SUR MICHEL B A LDI EU
» des plus grands rois de la terre; chère France, » tous ceux qui ont parlé de vous , inspirés de la » vérité, ont préféré votre gloire à celle des ino- « narchies qui vous environnent, et ont autant » élevé vos louanges par-dessus les leurs que la » hauteur des plus grands pins surpasse la bas- » sesse des petits arbrisseaux ; ce qu’ils ont fait , » certes, avec grande raison, car si l’on vous » regarde comme du corps de l’Europe , vous en n êtes le bras droit par la valeur de vos enfants, » vous en êtes l’œil éclairant par les lumières de » leur esprit , vous en êtes le cœur par leur gév nérosité et leur courtoisie. Vos régions, arro- » sées de fleuves célèbres , ne sont pas moins en « leur fertilité les nourrices de leurs voisins , » qu’elles sont par leurs naturelles beautés les jar- » dins et les délices du monde. Que si l’on vous « considère comme une partie de la chrétienté , » vous êtes la fille aînée de l’Eglise, la protectrice » des pontifes, la terreur des infidèles, l’exemple « de la piété. «
Enfin, un dernier trait bien digne de recommander la mémoire de cet estimable historien , c’est le respect profond et filial qu’il manifeste en toute occasion pour la religion de son pays. Il ne manque jamais de protester de son obéissance aux dogmes et aux décisions de l’Eglise; il désavoue d’avance tout ce qui dans ses écrits pourrait lui
être échappé de contraire à la foi, et il soumet
ses œuvres à la censure de l’Eglise, «laquelle ne » peut que saintement juger, dit-il , étant conduite » par l'Esprit trois fois saint de Dieu , son chef 1 * . «
Baudier n’écrit ni moins purement, ni moins élégamment que la plupart de ses contemporains. La prose française, avant d’étre débarrassée de son exubérance, de ses périodes lourdes et traînantes, des latinismes dont l’avaient surchargée les écrivains de la seconde renaissance, devait passer encore par plusieurs phases; et bien que le poëte que l’on avait surnommé le tyran des mots et des syllabes * se fût vanté d’avoir dégasconné la cour, le mélange des dialectes provinciaux ne permettait pas encore à la langue d’acquérir l’élégance et la pureté que lui donnèrent plus tard les écrivains du siècle de Louis XIV 3 .
Baudier ne possède pas non plus cette clarté d’exposition et d’élocution qui suppose un plan lumineux et méthodique, un choix judicieux, un style simple, digne et précis. Ces qualités ne peuvent
1 Histoire du cardinal d'Amboise.
- Malherbe.
3 On sait que depuis quelques années l’importance et la réalité môme de ce progrès ont été mises en question. On s’est demandé, et l’on se demande encore si notre langue n’a pas perdu du côté de la naïveté et de l’énergie ce qu’elle a gagné en netteté correcte et froide , et si, à tout prendre, le français de Rabelais et de Montaigne ne valait pas bien celui de Roilenu.
SUR MICHEL BAUDIER.
être, dans un historien, que le produit d’une de ces rares époques de l’esprit humain , en dehors desquelles tout est, selon l’expression de Balzac, u dans l'imperfection de ce qui commence ou dans
la décadence de ce qui finit. «
Compilateur laborieux, écrivain très-versé dans la connaissance de l’histoire ancienne et moderne, Baudier aime à en reproduire la substance dans des citations qui ne sont pas toujours amenées à propos. Il rapproche des événements qui n’ont entre eux que de bien faibles analogies ; il s’élève parfois au ton lyrique pour retomber dans le prosaïsme naïf; il emploie des comparaisons forcées ou inexactes; il entremêle ses récits de réflexions justes, mais dont le bon sens aurait besoin d’être relevé par un tour plus ingénieux ou soutenu par une pensée plus profonde ; son style, qui s’embarrasse dans des digressions, est le plus souvent lourd et diffus. Il ignore que l’art de bien dire n’a pas de plus grand ennemi que le besoin de tout dire.
Mais, malgré ces défauts, qui sont ceux de son siècle, on le suit avec intérêt dans ses diverses compositions. On s’étonne, en le lisant, de l’étendue et de la variété de ses connaissances, et on peut retirer de ses ouvrages une instruction réelle. Baudier, en les écrivant, a constamment cherché à être utile et s’est appliqué, comme il le dit lui-
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NOTICE
môme 1 , «à ne pas se rendre coulpable de prendre » ce qu’il lui serait impossible de restituer : le « temps de qui le lirait. »
Ses œuvres le font apprécier mieux que ne pourraient le faire les particularités que les biographes recueillent avec tant de complaisance. La vie des hommes voués au culte des lettres est surtout dans l’histoire de leurs pensées ; pour bien les connaître , nulle biographie ne vaut l’étude de leurs livres.
Dans l’analyse qui va suivre des divers ouvrages de Michel Baudier, nous ne nous sommes pas astreint à l’ordre chronologique; nous avons seulement pris la précaution de les grouper selon l’analogie des sujets qui y sont traités.
Histoire des guerres de Flandre, depuis 1559 jusqu’en l’année 1609. (Traduit de l’ italien de Francctto Lanario. — l’aria, in-4°, 1618).
Cette traduction et divers autres ouvrages de Michel Baudier révèlent des études sérieuses de stratégie et un goût prononcé pour tout ce qui se rattache à l’art de la guerre. Il traite ces matières en homme spécial , et décrit avec une minutieuse
1 Histoire de Romieu.