SUR MICHEL B A UDI ER
râbles avait en lui-même de quoi se consoler noblement des rigueurs de la Fortune.
Aussi, ce qu’on doit louer sans restriction dans notre historien, c’est le caractère profondément moral et religieux de ses ouvrages. Il comprend que l’histoire est la leçon des rois. « Les grands » rois, dit-il 1 , sont comme les grandes sources « auxquelles viennent s’abreuver les peuples. La « flatterie a souvent mêlé de corruption ces royales « sources, et la vérité les conserve en leur pureté. « Mais d’où les monarques peuvent-ils plus sûre- » ment recevoir la vérité que de l’histoire? L’his- « toire! à laquelle on a donné les noms de témoin » des temps, de lumière de la vérité, de vie de la » mémoire, de maîtresse de la vie, de messagère » de l’antiquité! «
S’il laisse éclater son admiration pour les créations du génie, pour les vertus éminentes, pour les belles et généreuses actions, il ne manque jamais de flétrir, en termes énergiques, le vice et l’immoralité. II cherche dans l’étude de l’histoire quelque chose de plus que le récit de faits intéressants et curieux. Il compare l’homme qui se consumerait dans une si vaine occupation à celui qui s’amuserait à recueillir des coquilles sur le rivage de la mer, tandis qu’il y sèmerait et laisserait
1 Inventaire de t histoire générale des Turcs.
NOTICE
perdre de précieuses perles qu’il aurait entre les mains, et qu’emporteraient le flux et le reflux des ondes. «Je veux dire, ajoute-t-il, que la perte du « temps, qui est ce que nous avons de plus pré- » cieux au monde, est irréparable. Les honneurs » se ternissent, ils reprennent et même augmen- » lent leur premier éclat ; la fortune nous ôte et » nous redonne les biens; la santé nous quitte et » elle revient à nous; mais le temps une fois perdu » ne se retrouve jamais. Le moyen donc de le bien « et utilement employer à la lecture des histoires » est de remarquer que les choses humaines sont « changeantes et emportées par le cours de leur » naturelle inconstance, tandis que celles de Dieu « sont fermes et stables; et que , pour éviter d’ôtre « enveloppé dans ce mouvement dangereux, qui » ruine ceux qui s’attachent trop à son cercle, il » faut mépriser celles-là et suivre celles-ci ; c’est » à quoi peut inviter la considération de la fer- » meté , de la stabilité de Dieu et celle de la vanité » des hommes *. «
Dans ses ouvrages éclate un ardent patriotisme, une haute intelligence du rôle que la Providence semble avoir destiné à la France, témoin le passage suivant : « Chère patrie , mère des royaumes , » compagne de l’empire, héritage vaste et précieux
Préface de T h istoire générale de ta religion des Turcs.