourroit « semer dans l’Angleterre sur la mort de ce mi- » nistre »
Wolsey mourut le 28 ou le 30 novembre 1531.
L’historien saisit le contraste d’une vie si extraordinaire et d’une fin si misérable. Les dernières pages du livre respirent une certaine émotion, bien qu’elles ne révèlent aucune sympathie ; on dirait que l’écrivain regrette de ne pas oser plaindre le Ministre depuis que ses souffrances ont expié ses fautes. Tout en rappelant encore l’orgueil et l’arrogance de sa haute fortune, il insiste sur les détails de l’état pitoyable où il est tombé. Les discours qu’il lui prête sont dignes et le repentir même y a une certaine fierté. Les derniers moments de Wolsey ne nous laissent pas indifférent, et lui-même est presque absous par les lignes suivantes :
a Ceux qui l’ensevelirent luy trouvèrent une
1 Ces details démentent les bruits de mort violente qui se sont accrédités alors en Angleterre et qui depuis ont été accueillis par plusieurs historiens.
SIR MICHEL BAIDIER
» hairc sur la chair. Son corps , avec quelques « marques d’honneur, à sçavoir la mythre , la » crosse et le pallium, fut enterré à Leycester dans » l’abbaye, sans autre pompe, sans larmes, et « sans être regretté de personne que de quelques- « uns de scs domestiques. Son tombeau n’eut au- « cun ornement. «
Ainsi finit ce long récit de la vie, de l’administration et de la ruine du cardinal Wolsey; l’auteur n’a pas oublié de le terminer par une conclusion morale :
« Le règne d’un bon Roy par des mauvais mi- » nistres est périlleux à l’Estat. Cela a fait penser » à un politique qu’il valoit beaucoup mieux pour » le bien public, avoir des ministres sages sous un « mauvais Roy que des mauvais ministres sous un » bon prince; estimant inutile au bonheur civil » que le Roy fut un ange si les ministres estoient » des démons. »
L’écrit de Michel Raudier ne manque ni d’unité ni d’animation; et si nous trouvons quelques longueurs dans l’exposition des amours du Roi avec Anne de Boivlen, cette partie même touche de trop près au dénoument pour n’inspirer aucun intérêt. Aussi l’attention n’a pas cessé d’être en éveil, et l’esprit reste sous l’impression vive et profonde de la leçon que l’historien cherchait.
NOTICE
Des affaires d' Angleterre arec la France.
(Manuscrit in-folio de 18 feuillets.)
A la suite des deux écrits que nous venons d’analyser, dans le même volume manuscrit, au folio 1G7, on trouve un travail de moindre étendue, mais qui paraît se rattacher aux dernières recherches de l’auteur. Il a pour titre : Des affaires (T Angleterre avec la France. Michel Baudier venait de parcourir deux époques célèbres de l’histoire d’Angleterre, deux époques pendant lesquelles la France avait eu avec sa redoutable voisine des relations importantes et nouvelles; il est probable que ses éludes ne s’étaient pas bornées aux temps de Marguerite d’Anjou et du cardinal Wolsey; il avait voulu connaître plus sérieusement et plus complètement l’histoire commune des deux pays : c’est là sans doute ce qui a donné naissance à ce mémoire Des affaires d’ Angleterre avec la France .
Ce nouvel essai n’est qu’un recueil de notes qui étaient peut-être destinées à la composition d’un ouvrage plus étendu et plus complet. Ces notes sont mises à la suite les unes des autres dans l’ordre chronologique, mais le plus souvent sans transition. La plupart sont consacrées à des
SIR MICHEL RAUDIER.
faits de l’histoire générale des deux peuples, aux guerres et aux traités; un certain nombre renferment des anecdotes assez détaillées et souvent très-curieuses. Commencées aux plus anciens rapports de la Grande-Bretagne avec la France naissante, elles se terminent à la délivrance de Calais, c’est-à-dire à l’époque où la France achève de s’affranchir des Anglais et les chasse de la dernière ville qu’ils avaient gardée sur son territoire. Si l’historien remonte un peu trop loin dans le passé, en confondant les Anglais avec les Bretons qui se réfugièrent dans l’Armorique au temps du prétendu Pharamond , et avec les Saxons qui combattirent Chlother, s’il attribue à des causes futiles la rivalité des deux nations, s’il oublie de parler de la grande conquête des Normands, il est plus complet et plus exact dès qu’il arrive aux périodes mieux connues et mieux étudiées de son temps. Bien qu’il apporte dans l’appréciation de certains faits un peu de passion sous prétexte de patriotisme , et que 1 Anglois lui inspire une sympathie médiocre, il est impartial et véridique toutes les fois que sa conscience n’est pas surprise.
La nature de ces notes ne nous permet pas d’ailleurs de les juger aussi sévèrement qu’un ouvrage achevé. L’écriture seule du manuscrit indique qu’elles ont été prises au courant de la plume et n’ont peut-être pas même été relues par l’auteur.