CHAPITRE VIL
Le cArdinal Bortomée appelle les pères théatiûâ et les pères jésuites k Milan. — Les oblats de saint Ambroise.
11 fallait entretenir ces heureuses dispositions des Mila» nais ; il fallait des ouvriers habiles et laborieux pour iuÈ^ truire , exhorter et diriger cette multitude à laquelle la venue de Charles avait apporté la foi et le repentir. Le clergé du diocèse de Milan était nombreux, mais composé en grande partie de vieillards. Il était urgent de donner à ces pieux soldats du Christ des auxiliaires valides et diligents. Le cardinal Borromée appela à cet effet les pères théatins et les pères jésuites. On citait les premiers, dans toute l'Italie, pour leur zèle pour le salut des âmes et pour leur science dans la prédication. La compagnie de Jésus^ quoique encore à son berceau , attirait également sur elle tous les regards^ « parce que faisant profession de piété et de savoir^ et n'admettant le plus souvent dans son sein que des sujets d'avenir^ elle comptait parmi ses membres un certain nombre d'intelligences privilégiées, capables de joindre à l'enseignement des vérités de notre sainte religion^ l'enseignement de la philosophie et des belles-lettres (1 ) » » Ce fut à cette docte congrégation que Charles confia la direction (lu séminaire de Saint- Jean-Baptiste. Pour être admis dans
{\ ) Tirabosclii , Storia délia lUteratura italiana.
cet institut supérieur, les jeunes clercs devaient posséder déjà une parfaite connaissance de la grammaire.
On étudiait à la Canordca le catéchisme du saint concile de Trente, les cas de conscience et les règles de la dis» cipline ecclésiastique.
Dans les s^inaireft de Sainte^^Mari&^la'^NoiX) de Sainte*' Marie de Celane, fondés dans les doyennés de Màlianoi d'Incino et de Brevio , on se bornait à Tenseign^nent de la grammaire.
Ces ^ois pieuses écoles, dirigées par de vertueux ecclé^ siasti(tues choisis la plupart parmi les chanoines de la cathédrale, renfermaient toujours au delà de cent jeunes clercs qui allaient plus tard achever leurs étuded soit à Saint-Jean , soit à la Ganonica.
Les élèves ) à quelque famille aisée qu'ils appartinssent, n'étaient tenus d'apporter avec eux en entrant ^ que leurs vêtements et leurs livres d'études. La sollicitude pas* torale du cardinal^archevèque pourvoyait les enfants des pauvres de ces objets de première nécessité, et suppléait également à tous leurs autres besoins.
Toutes les semaines, Charles réunissait dans une assem^ blée qu'il présidait les recteurs et les professeurs des séminaires de la cité de Milan. On traitait alors et l'on discutait devant lui toutes les matières qui avaient rapport à l'enseignement des livres saints et deè sciences humaines, à l'observance ded règlements et à la conservation des bonnes mœurs.
Ce zèle ardéut, cette vigilance admirable du saint évoque, amenèrent les plus heureux résultats. Une foule de jeunes prêtres pieux, instruits et de mœurs sévères, sortirent en peu d'années de ces écoles, les uns pour aller occuper des cures et des vicariats éloignés, les autres char-
88 H18T0IRG
gés par le cardinal-ardievéque de la conduite des âmes^ ou voués au saint ministère de la prédication.
L'institution des oblats que Charles fonda plus tard acheva de fournir à TËglise de Milan un grand nombre de sujets infatigables et dévoués. Convaincu de l'indispensable nécessité de maintenir la discipline ecclésiastique, de faire exécuter les ordonnances du saint concile de Trente, de venir en aide aux ecclésiastiques chargés de la direction des séminaires et de pourvoir de bons pasteurs les paroisses voisines des pays infectés par l'hérésie, Charles avait conçu depuis longtemps la. résolution d'instituer cette congrégation nouvelle. Ce lut le jour de la fête de saint [Simplicien évêque , le seize août 1 578, que le cardinal Borromée choisit pour mettre cette pieuse pensée à exécution. Il plaça les oblats sous l'invocation de la sainte Vierge et sous celle de saint Ambroise, protecteur et archevêque de Milan. Il les dota d'une partie des revenus qui avaient appartenu à l'ordre des humiliés, et teur assigna l'église du Saint-Sépulcre, située au centre de la cité et qui était en grande dévotion parmi le peuple milanais.
Voici quelques-unes des pieuses règles que le cardinal Borromée prescrivit à la congrégation des oblats (1 ).
« Comme la congrégation des oblats, dit le saint archevêque, se compose de sujets qui se vouent volontairement à notre saint père Ambroise, patron de l'Eglise de Milan, ils doivent s'appliquer avec zèle à l'étude des ouvrages de ce saint évêquQ, particulièrement à ceux qui traitent des devoirs du clergé.
(4) Ces instructions que Charles traça lui-ménoe ont été conservées dans le livre des Actes de l'Eglise de Milan.
» Ils doivent également acquérir la science des saints canons, des constitutions pontificales, des conciles et des décrets qui regardent les mœurs ecclésiastiques et en suivre les prescriptions soit pour diriger les autres , soit pour se diriger eux-mêmes.
» Ils apporteront le plus grand soin à connaître tout ce qui regarde les rites, les cérémonies, les statuts, les décrets et les constitutions de TEglise de Milan. Ils les pratiqueront et les exécuteront avec zèle et exactitude, excitant et animant à suivre leur exemple les autres ecclésiastiques et religieux de la cité et du diocèse.
» Ils se montreront assidus aux conférences, sermons et exercices pieux , à moins qu'ils n'en soient empêchés par des devoirs que leur aurait imposé le révérendissime archevêque.
» Plus que tous les autres prêtres du diocèse, ils se tiendront toujours prêts à obéir en toutes choses aux vicaires archiépiscopaux, aux visiteurs, aux prévôts et aux curés.
» Ils célébreront les offices divins, et rempliront les fonctions du sacré ministère avec humilité, douceur et respect.
» Conformément aux décrets des conciles provinciaux, aux synodes diocésains et aux ordonnances archiépiscopales, leur nourriture, leurs vêtements et leur ameublement, seront d'une frugalité et d'une simplicité cléricale.
» Les oblats ecclésiastiques ou laïques se livreront chaque jour à un examen exact et sévère de leur conscience, de façon à la purger des souillures dont elle pourrait être chargée.
» Les prêtres se confesseront au moins deux fois par semaine. Les clercs et les laïques approcheront du tribunal (le la pénitence quatre fois au moins par mois et commu-
90 HtSTOlAË
nieront tôtid leô huito jourd^ à moind que leurs directeurs îipiritueld leur prescrivent de s'acquitter de ce devoir à des époques plus t)U moins rapprochées.
)) Les directeurs spirituels seront ordinairement choisis par le révérendissime archevêque , ou par le recteur du saint sépulcre {prêvosto) parmi les membres de la nouvelle congrégation.
» Les oblftts seront tenus de célébrer chaque jour Tôfflce divin, à l'exception des confesseurs ou de ceuit d'entré eux qui en seraient empêchés par quelque devoir qui leur aurait été imposé par le recteur.
» La possession d'un bénéfice ecclésiastique ou une chai^ de quelque nature qu'elle soit, ne sera point un obstacle à l'admission d'un prêtre ou d'un laïque dans la congrégation, surtout si celui-ci n'est tenu à résidence que dans les limites du diocèse.
» Comme les travaux auxquels seront appelés les membres de la Congrégation des oblats auront particulière^ ment pour objet l'éducation spirituelle et la direction des âmes , les oblats devront unir à une piété fervente, à une grande pureté de mœurs, la connaissance des cas de conscience et la science des lîVres saints.
» Tout clerc ignorant, ou d'un caractère dur ou indo^ cile, celui dont les mœurs seront perverses ou que les saints canons déclareront incapable de recevoir les ordres sacrés ne pourront être admis dans la congrégation des oblats.
» Les laïques, quoique mariés et résidant au sein de leur famille, seront affiliés à la congrégration nouvelle lorsqu'ils réuniront les conditions imposées par les présentes institutions.
)) Les clercs oblats devront se tenir toujours prêts à
DE SAINT GHÀftLSS BORROMÉE. d1
exécater ted ordres du révémicfissimè àrehévéqtie. Cdui-ci los ^nploiera à prêcher la parole de Dieu^ à administrer led sacrekDente de l*EgU6e, il les chargera de la direction déd âmes, de l'éducation des jeunes clercs et de Tadministration des collèges et séminaires»
» Les laïques devront également remplir avec 2èle, exactitude et charité chacun ded devoirs attribués à leur oMidition par les règles de la congrégation. Les lettres wseigueront gratuitement la grammaire aux enfants et aux adolescents pauvres. Les médecins donneront leurs soins aux malades. Les jurisconsultes et leà avOcatô décideront les procès et rétabliront la paix entre les parties. Ils prendront la défense deâ veuves et des orphelins.
» Les oblats lafques visiteront les malades ; ils exhorteront les agonisants^ et ils les disposeront à une mort chrétienne. Us consoleront les prisonniers, et ils exécuteront tous autres actes de charité chrétienne de quelque nature que oe soit.
j) La direction des principaux collèges établis à Milan, celle du collège Borromée à Pavie seront confiées aux membres de la congrégation.
» Les oblats de saint Âmbroise seront également chargés de Tadministration des autres collèges et séminaires qui pourraient être établis par la duite dans la cité et dans le diocèse de Mil&n.
» Toutes les fois que le révérendissime archevêque appellera un oblat à remplir une mission relative à Tintérêt de TEglise ou au salut des âmes, celui-ci devra accomplir les instructions qui lui auront été transmises, avec zèle, soumission et dévouement.
y> Les clercs oblats devront prononcer en entrant dans Tordre le double vœu d'obéissance et de pauvreté.
» Le vœu de pauvreté ne sera point imposé aux oblats laïques qui ne pourront, dans aucun cas et sous aucun prétexte, assister aux assemblées générales et particulières de la congrégation.
» Si quelque oblat, oubliant le caractère dont iLest revêtu, négligeait son propre salut et celui du prochain, refusait d'obéir aux constitutions de la congrégation , s'abandonnait à l'indolence et au vice et devenait ainsi un sujet de scandale pour la compagnie , il en serait exclu après avoir été préalablement délié de ses vœux d'obéissance et de pauvreté.
» Il sera établi dans la cité et dans le diocèse de Milan des collèges dépendant de la maison du Saint-Sépulcre et où seront réunis en communauté un certain nombre d'oblats. Le nombre de ces clercs ne pourra point s'élever dans chaque collège au delà de dix.
Pour être admis dans la maison du Saint-Sépulcre , les oblats devront avoir reçu l'ordre du diaconat, n'être pourvus d'aucun bénéfice, ni assujettisàrésidenceaudehorsde la cité.
» Les oblats, réunis dans la maison du Saint-Sépulcre ou dans les différents collèges suivront scrupuleusement les instructions prescrites à ces communautés. Si quelquesuns d'entre eux possèdent un bien patrimonial ou un bénéfice ecclésiastique susceptible de fournir au delà de leur entretien et de leur subsistance, le désir du révérendissime archevêque est qu'ils destinent ces revenus au soulagement de la communauté.
» 11 sera interdit à tout oblat d'administrer par lui-même ses biens patrimoniaux ou ses bénéfices ecclésiastiques.
» Partout où trois oblats posséderont un bénéfice sujet à résidence, ils pourront se réunir dans une même maison on so conformant aux règles de la congrégation, à moins
que le révérendissime archevêque ne juge cette cohabitation et cette vie cx)mmune un obstacle aux devoirs et aux obligations qu'ils auront à remplir dans l'église à laquelle ils seront attachés.
» Les règles observées daus la maison du Sainlr-Sépulcre sont également imposées aux collèges et maisons occupés par les oblats (convitti).
» Lorsqu'un oblat aura été choisi par le révérendissime archevêque pour aller travailler au salut des âmes dans quelque partie éloignée du diocèse, aussitôt son arrivée, il ira trouver le .vicaire forain, l'informera de l'objet de sa mission, et le consultera sur les besoins spirituels des paroisses qu'il devra visiter.
» Il examinera l'état des Ueux saints ainsi que celui des ornements et des vases sacrés.
» S'il est prêtre, il appellera le peuple au tribunal de la pénitence ; il prêchera le matin après la célébration de la sainte messe, avant les vêpres et le soir à l'issue du salut.
» Il recommandera d'établir des écoles chrétiennes ; il maintiendra l'usage de la prière du soir en commun , et le rétablira dans les lieux où il aurait été interrompu.
» Il engagera le peuple à contribuer avec empressement et libéralité à l'ornement de l'église.
» A moins d'instructions particulières du révérendissime archevêque ou du recteur du Saint-Sépulcre, il ne fera qu'un court séjour dans chaque paroisse. Avant de s'en éloigner, il aura soin d'exhorter le peuple à faire une confession générale de ses péchés.
)) Sa mission terminée, chaque oblat rendra compte au recteui- du Saint-Sépulcre du résultat de ses pieux travaux, et lui remettra les lettres et pouvoirs dont il avait été poui-vu au nom du révérendissime archevêque pour
94 «laToiM
les reprwdre alors qu'il mm appelé à de nouveaux la^ beur^CI)*
(4) L*an 4607 la congrégation des oblats fat également mstitoée dans te diocèse de Novare » par Tévéque Bescapé , alors suffragant de l'Eglise de Milan, qui la plaça sous Finvocation de saint Gaudence. Les règles qui forent io^poiiéos anx oblats de Novare différaient peu de celles suivies par les oblats de saint Ambroise. Supprimés et disper^é^ ver» la 8n du sièele der^ nier, les oblats de Novare furent rétablis dans cette cité par le cardina Morozzo, en l'an 4848. La congrégation des oblats de saint Eusèbe et de saint Charles, instituée en 4814, à Verceil , occupe l'ancien nâonastère de Saint* André, Les ^lats de Milan, de Novare et de Verceil forment trois corps distincts soumis à des recteurs indépendants les uns des autres (Prevosto générale).
DE SAINT C^AilUi BORROMÉE. ^