‹ Histoire de la vie et de l'administration du cardinal Ximenès annotée et précédée d'une introduction et d'une notice sur Michel Baudier et ses diverses ouvragesChapitre 9 sur 88 · SLR MIC H KL B AUD 1ER · texte numérisé non relu

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exactitude les combats, les campements, les manœuvres et les évolutions militaires.

Baudier a fait suivre la traduction de l’auteur italien d’une histoire succincte de la Flandre, qui n’est pas dénuée de mérite. On pourrait même y signaler une rapidité de style et une vivacité d’expressions qui malheureusement sont remplacées dans les compositions ultérieures par une diction plus lourde et plus traînante.

Quant à la traduction elle-même , elle puise son intérêt dans l’histoire des guerres qui y sont racontées, et principalement dans ce qui a rapport à l’illustre marquis de Spinola. Le récit de ces guerres de Flandre et de Hollande, qui durèrent plus d’un demi-siècle, était, pour les comtemporains de Henri IV et de Louis XIII, d’une grande importance. Toutes les forces de Philippe II , absorbées dans les combats de géants que lui livraient les Pays-Bas, cessèrent de peser sur la France. Les princes de l’illustre maison de Nassau, en défendant glorieusement l’indépendance de leur nation , recevaient le choc de la puissance espagnole qui , forcée de tenir tête à de si valeureux ennemis , ne pouvait profiter des sanglantes dissensions qui paralysaient alors l’énergie de notre malheureuse patrie.

La ville d’Ostende, livrée en 1004 à Spinola et dont Baudier déplore la terrible catastrophe , était

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.assiégée depuis trente-trois ans. Tous les progrès que l’art militaire avait faits pour l’attaque et la défense des villes avaient tour à tour été mis en œuvre par les assiégeants et les assiégés. La population de cette cité héroïque avait presque entièrement péri dans les combats ou par la misère. Mais les Espagnols confessaient eux-mêmes qu’ils avaient perdu cinquante mille hommes à ce siège.

Quand, après avoir pris Ostende, si vaillamment défendue , Spinola écrivait à la cour pour signaler les difficultés qu’il allait rencontrer au siège de Bréda , il recevait de Philippe III cette laconique réponse : « Marquis, prends Bréda . — « Moi , le roi. » Et Bréda était pris. C’était, comme on le voit, pour nous servir d’une expression célèbre : Décréter la victoire !

Quelque intéressant que soit l’ouvrage de Lanario, nous regrettons que Baudier n’ait pas jugé à propos de traduire de préférence un autre livre , écrit aussi en langue italienne, et qui lui aurait fourni des renseignements bien plus précieux sur les campagnes de Flandre et le génie militaire de Spinola. Nous voulons parler de l’ouvrage de Pompeo Giusliniano, intitulé Belle guerre di Vian dria, libri VI, posti in luce da Giuseppe Gambarini. Anversa, 1609.

SUR MICHEL BAUDIER.

Histoire du Maréchal de Tairas , ensemble une bonne partie du règne de Louis XIII % avec la généalogie des Toirus , et des figures.

(Pari», 1644, in-folio; et 1666. 2 roi. in- 12.)

Jean de Caylar de Saint-Bonnet, Seigneur de Toiras, était né à Saint-Jean-de-Gardenenque, dans les Cévennes, le l fr mars 1585. La généalogie de sa famille , donnée par Michel Baudier, a été reproduite dans le cinquième volume de 1 VI r— morial général de d’Hozier. Comme le connétable de Luynes, il dut sa faveur près de Louis XIII à son adresse à prendre des oiseaux , et jusqu’à l’âge de trente-cinq ans il sembla ne pas devoir être appelé à de plus nobles occupations. Mais bientôt l’amour de la gloire s’empare de lui ; il obtient le commandement d’une compagnie des gardes, et, après plusieurs actions d’éclat, il est élevé au grade de maréchal de camp. Sa défense de l’île de Ré contre les Anglais commandés par Buckingham , et surtout celle de Casai contre les forces de l’Autriche et de l’Espagne , réunies sous les ordres de Spinola, dont il se montrait déjà le digne rival, le placent au premier rang des généraux d’une époque féconde en grands capitaines.

Dans Casai , Toiras fit plus de soixante sorties

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et finit par forcer fennemi à une trêve bientêl suivie d’un traité de paix. Spinola , témoin de l’intrépide constance et des prodiges de valeur de scs adversaires, ne demandait, pour conquérir l’Europe entière, que cinquante mille hommes comme ceux que commandait Toiras.

Baudicr se complaît à détailler toutes les particularités de celte glorieuse campagne, à montrer par quelle énergie de résolution et quelle variété infinie de stratagèmes et de ressources Toiras triompha des obstacles de toute nature qu’il avait rencontrés. Le défaut d’argent, la trahison de ses alliés, la maladie grave dont il était lui-même atteint, rien ne le décourage. Il verse dans la caisse épuisée le prix de sa vaisselle vendue , il engage toute sa fortune pour créer une monnaie obsidionalc, et maintient la discipline dans l’armée par sa fermeté mêlée d’adresse.

Richelieu, jaloux de sa gloire et blessé de l’indépendance de son caractère, lui accorde à regret et seulement par nécessité le commandement général de l’armée française au delà des Alpes avec le litre d’ambassadeur. Il signa en cette qualité le traité de Chérasco qui mit fin à la guerre d’Italie, et celui par lequel Pignerol fut cédé à la France.

Toiras avait bien gagné le bâton de maréchal; l’inquiète jalousie du cardinal lui refusa longtemps cette dignité si bien méritée; l’enthousiasme de

SLR MICHEL BAUDIER.

l’armée d’Italie pour son chef la lui arrache enfin. Mais, irrité des liaisons que Toiras entretenait avec quelques-uns de ses ennemis, Richelieu cherche à le faire rentrer en France, et ne trouve pas de meilleur moyen que de le faire nommer Chevalier du Saint-Esprit, en l’invitant à venir à la cour recevoir le collier de l’Ordre. Le maréchal s’obstine à rester sur le théâtre de ses exploits, et Richelieu, levant enfin le masque, se déclare ouvertement son ennemi , le dépouille de ses gouvernements et de ses pensions , et le réduit à la misère.

Les puissances de l’Europe s’efforcent alors à l’envi de l’attirer à leur service : mais Toiras refuse, peu jaloux de se venger à la manière du connétable de Bourbon. « J’aime mieux, disait-il, être mal- » heureux qu’infidèle. » Son épée ne pouvait être tirée que pour le service de la France. Une circonstance favorable se présenta. La guerre s’étant rallumée et le duc de Savoie ayant uni ses intérêts à ceux de la France, Toiras se mit avec l’agrément de Louis XIII à la tête de l’année piémontaise. Mais au début de la campagne, il fut atteint d’un coup de feu sous les murs de Fontanelle , au moment où il visitait la brèche, et perdit glorieusement la vie le 14 juin 1630. Sa mort fut un sujet de deuil pour ses soldats qui, accoutumés à vaincre sous les ordres d’un si habile capitaine, « trempèrent, dit « Baudier, leurs mouchoirs dans le sang de sa

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» plaie, persuadés que tant (ju’ils le porteraient sur 5 ^ eux ils seraient invincibles. »

Le récit des campagnes du maréchal de Toiras ne remplit pas, à beaucoup près, le volume infolio publié par son fécond historien. La plus grande partie du règne de Louis XIII s’y trouve racontée, et Michel Baudier y a consigné un grand nombre de faits précieux qu’il était bien placé pour recueillir, et qui de son ouvrage sont passés dans les relations composées après lui. L’auteur de la volumineuse et très-indigeste histoire de Louis XIÏÏ , Levassor, lui a fait sans scrupule de notables emprunts; et cet exemple a eu depuis une foule d’imitateurs.

Le Soldat piémontais revenant du camp de Turin et racontant la campagne d'Italie de 1040.

(Pari», 1 G4 1 , in-8°. )

Une complication d’événements extraordinaires avait signalé celte période de la guerre soutenue par Richelieu contre l’Espagne, et qui devait aboutir à la paix des Pyrénées , signée en 1 (>G1 par son habile successeur.

Le prince Thomas de Savoie avait pénétré en Piémont à la tète d’une armée espagnole. Turin

SUR MICHEL BAUDIER.

lui ouvre ses portes, mais les Français conservent la citadelle. Le comte d'Harcourt avait remplacé le maréchal de Créqui dans le commandement de l’armée française. Après avoir délivré Casai , il court assiéger dans Turin Thomas et les Espagnols, qui, de leur côté, tiennent les Français assiégés dans la citadelle, et il se trouve bientôt après assiégé lui-même dans son camp par Lcganez , gouverneur du Milanais. Celui-ci , avec douze mille hommes, lui coupe les routes de France et veut le réduire par la famine. Mais après de nombreux combats, les Français l’emportent, Legancz est repoussé, Thomas capitule, la citadelle est délivrée, et la Savoie se trouve ainsi dans l’entière dépendance de la France.

A l’époque où Baudier composait son ouvrage, cette même campagne de 1G40, célébrée par tous les historiens du temps, était l’objet d’une douzaine de relations en italien ou en français, dont aucune n’est supérieure à la sienne.

Les militaires ont souvent étudié les savantes combinaisons de cette campagne, et c’est un des exploits du règne de Louis XIII dont le cardinal de Richelieu parle avec le plus d’enthousiasme

dans ses Mémoires ‘. C’est aussi une des parties

1 Ce passage des Mémoires est imprimé dans le- troisième volume de l ' Histoire de Louis XIII , par le P. GrifTcl, jésuite.

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les plus soignées de l’histoire de l’Italie par Botta.

Baudier a fait preuve dans son Soldat piémontais de connaissances spéciales très-étendues en stratégie et en tactique. Les détails techniques qui y abondent ont été très- appréciés par les hommes de guerre de son temps; ils rehaussent l’intérêt du récit , et en font un ouvrage que les militaires peuvent encore consulter avec fruit.

Des sujets d’une nature différente, et qui avaient nécessité de la part de Michel Baudier des recherches peu familières à scs contemporains, ont été abordés par lui dans trois grands ouvrages dont nous allons nous occuper, et dont nous reproduisons d’abord ici les litres :

1° Inventaire de l Histoire rjcncraUe des Turez, où sont descriptcs les {pierres des Turez, leurs conquestes, séditions et choses remarquables, tant aux affaires qu’ils ont eu contre les Chreslicns, comme Gréez, Hongres, Polonois, Bulgares, Moldaves, Transylvains, Vainques, Sclavons, Vénitiens, Espagnols, Chevaliers de Rhodes et de Malte; que contre les infidèles, comme Tartarcs, Perses, ./Egyptiens, Arabes et autres, depuis l’an 1300 jusques en l’année 1617 ;

Tiré de Chalcondile, Athénien; Paul Jove, Léon Clavius, Loniccrus et aullres;

Avec la mort et belles actions de plusieurs Chevaliers de Malte et aultres gentilshommes et seigneurs franeois.

( l'aria . 1017 . iu-i» )

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