J XL
« Qu'on ne peut danser sans péché les jours destinés à Vexercice de la piété chrétienne,»
Ceux qui dansent et qui vont au bal et à la comédie
les jours où, suivant les préceptes de l'Eglise, les chrétiens doivent vaquer à la pratique de la pénitence , ou se livrer à des exercices spirituels, ne sauraient être excusés de péché mortel. C'est la doctrine de Roselius, de Sylvester et d'Alexandre de Haies qui n'hésitent point à proclamer que les danses sont encore illicites et criminelles, de l'Avent à l'Epiphanie, et de la Septuagésime jusqu'à Pâques, temps où, suivant la discipline de l'Eglise, les chrétiens doivent s'exercer dans la mortification , suivant l'avis de saint Augustin , qui dit : « Que celui qui veut obtenir la rémission de ses péchés par l'esprit et par les œuvres d'une sincère pénitence , doit fuir les jeux , les bals et les comédies (1). » En effet, comment peut>-on accorder ces actions séculières qui flattent les sens et donnent du plaisir à la chair , avec les larmes d'une âme vraiment pénitente qui s'afflige pour rendre honneur à la justice de Dieu, par la haine qu'elle a conçue contre le péché et contre ellemême Et le temps qui est spécialement destiné à la
dévotion, ne comprend pas seulement les dimanches et les fêtes qui sont d'obligation, parce que, suivant la doctrine commune, nous sommes contraints de les passer aussi saintement que le jour même eu dimanche. Il est vrai qu'en ce qui regarde les fêtes, quelques casuistes ont ajouté, par une condescendance excessive, des exceptions très-dangereuses, au moyen desquelles ils accordent aux chrétiens une liberté contraire aux sentiments de l'Eglise et à l'esprit de leur profession ; car Angélus ne condamne pas la danse aux jours de fêtes , pourvu qu'on ne s'y livre point au temps des offices divins et qu'on n'y
(4) Gohibeat se praeterea à ludis et à spectacalis sseculi qui perfectam vult consequi gratiam remissionis. — C. i de Pœnitentia et v.
emploie qu'une minime partie du jour ; et Sylvester est descendu dans un relâchement plus étrange , en bornant l'obligation de ne point danser dans ces journées au seultemps de la messe. C'est ce qui a donné fondement aux abus déplorables qu'on voit partout sur ce sujet en ces saints jours.
Ils eussent bien mieux fait de suivre constamment et de soutenir généreusement la doctrine des anciens, appuyée sur la discipline de l'Eglise, et animée de son esprit, et # réprimer par la force de la vérité la licence effrénée des chrétiens relâchés et vicieux , que de leur apprendre une voie large qui favorise leurs convoitises, et qui par conséquent ne peut que les conduire au précipice, par des opinions nouvelles, qui n'ont aucun fondement dans la doctrine de l'Eglise ni dans celle des saints.
Ceux qui dansent au temps destiné par l'Eglise à l'exercice de la mortification pèchent grièvement , parce qu'ils s'opposent directement aux desseins et aux ordres de cette même Eglise , puisqu'ils cherchent leurs plaisirs smsuels (1 ), lorsqu'elle veut que ses enfants gémissent devant Dieu et entrent dans les aiflictions salutaires de la pénitence.
§ XU.
• Du dimanche et des jours de fêtes. •
La tin principale pour laquelle les fêtes ont été
instituées, c'est, comme l'Ecriturç même nous l'enseigne; poui' honorer le repos ineffable de Dieu , après l'ouvrage de six jours. « Dieu a fait, est-il dit dans l'Exode, le ciel, la terre, la mer et toutes les atitres choses qui y sont con-
(1) Musica in luctu importuna narratio. Ëccles., xxii.
t^iues , et il s'est reposé le septième jour ; c'est pour cela qu'il a ordonné un jour de repos , qu'il l'a béni et qu'il l'a sanctifié (1). »
Outre le dimanche, nous célébrons encore des fêtes en rhonneur des saints, afin que, nous remettant dans l'esprit la vie qu'ils ont menée et les vertus qu'ils ont pratiquées avec tant de perfection, nous concevions des désirs solides de les imiter, et nous nous résolvions à suivre leur fscemple.
C'est ce que saint Paul veut dire, lorsqu'il écrit aux Hébreux : « Souvenez-vous de vos prélats qui vous ont annoncé la parole de Dieu ; et faisant attention à la consommation de leur sainte vie, tâchez d'imiter l'ardeur de leur foi (2j. » Saint Basile dit encore sur ce même sujet : « C'est pour notre avantage et notre utilité que nous faisons avec solennité la mémoire des martyrs; car ils n'ont pas besoin de nos louanges , qui ne répondent jamais à teur mérité ; et ils ont une entière félicité et une parfaite gloire en Dieu , dont ils jouissent ; mais c'est nous qui avons besoin de nous représenter la conduite qu'ils ont tenue, pour parvenir à l'état qu'ils possèdent , afin de nous rendre dignes, par l'imitation fidèle de leur vie, de participer un jour à leur bonheur (3). » Voilà quelles doivent être les occupations des chrétiens les jours de fêtes.
(1) Sex eniin diebus fecit Dominus cœlum et terram et mare et omnia quae in ei^ sunt; et requievitln die septimo : idcirco benedixit Dominus diei sabbati et sanctificavit eum. Exo., xx.
(2) Mémento te prasposilorum n^rorom qui vobis locuti sunt verbum Del; quorum intuentes exitum couversationis , imitamini fidem. Hebr.,
c. XIII. .
(3) Igitur nostri tantum causa profectus, sat fuerit illorum celebrare memoriam : non enim nostrrs indigent laudibus Cfntri, sed nos ip&orum vit<ie
AjoutOM toutefois de nouvelles autorités aux précédentes pour éclaircir davantage ce point, qui est si important dans la religion chrétienne. Le pape Nicolas I**^, répondant aux Bulgares, marque distinctement les exercices auxquels doivent se livrer les fidèlesdans ces saints jours. « Il faut savoir que l'on s'abstient des œuvres serviles et d^s occupations mondaines les jours des fêtes., afin que l'on soit dans une plus grande liberté d'aller aux églises, de chanter des psaumes, des hymnes et des cantiques spirituels, de s'appliquer à l'oraison, de porter des oblations à l'autel , de prendre part à la commémoraison des saints par le souvenir de leurs vertus , de s'encourager qt da s'efforcer de les imiter, d'écouter la parole divine avec attention et avec ferveur^ d'exercer la charité envei-s le prochain et de faire des aumônes (1). »
Il ne faut pas omettre ces paroles excellentes du concile de Fréjus : « Il faut s'abstenir les jours des fêtes de toute sorte de péché, et de toute sorte d'œuvre sensuelle ou terrestre, et ne s'occuper à autre chose en ce saint temps , qu'aux exercices de l'oraison, et à se rendre fidèlement aux assemblées qui se f(Hit dans les églises pour les offices, avec une parfaite ferveur d'écrit (2). » ,
histQriâ et commeinoratioue imitationis gratiâ indîgeii»». lé Serm, de Gordio mat.
(4) Sanesciendum est idcirco in cUebus featis ab opère mundano cessandum esse, ut liberiùs ad ecdesias ire , psalmis et bymnis et cantieis l^piritualibus insislere, orationi vaçare^ oblationes afferre, memorias sanctorum comiQunicare, ad imitalioDem eorum assurgere, eloquiis divinis intendere, eleemosynas indigenlibus mittere valeal christianus. In resp. ad Bulgaros, c. xi.
(%) Abstinendum featis diebua ab amni peccato et ab omni opère carhali et terreno et ad aihil aliud vacare debere nisi ad oratîonem , coucurrere ad ecclesiam cum summâ meatb devotione. Gonc. Forojutiense, c. \xiii.
Citons paiement cette déclaration des prélats assemblés dans le concile de Mâcon : « Vous , chrétiens qui ne portez point en vain ce saint nom dont vous êtes honorés, et qui désirez vous en rendre dignes par votre conduite, écoutez avec attention les avertissements que nous vous donnons, sachant que Dieu ne nous a accordé l'autorité que nous avons que pour .veiller sur vos âmes, pour vous enseigner ce qui sert à votre salut, et pour vous préserver de toute sorte de mal. Gardez donc le jour du dimanche, qui nous a nouvellement enfantés par la grâce de Jésus-Christ, et qui
nousadélivrésde tous nos péchés (1)
Soyez donc appliqués de corps, aussi bien que d'esprit, aux hymnes et à la louange de Dieu. Que celui de vous qui sera proche de quelque église, s'y rende avec empressement , et que pendant ce jour il purifie son âme par les prières et par les larmes : que vos yeux et vos mains soient étendus vers le Tout-Puissant ; parce que le dimanche est le jour qui représente le repos éternel, et de Dieu et des âmes bienheureuses ; c'est ce jour qui, dans la loi et dans les prophètes, a été désigné le septième jour, et qu'on appelait le sabbat. Il est donc juste que nous célébrions tous, avec la même affection^et avec la même ardeur, dans une entière unité de cœur et
(\) Ooines chrisiiani qui non incassum hoc nominefruimini, nostrae admonilioni autem accommodate, scientes quod nostrae est auctoritatisutiiitati vestrœ prospicere , et à malis operifoas coercere , custodite di«n domi*
nicam quœ nos demio peperit et à peecatis onnnibus liberavit
« . . Estote omnes in hymnis et laudibns Dei animo corpore-
que inlenti. Si quis vestrûm proximam habet ecclesiam, properet ad eamdem et ibi dominico die semetipsom predbus lacrynûsque : sint oculi manusque veslrûm toto illo die ad Deum expensœ : ipse est eoim dies requietiofti^ perpetuœ : ipse nobis per septimae diei umbram insinuatus noscilur in lege, et prophetis : justum igitur est ut banc diem unanimiter célèbrenms, per quam facti sumus quod non fuimus.
m) SAINT CHARLES BORROMÉE. 2()9
(respriij ce saint jour par lequel nous sommes devenus ce que nous n'étions pas, c'estrà-dire les enfants de Dieu et les héritiers de la gloire éternelle ,
» Si quelqu'un d'entre vous méprise cette exhortation salutaire , qu'il sache premièrement qu'il sera puni de Dieu pour le mépris qu'il en aura fait, et en second lieu , qu'il attirera sur soi la colère de l'Eglise (1 ). »
Enfin Alexandre de Haies a jugé que ceux qui dansent les jours de fêtes, violent le précepte qui nous oblige de les sanctifier , et qu'ils pèchent même plus grièvement que s'ils étaient occupés à quelque travail mécanique et à quelque autre œuvre servile, suivant cette parole de saint Grégoire : « C'est une chose plus tolérable de fouir la terre ou de labourer un jour de dimanche que de danser (2). » O qui s'accorde parfaitement avec ce passage de saint Augustin , que saint Thomas rapporte : « Un Juif ferait mieux d'aller travailler dans son champ que d'assister à la comédie ; et les femmes juives devraient plutôt filer de la laine le jour du sabbat que de danser, comme elles le font, avec insolence les jours de leurs fêtes (3\ »
§ Xlil.
« Que les lois civiles défendent de danser et d'aHer à la comédie lea jours de fêtes. »
Les danses et les comédies sont encore illicites, parce qu'elles sont défendues par les lois. Ainsi la seconde loi
(1) Si quis itaque vestrûm hanc salobreni exhortationem parvipendiderit, aut contemptui tradiderit, sciai se pro qualitatis merito principaliler à Dco puniri et deinceps sacerdotali quoque irœ impïacibiliter subjacere. Concil. maiise,, lib. iv, de ejus vitâ, c. xviii.
(2) Melius esse die Dominico fodere,.aut arare, quam choreas dacere.
(3) Melius faceret Judaeus in agro aliquid utile , qiiam si in fhealro sedi-
2^0 HiSTOIRB
du code Théodosien , touchant les spectacles , qui est atrtribuée aux empereurs Gratien , Valentinien et Théodose, dit : (( Nous vous avertissons avant toutes choses, que personne ne transgresse la loi que nous avons donnée il y a longtemps, en détournant le peuple de la piété par des divertissements profanes , et en causant , par ce moyen , de la confusion et du désordre dans nos solennités (1 ). »
La cinquième loi est plus explicite encore : « C'est une chose entièrement nécessaire et toute dans l'ordre de Dieu, que tous les chrétiens et tous les fidèles assistent au culte divin et aux exercices de piété, avec un renoncement absolu de tous les plaisirs du cirque et du théâtre, dans toutes les villes du monde , le jour du dimanche qui commence la seconde semaine et qui attire les bénédictions de Dieu sur toutes les œuvres qu'on y fait; et durant le temps de TA vent , des fêtes de Noël et de l'Epiphanie , aux fêtes de Pâques et pendant tout le temps pascal , c'est-à-dire jusqu'à la Pentecôte, dans lequel ceux qui ont été baptisés portent publiquement les signes de la lumière divine dont ils ont été éclairés et remplis au saint baptême, par la blancheur de leurs habits (2) »
Une loi des empereurs Valentinien , Théodose et Arcade défend toutes sortes de spectacles pendant la quinzaine
tiosus existeret, et melius fœminœ coram die sabbathi lanam facerent, qaam quod totâ die in neomeniis suis impudicè saltarent. S. Thomas, \î%,a.Z ex Augusiino,
{\) lllud etiam praemonemus, ne quis in legem nostram, quant dudum (uiimus, commiital : nuUum solis die populo spectaculum prœbeat, necdiviaam venoralionem confectâ solemnilate confundaU C, Theod., lib. xv, lit. v.
(2) Dominicâ qui septimana^ primus est dies et , Nalalis alque Epiphaniorum Cbristi , Paschœ etiam et Quinquagesimae diebus , quum diu cœlestU luminis lanam imitaatia novam sancti Bapti^matts, lucem vestimenta testantur. ... — Idem,
de Pâques , le jour de Noël , celui de TEpiphanie et les fêtes des Apôtres , ce ainsi que les jours qui étaient nommés les jours du soleil^ et que les chrétiens appellent plus justement les jours du Seigneur ou les dimanches, que Ton doit célébrer et solenniser avec une pareille dévotion et révérence (1 ). »
Terminons ces exemples en rappelant quelques-unes des principales dispositions de la loi des empereurs Léon et Antemius. ce Nous ne voulons point , disent-ils, que les jours des fêtes , qui sont dédiés au culte et à l'adoration de la souveraine majesté de Dieu , soient employés à aucune ' sorte d'exercice qui serve à la volupté et à donner du plaisir, ni qu'ils soient profanés par aucune exaction ou même par aucun acte de justice ; et nous ordonnons que Ton conserve un respect si profond pour le jour du dimanche, qu'on s'abstienne de ces mêmes actions , quoique justes et nécessaires en d'autres temps
» Mais quoique nous défendions toutes ces œuvres serviles par la considération de ces jours qui sont si saints et si pleins de religion , et qui doivent être célébrés dans le repos de l'esprit , nous ne souffrirons point néanmoins qu'aucun s'adonne à la recherche des plaisirs terrestres et des voluptés sensuelles. Qu'on ne prétende donc point d'employer aucune partie de ces jours si dignes d'honneur , soit à la comédie , soit au combat du cirque , soit à celui des bêtes dans l'amphithéâtre. Que si le jour de notre naissance se rencontre au jour de quelquwie
(4) Sacros quoqae Paschae dies qai septeno numéro , vel praeœdont vel sequuntur dies, eliam Natalis atque Epiphaniorum Christi , et quo tempore commemoratio apostolicse passionis totias christianitatis magislrae à cunctis jure oelebratur ; ia quibus etiam, praedictis sanclissimis. . . . jE. C. rfe
de ces fêtes, nous entendons que la réjouissance publique quon fait à notre considération, soit différée à quelque autre jour, et nous désirons avec tant d'ardeur que cette ordonnance soit observée , que nous voulons que celui qui la transgressera, ou en assistant aux spectacles un jour de fête, ou enfaisant*quelque acte de , justice , sous prétexte des affaires publiques ou parti-' cuUères, en soit puni par la dégradation et par la con-- Jiscationde tous ses biens (1). »
(4) Dies festos Majestati AltissimaB dedicatos nuUis volumus volupUtibus occupari nec ullis exactionum vexationibus prophanari. Dominicum itaque diem ita semper honorabile decernimus et venerandum, ut à cunctis exactionibus. ...Et infra ;Nec hujus tamen religionem diei otio, relaxantes, obscœnis quoque patimur voluptatibos detineri , nihil eodem die sibi vindicet scena theatralis , aut circense certamen, aut ferarum lachrymosa spectacula. Et si in nostrum ortum aut natalem celebranda solemnitas incident, differatur. Amissionem militise proscriptionemque patrimonii sustinebît, si quis unqaam hoc die festo spectaculis interesse, vel cujuscumque judicis apparitor, prœtextu negotii publici, vel privati, quœ bac lege statuta sunt, crediderit temeranda.