XVII
• Que les danses sont condamnées dans V Ecriture et par les Pères, >
Jusqu'ici nous avons démontré quels sont les maux qui accompagnent la danse, suivant le sentiment des docteurs. Examinons maintenant ce que l'Ecriture sainte et les Pères enseignent sur ce grave sujet ; cx)mmençons par ce passage de l'Ecclésiastique : « Ne fréquentez jamais une femme ou une fille qui aime la danse, et n'ayez nulle communication avec elle, de peur que ses attraits ne soient une occasion de ruine pour votre âme (1 ). »
Ces paroles peuvent être appliquées à toutes les personnesqui sont enclines à cedivertissement dangereux. C'est donc une imprudence trè&-grande de contracter quelque amitié, ou d'avoir quelque familiarité avec elles. Sara, fille de Raguel , fut fidèle à fuir ces occasions de scaadale , parce qu'elle était éclairée par la lumière céleste. Voici ce qu'elle dit de soi-même, conversant avec Dieu dans la simplicité de son cœur : « Vous savez , Seigneur, que je n'ai jamais eu d'inclination pour aucun homme, et que j'ai
(4 } Cum saltatrice ne assiduus sis, nec audias illam ne forte ponas in efBoaciâ ejns. Cap. ix.
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conservé mon âme pare de toute sorte de convoitises ; que je ne me suis jamais mêlée parmi les personnes qui se sont adonnées au jeu , et que je me suis tenue séparée de celles qui aimaient la danse (1 ) . »
I^ danse, selon Job , cet homme si droit et si pourvu de la grâce divine , n'est pas une des moindres parties du dérèglement des pécheurs : « Que leurs enfants s'assemblent, et que dans les assemblées ils jouent , et ils se réjouissent au son du tambour et des autres instruments ; mais qu'enfin, ayant passé leur vie dans le plaisir, ils descendent en enfer (2). »
Ajoutons encore ce passage d'Isaïe : « Parce que les filles de Sion se sont laissé emporter à la vanité, et qu'elles ont marché avec faste et avec cadence , le Seigneur les rendra chauves et les couvrira de confusion (3). »
Saint Basile, expliquant cet endroit du prophète qu'il interprète contre la 'danse , ajoute : « On voit encore aujourd'hui que les femmes juives dansent très-fréquemment sans craindre les menaces d'Isaïe ; mais ce prophète, dit-il, ne condamne pas moins par ces paroles la conduite de beaucoup de filles de l'Eglise (4) ; » ç'estrà-dire , de femmes
(1) Ta scîs, Domine, quia nunquam côncupivi virum et mundam servavi animam meam ab omni concupiscentift : nunquam cum ludentibus miscoi me, nçque cum ils qui in levitate ambulant TobiaB, lu.
(2) Egrediuniur quasi grèges parvuli eorum» exullantlusibus, tenent tympanum et cytharam , et gaudent ad sonilum organi. Ducunt in bonis dies duos, et in puncto ad infernadescendunt. Job, xxi.
(3) Pro eo qnodelevatfla «intfiliae Sion et ambulaverant extento collo et nutibus oculorum ibant et plaudebant et pedibug suis composite gradu incedebant, decalvabit Dominus. Isa., c. m.
(4) Quiu et in hodiernum diem Identid^ videre iicet Judaeas suis quasque pedibus ludentes, ne tantilfi quidem reveritas sententîam Prophelse. Boêiliw,
et de filles chrétieimes qui , par nue indiscrète et fausse joie, qu'elles appellent spirituelle, dansent aussi d'une manière honteuse les jours de fêtes et dans le temps même qu'elles viennent dans les églises pour entendre la parole de Dieu.
Ecoutons saint Augustin dans un de ses sermons : « Avertissez incessamment vos voisins et vos proches , dit ce saint docteur^ de s'appliquer toujours aux bonnes œuvres, et de ne s'entretenir que de discours honnêtes et chrétiens dans leurs conversations , de peur qu'en parlant mal de leur prochain , et en dansant les jours des fêtes des saints, ou en chantant des chansons impudiques ou indécentes, ils ne blessent leur conscience par ces dérèglements. Ces personnes maljieureuses , ajoute-t-il , qui n'ont pas honte de danser, même devant les églises , qui sont dédiées à la mémoire des saints , quoiqu'elles soient venues à l'église comme fidèles et comme faisant profession de christianisme , s'en retournent néanmoins chez elles avec l'esprit et avec les vices des païens, parce que cette coutume de danser n'est qu'un reste du paganisme ( I ). »
Tous les Pères de TEglise condamnent généralement, dans plusieurs endroits de leurs ouvrages, les spectacles, comme contraires à l'esprit de l'Evangile et à la discipline chrétienne. Ce serait donc combattre la raison et l'esprit de
l\) Viciûos et proximos vestros jugiter admonete ut semper quod bonum est et honestum loqui sludeant : ne fine detrahendo, malum loquendo. et in sanclis feslivitatibus choreas ducendo, canlica luxuriosa et turpia proferendoi de linguâ sué, uode debuerant Deum laudare, Inde sibi vulnera vidcautur infligere. Isti eiiim iofelices et miser! homines qui ballationes et sallationes ante basilicas ipsas sanclorum exercere nec metuunt nec erubescunt, et si christiani ad ecclesiam veniunt, pagani de Ëcclesia revertunlur ; quia ista consuetudo ballandi de paganorum observatioue remaasit^ Serm. SI 5.
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ces écrivains apostoliques que d'hésiter à les comprendre dans cette condamnation générale. En effet, la danse n'est pas moins un divertissement sensuel pratiqué par les païens , que les autres actions que les saints blâment avec tant de force. Et si quelques-uns d'entre eux n'en ont pas parlé explicitement , ce n'est pas qu'ils l'estimassent innocente , mais parce que le peuple du pays dans lequel ils vivaient , n'y était pas adonné comme il l'est dans le nôtre aujourd'hui.
TertuUien a fait un livre tout entier contre les spectacles, où il les rejette tous avec horreur, comme des extravagances et des inventions diaboliques (1 ).
Saint Cyprien , dans ses lettres et dans le livre qu'il a composé sur ce sujet (2) , déplo'-e la misère, l'aveuglement et la folie des chrétiens, qui leur fait aimer les inventions du démon et qui les porte à imiter les mœurs impures des gentils et des idolâtres. Mais ce qu'il juge encore plus intolérable, c'est qu'ils veulent justifier leur conduite déréglée par l'exemple de David , qui dansa devant l'arche, comme si l'on pouvait comparer celte sainte action à des divertissements mondains et voluptueux.
Dans toutes ses homélies, saint Chrysostome s'élève avec force contre ces perversités du siècle, les appelant quelquefois la peste des villes, et quelquefois la fontaine de tous les maux. Il ajoute que ce sont « des écoles d'incontinence , des boutiques de luxure et d'impureté , et des fournaises de Babylone. »
Saint Epiphane, à la fin de son livre contre les hérétiques, le sixième concile ("3^ et quelques-uns des suivants, défen-
(1) Apolog., c. V et XXX.
(2) Livre ii De spectaculis et ia epist. n, lib. ii . {3)Can. 54.
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dentaux chrétiens ces pratiques criminelles. Saivian, évêque de Marseille, les blâme avec une mâle éloquence. « Le diable , dit ce grand prélat , est dans les pompes et dans les spectacles, et ainsi, lorsqu'après le baptême nous retournons aux spectacles , nous abandonnons la foi de Jésus- Christ que nous avions embrassée. C'est par cette lâcheté que nous détruisons tous les mystères du symbole , ou au moins que tout ce qui est contenu dans la profondeur de notre croyance est ébranlé , parce que les conséquences nécessaires ne sauraient subsister, lorsqu'on ne s'arrête pas inviolablement aux principes qui les doivent appuyer et soutenir. » Ce sont les expressions de cet auteur célèbre (1 ), qui dit beaucoup d'excellentes choses contre les spectacles et contre toute sorte de jeux et de divertissements mondains; toutes choses opposées à l'honnêteté et à la vertu et inventées par le démon pour perdre les âmes.
Les anciens ne parlent pas moins puissamment sur ce sujet, comme on peut le voir dans les livres d'Arnobe œntre les gentils ^2). Dans ceux qu'il a écrits touchant les institutions divines , Lactance s'exprime ainsi : « Il faut éviter toute sorte de spectacles, non-seulement de peur que nos cœurs, qui doivent être purs et paisibles, ne soient corrompus ou troublés par quelque affection vicieuse , mais encore de peur que nous ne nous attachions au plaisir, et qu'ainsi nous ne soyons éloignés de Dieu et des bonnes œuvres ^3).
(4) Diabolns est in spectaculis et pompis suis, el per hoc, cùm redimus ad spectacalum, reiinquimas fidem Ghristi. Hoc itaque modo omnia symboli sacramenta solvuntur, et totam quod in symbolo sequitur, labefactalur, et nutat : nihil enim seqoens stat, si principale non steterit. De pro^ vident,, liv. ii.
(î) Arnobv Àdvers. gentes.
(3) Vitanda spe<*taciila omnia non solum, ne quid vitionini pecloiibu?
Alexandre de Haies traite les danses comme un divertissement qui est mauvais, et qui n'est propre qu'à émouvoir la sensualité et les œnvoilises et à causer des sentiments d'impureté.
Jean Gerson, dans un de ses sermons contre la luxure, dit « qu'il est trèsrmalaisé , à cause de la fragilité des hommes , qu'on danse sans commettre beaucoup de péchés (1). »
Saint Bernardin de Sienne, très-illustre par sa sainteté et par sa doctrine , partage l'opinion des casuistes les plus sévères. « C'est une chose exécrable de danser les jours de fêtes, dit-il, puisque dans ces scandaleux exercices les âmes de ceux qui y assistent tombent dans les pièges du démon et contractent beaucoup de taches par la vue , par l'ouïe, par l'attouchement (2), » 11 ajoute : « Malheur à ceux qui contribuent à ces maux par le son de leurs instruments ; car ils rendront compte devant le souverain juge de tous les péchés auxquels ils ont donné occasion (3) »
Pierre de la Palu rappelle que saint Barnabe a donné sa malédiction aux hommes qui jouent et qui se mêlent dans leurs divertissements avec les femmes (4).
Il importe d'insérer encore ici ces paroles du Caté--
insideat, quae sedata et parifica esse debent; sed ne cujus nos voluptatis consueludo delincal , et à Deo atque à bonis operibus avertat. Laclaot. , lib. VI, c. XX : Divinœ Inslit.
(t) Gerson in part, iv serm. Dominicae tertiae advent.
{f) Execrabile feslis diebus vacare cboreis ubi visu , auditu, gusta, tactu mentes adstantium iilaqueantur et contaminantur. Bernardinus, serm. x. De observant, sabbathi,
(3) Vse iis qui sunt in causa efGcaci tantorum malorum per suos lascives sonos; reddent de omnibus malis, quae occasione pulsationis contingunt, apud juslum judicem ratiouem. Idem.
(i) Cùm viros cum mulieribus ludentesmaledixeritBarnaba».
chisme catholique de Conrad Aingius : « La danse raOûdaine se doit ainsi définir. Elle est un cercle dont le centre est le diable et duquel ses anges, qui l'entourent, font la circonférence, et c'est pour cela qu'elle ne se fait jamais sans péché , et qu'une personne quelque pure et quelque sainte qu'elle puisse être ne saurait assister à ces impudiques jeux sans qu'elle n'en sorte chargée de quelque péché mortel (1).
Mais, à l'exemple de ces intelligences éclairées par la grâce, et animées de l'esprit de Jésus-Christ, qui ont blâmé la danse , ne voyon&-nous pas des hommes sages selon le monde blâmer également ces plaisirs pernicieux par la seule lumière de la prudence et de la raison. Ainsi Cicéron a dit : Que personne en dansant n'est modéré et retenu (2).
Aussi toutes les âmes qui ont quelque crainte du Seigneur et quelque sentiment solide de piété , ne sauraient assez ardemment souhaiter que cette pernicieuse coutume soit détruite et anéantie. Car aux maux dont nous avons parlé nous pourrions en ajouter une quantité d'autres qu'elle entraine à sa suite , surtout dans les cités ; mais ces calamités sont si étranges que les oreilles chastes et pieuses ne sauraient les ouïr. Hélas! est-il possible qu'on tolère dans l'Eglise de Dieu un libertinage si horrible et que l'on voie des écoles publiques de lubricité, et des assemblées, où se font des trafics infâmes , où se concluent des pactes abominables, des attachements illicites, des adulBeres, les jours mêmes où^^suivant les intentions de l'Eglise, nous devrions
(\) Chorea mundana habet hanc delînitionem , quod est circulus cujus cenlrum est diabolus , et cujus circumrerenlia angeli ejus circutnslantes , et ideo rare vel nunquam sine peccato fit. Lib. iv , c. xii.
(2) Neifiiném saltare sobrium.
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pleurer nos péchés et implorer notre pardon de la miséricorde divine