‹ Histoire de la vie et de l'épiscopat de S. Charles BorroméeChapitre 13 sur 50 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Etudes religieuses de Charles. ^ Son zélé pour la prédication. — Son ardeur pour la prière. — See pieuiea préoccupations.

Si la nature avait refusé d'ajouter aux précieux dons accordés à Charles une imagination ardente et féconde, une parole brillante et incisive, elle l'avait doué d'un esprit élevé et d'une grande inclination pour l'étude; aussi la diligence et l'application de l'humble serviteur de Dieu lui étaient venues en aide et lui avaient apporté, en retour du travail opiniâtre de ses jeunes années , une connaissance approfondie de la théologie scolastique et des saintes Ecritures. A ces études indispensables à l'état auquel Charles s'était destiné, il avait voulu joindre celle des belleslettres. Ses sermons, ses exhortations pastorales, sa correspondance prouvent que le studieux élève fut largement récompensé de ses labeurs.

Dès que Pie IV eut permis au jeune et pieux archevêque de résider dans son diocèse, c«lui-ci résolut de consacrer trois ou quatre heures au moins chaque jour à la méditation de l'Ecriture sainte , des saints Pères et à la lecture de l'histoire ecclésiastique. Et comme les nombreuses visites qu'il était contraint de rendre l'empêchaient quelquefois d'exécuter son projet, il prit le parti de faire porter avec lui deux caisses remplies de volumes. Ces caisses s'ouvraient par les côtés, en sorte

qu'il pouvait, lorsqu'il voulait étudier, prendre les livres qu'il souhaitait, sans toucher aux autres (1). Maïs œs studieuses occupations, quelque douces qu'elles fussent aux yeux de Charles, ne l'empêchaient point de donner tout le temps nécessaire aux affaires de l'épiscopat. A cette occasion, il dit un jour ces belles paroles : « Nous ne devons aimer l'étude qu'autant que nos emplois nous le permettent, et n'y donner que le temps qui nous reste après avoir fait notre devoir. Il ne faut jamais abandonner les affaires qui nous sont d'obligation pour avoir plus le temps d'étudier ; mais, au contraire, il faut souvent retrancher sur nos études le temps qui est nécessaire pour nous acquitter de nos obligations (2) » .

Plus tard, lorsque l'âge et la santé affaiblie du cardinal exigèrent qu'il se livrât à un travail moins soutenu, et qu'il prît la nuit quelques heures de repos, il ne retrancha rien de ses laborieuses et pénibles veilles.

Ce goût prononcé pour l'étude ne le quitta jamais. Une de ses occupations habituelles était le choix des sujets sacrés dont il entretenait chaque jour son nombreux troupeau. Ainsi il mettait d'avance par écrit les points principaux de ses pieuses instructions, et les passages des livres saints dont il devait appuyer sa parole évangélique. a C'était un touchant et édifiant spectacle que son application et sa patience ; car il travaillait toujours debout ou à genoux dans un cabinet retiré , sombre et étroit (3). » Sa manière d'étudier était celle-ci : il lisait ou se faisait

(4) Gio. Batt. Possevino, Discorsi délia vità et attioni di Carlo Borromeo.

(2) J.-P. Giussaoo, Histoire de la vie, vertus, mort, etc, de saint Charles Borromée.

(3) Gio. Batt. Possevino, Discorsi délia vità, etc.

lire à haute voix les points qu'il avait l'intention de traiter, écrivant sur des feuilles de papier isolées les extraits qui Ijii étaient néœssaires ou les observations ou réflexions que ces matières lui suggéraient. Selon Charles, cette façon d'étudier était la meilleure, « à sçavpir de ne se soucier point de courir beaucoup, mais de lire peu et de le pénétrer et bien mascher (1). » La persévérance que le cardinal apportait à l'exercice de la prédication était d'autant plus digne de louange que le prélat était contraint de faire violence à une timidité excessive et à une humilité plus grande encore. Mais un évêque muet ne pouvait, selon*lui, diriger utilement le troupeau confié à sa garde. Quoi qu'il en soit, la mémoire de Charles était parfois rebelle, sa prononciation vicieuse (2) ; cependant la ferme volonté de remplir sa mission apostolique soutenait son courage, et ces défauts naturels disparaissaient bientôt, grâce à la chaleur et à l'onction du pieux orateur. Chaque jour de fête il prêchait le matin à la cathédrale. Les fêtes solennelles, quand il chantait la grande messe, il prêchait l'après-midi. Les jours ouvrables, il prêchait tantôt dans un monastère, tantôt dans un autre. Lorsqu'il consacrait un évêque , une église, ou ordonnait un prêtre, quand il baptisait une cloche, il prêchait à l'issue de la cérémonie. Cette sainte conduite du cardinal édifiait tous ceux qui avaient l'occasion d'en être les témoins. Après une fervente oraison mentale, chaque jour il disait l'office selon le rite ambroisien(3), et avec un recueillement et une modestie sans exemple. Il avait ordonné qu'on inscrivît en grosses «

{^) Gio. Batt. Possevino, Discorsi délia vita et attioni di Carlo Bor^ romeo,

(2) Idem.

(3) Voir chapitre xiii.

il 4 HISTOIRE

lettres noires dans toutes les sacristies de Mil^i^ et dn diocèse le mot silentium^ et quiconque enfreignait ce com-r mandement était puni avec rigueur, Il ne dOW^it aucune audience qui pût distraire son esprit ^vant de dire la messe, qu'il célébrait invariablement ctjaque jour, à ipoins qu'un mal grave ne le retînt au Ut. Il offrait Je saint sacrifice avec une ferveur sang égale, et l'expression de contentement qui se peignait sur sa figure, ordinairement froide et pensive, pendant, qu'il était à l'autel, révélait aux assistants les saintes émotions dont son âme était embrasée. La vie du saint prélat était ain^i une oraison continuelle. Tout le teipps qu'il n'employait point à remplir ses devoirs épiscopaux était consacré à la prière, C'était son occupation de prédilection, sa joie, ses délices, Excepté le peu d'heures qu'il donnait au sommeil et à l'étude, le reste de la nuit était consacré à l'oraison. Il avait une dévotion particulière en la passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qu'il méditait à tous les moments de la journée. A cet effet il avait fait disposer un petit livret où chaque mystère était représenté par une image afin de soulager sa mémoire (1).

Quand il allait visiter quelque partie de son diocèse, soit qu'il fût à pied où à cheval, s'il était seul, il priait tout le temps de la route, et sa pieuse préoccupation était portée à un tel point que, laissant aller sa mule sans la conduire, elle quittait parfois le bon chemin, trébuchait, et le cardinal courait risque d'être jeté dans quelque torrent ou ravin, comme il lui arriva en revenant le soir de Come à Milan, où le cardinal de Verceil l'attendait. Il était tel-

(\) Gio. Batt. Possevioo, Discorsi délia vita et attioni di Carlo Bar-

DE SAINT C^Afll^^S BORROMÉE. 145

lement ravi en oraison qu'il tomba dans un fossé profond, et comme le temps était fort obscur, ses serviteurs pa&r sèrent outre sans s'apercevoir de son accident , mais un peu plus avant ils le cherchèrent en vain et ne virent que la mule sans cavalier. Ils s'empressèrent de retourner sur leurs pas et, s'étant rapprochés du lieu où était demeuré Charles, ils le trouvèrent qui priait, ignorant pe qui \m^\l de se passer.

Il avait une union si intime en Dieu , qu'elle n'était point interrompue par l'attention qu'il était contraint de donner aux affaires extérieures, et qu'il était aisé de reconnaître que son esprit était toujours élevé vers celui en qui seul il avait mis sa joie et son espérance. .

A ce propos, le P. Gaillardi s'exprime ainsi (1) : « Tout te temps qu'il donnoit aux affaires et à converser avec tant et tant de gens qui pour l'expédition de diverses négoces traitoient avec luy, d\ine part il étoit attentif, ce qui se cognoissoit par la patience qu'il avoit à escouter tout ce qu'on luy vouloit dire, facilité à entendre et pénétrer toutes sortes d'affaires , et expédier avec toute satisfaction d'un chacun, et d'autre part on voyoit très-clairement mesme en sa face et en la modestie des gestes et paroles qu'il étoit tellement recueilly en Dieu que je le jugeois plus hors de là que là où il estoit, en sorte que faisant plusieurs fois réflexion sur sa manière de négocier, il me semble que je pénétrois le vrai sens de ce qui est escrit en saint Luc : Oportet semper orare et nunquam defieere.

{\) J.-P. Giussano, Histoire de la vie, Vertus, mortt etc., de sc^int Charles Borromée.

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