V.DC.LXIV
« Que les dames ne sont pas mauvaises de leur nature, »
Il n'y a rien qui nous empêche d'entrer dans le sentiment commun des docteurs et de dire a\m eux que les danses ne sont pas mauvaises de leur nature ^ mais qu'elles sont d'dles- mêmes indifférentes. En effet , les témoignages extérieurs de contentement qu'elles provoquent , soit à cause de l'agrément de la musique qui les accompagne , soit à cause des mouvements gracieux du corps, peuvent être bons aussi bien que peniicieux , et nous ne pouvons point douter qiie quelques personnes pieuses n'en aient usé dans certaines occasions , par un zèle ardent ou par un vif sentiment de piété.
Cela parait dans l'exemple de David qui dansa devant l'arche en témoignage de son allégresse , ainsi qu'il est rapporté au second livre des Rois (1 ), dans l'action de la fille de lephtéallant à la rencontre de son père victorieux , et celle de Marie , sœur d'Aaron , chantant et dansant avec les autres femmes Israélites à la vue de la toute-puissance de Dieu submergeant Pharaon et son armée dans les flots de la mer Rouge , et afl^ranchissant par cette voie miraculeuse les Hébreux de la captivité.
Mais ces exemples n'ont aucune conformité ni aucun rapport avec ce qui se fait aujourd'hui; car toutes ces danses, dont il est parlé dans l'Ecriture, n'étaient employées que pour honorer et glorifier Dieu , et celles qui se pra-
(4) David ladebat coram Domino in omnibus lignis ^abrefaclis et cytharis et lyris et tympauis, etc. — David saltabat totis viribud anle Deum. n. Reg., cap. VI ; Exod., cap. xv.
tiquent maintenant ne servent qu'au plaisir du corps et à la délectation des sens, et ont le plus souvent des fins manifestement vicieuses. Ce serait donc abuser de ces exemples, qui sont saints et dignes de vénération , de vouloir s'en servir pour excuser les usages de ce siècle corrompu, et de les alléguer pour autoriser (c ces pratiques séculières , de peur, comme dit saint Gyprien, qu'il ne semble que nous voulions justifier nos vices par les saintes Ecritures, ce qui serait les profaner d'une manière très-indigne (1 ). »
• Des danses dont il est parlé dans l'Ecriture. »
Ces danses viennent OU d'un mouvement de grâce
et sont rapportées au culte de Dieu, ou de l'inclination de la nature vers le plaisir. Le Saint-Esprit condamne ces dernières comme des exercices mondains où Dieu est évidemment offensé. « Ne fréquentez point , dit-il , et n'écoutez point la femme frivole , de peur que ses attraits ne causent votre ruine (2). »
C'est sans doute cet Esprit-Saint qui avait éloigné de Sara , fille de Raguel , ces divertissements dangereux qui la portaient à dire, dans l'amertume de son âme, qu'elle ne s'était point mêlée parmi les personnes qui jouaient et qui dansaient (3).
C'est de cette récréation folle et déréglée que parle Job,
(I) Ne vitia nostra de sacris lUteris, qaod indignissimum est, vindicare videamur. Cyp., lib. De speot.
(I) Cum galUtrice ne assidous sis, nec aadias illam ; ne forte pereas in efficacià ejos. Ecoles. , ix.
(3) Nnnquam cum ludentibus miscui me, neque com lis qui cum levitate ambulant. Job, m.