‹ Histoire de la vie et de l'administration du cardinal Ximenès annotée et précédée d'une introduction et d'une notice sur Michel Baudier et ses diverses ouvragesChapitre 54 sur 88 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

Mort do lu Heine Isabelle. — Ximcnès institué sou exécuteur testamentaire. — Philippe et Jeanne rentrent en Espagne. — Philippe dispute la régence à son beau-père. — Entrevue des deux rois a Sanahria. — Ximénès déchire un acte royal préjudiciable à l’Etat. — Mort de Philippe. — Ximcnès est élu régent. — Folie de la Reine Jeanne. — Ximénès est fait Cardinal et Grand Inquisiteur d'Espagne. — Splendeur du collège d'Alcala.

En celle mesme année qu'on comptoit mil cinq cens el cinq, l'Espagne soulfril une notable perte par la mort de la Reyne Isabelle 1 , princesse des plus illustres de son siècle, qui avoit adjousté à sa naissance royale les acquisitions des grandes vertus dont elle portoit aussi dignement les couronnes que légitimement le diadème d'Espagne. Elle fut princesse scavante, pieuse et généreuse au delà les qualités de son sexe a . Elle lit Ximénès exécuteur de son testa-

1 Isabelle a fait châtier les hérétiques, chassé les juifs, vaincu et converti les Maures, rétabli, par le choix qu’elle fit de bons juges et de bons évêques, la justice et les bonnes mœurs, et rendu la vie aux lettres en Espagne. (Mariaxa, 1. 25, c. 18.)

2 Mariana rapporte que Ferdinand étant à peu près illettré (il était capable tout au plus d’écrire lisiblement son nom), la Heine apprit le lutin pour lui servir d’interprète au besoin. Elle professait un si grand amour pour les lettres, qu’elle ordonna à Pierre Martyr, qu’elle avait fait doyen du chapitre de Grenade, d'ouvrir une academie

meut 1 , ayant recogneu en luy les éminences d’une rare conduite dans une singulière probité qui le rendoit si vénérable dans l’Estat, que jamais ministre n’y a receu tant d’honneur de son vivant ni tant de souvenir après sa mort. Toutes les fois qu’il alloil vers le Roy Ferdinand, son maistre, le Roy sortoit de sa chambre et alloit au-devant de luy; ce qu’il faisoit encores pour l’accompagner quand il en sortoit; ne s’asseyoit point qu’on n’eust donné un siège à Ximénès, tant les grandes vertus sont puissantes que d’obliger les sceptres du monde à les révérer “. Certes, le ministre d’Estat qui est prudent, sage, généreux, qui a pour but de ses travaux la gloire de son maistre et la félicité des peuples, doit être surnommé le bon génie de l’Estat, et comme tel honoré d’un chacun.

La mort d’Isabelle lit naistre en Espagne des su-

de grammaire cl de belles-lettres, où clic envoyait à certaines heures tous les jeunes seigneurs de su cour, l'ne fièvre lente, suivie d’une hydropisie, enlevèrent h l'Espagne cette grande reine. Lorsque t’ Archevêque de Tolède apprit la mort d'Isabelle, dit (jomez, il ne put retenir ses larmes et secria : * L’Espagne vient de perdre une Reine » qu’elle ne peut assez pleurer ! »

1 Elle lui avait adjoint le Roi, Antoine Fonscca, Jean de Velaseo, D. Diego Deçà, archevêque de Séville, et Jean Lopcz de Saragosse, secrétaire de ses commandements.

2 Ferdinand poussa plus loin encore son respect pour Ximénès. t'n jour que le Roi alla lui rendre visite, l’Archevêque reposait un peu après son dîner. Don Diego de Ayala, chanoine de l’église cathédrale de Tolède, voulut l’éveiller, niais le Roi s’y opposa et se retira en disant : * Laisscz-le dormir; je reviendrai à une heure plus op- * portune. > ((îoMKZ.)

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