‹ Histoire de la vie et de l'administration du cardinal Ximénès, annotéeChapitre 6 sur 28 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

Austérité de Ximénès. ^ Le Pape lui ordonne d'adopter nn genre de vie conforme an rang qu'il occupe. -* Ximénès est calomnié par les moines de son ordre qu'il a introduits à la cour. — Hardiesse du général des Gordeliers. — Tentative d'assassinat sur Ximénès. — Il réforme les couvents d'Espagne. — Il obtient l'abolition d'un impôt — Établissement du collège d'Alcala. — Ximénès entreprend la conversion des Maures de Grenade et en baptise trois mille. — Révolte de Grenade. — Intrigues de cour déjooées par Ximénès. — Le prélat malade reçoit les soins d'une Mauresque. — Publication d'une Bible polyglotte. — Alcala exempté d'un impôt à l'occasion de la naissance de Ferdinand , second fils de Jeanne. — Ximénès établit une communauté de religieuses à Alcala.

Elevé à l'Archevesché de Tolède, Ximénès eut alors juste sujet de se mesler des afiaires d^Estat , comme personne qui y estoit des plus considérables. Dans ce soudain changement de fortune, sa constance demeura ferme aux résolutions de la vertu ; néantmoins on ne voyoit rien de bas en luy ; son âme, qui estoit grande , estoit capable de remplir les plus grandes dignitez; seulement, continuoit-il la simplicité de la vie religieuse. La piété a produit l'abondance et la richesse dans l'Eglise de Dieu et les désordres du monde ont fait que la fille dévore la mère,

et qu'il se trouve plus de personnes ecclésiastiques

riches que pieuses. Ximénès ne fut point de ce nombre , et conserva tousjours inviolable , au milieu des thrésors de son grand revenu, cette pauvreté qui eslève les grands hommes au-dessus de la fortune , et qui consiste toute au mépris et en Tusage sobre des biens périssables. Outre cela, il prattiquoit la pauvreté religieuse de son ordre ; pour n'en perdre point la moindre partie , il prenoit la peine de refaire luy-mesme sa robbe de religieux , et pour cela il se retiroit en quelque lieu secret , loing des yeux de ses domestiques. On trouva après sa mort, dans une cassette dont luy seul tenoit la clef de son vivant , des aiguilles à coudre , un dez et des baillons gris de l'estoffe de sa robbe. Il couchoit sur un petit licl de religieux qu'il tenoit caché dans sa chambre où estoit le lict de parade; et, afin que ses domestiques ne s'en aperceussent, il se couchoit et se levoit seul, la porte de sa chambre fermée.

Au commencement qu'il fut Archevesque , il alloit par la campagne monté sur un asne et suivy d'une troupe de moines de son ordre. Sa maison, sa famille, sa table ne dérogeoient point au vœu de pauvreté. Le grand revenu du Primat d'Espagne estoit employé en œuvres pies ; les pauvres en recevoient la moitié pour leur subsistance ; il les appeloit seigneurs et propriétaires de ses revenus.

Les Evesques d'Espagne ne tardèrent pas à s'offenser de la simplicité de Ximénès qu'ils pouvoient

et ne vouloient pas imiter, et en escrivirent au Pape Alexandre Sixiesme , qui lui envoya un bref et Tadvertit de changer cette vile façon de vivre en une plus splendide , selon sa dignité ; car on a creu qu'il estoit bien-séant, mesme nécessaire, de maintenir par quelque lustre extérieur les dignitez qui ont esté fondées dans une saincte simplicité \ Ximénès obéit au bref du Pape : sa table fut mieux couverte , ses licts furent parez de soye , sa vaisselle de terre chan-

^ A notre bien aiméJUs Français, Archevêque de Tolède,

Page 1