CHAPITRE XII
Ulrich Zwingle. — Les zwiDgIiens.
Tandis que les partisans de la doctrine de Luther et de Calvin augmentaient en Allemagne et en France d^ns une proportion toujours croissante , les disciples de Zwingle se répandant et dogmatisant en secret jusqu'au sein de certaines dtés situées sur le territoire même de l'Eglise de Milan , portaient au delà de la Suisse méridionale l'air empesté et contagieux d'une nouvelle hérésie. Aussi perverse et non moins pernicieuse que ses sœurs aînées, cette doctrine des zwingliens menaçait de se répandre en Italie et avait fait déjà d'immenses progrès dans le diocèse de Côme. En vain les évêques avaient tenté à plusieurs reprises d'éloigner de leurs troupeaux ces croyances impies, leurs efforts avaient été impuissants- Loin de décourager Charles, ce mauvais succès augmenta encore le désir ardent qu'il ressentait de porter la parole de Dieu à ces âmes chancelantes et égarées, et de les arracher ainsi à l'erreur et à la damnation éternelle.
Toutefois la mission évangélique que le pieux prélat avait résolu d'entreprendre, était semée de nombreux écueils. Sans avoir acquis une célébrité semblable à celle de Luther et de Calvin , Ulrich Zwingle ne leur était inférieur ni en adresse, ni en audace, ni en savoir. En attaquant l'autorité du souverain pontife, en déclamant contre la
coofession , contre le mérite de la foi , contre le célibat des prêtres , contre les austérités , le hardi réformateur était assuré d'être entendu, d'être préconisé par les impies , les apostats , les libertin^ et les mondains ; et comme Ulrich ajoutait qu'il n'y avait ni miracle ni rien d'incompréhensible dans le sacrement de l'eucharistie, que le pain rompu représentait le corps immolé et le vin le sang répandu ; que Jésus-Christ, en instituant ces signes sacrés, avait donné uniquement à sa parole un sens métaphorique, la raison humaine s'accommodant de cette explication , certains catholiques ignorants ou chancelants dans leur foi abandonnaient, à la voix des zwingliens, le culte de leurs pères, se séparaient de l'Eglise romaine et augmentaient ainsi le nombre des sacramentaires.
C'est ici le lieu d'entretenir les lecteurs de Zwingle et de quelques-unes des doctrines principales de cet hérésiaque célèbre. Ulrich Zwingle naquit en 1484 à Wildhaus, petit village du comté de Toggenbourg , au milieu d'une peuplade de pâtres auxquels l'opulence et la misère étaient également étrangères. Les cimes élevées, les vallées sonabres, les forêts désertes, voisines du berceau du jeune Suisse, fiirent ses premiers instituteurs. L'habitude de la solitude, la contemplation de la nature déterminèrent de bonne heure chez lui un amour précoce de la liberté. Mais la volonté de son père , que l'estime et la confiance de ses ex)ncitoyens avaient revêtu de la magistrature du district , mit un terme aux pérégrinations d'Ulrich. Il quitta, le cœur gros, ses montagnes chéries pour aller étudier à Bâle et à Berne. Il se rendit ensuite à Vienne en Autriche , où il demeura deux années. Ses études furent brillantes : aussi de retour à Bâle , à peine âgé de dix-huit ans, il prit place parmi les savants professeurs de cette cité. Dans les mo-
ments que lui laissaient les devoirs de sa charge , Horace, Pline, Salluste, Sénèque, Platon, Aristote, Démosthène étaient les seuls compagnons dont il aimait à s'entourer , (ju'il interrogeait tour à tour avec délices. Mais le jour n'était pas éloigné où le réformateur, dédaignant les doctes et innocentes conférences du lettré , abandonnerait les vieux amis de sa jeunesse, et n'appellerait plus autour de lui que les plus fougueux adversaires de l'Eglise , que des théologiens hétérodoxes , que des prêtres apostats.
Quatre années plus tard Zwingle était curé à Glaris , et, soit qu'il exerçât le saint ministère daiis sa paroisse, soit qu'il suivît les troupes du canton en qualité d'aumônier , comme c'était alors l'usage parmi les Suisses , sa conduite pendant dix années ne donna lieu à personne de redouter les pernicieux changements qui s'étaient opérés dans sa croyance. Cependant cette réserve hypocrite ne devait plus avoir qu'une courte durée , et Zwingle, impatient de proclamer ses idées nouvelles, renonça à la cure de Glaris pour se livrer à la prédication dans la célèbre abbaye d'Einsiedeln, où l'abbé Théobald de Geroldseck, qui aimait les lettres et les savants , avait déjà réuni un certain nombre d'ecclésiastiques instruits, entre autres, Fr. Lingg, chapelain du saint-siége , Jean Achslein et Léo Jude qui devait dans la suite aider puissamment Zwingle à introduire la réforme en Suisse.
L'ancien curé de Glaris n'avança d'abord dans ses discours aucune proposition qui pût révéler les pensées secrètes qui agitaient son âme, et dont la prudence lui faisait une loi de n'entretenir alors que ses cx)mpagnons intimes ; mais insensiblement ses paroles devinrent plus intelligibles, et lorsqu'il crut le moment favorable et les esprits de ses auditeurs habituels suffisamment préparés, il résolut de
DE SAINT CHARLES BORROMÉE. f41
frapper un coup décisif, et choisit à cet effet le jour de la consécration des anges {Engelweïhé) , qui attirait toujours à l'abbaye d'Einsiedeln une foule immense de pèlerins.
Au milieu de cette assemblée nombreuse Ulrich monta en chaire, et dans un discours débité avec emphase il osa proférer les paroles suivantes :
(( Cessez de croire que Dieu réside dans ce temple plus que partout ailleurs ; dans quelque région de la terre que vous habitiez, il est près de vous, il vous entoure, il vous exauce, si vos prières sont dignes d'être exaucées ; mais ce n'est point par des vœux stériles, par de longs pèlerinages ,. par des offrandes destinées à orner des images sans vie que vous obtiendrez la faveur divine. . . Je le sais, c'est nous ministres des autels , qui avons égaré dans un labyrinthe d'erreurs la multitude ignorante et crédule
» Vivonsau gré de nos désirs, dit-elle, enrichissons-nous du bien d'autrui , ne craignant pas de souiller nos mains de sang et de meurtres , nous trouverons dans les grâces de l'Eglise des expiations faciles ! . . . — Oh ! les insensés ! croient-ils obtenir la rémission de leurs mensonges, de leurs impuretés, de leurs adultères, de leurs homicides, de leurs trahisons, au moyen de quelques prières récitées en l'honneur de la reine du ciel ; comme si elle était la protectrice des malfaiteurs ! Ah ! désabusez-vous, peuple égaré... (1) »
Ce langage inattendu et sacrilège produisit un effet difficile à rendre. La sainteté du lieu ne put comprimer la surprise, le scandale, l'indignation qui se peignaient sur le visageduplusgrandnombre.Apeinequelquesauditeurspré-
(1) M.-J.'-G. Hesse, Vie d'Ulrich Zwingle.
venus osèrent-ils témoigner leur sympathie au hardi novateur. Cette imperceptible minorité comprit qu'il était prudent de ne point se livrer hautement à la joie que lui causait Tau* dace d'Ulrich, devant les pieux pèlerins accourus de toutes les contrées voisines pour offrir leurs offrandes et leurs prières à l'image miraculeuse de la Vierge , et dissimula les espérances coupables que cet événement lui faisait concevoir pour l'avenir.
Soit que les amis de Zwingle eussent mis tout en œuvre pour empêcher que ce discours impie ne parvînt aux oreilles de ses supérieurs ecclésiastiques, soit que la charité de ceux-ci crût devoir accorder à l'imprudent orateur une indulgence qu'on a peine à concevoir, il ne paraît point que cette action condamnable attirât sur Zwingle les censures de l'Eglise. Il continua donc à demeurer à Einsiedeln ; mais, satisfait d'avoir fait scintiller aux yeux de ses adhérents les premières étincelles de l'incendie à l'aide duquel il méditait d'anéantir le culte de l'Eglise romaine et les dogmes sacrés qu'elle enseigne, il crut devoir ajourner encore ses attaques impies et la manifestation publique de la nouvelle doctrine qui devait un jour porter son nom.
Quoiqu'il en soit, Zwingle quitta bientôt l'abbaye d'Einsiedeln pour aller occuper la chaire de la cathédrale de Zurich où l'appela, le 11 décembre 1518, le chapitre de cette église , sollicité à cet effet par le savant professeur Myconius, ami d'Ulrich.
Peu de jours après son arrivée à Zurich , Zwingle , qui entrait dans sa trente-* cinquième année, prononça son premier sermon. Cette fois la parole d'Ulrich fut plus franche, ses textes et ses images révélèrent à ses auditeurs quelques-unes des dispositions étranges du réfor-
mateur, décidé à ramener le christianisme à sa pureté primitii^e , à travailler sehri] sa conscience à la gloire de Dieu et à Vinstruction et à V édification des Jidèles (1).
Cette déclaration du prédicateur de la vérité^ comme le nommaient déjà ses partisans, n'était que le prélude des doctrines coupables qu'il allait bientôt proclamer. Comme Luther, ce fut à l'occasion des indulgences que Zwingle se rangea ostensiblement sous l'étendard de la réforme. Charmé d'avoir trouvé un prétexte à ses audacieuses attaques , Ulrich déclama avec une véhémence furieuse contre la discipline de l'Eglise romaine, contre les dogmes sacrés de notre sainte religion, ne mettant de limites ni à ses imputations mensongères, ni à ses enseignements artificieux.
Ces doctrines sacrilèges, accueillies avec empressement par un grand nombre de Zurichois, éveillèrent enfin la sollicitude de l'évêque , Hugues de Landenbei^ , qui adressa aux prêtres et aux laïques de son diocèse une exhortation pastorale, déplorant les dissensions affligeantes excitées par certains esprits nos>aleurs qui dans leur présomptueux orgueil prétendaient réformer l'Eglise
Le sage et tolérant prélat évita de prononcer le nom du nouvel apôtre de la réforme, espérant par là lui laisser le temps de reconnaître toute l'étendue de sa criminelle conduite , et le contraindre à proclamer lui-même son coupable égarement. Mais la contrition, cette douleur de cœurj cette détestation du péché commis avec un propos de ne pescher doresnavant (2), ne pouvait
(4) M.-J.-G. Hesse, Vie d'Ulrich Zwingle.
(ï) Le saint, sacré, universel et général Concile de Trente. Anvers, 1566.
déjà plus entrer dans l'âme endurcie d'Ulrich,, et son premier pas dans la voie du mal allait être suivi d'un grand nombre d'autres pas plus désastreux encore.
Aussi, à compter de ce jour, le réformateur ne gardera plus le silence. Toujours sur la brèche, ses efforts tenteront sans cesse à diminuer le respect du peuple pour les cérémonies de l'Eglise , à attaquer aveuglément les dogmes de notre sainte religion. Il ne négligera rien pour parvenir à ses fins , conjurant même, par une requête impie l'évêque de Constance, de se mettre à la tête de ceux qui veulent entreprendre une réforme et « de permettre qu'on démolît ai^ec précaution et prudence ce qui avait été bâti avec témérité, »
Cette conduite hardie d'Ulrich éclaira les catholiques sur les dangers qiii menaçaient l'Eglise, et sur la nécessité de mettre un terme aux attaques incessantes du disciple de Luther, qualification contre laquelle Zwingle protestait énergiquement, non, disait-il, qu'il désavouât la conformité de ses opinions avec celles du docteur Martin, mais parce qu'il avait prêché l'Evangile longtemps avant de connaître les écrits du réformateur allemand. Quoi qu'il en soit, dans les premiers jours de l'année 1523, Zwingle, dans Tespoir de conjurer la tempête qui le menaçait , se présenta devant le grand conseil et sollicita la convocation d'un colloque public pour y rendre compte de sa doctrine, ((promettant de se rétracter, si on lui prouve (ju'il est dans l'erreur, mais réclamant la protection du gouvernement contre ses ennemis, s'il réussit à les réduire au silence. »
Le conseil accéda à la demande de Zwingle , et ordonna à tous les membres du clergé de se rendre à la maison de ville le lendemain de la fête de saint Charle-
magne pour que chacun y désignât publiquement les opinions qu'il regardait comme hérétiques et pût les combattre
Zwingle publia alors les soixante-sept propositions qu'il était préparé à soutenir devant le colloque.
Voici les principales :
« C'est une erreur de prétendre que l'Evangile n'est rien sans l'approbation de l'Eglise.
» Les traditions par lesquelles le clergé justifie son faste, ses richesses, ses honneurs, ses dignités sont la cause des divisions de l'Eglise.
» L'Evangile nous apprend que les observances prescrites par les hommes ne servent point au salut.
» La messe n'est point un sacrifice, mais la commémoration du sacrifice de Jésu^-Christ.
» L'excommunication ne doit avoir lieu que pour des scandales publics.
» Elle ne doit être prononcée que par l'Eglise dont le pécheur est membre.
» La puissance que s'arrogent le pape et les évéques n'est pas fondée sur l'Ecriture.
» La juridiction que possède le clergé appartient au magistrat séculier, auquel tout chrétien doit être soumis.
» Dieu n'a défendu le mariage à aucune classe de chrétiens ; ainsi l'on a tort de l'interdire aux prêtres.
» La confession faite aux prêtres doit être considérée comme un examen de conscience et non pas comme un acte qui puisse mériter l'absolution.
» L'Ecriture sainte ne dit pas qu'il y ait un purgatoire. Dieu seul connaît le jugement qu'il réserve auxmorts(1 ). . . .
(4) M.-J.-G. Hesse, Vie iV Ulrich Zwingle
Le colloque eut lieu. Un grand nombre d'ecclésiasti** ques s'y étaient rendus. L*évêque de Constance y fat re* présenté par le chevalier d'Anweiler et Faber (1 ). Le con*seil des deux cents siégeait. La foule du peuple était immense. Zwingle y exposa ses propositions qui farent réfatées avec force et éloquence par Faber et plusieurs savants théologiens. Néanmoins cette conférence donna lieu aux plus vives contestations , et les pieux efforts des défenseurs de l'Eglise n'eurept point le succès que les catholiques pouvaient espérer. Le conseil, encouragé par les marques d'approbation d'une partie de l'assemblée, composée des partisans de la nouvelle doctrine, ordonna, après une courte délibération, que Zwingle n'ayant pas été convaincu d'hérésie, continuerait à prêcher l'Evangile comme il l'avait fait jusqu'alors ; que les pasteurs de Zurich et de son territoire se borneraient à appuyer leur prédication sur l'Ecriture sainte , et que des deux côtés oA eût à s'abstenir de toute injure personnelle (2). »
Ainsi se termina ce premier colloque dont l'effet répondit aux vues impies de Zwingle et augmaita le nombre de ses sectateurs. Quoi qu'il en soit , le réformateur ne crut devoir pour le moment rien innover dans l'exercice du culte. On continua de dire la messe, et les images des saints farent respectées, a malgré quelques esprits ardents qui résolurent de purger les églises et la ville même des idoles qu'elles renfermaient (3). » Un artisan, Nicolas Hottinguer , osa dans sa fureur sacrilège renverser la croix de N.-S. J.-C. élevée à l'une des portes de la
(4) Evoque de Vienne.
(î) M..J.-G. Hesse, Vie d'Ulrich Zwingle,
(3) Idem.
ville. Cette abominable action excita une rumeur générale parmi les principaux bourgeois ; on arrêta le coupable ; mais jZwingle vint eu aide à Hottinguer, soutenant « que la loi de Moïse défendait expressément les images, et que cette défense donnée aux Israélites regardait également les chrétiens, puisqu'elle n'avait point été révoquée par l'Evangile. »
Ce langage artificieux détermina le conseil, qui renfermait un certain nombre de partisans de la nouvelle doctrine , à suspendre son jugement (1 ) et à convoquer un nouveau colloque destiné à examiner si le culte des images était autorisé par l'Evangile, et s'il fallait conserver ou abolir la messe (2).
Plus de neuf cents ecclésiastiques ou laïques assistèrent à cette conférence qui dura trois jours, et où Zwingle et Léo Jude développèrent leurs doctrines impies, et réussirent à les faire partager par la majorité de l'ass^nblée. Dès ce jour, et quoique le conseil eût ajourné à une année la décision à intervenir sur les changements à introduire dans l'exercice* du culte catholique , l'hérésie triompha à Zurich. Aussi les premiers jours de Tannée 152,5 furent des jours de fêtes pour les iconoclastes zurichois. On dépouilla les églises de leurs antiques et saints ornements , les reliques fureat jetées au vent, les tableaux brûlés, les statues brisées, la messe fut interdite, et le jour de Pâques on célébra pour la première fois la cène d'après les idées nouvelles du réformateur.
Une table couverte d'une nappe blanche, des pains et
(^) Le sacrilège Hottinguer ftit banni du canton de Zurich et se réfugia à Baden, puis à Locerne , où les députés des sept cantons le condamnèrent à être décapité.
{i) M.-J.-tj. liesse, Vie d'Ulrich Zwingle,
des coupes remplies de vin, retraçaient le dernier repas que Notre-Seigneur fit avec ses disciples. Zwingle , se plaçant devant cette table, annonça à ses sectaires que l'acte religieux qu'ils allaient célébrer deviendrait pour eux le gage de leur salut ou celui de leur damnation , selon les dispositions qu'ils y apporteraient. Après cet exorde , le réformateur et les deux ministres qui l'assistaient s^ présentèrent mutuellement le pain et le vin, en récitant les paroles que Jésus-Christ proféra pendant la cène.
Les trois novateurs distribuèrent ensuite les restes du pain et du vin aux assistants , et des chants d'allégresse terminèrent cette cérémonie qui plaçait, selon les idées de Zwingle , son église nouvelle dans des conditions semblables à celles de l'Eglise primitive (1).
Mais le réformateur ne devaitpoint s'arrêter là; aussi s'empressa-t-il dans son zèle sacrilège de provoquer et de consommer la spoliation desbiens de l'Eglise, sous prétexte de les faire passer entre les mains du gouvernement de l'Etat. Il prêcha et décida également la suppression des ordres religieux, ordonnant, par l'organe du conseil, aux moines et aux religieuses de quitter leurs pieuses retraites et de rentrer dans le monde , réclamant des uns et des autres les mêmes charges et les mêmes devoirs que ceux imposés aux autres habitants du canton Quant aux vieillards infirmes, on leur accorda un peu de pain et un abri commun jusqu'au jour où le Seigneur, prenant en pitié l'état misérable où étaient réduits ces pieux serviteurs de la sainte Eglise, les appellerait à lui ; « à cela près les biens du clergé ne furent ni dilapidés par les particuliers ni engloutis par le fisc, déclare un écrivain protestant; seulement on leur
(4) M.-J.-G. Hesse, Vie d* Ulrich Zwingle.
donna une destination plus éclairée et plus véritablement pieuse (1). »
Zwingle ne se borna point à imposer ses croyances impies à ses contemporains, mais il s'appliqua avec non moins d'ardeur à initier à ses nouvelles doctrines la génération qui devait lui succéder. C'était la cathédrale , aux lieux mêmes où naguère de pieux ecclésiastiques ensei-* gnaient aux fidèles les vérités de notre sainte religion, que le réformateur avait choisie pour prêcher ses enseignements sacrilèges. A ces actions criminelles succéda un nouveau scandale. Ajoutant l'exemple au précepte, Zwingle, cette même année 1 525, se mit en ménage avec sa servante, ne songeant autre chose , dit-il lui-même, « qu'aux moyens d'apaiser la fureur où le désir de la chair le jetait. »
Mais la réforme déjà n'était point seulement concentrée dans Zurich, elle avait également pénétré dans les cantons de Glaris, de Schaffouse et d'Appenzell, et tandis qu'Œcolampade (2) , ami et disciple d'Ulrich, introduisait à Bâlele nouveau culte, Berne, à l'instigation de Berthold Haller (3) , l'un des plus ardents sectateurs des opinions zwingliennes, se prononçait en faveur du réformateur zurichois.
(1) M.-J.-G. Hesse, Vie d'Ulrich Zwingle.
(2) Moine de Sainte-Brigitte • dont il avait quitté le capuchon sans en secouer la poussière, QEcolampade, esprit fin, délié, mais ergoteur, qui croyait beaucoup plus à Tinfaillibilité d*Aristote qu*à celle de Zwingle (*),» écrivit toutefois, à Toccasion de ce colloque, son livre : De genuinà verborum ChrUti signipcatione : Hoc est corpus meum,
(3) Chanoine , chantre et prédicateur de la cathédrale do Berne, dès Tan 15ÎI, Berthold, impatient du joug du Seigneur, et envieux des succès obtenus par les autres réformateurs , était parvenu à donner son nom à une hérésie nouvelle qu'il dirigea jusqu'à sa mort.
C) AiiJin , Biikrire delati^, des écrit» et 4ct dœtrinei de Mwrtin Luiher.
Âuasi VCTS la fin de 1527, celui-ci 8*erapressa-t-il de se rendre à Berne où l'appela Haller afin d'y exposer sa doctrine, dans une assemblée convoquée à cet effet par le ooQseil et où devait se rendre le clergé de canton, a Toutes les âmes pieuses, lui écrivait Haller, espèrent que vous viendrez nous soutenir. Vous n'ignorez point combien la cause de la réforme gagnerait en Suisse, si tout notre canton l'embrassait et combien elle perdrait si nous succombions* Je suis trop faible pour un si grand fardeau. Montrez'p-moi comment il faut m'acquitter de la tâche qui m'est imposée ou plutôt remplissez-la vous-même (1;. »
Pellicanus (2), Collinus (3) et BuUinger (4) assistèrent à
(1)Hott. H.L.T., liv. VI.
(2) Ami de Froben , dans l'imprimerie duquel il demeura plusieurs annéeg en qualité de prote, il partagea plus tard, à Bâle, avec CEcolampade, les fonctions de lecteur en théologie ; mais appelé à Zurich par Zwingle, pour succéder à J. Geporin, qui y enseignait la langue hébraïque, il adopta les doctrines de Luther, renia ses croyances et prit femme. La première étant morte en 4 338 , il la remplaça par une seconde. Pellicanus eut de longs démêlés avec Eradme^ maia vers la fin de la vie du sardonique et spirituel auteur de Y Eloge de la folie, les deux écrivains se réconcilièrent. Holben fit le portrait de Conrad Pellicanus , au bas duquel on grava ces vers :
w BIS SEPTEM LU8TRIS TIXI ET QVINQDB IN8DPBR 4NNUS ,
FATIDICO QDARE CUM SIVEOIfE PBECOR ; NONC IN PA.CE TVUV , DRDS O , DIMITTE MINISTRDM ,
HETUR ET IN CHRIHTI «paN4 UI»U TVI. »
(3) D'abord chanoine à Munster, puis après avoir apostasie, tour à tour cordier, soldat, professeur de langue grecque à Zurich et diplomate, Rodolphe Collinus mourut en 1578, après avoir composé lui-même son épitaphe :
« 00V9BMI «I4W» diropiOtO», RMTIQ, «IMS,
^Q^ TtGPRI CITI8, pSIHDP PROFSftSOR «RAM OCTOOINTA SCB HXC ANNIS FATALIBUS ACTIS,
COLLINUS PATER HAC CONDOR IN ARBOLA. »
(4) Le successeur de Zwingle ^ Zurich.
cette conférence où se trouvèrent encore Wolfgang Capiton (1) et Martin Bucer (2).
Aussitôt Tarrivée de Zwingle^ la conférence fiit ouverte. Le réformateur exposa les points principaux de sa doctrine, qui fiirent soutenus et combattus tour à tour avec une égale opiniâtreté. Œcolampade, Capiton, Bucer et Hallef parlèrent successivement en faveur des propositions d'Ulrich. Plusieurs théologiens habiles réfutèrent leurs paro^ les artificieuses et montrèrent en outre le danger qui menaçait le canton, si ces opinions sacrilèges étaient accueillies et partagées par l'assemblée. Enfin, après dix-huit séances consécutives , plusieurs membres du clergé bernois, guidés par la peur ou la passion, déclarèrent souscrire à la doctrine nouvelle. Cet exemple funeste fut suivi par le
(1) Emule d'GEoolampade et de Martin Bucer, Capiton, s*était fait par ion Sermon contre le célibat de nombreux partisans parmi les prêtres dévorés de cette fureur utérine dont Erasme se moquait si plaisamment. Wolfgang n'avait point borné ses enseignements aux seuls préceptes , et sa première femme ayant rendu Tâme, il convola en secondes noces avec sa servante, nommée Agnès, religionnaire ardente, qui se môlait de faire le prêche toutes les fois que la mauvaise santé de son mari le retenait au logis.
(2) Partisan fanatique des doctrines matrimoniales, Bucer s'était fait remarquer parmi les plus chauds adeptes de la réforme. Tour i tour disciple de Zwingle et de Luther, le réformateur de Strasbourg , appelé eu Angleterre par Cranmer, alors archevêque de Cantorbery, s'y rendit, y continua la croisade sacrilège qu'il avait entreprise contre le catholicisme et la papauté, et mourut à Londres le H février 4554, Agé de soixante et un ans. Le père Rapin avance f ) que Bucer professait une grande admiration pour les ouvrages de saint Thomas d* Aquin, et qu'il avait coutume de dire : « Otez à l'Eglise romaine les ouvrages de Thomas d' Aquin, et je renverserai cette Eglise. » (Toile Thomam et Eeeleeiam Romanam subvertam,)
D Réflexions $ur la philotophie.
plus grand nombre, mais rien ne put ébranler la foi de quelques *pieux ecclésiastiques , qui protestèrent énergiquement contre l'hérésie, quittèrent Berne et se retirèrent dans les cantons catholiques.
Cette victoire momentanée de la réforme sur le catholicisme porta bientôt ses fruits. Dès le lendemain, les évè* ques de Lausanne, de Bâle, de Sion et de Constance furent déclarés déchus de leurs droits spirituels dans toute retendue du territoire bernois ; le mariage des prêtres fut permis, encouragé, les couvents, ces saints asiles où de doctes et pieux religieux consumaient leur vie dans la pénitence et le travail furent détruits , la ville de Berne tout entière adopta le culte réformé, et bientôt cet exemple fut suivi par toutes les communes du canton. La crainte que l'hérésie ne fît des progrès plus étendus en Suisse détermina les cantons catholiques à se confédérer et à s'engager par serment à défendre dans toute l'étendue de leurs territoires, sous les peines les plus sévères, la prédication des doctrines de Luther et de Zwingle. Ces cinq cantons fidèles à la foi de leurs pères, et qui devaient plus tard remporter sur les réformés la victoire signalée de Capel, étaient ceux de Lucerne, d'Uri, de Schwitz, de Zug et d'Unterwald.
Cette manifestation énergique des catholiques paralysa pour le moment les projets de Zurich et de Berne, qui se disposaient déjà à porter leurs nouvelles croyances chez leurs voisins et à déterminer ceux-ci, soit par la persuasion, soit par la crainte, à abandonner notre sainte religion et à professer le culte zwinglien. La défiance et la mésintelligence ne tardèrent point à s'établir entre ces Etats divers ; une animosité générale s'ensuivit et présagea une rupture prochaine. Une œntestation sui-venue entre le
gouvernement bernois et les habitants d'un village de la vallée d'Hasli, situé dans le voisinage d'Unterwald, engagea la lutte. Berne prétendait contraindre ses sujets à abjurer le catholicisme et à embrasser la religion nouvelle. Ceux-ci, sourds à la voix de leurs magistrats, appelèrent à leur aide les catholiques leurs voisins qui prirent les armes et s'empressèrent d'accourir à leur secours* Mais , à l'approche des bataillons bernois , les paysans d'Hasli effrayés se soumirent, et ceux d'Unterwald se retirèrent en hâte dans leurs foyers (I).
A cette nouvelle le sénat de Berne, irrité, demanda au gouvernement d'Unterwald une satisfaction que celui-ci ne crut point devoir lui accorder.
Des deux côtés on courut aux armes , et le sang allait couler lorsque la médiation des cantons neutres amena un accommodement qui fut suivi d'un traité signé le 25 juin 1 529. Cette paix devait être de courte durée.
Un événement plus nuisible encore aux progrès de la réforme advint cette même année 1529. Nous voulons parler de la dispute qui s'éleva à cette époque entre Luther et le réformateur zurichois touchant le sacrement de l'eucharistie.
Après avoir professé longtemps à l'égard l'un de l'autre une confraternité amicale, cette opinion d'Ulrich sur le dogme de la présence réelle excita la bile du réformateur saxon qui déclara la croyance de Zwingle dangereuse et sacrilège , et prit dès lors un malin plaisir à poursuivre de ses divertissants sarcasmes son ancien ami le disciple du diable , comme il le nomma par la suite.
Les catholiques mirent à profit cette mésintelligence sur-
(4) M.-J.-G. Hesse, Vit d'Ulrich Zwingle.
1 54 HISTOIBE
venue entre les apôtres du protestantisme. Les variations continuelles de ces derniers , leurs dissidences , leurs discordes fournissaient de nombreux et victorieux arguments contre leurs doctrines diverses , contre leurs contradictoires enseignements ; aussi le landgrave de Hesse , Philippe, ardent protecteur de la réforme , dans la persuasion qu'une ^itrevue entre Luther et Zwîngle amènerait une réconciliation entre eux, les invita à se rencontrer, assistés de leurs amis, dans la ville de Marbourg.
C'était la première fois que Luther etZwingle, « ces deux apôtres de l'Allemagne, comme les appelaient leurs disciples, cesdeuxeniaptsde Satan , comme ils se nommaient l'un et l'autre , allaient se trouver en présence : Zwingle, orateur froid et lourd, dialecticien sans saillies, théologien embourbé dans les Pères, en face de Luther, dont la parole enflammait et brûlait comme de l'huile. Pour qu'il n'y eût rien en lui de papiste, Zwingle portait une espèce de sagum gaulois, avec un baudrier, d'où pendait une longue rapière. C'est sous ce costume qu'il se présenta à Marbourg (1 ). »
Laissons un vieux écrivain catholique raconter ce qui se passa dans cette conférence : « Luther avoit avec lui son Philippe et Juste Jonas (2). Zwingle mena OEcolampade , et passant par Strasbourg , où il prescha , prit Bucer et Hedio (3). Osiander (4) accourut de Nuremberg, Bren-
(<) Audin, Histoire de la vie et des écrits de Martin Luther, (t) Ami de Luther et doyen de 1* académie de Wittemberg.
(3) Prédicateur du saint Evangile à Strasbourg.
(4) D'abord partisan de Lutber, Osiander dota plus tard l'Allemagne d'une hérésie nouvelle, à laquelle il donna son nom. Ce pape luthérien, comme le nommaient à Nuremberg les osiandéristes, se faisait remarquer par son faste et son intolérance. Deux cents écus d'or de revenu lui suffisaient à peine. Il occupait un logement vfiste et splendide : sa table était
tius (1) y vint de Hâle, Etienne Agricota d'Augsboui^. Aucun catholique n'y fut appelé, contre l'avis de Mé^ lancthon qui disoit au landgrave estre nécessaire se* mondre les docteurs catholiques de s'y trouver. Luther conféra d'abord avec (Ecolampade, et Zwingle, avec Mélancthon ; car on craignoit que ces deux testes fti^ rieuses venant à s'entrechoquer , quelque tonnerre n'en' sortît. La dispute fut entre tous par l'espace de trois jours entiers. Chacun mit en avant et sur le tapis Tesprit de Dieu qu'il avoit, et la parole de l'Ecriture. Luther, dès son entrée, leur reprocha qu'ils embrassoient l'erreur d'Arius^ séparoient tellement les deux natures de Christ , que d'une seule personne ils en faisoient deux; que leurs frères de Strasbourg judaïsoient. Il les accusa aussi d'être pélagiens, d'enseigner mal du péché originel, du baptême , de la justification , du ministère et autres articles de la foy . Zwingle et OEcolampade répondirent qu'ils étoient venus pour dé^ cider la matière de leur cène et non pour remuer les autres points de la religion. Celle-là donc seule fut mise sur le bureau . Le premier argument des sacramentaires pour abattre la réalité soutenue par Luther fut pris de saint Jean, Le Christ , disoient-ils , enseigne en ce lieu la raanduoation de son corps estre spirituelle , donc nous ne le recevons que spirituellement. Le second argument fiit celui-ci : Un corps ne peut être en plusieurs lieux; le corps de Christ est an ciel , donc il ne peut estre à l'autel. Luther répondit qu'en-
royale. Son caractère emporté et tranchant lui attira de nombreux contradicteurs ; mais Osiander ne céda jamais. Il écrivait avec aigreur, ne ménageant ni les sarcasmes ni les injures à ses adversaires.
(1) Condisciple de Mélancthon et de Martin Bucer, et chef de la secte des ubiqrUtaires .
core qu'en ce passage Ue saint Jean il soit fait mention de la manducation spirituelle, que cela n'empesche pas que l'institution de la cène ne s'estende à la corporelle, laquelle ne déroge rien à la spirituelle , voire même qu'elle est nécessaire à la cène. Les sacramentaires faisoient beaucoup de fondement en ces paroles : La chair ne profite de rien. Mais Luther dit cela ne se pouvoir entendre de la chair de Jésus-Christ , vu qu'il avoit dit : Ma chair vivifie, et que c'est une parole horrible de dire la chair de Christ ne servir de rien ; que le même Christ a dit : Le Verbe a esté fait chair et habitera en nous
» Ce fut ici un long estrif entre Zwingle et Luther. Comment , disoit le premier, Dieu a-t-il donné des choses à croire qui ne se peuvent comprendre ? Ce seroit un grand miracle qu'avec la parole le pain fût fait chair. Il n'est pas possible qu'un méchant preslre ayt cette puissance. Mais Luther s'aida de la toute-puissance de Dieu, et de l'humilité du chrestien qui doit d'autant plus croire qu'il juge la chose incroyable , comme que Dieu se soit fait homme , que Dieu vray homme ait souflFert la mort ; que ce miracle ne despend du mérite du prestre, mais de la parole du Tout- Puissant; que c'estoit tomber dans l'erreur des donatistes. A cette réplique Zwingle demeura muet.
» Ainsi chacun s'aidoit de l'Escriture, chacun
produisoit les preuves tirées de l'évangéliste saint Jean , et de l'autorité des Pères. En une seule chose convindient ces sages testes ; ce fut d'abolir l'admirable et surnaturelle transsubstantiation du sacrement de l'autel. . . v Enfin après avoir assez contesté, ce ne furent qu'altérations parmy plusieurs propos avantageux de Luther, selon sa coutume , avec des paroles d'un pied et demy de haut , toujours tonnant , toujours menaçant de renverser rez pied
rez terre, et en un moment, ce que Zwingle en plusieurs années avoit bâti. La discorde tint le haut bout et y présida.
)) Zwingle fondant en larmes , mais c'estoit des larmes de crocodile , supplia Luther et les siens de le vouloir recevoir et tenir pour frère. Il n'y a personne sur la terre avec qui j'aimasse mieux estre d'accord , disoit-il , qu'avec ceux de Wittemberg. Sur quoy Luther s'eslevant d'une parole rogue et fière prononça cette sentence si souvent célébrée depuis par ses disciples : Maudite soit-elle concorde qui jette en danger la cause de Dieu ! Ite^ ite, leur disoit-il, en son gros latin , vos habetis alium spiritum quant nos. Gomme ils estoient ainsi aux prises, le landgrave se mit en devoir de les rapprocher, et à sa prière un escrit fut signé par tous les dix avec ces mots : « qu'on entretiendroit la charité chrestienne, attendant que le Saint-Esprit révélast la vraye intelligence des paroles du Seigneur sur les mystères de la cène. » Et encore que Luther entre la table et les tréteaux eût tendu la main à tous , rappaisé de sa première colère , et promis au landgrave de les laisser en paix , si est«ce qu'il ne fut pas plus tost de retour à Wittemberg , qu'il prit la plume à main contrôles zwingliens et autres sacramentaires , offensé des faux brufts qu'on publia à cette occasion (1 ).
Mais le traité signé à Capel deux années auparavant allait être déchiré. Le 6 août 1 531 , les cinq cantons prennent l'offensive et se portent sur Bremgarten et sur Capel. A cette nouvelle inattendue les Zurichois se hâtent de diriger sur ces deux villes le peu de troupes dont ils peuvent disposer. Oh sonne le tocsin , on ordonne de rassembler les milices. Mais sept cents hommes seulement répondent à
(4) Florimond de Rémond, Histoire de ^hérésie, etc.
rappel de la patrie. Cependant on reçoit Tavis que le corps qui occupe Capel s'affaiblit et ne peut résister à l'attaque générale dont il est menacé. Dans cette situation critique le commandant supérieur n'hésite point à voler au secours de ses frères. Il part suivi seulement d'une poignée de soldats. Zwingle reçoit l'ordre d'accompagner ce détachement. Capel n'est qu'à trois lieues de Zurich. Le chemin qui y conduit traverse le mont Albis; sa pente rapide ralentissait la marche de l'infanterie chargée d'armes pesantes; Zwingle, impatient de voler au secours de ses compatriotes , engage et persuade les officiers à hâter le pas de leurs chevaux. Verâ trois heures ce foible renfort atteint le champ de bataille. C'était l'instant où le oombat allait s'engager. Les catholiques s'ébranlent et marchent en avant , quinze cents Zurichois seulement essayent de leur opposer une résistance inutile. Les soldats de Schwitz, de Zug, de Luceme, d'Un et d'Unterwald triomphent, et les partisans de la réforme sont tous dispersés ou tués en combattant. Mais dès le commencement de l'action l'ire de Dieu étaitdescendue sur Ulrich , et le réformateur, inconnu aux catholiques qui l'entouraient le pressant de se confesser et de recommander son âme à la bienheureuse Vierge Marie , était tombé , frappé d'un coup mortel , et rendait le dernier soupir au milieu des cadavres de ses compagnons , sans qu'une main amie vînt lui fermer les yeux.
Le lendemain le corps de Zwingle fut reconnu par des soldats des cantons qui le déchirèrent , livrèrent ses lambeaux aux flammed et jetèrent fies cendres aux vents.
Mais éloignons-nous de ce drame sanglant ^ et retournons vers le cardinal Borromée ^ que nous retlnouverons occupé à veiller au salut du troupeau confié à sa) soUicitude épiscopale. Déjà le vigilant prélat a réussi à\rame-
DE SAINT CHARI*Bi^ BORROMÉË. 159
ner à la foi catholique la plupart des âmes abusées par les enseignements impies et contagieux des hérétiques. Toutefois le zèle de Charles n'en refera point là. Il indti*tuera une congrégation du saint-office^ dont il présidera les pieuses assises. Il y appellera l'inquisiteur général , ses vicaires forains , des conseillers ecclésiastiques, des théo^ logiens, des canonistes, des docteurs laïques, choisis parmi les personnages les plus savants et les plus vertueux du Milanais. Au premier avis qu'elle recevra de l'existence de quelque conciliabule criminel ou de quelque pratique superstitieuse, cette pieuse réunion frappera les coupables des châtiments les plus prompts et les plus rigoureux.
Le cardinal nommera une commission spéciale qu'il chargera de l'examen des livres qui devront tous être censurés et approuvés, afin de prémunir son peuple contre les propositions entachées d'hérésie ou contre les doctrines criminelles des prétendus réformateurs.
Il enjoindra aux curés de surveiller avec une grande vigilance les étrangers suspects ou marchands forains qui pourraient chercher à s'introduire dans le pays sous prétexte d'y venir faire le commerce, mais uniquement dans l'intention d'y répandre des livres défendus ou d'y apporter le venin dangereux de leurs croyances diaboliques.
Il défendra à tous ses diocésains de se rendre dans les pays hérétiques ou d'y conserver quelque intelligence que ce soit , sans une permission expresse signée de sa main ; et il recommandera aux curés de veiller sur la conduite de ceux auxquels ces autorisations seront accordées.
(( Il obligera les maistres des écholes, à faire profession de foy, et à n'user que de bons livres dans leur enseignement, moyen qui empeschera qu'aucune erreur ne
soit inculquée aux enfants. Finalement il ne négligera chose aucune pour s'opposer à Tennemi et maintenir en son diocèse la pureté de la foi catholique (i). »
(4) J.-P. Giussano, Histoire de la vie, verttis, mort, etc., de saint Charles Borromée,