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Dès huit heures du raatin la cérémonie commença. On partit processionnellement de l'église Saint-Laurent. Le cardinal Borromée, le cardinal Ferrier, les archevêques de Turin et de Tarentaise , le nonce , les évêques de Pavie , de Vence , d'Ast , de Verceil , de Saluées et de Savone entouraient le linceul divin. Le duc de Savoie et le. prince de. Piémont marchaient non loin des prélats. Les principaux seigneurs de la cour du duc, les chevaliers de Saint-Maurice et de Saint-Lazare venaient ensuite, suivis d'une multitude innombrable de peuple , hommes , femmes , enfants.
Parvenus sur la place du château , les cardinaux et les évêques déployèrent le saint suaire, l'élevant et l'abaissant à trois reprises différentes , en sorte que tous les assistants purent reconnaître les traces du supplice sanglant souffert par notre divin Sauveur. Cette vue émut le peuple à un tel point , qu'on entendit de tous côtés parmi la foule ces cris, mille fois répétés : Miséricorde! miséricorde!....
Le saint suaire fut exposé le lendemain dans le lieu le plus apparent de la cathédrale.
Le peuple s'y porta avec la même affluence que le jour précédent. On récita les prières des quarante heures, et le cardinal fit trois exhortations qui touchèrent les assistants jusqu'aux larmes. Le cardinal Ferrier prêcha à son tour ainsi que plusieurs évêques et plusieurs pères de la compagnie de Jésus.
Ces prières, ces exhortations chrétiennes, durèrent ainsi jusqu'au dimanche suivant. Charles ne discontinua point d'y assister, et l'humble et pieux maintien du saint prélat contribua surtout à l'édification générale. Le duc Emmanuel- Philibert et le prince de Piémont visitèrent également la relique sainte , donnant ainsi une marque éclatante de la piété et de la foi qui distingua de tous temps leurs glorieux
ancêtres les Humbert , les Emmanuel , les Amédée , dons admirables , transmis à leurs desœndants , et qui placent les princes de Tantique et royale maison de Savoie , sans en excepter un seul , parmi les plus fermes et les plus fidèles soutiens de la religion catholique, apostolique et romaine.
Le cardinal avait atteint le but qu'il s'était proposé en se rendant à Turin. Il résolut donc de retourner dans son diocèse et de visiter en chemin l'abbave de Saint-Michel où
Ton conservait de saintes reliques. Son intention était aussi de s'arrêter au saint sépulcre du montVaralle, pèlerinage situé non loin de Novare et fort fréquenté par les pèlerins. 11 alla prendre congé du duc de Savoie et le remercia avec son humilité ordinaire des grâces dont Son Altesse avait daigné le combler, lui et ses compagnons, pendant la durée de leur séjour dans ses Etats. Le duc témoigna un grand déplaisir en apprenant que le saint prélat avait déjà tout disposé pour son départ et tenta, mais en vain, de le retenir encore quelques jours auprès de lui. Le moment étant donc venu de se séparer, le duc , qui semblait pressentir une fin prochaine , présenta au cardinal le prince Charles-Emmanuel, conjurant le saint prélat de le regarder comme son propre fils et de l'assister de ses conseils loi-sque Dieu l'aurait appelé à lui. Le cardinal pria pour le père et l'enfant, et les bénit appelant sur leurs têtes royales les grâces du ciel. « J'espère , s'écria le duc , le cœur rempli d'une douce joie , que Dieu protégera mon fils bien-aimé, puisqu'il a été béni aujourd'hui par son fidèle serviteur. »
Emmanuel-Philibert avait succédé à Charles le Bon , prince pieux , juste et éclairé , mais le plus malheureux de ceux qui occupèrent le trône de Savoie. L'un deS plus
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« Au sérénissime duc de Savoie Charles-Emmanuel I^ (1 ) .
(1) Al Serenissimo Daca di Savoia Carlo Emmanuel primo.
Serenisâmo Signor mio Oss»»» ,
L'umanità , con che V. A. ha gradito TofCcio , che io feci scco per mezzo dd P. Adorno, mi farà pigliar sicurlà di visitaria taiora con mie lettere, e tenerli anco rinfrescata la memoria di quelle cose, che io stimo esserle principalmenle necessarie per il buon governo de se stessa e de suoi popoli ; parendomi questo officio dcbito a quella osservanza , e posso dire paterne affeito , che io le porto^ et alla particolar conûdenza , che mostrô in me il Seren. Sig. Duca suo padre di gloriosa memoria. Torno dunque à ricordarle il ricorrere spesso à Dio père mezzo deli* oraziono, e dei SS. sacramenti, acciô le dia quel lume, el ajuto, che le bisogna per condur i suoi popoli à quel fine , per il quale glieli hà date in governo ; perciochè la digniià, e podestà de priucipi é come lulte le allre subordinata a Dio, el hà per proprio oggetlo la salute de sudditi congionla con la divina gloria, la quale devono essi ancor procurare con i mezzi datili dà Dio, et insegnatili coir esempio de Ré , e prencipi santi ; pero Salomone nel principio del suo regno acceso di desidefio di governarbene i suoi popoli , al che vedeva di non essere atto per se stesso , era intente à domandare per questo con ardentissimo affetto ne santi sacrificij lume a Dio, il quale vedendo , che non domandava né lunghi anni di vita, ne gran tesori, ma solamente sapienza per beu amministrar il suo regno, gliela dono in tanta copia ; aggiongendoli anco quelle , che egli non aveva domandato, cioè richezze, e gloria, et promettendoli vita per lunghi^ e félicissimi anni , se perseverava, come aveva cominciato nella via del Signore , et osservanza dé suoi santi precetli ; siche desidero grandemente, che V. A., ne per moltitudine de negozj , ne, per alcun' altr' occasione pretermetta di presentarsi ogni giorno con Tanimo à Dio , domandandoli il suo sanlo lume , ne di frequentar i sanlissimi sacramenti , dai quali riceviamo tanto spirito, e forza, il che tanto maggiormente ella deve far ora, quando vede per il grave peso, che ha sopra le spalle, d*aver maggior nécessita dell' ajuto divine, e confido anche nella pielà di V. A. che procurera , che simili siano quelli che ella elegge à consigliarla nel governo dé suoi stati, cioè uomini, che stiano bene appoggiali à Dio per questi mezzi istessi, e che le mettano sempre innanzi la maggior utilità dé
» Monseigneur sérénissime et très-honoré ,
» La bonté avec laquelle Votre Altesse a agréé le devoir que j'ai rempli auprès de sa personne par Tintemiédiaire du père Adorno , m'autorise à correspondre de temps en temps par lettres avec elle pour rappeler à sa mémoire les choses que je crois nécessaires à la bonne direc-
sudditi, et il maggior servizîodi Dio N. Sigitore, al che deve V. A. drizzare ogoi sua azzione, & pensiero, tagliando lutte le vie à chi cercasse d' insinuarçi nella^razia sua per li mezzi di que^to mondo corrolto, cioè di suggerir à principi quel solo che più li piace; magntficando , et inalzando la virtù, }a potenza, e la grandezza loro, e per questa via scemare, 6 almeno far pericolare la Joro buona intenzione. Suppltco V. A. à pigliar per bene questa securlà , con cbe sono scorso à scriverle cosl lungamente in questo proposito, la quale non procède dà altro, se non da sopr* abbondanza d' amore , eccitala anche dagl* oblighi , che ho con cotestaserenissima casa, e confermatamidair umanità sua» et amorevolezza, che ha seœpre mostratata verso me ; se talora si degnerà di farmi dar nuova delli progressi suoi spirituali come già mi promise ; sia certa V. A. che ne riceverô «empre grandissime contenlo^ desiderando io sommamente che escaho da lei alla giomala quelle pie e virtuose azzioni, che ho sempre sperato dà quei semi di pietà che io viddi in lei con tanta mia soddisfazione maggiore, quanto che le azzioni sue per il grade della dignilà, in che DioTha posta, non staranno racchiuse nei terminî delli siati suoi solamente , ma passeranno più oltre ad utiiità publica del christianesimo gloriûcando ogni di più Dio N. Sig. dal quale prego à V. A. ogni pienezza di grazia bacciaudoli con ogni afietto le mani.
Di Brescia il \t novembre 1580.
Di V. Altezza, Servitore, C, Cardinal di S*» Prassede (sic) (1).
(1) L'original de eette lettre autographe et inédite est conserré dans les Archivée royalet, i Turin.
lion et au sage gouvernement de son peuple. Cet office me paraît être dû au respect et, je puis le dire, à l'affection paternelle que je porte à sa personne, comme à la confiance particulière que m'accorda le sérénissime duc son père de glorieuse mémoire. Je viens donc de nouveau lui recommander de recourir souvent à Dieu par la prière et par la fréquentation des sacrements, afin que le Seigneur lui donne les lumières et le secours dont elle a besoin pour conduire ses peuples à cette fin dernière, pour laquelle il lui a confié la souveraineté; car la dignité et le pouvoir des princes sont, comme toutes les autres choses, subordonnés à la volonté de Dieu , et ont principalement pour objet le salut des sujets et la gloire du Très-Haut, qu'ils ne peuvent obtenir que par les moyens que Dieu leur donne et qui leur sont indiqués par l'exemple des rois et des princes pieux. C'est ainsi que Salomon, au commencement de son règne, animé du désir de gouverner son peuple avec sagesse, mais se défiant de lui-même, demandait sans cesse à Dieu par des prières ardentes et de saints sacrifices qu'il l'édairât, et le Seigneur voyant qu'il n'était avide ni de longues années, ni de trésors immenses, mais seulement de sapience, la lui accorda la plus parfaite, la plus abondante, y ajoutant les richesses et la gloire, et lui promettant de longues et heureuses années s'il persévérait, comme il avait commencé, à marcher dans ses voies et à observer ses saints préceptes. Je désire donc ardemment que Votre Altesse ne soit détournée ni par la multitude de ses affaires , ni par quelque cause que ce soit, d'offrir chaque jour son cœur au Ïout-Puissant pour lui demander \
ses saintes lumières, de fréquenter les saints sacrements qui ^
éclairent notre esprit et nous fortifient, ce que Votre Altesse
doit avoir d'autant plus en vue dans ce moment, qu'elle a un plus grand fardeau à supporter, et par conséquent un plus grand besoin de l'aide de Dieu. J'espère aussi de la piété de Votre Altesse qu'elle choisira son conseil pour l'aider dans le gouvernement de ses Etats parmi les hommes qui lui ressemblent, c'est-à-dire qui recherchent l'assistance de Dieu par les mêmes moyens qu'elle, et qui mettent sans cesse sous ses yeux les besoins de ses sujets, et ce qui doit le plus contribuer à la gloire du Seigneur, auquel Votre Altesse doit consacrer toutes ses actions et ses pensées, éloignant de sa personne ceux qui chercheraient à s'insinuer dans ses bonnes grâces par les moyens de ce monde corrompu, c'est-à-dire, en n'inspirant aux princes que ce qui peut leur plaire, en exagérant, en exaltant leurs vertus, leur puissance, leur grandeur, et par ce moyen affaiblir ou du moins égarer leurs bonnes intentions. Je supplie Votre Altesse de prendre en bonne part la liberté avec laquelle je l'entretiens si longuement sur ce sujet. Elle ne provient que d'un excès d'amour inspiré par les obligations qui me lient à l'antique maison de Savoie, comme elle est également fortifiée en moi par la bonté de Votre Altesse et par l'affection qu'elle m'a toujours témoignée. Si de temps en temps elle daigne m'informer de ses progrès dans la vie spirituelle, comme elle me l'a promis. Votre Altesse doit être assurée que j'en ressentirai la joie la plus vive, désirant par-dessus tout d'être instruit des actes de piété et de vertus que j'ai remarquées en elle, avec d'autant plus de satisfaction, que la haute dignité dans laquelle Dieu Ta placée ne permettra pas que ses exemples soient renfermés dans les bornes de ses Etats, mais les portera au delà pour l'utilité du christianisme et pour l'accroissement continuel de la
gloire de Dieu, Noti*e-Seigueur, auquel je demande pour Votre Altesse la plénitude de ses grâoes, lui baisant trèsaffectueusement les mains.
» Je sois de Votre Allesse le serviteur,