‹ Histoire de la vie et de l'épiscopat de S. Charles BorroméeChapitre 17 sur 50 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Le Rite ambroisien.'

Selon ropinion de Walafrid Straboa et de quelques autres écrivains , ce fut saint Ambroise qui le premier introduisit dans le Milanais le rite ou office ambroisien. D'autres chroniqueurs pensent qu'avant l'époque où le saint prélat fut en possession du siège de Milan, l'Eglise de ce nom avait adopté cette liturgie particulière. En effet , jusqu'au temps de Charlemagne, chaque Eglise eut son rite propre. Vainement l'empereur, qui avait ordonné que toutes les Eglises de son royaume se conformassent au rite romain , voulut Timposer à celle de Milan. Une conférence ayant été tenue à cet effet à Rome , en présence du pape Adrien I®*^ et de l'empereur , un évêque des Gaules , nommé Eugène , ne craignit I)oint de prendre la défense de la cause de la liturgie ambroisienne. L'assemblée indécise, après avoir jeûné et prié Dieu de faire connaître lequel des deux rites lui était le plus agréable , ordonna que les deux missels fussent liés et cachetés, et qu'on les plaçât sur l'autel de saint Pierre , celui qui serait trouvé ouvert sans qu'on y eût touché, devant obtenir la préférence. Après trois jours d'attente , le pape et l'empereur se rendirent en proc>ession à l'église : les portes s'ouvrirent d'elles-mêmes, et les assistants , s'avançant , aperçurent les deux livres ouverts vers le milieu. On en conclut que l'un et l'autre des deux rites

étaient agréables à Dieu, et on décida que le rituel romain serait suivi dans l'Occident, mais que l'Eglise de Milan conserverait la liturgie ambroisienne (1).

Dans la suite , les papes tentèrent à diverses reprises de faire universellement adopter la liturgie romaine; et Pie V ayant entrepris la réforme du rituel romain , le cardinal Borromée travailla puissamment à concilier le nouvel office avec le rite en usage dans l'Eglise ambroisienne. Aussi les prélats des seize Eglises du Milanais, réunis en concile provincial, reconnurentrils, en adoptant la réforme de Pie V , qu'il ne s'agissait pour eux que de simples modifications au rite ambroisien , et non de Tintroductian d'un rite nouveau.

Nous allons faire connaître succinctement quelques-uns des caractères^ de cette antique liturgie , l'une des quatre principales en usage dans l'Eglise d'Occident.

Les heures canoniales ne sont pas les mêmes que celles du rite romain- Elles se divisent en majeures et eu mineures. Les majeures sont la première (matines et laudes), la sixième (^ vêpres; et la septième (compiles). Les mineures : la deuxième (prime), la troisième (tierce), la quatrième (sexte) et la cinquième (none).

L'office de la nuit commence par l'invocation ordinaire , Deus in adjutorium j non précédée de Domine labia, ni suivie d'invitatoire , mais d'une hymne qui est la même pour toute l'aniiée. Vient ensuite un répons et puis le cantique des enfants dans la fournaise, avec une antienne, et trois fois Kjrie eleison. On récite après, seize ou quatorze ou dix ou huit psaumes, suivant la férié, en sorte que dans les deux semaines on ait atteint

(I) Landulphe, Hi^loire des évéques de Milan,

le ipsaume i10«. On fait succéder à la psalmodié trois leçons, et en certaines fêtes, neuf. Le vendredi saint il y a six leçon» dont les trois dernières sont la passion tout entière, selon saint Marc , saint Luc et saint Jean ; celle ôek)Q saint Matthieu est pour la messe- Après chaque leçon vieût un répons; après la dernière, le Te Deutn^

Laudes cmnmencent par l'invocation ordinaire suivie du Benedicius, excepté au premier dimanche de TAvent , à No^y à la Circoncision et à l'Epiphanie , où, à sa place, on dit le cantique Audits cœli^ avec une antienne, e* trois fois Kyrie eleison; puis trois cantiques , une antienne et une oraison ; après les psaumes Laudate^ etc., le capitule , une antienne , trois fois Kyrie eleison j un psaume, l'hymne qui varie selon l'office, douze fois^rie eleison, une antienne en forme de répons qu'on appelle psallejkda , encore trois fois Kyrie eleison et une oraison. Les mémoires s'y font par la psallenda^ et dans te» fériés on y ajoute les mémoires de la sainte Vierge , de saint Amhroise et du patron de l'église.

Prime commence par l'invocation et l'hymne Jam lucis. Ondit ensuite troispsaumes, sansautreantienne qu'Alléluia ou Laus tihi jeic. , en carême ; une petite épitve epistotella) ; un répons bref et le symbole de saint Athanase ; le capitule dk trois oraisons; toujours les mêmes. Le martyrologe est suivi d'un versetetd'uneoraison. A dater de prime tous les pôaunoes sont pris dans les quarante derniers du psautier.

Tierce , sexte et none sont comme au rituel romain ; mais && n'y dit point d'antienne. Elles se terminent par la petite épHre, le répons bref et l'oraison.

Les vêf»^es ont un rite spécial ; elles commencent par Dominus vobiscum suivi du lucernarium ou répons; puis eumreDomijtiiis vobiscum^ une antienne, un troisièmesa-

lut, l'hymne, an quatrième salut, un répons, un cinquième salut, Dominus vobiscum, et enfin cinq psaumes, excepté dans les fêtes solennelles qui n'en ont qu'un , auquel on joint le cent trente-troisième et le cent seizième , sous une seule doxologie. Vheure se termine par un triple Kjrie eleison et l'oraison de l'office du jour ; le Magnificat^ encore trois fois Kyrie eleison^ précédé d'une antienne, et une autre oraison. Le répons ou psallenda de laudes est en outre récité ainsi que les mémoires ou suffrages , s'il y a lieu.

Le rite ambroisien a encore des vêpres particulières pour les fêtes des patrons , où , après les psaumes , on lit les leçons de la vie du saint , suivies d'un répons et terminées par des litanies.

Lescx)mplies sont commencées comme au rite romain , et aussitôt viennent l'hymne et les trois psaumes : Cum invocarem , In te Domine , Qui habitat , avec un seul Gloria Patriy et sous une seconde doxologie, Ecce quant honum, Ecce nunc benedicite ^ et Laudate Dominum omnes génies , avec Alléluia , etc. ; puis la petite épître , le répons bref iV^wwc dimittis et l'antienne de la sainte Vierge , propre au temps. On récite le Conjiteor à la fin , et là , les complies se terminent.

La messe ambroisienne se célèbre de la manière suivante .

Au bas de l'autel, après l'antienne Introiboy le prêtre dit, au lieu du psaume : Judica me DeuSy le verset Confitemini Domino. Puis au Conjiteor ^ aux noms des saints Pierre et Paul, il ajoute celui de saint Ambroise, beato Amhrosio confessori. Suivent Misereatur^ Indulgentiam^ et le prêtre dit Adjutoriumnostrum^ etc.^ et Sit nomen Domini. Il s'incline à ce second verset ; puis toujours incUné il dit : Rogo te altissime Deus sabaoth, Patersancte^ utpro peccatis

meis possim intercedere et astantihus veniam peccatorum promereri ac pacîficas singulorum hostias immolare. Il monte ensuite à l'autel et dit : Oramus te. Il va au côté de Tépître pour réciter l'introïtquiest appelléZ/zg-re^^/x. C'est une simple antienne sans répétition ni psaume. Elle se termine par Dominus \)ohiscum. Si le Gloria in excelsis doit être dit , c'est tx)ujours devant le livre , sans se tourner vers les assistants; il récite ensuite la collecte , qui est précédée d'un second salut. Après l'oraison, Jubé , Domne henedicere. Si l'épître est une leçon des prophètes, il dit : Prophelica lectio sit nobis salutis eruditio; si elle est du Nouveau Testament : ApostoUca lectio sit, etc. Il lit le titre de l'épître et ajoute : ApostoUca doctrina repleat nos gratià divind.

Il y a deux épîtres, l'une de l'Ancien , l'autre du Nouveau Testament ; excepté aux trois grandes solennités de Noël , de Pâques et de la Pentecôte. L'épître est suivie du versel Alléluia , etc. Le livre est changé. Le prêtre dit au milieu de l'autel : Munda corineum^ etc.

L'évangile selon le rite romain pour ce qui le précède et le suit. Au milieu de l'autel le prêtre dit Dominus vobis-cum sans se tourner vers le peuple ; ce qu'il observe pendant toute la messe ; il ajoute trois fois : Kyrie eleison. Il récite l'antienne dite: Post E^angelium; il élève les mains en disant : Pacemhabete. R. — Ad te Domine. — Dominus vobiscum. Il dit , ayant les mains étendues , l'oraison Super sindonem. L'offertoire commence. Il prend la patène et offre en disant : Suscipe^ clementissime Pater^ hune panem sanctum utfiat Unigeniti tui corpus , in nomine Patris^ etc. L'hostie est posée sur le corporal. Il verse le vin-: De latere Christi exivit sanguis, il verse l'eau et la bénit en poursuivant : Et aqua pariter in nomine

PairiSy etc. Il offre le calice : Suscipe, clementissime Pater j hune calicem, vinum aqua mixtum^ utsit UnigerUtitui sanguis y in nomine Patris ^ etc. Il pose le calice sur le corporal , et les mains jointes , profondément incliné , il dit : Omnipotens sempiterne Deus, placabilis et acceptabilis tibi sit hœc oblatio quant ego indignus pro me misera peC" catore, et pro delictis meis innumerabilibus tuœ pietati offerOy ut veniam et remissionem omnium peccatorum m^eorum mihi concédas ^ et iniquitates meas ne respexeris , sed sola tua misericordia mihi prosit indigno , per Christum Dominum nostrum. Il tient les mains étendues, et il poursuit : Etsuscipe^ sancta Trinitas^hancoblationem quam tibi o/ferimus pro regimine et custodia atque unitate cathoticœjidei et pro veneratione quoque beatœ Dei genitricis Mariœ omniumque simul sanctorum tuorum et pro salute etincolumitatejamulorumfamularumque tuarum et omnium pro quibus clementiam tuam implo-rare polliciti sumus et quorum quarumque elcemosynas suscipimus et omnium Jidelium Christianorum tam vi- "vorumquànidejunctorum^ utj temiserante, remissionem omnium peccatorum et œternœ beatitudinis prœmia , in tuis laudibusjideliterperse^erandoypercipere mereantur ad gloriam et honorent nominis tui^ Deus ntisericordis-sime rerunt conditor, per Christunt Dominum nostrum. Il joint les mains avant la conclusion.

Aux jours de dimanche et de solennité, ainsi que dans les vigiles, et quand on dit la messe d'un saint, à moins que ce ne soit une messe votive, on ajoute à la prière précédente l'oraison : Suscipe , sancta Trinitas , qui ne diffère qu'assez peu de la messe du rituel romain. Puis le prêtre , tenant les mains étendues sur le calice et l'hostie, dit : Et suscipe, sancta Trinitas, hanc oblationem pro

emundalione mea^ ut mandes et purges me ab universls peccatorum maculis ^ quatenus tibi digne mînistrare merear, Deus et clementissime Domine. Le prêtre bénît ensuite l'offrande par cette formule : Benedictio Dei omnipoientis Patris, etc. Copiosa de cceUs descendat su-per hanc nostram oblationem, et accepta tibi sit hœc oblatîoy Domine sancte y Pater omnipotens ^ œterne Deus y misericordissime rerum conditor.

Si le symbole est récité, l'oraison Super oblata est dite avant le Credo. Pendant l'offertoire le chœur chante l'antienne dite Offerenda.

La préface a son préambule , comme au rituel romain , et il y en a une pour chaque messe. Les paroles qui la caractérisent sont dans la contexture même des messes du propre et non dans l'ordinaire.

Le canon commence par le Te igitur, dont deux ou trois mots seulement diffèrent de l'usage romain. Le Me-^ mento est identique avec ce dernier.

Le Communicantes fait mémoire d'un plus grand nombre de saints. Il en est de même pour la formule de la consécration. Seulement dans le Qui pridiè on ajoute : Quàm pro nostra omniumque sainte pateretur. En montrant le calice, le prêtre dit : Mandans quoque etdù cens adeos : Hœc quotiescum^quefeceritis inmeam com^ memorationemfacietis y moriem meam prœdicabitis, rcsurrectionem meam annuntiabitis, adventum meum spe^ rabais f donec iterum de cœlis veniam ad vos. Les autres prières du cangn sont les mêmes qu'au rituel romain ; seulement en se frappant la poitrine, le prêtre dit : Nobis quoque minimis et peccatoribus ^ et le nombre des saints y est un peu plus considérable. Mais à la seconde élévation qui précède le Pater, le ritB diffère du romain. Le

prêtre dit : Per quem hœc omiùa, etc. Et nabis famulis tuis largiter prœstas ad augmentumjîdei et remiss ionem omnium peccatorum nostrorum. Il découvre le calice, et fléchit le genou en disant : Et est tibi Deo Patri omnipotenti^ et faisant le signe de la croix avec l'hostie sur le ' calice, il dit : Ex ipso^ et per ipsum^ et in ipso omnis ho-nor, virtus et ghria. Il placé Thostie entre les doigts de la main gauche, et puis de la main droite, prenant la patène, il fait trois signes sur l'hostie et sur le calice, en poursuivant : Imperium^ perpetuitas et potestas. Il dépose la patène sur le pied du calice, et élevant l'hostie, il dit à haute voix : Per irifinita sœcula sœculorum. R. Amen. Aussitôt après il rompt l'hostie par le milieu, sur le calice, en disant : Corpus tuum frangitur^ Christe, calix benedicitur. Il pose sur la patène la portion de l'hostie qu'il tenait de la main droite , puis de la parcelle qu'il conservait dans la main gauche, il détache une portion, en disant : Sangnis tuus sit nobis semper advitamet adsalvandos animas j Deus noster. Il dépose la principale particule sur la patène , et met dans le calice celle qu'il en a détachée, en disant : Commixtio consecrati corporis et sanguinis Domini nostri Jesu Christi, nobis edentibus et sumentïbus prqficiat ad vitam et gaudium sempiter-num. Il couvre ensuite le calice et récite, ou bien le chœur chante l'antienne : Confractorium. Puis il dit ; Oremus. Prœceptis salutaribus^ etc. En quelques solennités cette préface du Pater commence ainsi : Divine magisterio edocti et salutarïbus monitis instituti. Il dit l'oraison dominicale , suivie du Libéra nos, récité à haute voix ou chanté. Cette prière est comme au rituel romain, si ce n'est qu'après le nom Andréa on ajoute : Beato Ambrosio conf essore tuo atque pontifice , Le prêtre fait sur lui un

signe de croix en disant : Pax et communicatio Domini iiostri Jesii Christi sit semper vobiscum. R. Dec gralias. Aux messes des morts .^ jignus Dei^ comme au rituel romain, excepté la conclusion du troisième : Requiem sempiternam et locum indulgentiœ cum sanctis tuis in gloria. A toute autre messe qu'à celle des morts, on ne dit jamais Agnus Dei, mais le prêtre récite immédiatement les trois oraisons avant la communion , dont la première pour la paix est identique avec celle de Rome. La seconde est ainsi conçue : Domine sancte, Pater omnipotens , œterne Deus ^ da mihi hoc corpus Jesu Christi Filii tui ita sumere ut non sit mihi ad judicium^ sedad remissionem omnium peccatorum meorum. Qui tecum visait, etc. La troisième diffère très-peu de celle de Rome. La communion est semblable ; seulement avant Panem cœlestem^ le prêtre dit : Quid retribuam, etc. , et prenant le précieux sang , il ajoute : Prœsta, quœso , Do-mine^ ut perceptio corporis et sanguinis Domini nostri Jesu Christi ad vitam nos per ducat œternam. Après les deux ablutions, comme au rituel romain , le prêtre dit : Confirma hoc^ Deus, quod operatus es in nobis, et doua Ecclesiœ tuas perpetuam tranquillitatem et pacem. Il récite ensuite l'antienne : Transitorium ^ et les post-communions ; Dominus ^vobiscum et trois fois Kjrrie eleison. Enfin il ajoute les paroles suivantes : Benedi-cat et exaudiat nos Deus. Amen. Procedamus cum pace. Benedicamus Domino. R. In nomine Christi. Puis il dit : Placeat, et bénit le peuple comme à Rome. Il termine par l'Evangile, In principio.

\je& dimanches du carême portent le nom du principal sujet de l'évangile. Ainsi, par exemple, le quatrième est nommé De Cœco à cause de l'évangile de l'aveugle-né; le

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cincpiième De Lazare, etc. , etc. Le nom du dimanche de la Passion est inconnu. On compte quinze dimanches après la Pentecôte, cinq après la décollation de saint Jean Baptiste, trois au mois d'octobre, trois après la Dédicace.

Selon le rite ambroisien le baptême a lieu par immersion. Le curé reçoit l'enfant des mains du parrain , plonge à trois reprises le derrière de la tête du nouveau-né dans l'eau, en prononçant sur lui la formule absolue : Je te baptise au nom , etc. , ou , s'il doute qu'il ait déjà reçu le sacrement du baptême , la formule conditionnelle : si tu as été baptisé , je ne te baptise point ; mais si tu ne l'as pas été , je te baptise, etc. — Aprè^ avoir essuyé la tête de l'enfant, le curé s'agenouille ainsi que le parrain , pour réciter les litanies et recommander l'enfant aux prières des saints dont les noms sont invoqués.

Le chant ambroisien ne diffère du chant romain qu'en ce qu'il est plus grave et plus élevé. Cela paraît résulter de ce que saint Ambroise , qui régla le premier , dans un temps où les théâtres païens subsistaient encore, évita soigneusement d'imiter leur mélodie. Saint Grégoire, qui fit la même chose pour l'Eglise de Rome, dans un siècle où ces théâtres n'existaient plus, ne trouva aucun inconvénient à introduire dans le chant ecclésiastique des tons plus doux et plus harmonieux , mais qui ne pouvaient toutefois rappeler aucun souvenir profane. Avant saint Ambroise, saint Athanase avait établi un chant à peu près semblable dans l'Eglise d'Alexandrie. Il avait mis en usage une psalmodie des Psaumes qui ressemblait plus au récitatif d'un discours qu'à un véritable chant (1 ).

Le concile de Trente fixa plus tard le caractère de la

(1) Saint. Augustin, Confess., I. X, chap. xyxiii.

musitjue sacrée tant sur Torgue que dans le chant proprement dit. Le décret qui fonda les séminaires, place parmi les exercices auxquels on doit appliquer les jeunes clercs, l'étude du chant ecclésiastique. La Providence aussi tint en réserve le dernier moyen de réhabilitation de la musique religieuse : c'était le génie d'un artiste catholique : c^t artiste fut Palestrina.

Gian Fier Luigi , appelé Palestrina du nom de sa ville natale, fit promptement remarquer sa vocation , et d'enfant de chœur d'une obscure église devint, très-jeune encore, maître de chapelle à Saint-Jean de Latran. Lorsque plusieurs personnages zélés eurent réclamé à diverses reprises la proscription absolue de la musique dans nos cérémonies, Pie V forma une commission à cet effet , et hii confia l'examen de toutes les questions qu'impliquait cette grande réforme. Le cardinal Borromée et le cardinal Vitellozzi en faisaient partie. Charles ne voulut pas prononcer un irrévocable arrêt sans avoir épuisé tous les moyens de conciliation, et il manda chez lui le modeste et éminent compositeur, le chargeant d'écrire ,une messe d'après les rigoureuses règles posées par le concile, sans lui dissimuler que du succès de cette épreuve dépendait le sort de la musique d'Eglise.

Palestrina, ému d'orgueil et d'effroi, accepta cette responsabilité, et, en trois mois, présenta au cardinal Borromée trois messes, qui furent exécutées dans le palais du cardinal Vitellozzi. L'une de ces messes porte communément le nom de messe du pape Marcel II , et sur le manuscrit on lisait ces mots tracés en tremblant par la main de l'artiste : « Seigneur, aidez-moi. »

Le 29 juin 1 565, cette messe fut exécutée devant Pie V, et tout le sacré collège se réunit pour l'entendre. Au sortir

de la chapelle Sixtine, le cardinal Pirani, voulant exprimer son enthousiasme au cardinal Serbelloni, lui cita ces vers du Dante :

Rendere questo voce a voce in tempra Ed in dolcezza ch'esser non puo nota.

Se non cola, dove'l gioir s*insempra.

(( Une harmonie si belle et si douce ne peut venir que des cieux où le bonheur est éternel. »

Et le cardinal Serbelloni, continuant dans le langage du poëte chrétien , répondit :

Oh fortunata sorte !

Risponda alla divina cantilena Da tutte parti la beata corte S) ch'ogni vista ne sia più serena.

« Oh sort heureux! que de toute part la cour céleste réponde à ces chants divins, et que la joie se peigne plus vive sur chaque visage. »

« La mort de Pie V, qui suivit presque aussitôt ce triomphe , remit tout en suspens ; mais le cardinal Alexandrin était au nombre de ceux qu'avait désarmés le génie de Palestrina, et dès qu'il eut monté sur le trône pontifical la cause de la musique sacrée fut victorieuse (1 ). )>

(1 ) Le vicomte de Falloux , Histoire de saint Pie V, pape.

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