CA R DIX AL XIMKXKS
jets à Ximénès de bien servir Ferdinand et de donner de nouvelles preuves de sa grande conduite. Isabelle, Reyne de Castille, avait par son testament institue Ferdinand, son mary, qui n’estoit que Roy d’Arragon, administrateur général du royaume de Castille. Philippe, son gendre, mary, comme nous avons dit, de Tunique héritière de ce royaume-là , avoit un autre sentiment; et, à la suscitation de quelques Grands d’Espagne, et cncores estant soutenu de l’amitié des François , faisoit dessein de délhrôner son beau-père, et d’entrer dans la possession de la Castille comme dans l’héritage de sa femme. Il estoit pour lors en Flandre avec Jeanne, à qui Ximénès avoit donné des hommes lidelles : par leur moyen, elle l’advertil des desseins de son mary, qui vouloit troubler l’Espagne, ensemble du mauvais traitement qu’il luy faisoit; car l’amour des dames flamandes avoit divisé le mary et la femme et jetté dans leurs esprits la jalousie et la haine. Jeanne escrit à son père les menées de Philippe pour le jetter hors de la Castille, contre le testament de la Reyne, sa mère. Philippe surprend Lopcz Conehillo, l’un des ambassadeurs de Ferdinand, chargé de ses lettres, et, sans avoir respect à sa personne, le fait mettre en prison \
1 Si l'on en croit Pierre Martyr, Philippe fit enfermer Lopez Concliillo dans un cachot si noir, si étouffant et si humide, qu'il perdit tous ses cheveux en une nuit ; il éloigna de Jcanuc tous les Kspa<piols qui la servaient et fit placer des gardes à toutes les portes de ses appartements, nlin que personne n’y entrât.
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Ximénès advcrli do ces menées et de ces violences , advise aux moyens d’y remédier pour le service du Roy Ferdinand; il sçait aussi que Philippe fait négolier avec la France pour son appuy contre son beaupère; il le prévient, conseille Ferdinand de s’allier estroitement de ce costé-là, et d’espouscr Germaine de Foix, niepee du Roi Louis douziesme Ce mariage lut accompli, et Philippe, se trouvant surprins et abandonné par l’endroit duquel il es peroit assistance, fut contrainct de s’accommoder avec Ferdinand et luy accorder l’administration du Royaume de Castille; il voulut seulement se réserver que par honneur on mctlroit dans les lettres patentes son nom et celui de sa femme avec le nom de Ferdinand.
Cet accord donna le calme aux affaires d’Espagne, mais non pas durable. Philippe y vint avec Jeanne , sa femme 2 , visita les villes du Royaiune et s’y promena en maistre, sans voir Ferdinand, ny permettre que sa fille le veid. Ferdinand, quoyque beau-père, se met en peine pour le voir et le suit; Philippe le fuit jusques à ce que la prudence de Ximénès les fil
1 Zurita (I. 4, liv. 50 et 8V) rapporte que Ferdinand avait promis par serment à la Heine Isabelle, quelques instants avant sa mort, de ne jamais se remarier.
* Philippe et Jeanne débarquèrent sur la rôle de Galice, au port de Coruûa; ils devaient de là se rendre à Gompostellc, où Ferdinand irait les rejoindre; mais les Grands d’Espaqoe eurent le temps de persuader a Philippe (juc son beau-père n’était qu'un ambitieux usurpateur, « qu'd était dans ses États, et qu‘d n’avait besoin ni du conseil » ni rie l'autorité d’un autre pour les gouverner. » (Mumxa.)
1)1 CARDINAL XIMKXKS.
joindre tous deux et les fit voir ensemble. Mais Philippe, poussé par les Grands de l’Estat, désireux de nouveautez et envieux de l’aulhorité de Ximénès, parut en cette entre veue en vainqueur et en triomphant, plustôt qu’en estât de gendre de celuy qu’il devoit voir. Il marchoit avec six mille hommes de guerre ; Ferdinand n’avoit pour tout que deux cens hommes, montés sur des mules, qui estoient sa maison et sa suite.
Cette fougue flamande n’eust pourtant point de durée ; les sages advis de Ximénès l’appaisèrent. 11 fut trouver Philippe à Burgos et luy remonstra le tort qu’il se laisoit de semer la division dans l’Estat (jui lui appartenoit; « que porter les armes dans « l’Espagne esloit attaquer sa maison propre; que » Ferdinand n’avoit l’administration de la Castille » que pour la luy conserver, voire l’accroistrc; que » les conseils qu’on luy avoil donnez alloient à sa « ruine; que Don Jean Manuel, qui estoit le premier « et le plus confident de ses conseillers, estoit in- * théressé et semoit la discorde entre luy et son beauv père pour en profiter; que pour son bien, il le « devoit esloigner par un honneste employ, « et luy proposa pour cet homme l’ambassade de Home; car esloigner d’un Roy un favori pernicieux à PEslat, c’est délivrer un malade de la fièvre.
Parce que cette entreveue des deux Roys est une pièce notable dans cette histoire, il m’a semblé né-
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eessaire d’en déduire icy les particularités plus considérables. Philippe, doncques, allant rencontrer Ferdinand, avoit à sa main droite Ximénès qui l’estoit allé trouver à Burgos, comme nous venons de dire, et à sa main gauche Don Jean Manuel, son favori et son Contador-Mayor ou son Grand-Thrésorier. Scs courtisans estoient en armes et montés en équipage de guerre; ceux de Ferdinand n’avoient que la cape et l’cspée, montés sur des mules, en équipage de paix ; les principaux l’avoient abandonné pour se joindre à Philippe : à la Cour, les hommes adorent le soleil levant. Ferdinand, ayant rencontré la troupe de son gendre , lit halte sur un petit tertre pour la laisser passer; ce lieu servit à son esprit, qui estoit des plus advisés de son siècle 1 , de sujet de contemplation sur la desloyauté de la cour. 11 avoit à dessein prius ce poste en un lieu eslroit, où de nécessité dévoient passer devant luy tous ceux qui Pavoient abandonné pour aller vers Philippe. Le premier d’entr’eux qui s’y présenta fut le duc de IVajar, la cuirasse sur le dos, monté sur un genet * d’Espagne , comme pour le jour d’une bataille ; un page portoit sa lance, et un de ses capitaines menoit après lui une troupe de gens d’armes. Ferdinand luy dit : « Duc, vous voilà en estât de combattre ; vous vous
' Plusieurs historiens, et entre autres Garnier, continuateur de Velly, mit donné à ce prince le surnom de Fourbe h fur eux.
2 Giieval entier.