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cents écus et des distinctions honorifiques. Mézerai , Pélisson, Racine, Boileau ont été les historiographes de France du règne de Louis XIV; Voltaire, Duclos, Marmontel et Moreau furent revêtus de cette charge pendant le dix-huitième siècle.
Les fonctions d’historiographe n'étaient pas exemptes d’inconvénients pour un écrivain sincère '. En parcourant les ouvrages de Michel Baudier, on devine tout ce que cet homme, aussi consciencieux que modeste et savant, eut à souffrir d’amers déboires et de chagrins immérités. Il se plaint souvent de l’ingratitude des cours, de l’injustice du monde, de l’arrogance des grands seigneurs.
«Ceux qui ont bien connu la cour, dit-il*, ne * l’ont point aimée , et laissant la mémoire de leur » sentiment à la postérité, ils ont dit que la vertu » et la piété n’y faisaient point leur séjour, parce » que la fraude et la tromperie y occupent injuste- « ment leur place et y reçoivent les honneurs et « les hommages qui sont dus à leur mérite.
1 On sait que quelques traits de hardiesse ayant fait retrancher une partie de la pension de Aléserai, celui-ci avait mis à part, dans une cassette , les derniers appointements qu’il avait reçus , en y joignant ce billet : a Voici le dernier argent que j'ai reçu du roi ; il a cessé de » me payer, et moi de parler pour lui, tant en bien qu’en mal. » C’est à ce propos qu’on a dit que l’historien devrait être sans passion et surtout sans pension.
* Histoire du Sérail.
SUR MIC H KL B AU Dl K R.
« Un jour, le roi Alphonse d’Aragon revenant v de Sicile , plusieurs grands oiseaux voletaient et « cherchaient leur proie autour de la Réale. Ceux » qui étaient sur cette galère prenaient plaisir à » les voir suivre , et pour les attirer davantage leur » jetaient en mer des lopins de chair et de pain. » Mais les oiseaux, les ayant pris, s’envolaient et » ne revenaient plus. Alphonse les montrant du « doigt aux grands qui étaient autour de sa per- » sonne : Ainsi sont, dit -il, quelques-uns de » mes courtisans, lesquels me font mille protes- » tâtions de service et de fidélité dans la pour- « suite des bienfaits qu’ils attendent de moi ; « mais après qu’ils les ont reçus, leur foi s’ab- » sente, leur affection s’éteint et leur fidélité s’é- » vanouit. »
Ailleurs 1 , après avoir exposé que les grands seigneurs chinois se servent de carrosses qui vont à la voile sur terre aussi bien que les navires sur mer, il ajoute : « C’est un exemple que le vent « pousse , conduit et maîtrise tout à la cour ; et si , « à la Chine, les coches des plus qualifiés vont à la » voile, ailleurs, les esprits des courtisans vont au « vent. Car si le monde n’est que vanité, la cour, v qui en est la quintessence, vend , donne, suit et » adore le vent. «
' Histoire de la Cour du Roi de la Chine.
NOTICE
Nous pourrions recueillir ainsi un grand nombre de traits disséminés dans les ouvrages de Michel Baudier, et qui paraissent inspirés par les mécomptes personnels qu’il avait éprouvés et auxquels il devait la connaissance de l’esprit des cours dont il se plaît à stigmatiser les vices et à dévoiler les travers; mais ni les injustices, ni les faveurs dont il a été l’objet pendant sa longue et laborieuse carrière n’ont pu le faire dévier de sa rigide impartialité d’historien. Il connaissait les devoirs de sa profession, et les accomplissait avec autant de courage que de désintéressement.
«Quiconque, dit-il, s’emploie tout à fait pour » le public peut se ruiner à la fin *. Mais l’homme » n’est pas né seulement pour lui-méme, et la bar- » bare ingratitude du temps ne peut servir de pré- » texte qu’à la fainéantise. Qui veut travailler doit » passer par-dessus ces obstacles; car celui-là est v indigne de la vie qui ne l’emploie pas bien. Et « puis se consumer pour le bien public, c’est re- « naître glorieusement de sa cendre comme un « nouveau phénix. «
L’écrivain qui manifestait ces sentiments hono-
1 Baudier était lui-méme un exemple de la justesse de eette observation. A force d’cchangcr scs arpents de terre contre des livres, des manuscrits, des antiquités et des médailles, su gentilhommière était restée presque sans dépendances, et, lorsqu'il mourut, le pigeonnier féodal était è peu près en ruines.