CHAPITRE XVII
Du Traité contre les danses et les comédies. (Suite.)
Aux lois et aux coostitutions chrétiennes joignons les ordounanœs de l'Eglise, qui ne défendent pas avec moins de rigueur ces usages sensuels et profanes. « Que celui-là soit excommunié et retranché de la participation aux saints mystères , dit le concile de Carthage , qui , au lieu de se trouver aux assemblées des fidèles dans l'Eglise , emploie mal le temps qui est consacré au culte , et assiste aux spectacles les jours de fêtes (1 ); » et le concile de Tolède ajoute : « Il faut exterminer cette coutume pernicieuse et contraire à la religion, par laquelle les peuples déshonorent les solennités des saints ; car au lieu de se rendre avec fidélité et avec ferveur aux divins offices , ils s'occupent à danser et à dire des chansons profanes et indécentes , et ils ne se causent pas seulement du dommage à eux-mêmes, en souillant la pureté de leur conscience par les péchés qu'ils commettent , mais ils troublent les autres dans leurs dévotions (2). »
(4) Qui die solemni, prœtermisso Ecclesiœconventu, ad spectacula vadit, excommunicetur. Concil. Carthag, IV, n. CXXXVllï, {%) Exterminanda omnino est irreligiosa consuetudo quam vulgus per
Il faut donc que tous ceux qui sont constitués eu dignités et en charges travaillent de toute leur force à détruire entièrement un abus si insupportable , et la puissance séculière doit se joindre au pouvoir ecclésiastique pour annéantir une pratique qui est si opposée à l'esprit du christianisme et de la vraie piété.
Mais il est nécessaire de combattre ici la manière d'interpréter ces canons, et les opinions relâchées des casuistes qui en ont voulu altérer le véritable sens par des interprétations dangereuses. Car de ce que les canons, en interdisant la danse et toute sorte de spectacles les jours de fêtes, font mention du temps des divins offices, quelques-uns ont pris occasion de dire que cette prohibition de la danse et des autres divertissements mondains, n'a été faite qu'en considération des offices divins, et ainsi, qu'il est permis aux fidèles de danser en tout autre temps que celui des offices; et c'est le sentiment d' Angélus. Mais Sylvester ouvre encore davantage la porte au relâchement de la discipline ecxîlésiastique, en donnant plus d'étendue à la liberté qu'envient ceux qui ne recherchent que le plaisir. Il condamne même la manière de voir d' Angélus , qu'il regarde comme une opinion d'une excessive sévérité. Pour moi , je suis bien éloigné de ce jugement ; je ne crois point qu'Angélus ait été excessivement sévère, mais j'affirme qu'il a fait tort à la vérité et qu'il a été très-hardi de vouloir limit€jf ainsi par son interprétation particulière l'obligation que tous les canons imposent sans restriction aux fidèles. Sans doute que ces auteurs ont
sanctorum solemnitates agere coosuevit. Populi qai debent officia divina attendere , saltationibus] et iurpibus invigilant cantibus, non solùm dibi nocentes, sed et reUgiosoram ofBciis perstrepentes. ConciL Toletan.
eu plus d'égard dans cette occasion aux usages de leur temps qu'à la vérité et à Tesprit de TEglis*.
Je dis donc que ces canons n'ont parlé que des divins offices, parce que les saints conciles n'ont pas jugé qu'on pût , dans un même jour , vaquer aux offices divins et s'adonner aux divertissements du monde. En effet, ne voit-on pas dans la lecture des Pères, que les messes solennelles, les lectures saintes, la psalmodie, les exhortations et les sermons obligeaient les chrétiens d'être continuellement dans les lieux saints. C'est ce que nous font comprendre ces admirables paroles que nous avons rapportées plus haut : « Que vos yeux et vos mains soient sans cesse pendant tout le jour élevées vers Dieu (1). »
Il est impossible que cette occupation continuelle aux choses de Dieu pendant les jours de fêtes ne se trouve pas dans tous les lieux où l'on travaille sérieusement à rétablir le culte divin ; car les heures canoniales , la solennité des messes, la doctrine chrétienne commandée par le concile de Trente, et les sermons, remplissent toute la journée. Et quand bien même les offices divins et les exercices pour lesquels les fidèles s'assemblent ne rempliraient point entièrement le temps , les constitutions de l'Eglise ne permettraient point néanmoins qu'on l'employât au jeu et à la danse , parce que la raison principale et fondamentale pour laquelle on doit retrancher ces divertissements, subsiste toujours : c'est l'obligation de sanctifier les fêtes
établies dans la loi de Dieu même
Et il n'est point de défense qui ne soit fondée sur cette raison importante, puisque la cessation même des œuvres
(4) Gan. MatiBC. Gonc.
extérieures et servîtes n'est ordonnée que pour cela ; ce que le pape: Nicolas a déclaré dans Tendroit que nous aviOns cité déjà, a II faut s'abstenir, dit ce souverain pontife, les jours de fêtes, de toutes les affaires séculières, afin que l'âme chrétienne puisseplus librementetentièrementles passer dans l'église, et s'entretenir avec Dieu par des psaumes , des hymnes et des cantiques spirituels. » Il est donc évident, par l'autorité de ce pape et par plusieurs autres que nous avons rapportées, que le fondement général de toutes les prohibitions qui regardent la solennité des fêtes, est l'obligation de les sanctifier qui nous est imposée dans l'Ecriture sainte, et par le commandement de Dieu même.
Ce qui est encore invinciblement confirmé par les lois des empereurs que nous avons également citées. Puisque ces princes ont si absolument défendu toute sorte de jeux , de divertissements séculiers et de plaisirs sensuels, afin que le peuple fidèle sanctifiât les fêtes et pût vaquer, sans préoccupations mondaines, aux choses de Dieu, ce serait faire injure à l'autorité sacerdotale et à la puissance ecclésiastique de .penser que de saints évêques eussent été moins exacts qu'eux dans leurs ordonnances sur ce sujet, puisque nous voyons que ces prélats ne parlent jamais dans leurs écrits des jeux et des spectacles qu'avec horreur et avec exécration
Il résulte donc de toutes ces preuves, que les spectacles, les jeux et les danses sont illicites au moins en ces saints jours, et que l'opinion de ceux qui restreignent la prohibition de ces chœes au temps des divins offices, doit êtœ rejetée comme une invention de l'esprit humain..... D'où il s'ensuit que celui-là pèche mortellement , qui en ces jours de fêtes emploie injustement le temps en cette
Googl'e
sorte d'exercices, si ce n'est que l'ignorance el. le sentiment relâché de ceux qui lui donnent conseil et le conduisent, puissent diminuer sa faute : ce que Dieu n'a jamais pmmis. . .