‹ Histoire de la vie et de l'administration du cardinal Ximénès, annotéeChapitre 14 sur 28 · Î78 HISTOIRE · texte numérisé non relu

Î78 HISTOIRE

peu de temps après de prétexte au Cardinal de le faire dissoudre.

La cause de cette rupture fut la tromperie des parents de Mendosse, lesquels croyans avoir assez obligé le Cardinal à faire la fortune des mariez, de luy avoir donné un homme de leur nom et de leur maison , manquèrent aux promesses qu'ils luy avoient faictes ; car la mère , par son testament , substitua tout le bien à Roderic , frère puisné de Pierre Gonzalès , en frustrant celuy-cy, croyant que le Cardinal luy en feroit assez. Mais cet homme , qui aymoit Thonneur solide y ne voulut pas qu'on le tînt à la Cour pour ce qu'il n'estoit point, pour dupe, fit defiaire le mariage, quelques empeschemens que le duc de l'Infantado y s<^^eut apporter. Xéantmoins, il maria après sa niepce dans la mesme famille et luy fit espouser Alphonse Mendosse^ fils et héritier de Bemadin comte de Cluny. Tel fut le soin qu'il eust de ses paréos ; car il n>st pas deffendu à un ministre d'Estat de faire part aux sdens de la fortune qu'il possède, pourveu que ce soit dans la modération et que par sou alliance il ne couvre point les violences d'autniy. Mars cette charité naturelle tesmcHgne sa bonté et augmente la {{loire de ses bonnes actions.

l/armèe navale que depuis peu de temps on avoit euv^^yee à la conqueste de TAfirique n^avoit pas si

bien réussi que celle que le Cardinal y emmena. Don Garcia , fils du duc d' Albe , la commandoit ; elle fut deffaicte aux Gerbes par les Turcs et les Maures. Ferdinand avoit dessein d'en remettre une autre sur mer et désigna Cadix pour le lieu où il la devoit assembler ; mais comme il ne résolvoit rien sans Tadvis du Cardinal, il luy dépescba un courrier à Tolède et luy manda de le venir trouver à Séville. Le Cardinal se mit en chemin \ et comme il approchoit de Guadalquana, il envoya prendre le logis de Sajavèdre, où il désiroit loger : ses fourriers le trouvèrent marqué pour Gonzalve, le grand Capitaine; ils l'en advertirent : ce prenez-en un autre, leur dit-il, et laissez celuy-là » à ce personnage qui mérite toute sorte d'honneur. )) Le Cardinal a toujours eu de l'inclination à révérer les personnes d'excellente vertu; car les grands hommes ayment naturellement leurs semblables , quand la concurrence des charges et la jalousie des dignitez ne s'y rencontrent point ^.

' Au mois de janvier 1511 , malgré un froid extrêmement rude.

(ZURITA.)

^ Gomez et Fernand de Pulgar racontent , à propos de ce voyage du Cardinal, un fait très-caractéristique. Une dame nommée Thérèse Ënriquez, qui dans sa jeunesse avait eu pour confesseur Ximénès, lorsqu'il était simple religieux de Saint-François , avait quitté le monde pour se retirer à Torrijos. A la nouvelle du prochain passage du Cardinal, désireuse de témoigner son pieux respect au vénérable prélat, elle fit faii*e tous les préparatifs nécessaires pour le recevoir dignement dans son château. Mais craignant que cet homme austère, qui avait toujours évité la conversation des femmes , ne logeât ailleurs

Comme il approchoit de Se ville, le Roy Ferdinand alla quatre lieues au-devant de luy avec toute sa cour, traisnant avec soy les envieux de ce personnage, qui estoient par ce moyen forcez de l'honorer. A la rencontre, le Roy mit pied à terre et révéra cette teste d'où naissoient les conseils qui produisoient la félicité d'Espagne. Cet honneur causoit deux effects contraires : de l'humilité au Cardinal et de la rage à ses ennemis.

A Séville , un vaisseau qui venoit des Indes apporta au Roy Catholique et au Cardinal l'advis que les Espagnols qui estoient aux Indes Occidentales, abusant de l'advantage que Dieu leur avoit donné sur les peuples de ce paîs-là, tyrannisoient ces hommes nouvellement conquis à Dieu et àl'Espagne, et sacrifioient la vie de ces Indiens à leur avarice, tuant les hmnmes, et pillant l'or amassé dans ces terres qui en smit fertiles, désolant tout sans merci, sans pitié, sans justice.

Le Cardinal conseilla à son maistre d^y envoyer des religieux, lesquels, désintéressés des biens du mcHide, opposeroient leur charité à la mAcÊÈce de ceux qui gouvemoient Cet advis fat reçeu ; plusieurs honmies de son ordre s^embarqoèrent pour ce voyage.

rt nr irTiisèl de k Toîr, eUp fil rp|ittMlre le hmîl duH Ibos les eaiiroiis quelle était absente. Xiraénês, trompé par ces Eux brails, s*ea alla (ktiit an château ; mais ajaiit recomiii que Thérèse Eanqmtz s'f^ tninrait , îl 5e hâta de se irtirrr chez ie$ Gordelicni.

DU CARDIXAL XIMEXKS. S81

et entr'aulres trois de ceux qui luy faisoient compagnie , dont François Ruys estoit du nombre; mais l'air des Indes, contraire à sa santé , le força de retourner à Madrid six mois après son départ. En y arrivant, il apporta au Roy Ferdinand une caisse pleine de plusieurs idoles que les Indiens adoroient, et un grain d'or pesant plus de mille ducats, qui avoit esté sans doute une autre idole de ces hommes avares qui tourmentoient les Indiens.

En cette mesme ville de Séville fut résolu de tirer raison de cette desroute de l'armée espagnolle et d'en lever une autre. Mais, pendant qu'on en faisoit les préparatifs, les affaires du Pape Jules second en arrestèrent le dessein. Ce pontife , qui troubla toute l'Europe , envoya ses nonces en Espagne prier Ferdinand de le secourir contre le concile de Pise , où les Cardinaux avoient esleu un autre Pape, et demanda vengeance de Bernardin Carvajale, Cardinal Espagnol, qu'il avoit effacé du catalogue des Cardinaux, l'accusa comme autheur de ce concile, et pria le Roy de luy oster l'Evesché de Siguença qu'il tenoit en Espagne. Ferdinand , pour plaire au Pape , osta l'Evesché à Bernardin et le donna à Frédéric de Portugal ; mais l'orage estant passé , celui-là y fut remis pour achever sa vie avec quelque sorte de dignité.

En cette affaire de Jules second, la générosité du Cardinal à recognoistre ceux qui luy ont fait du bien

est remarquable. Il escrivit au Pape , de qui il avoit receu le bonnet de Cardinal, qu'il luy feroit tenir à Rome quatre cens mille escus quand il voudroit, leveroit une armée à ses dépens s'il en avoit besoin, et la meneroit luy-mesme en Italie contre ses ennemis. Car le fruict d'un bienfaict n'est jamais perdii quand on le sème dans un esprit généreux.

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