SUR AI I C H K L K AUDI KH
aujourd’hui rompre un silence de deux siècles, n’a-t-il pas la prétention de revendiquer pour sa personne et ses ouvrages l’attention que la curiosité publique accorde à peine aux œuvres les plus éminentes. Il ne dépendrait pas de nous d’ailleurs de lui rendre quelque lustre; mais nous avons la conscience d’accomplir un acte de justice et d’essayer une œuvre utile que nous voudrions voir se renouveler plus souvent en faveur des écrivains du même ordre , en donnant un précis de ses volumineux ouvrages auxquels notre travail dispensera de recourir. Le temps manque à nos jeunes générations pour les longs et pénibles labeurs de l’étude; il faut tout abréger pour ceux qui n’ont pas le loisir de tout lire.
Dans les titres de ses différents ouvrages , Michel Baudier est toujours qualifié : a Historiographe de France ou Historiographe de Sa Majesté. »
Cependant ces qualifications, qui sont tout à fait identiques , semblent lui avoir été contestées , au moins implicitement, par un de ses contemporains.
Charles Bernard, dans l’introduction de son Histoire de Louis XIII , imprimée en 1040, après avoir rappelé qu’il avait remplacé Pierre Mathieu dans la charge d’historiographe de France,, ajoute qu’il s’en démit, en 1030, en faveur de son neveu. (11 ne le nomme pas , mais nous savons que c’était
NOTICE
Charles Sorel , auteur de la Bibliothèque française). Il ne pouvait y avoir, assure-t-il, qu’un seul historiographe à la fois. En sorte qu’en se fondant sur un témoignage aussi précis, on conclurait, à défaut de preuves contraires, que Michel Ilaudier n’avait pas droit à ce titre.
Mais il est facile de démontrer combien est inexacte l’assertion de Bernard.
Des documents authentiques et irrécusables reconnaissent positivement à Michel Baudier la qualité d’historiographe de France et d’historiographe du Boi. Nous n’avons pas, il est vrai, de titres originaux à produire, et, s’il en a existé aux archives de la famille , les Omar de 1793 y ont mis bon ordre; mais dans les privilèges accordés aux différents éditeurs de ses livres, Michel Baudier est toujours qualifié par les ordonnances royales : « Nostre cher et bien amé Michel Baudier, l’un « des gentilshommes de nostre maison, nostre » conseiller et historiographe. » Les titres de tous ses ouvrages imprimés et ceux des manuscrits existant à la Bibliothèque royale portent en toutes, lettres les mêmes qualifications; et ce n’est pas sous Louis XIII qu’un auteur les eût usurpées impunément et les eût inscrites sans droit à la suite de son nom. Si Charles Bernard a été revêtu en même temps que Michel Baudier de la charge d’historiographe de France, c’est que jamais,
SUR MICHEL BAUDIER.
quoi qu’en ait dit Bernard, cette charge n’a été restreinte à un seul titulaire.
Quant à Charles Sorel , il est à peu près certain qu’il n’a jamais été historiographe de France. N’en déplaise à Bernard , cette charge n’était pas de celles dont on pouvait se démettre à son gré en faveur d’un tiers. Moréri, dans la notice qu’il a consacrée à Sorel, ne lui donne pas cette qualité; il reproduit même les critiques du Journal des Sçavants de 1655, conçues dans des termes tels qu’on n’eût peut-être pas osé, en ces temps de hiérarchie et de respect, les adresser à un homme dont les talents eussent été publiquement reconnus par un brevet du roi.
La charge d’historiographe ne date que du règne de Charles IX. Les écrivains qui, avant cette époque, s’étaient occupés de rédiger les annales de France ou de raconter les faits et gestes de nos rois ne peuvent être désignés sous ce titre. Alain Chartier, Nicole Cille ont eu celui de secrétaires du Roi ; Jean Le Maire prit la qualité de secrétaire indiciaire; Paul-Emile, que Louis XII fit venir exprès de Vérone pour écrire l’histoire de sa vie, fut richement récompensé, mais ne fut pas revêtu du titre d’historiographe. C’est pour du Haillan que Charles IX créa cette fonction, à laquelle la Popelinière nous apprend, dans son Histoire nonvelle , que furent affectées une pension de douze